16 janvier 2007
ce qui rend libre
J’ai déménagé autant de fois que j’ai célébré mon anniversaire.
Toutes les maisons de ma vie ont été construites par d’autres mains.
Il fallait toujours faire appel à des spécialistes pour les réparations ou simplement l’entretien.
Il en fallait pour l’eau, pour le feu, pour l’air, pour les conduites, les ouvertures, les fermetures, les évacuations, les ravalements et la sécurité.
Je ne pouvais même pas faire le ménage devant ma porte ni recycler mes propres déchets, au point que je n’étais plus qu’un numéro menacé sur des factures, et de plus en plus absente de ma propre demeure.
Mais, malgré l’obligation d’assurer mes murs contre les imprévus, je n’ai pu éviter le grand tremblement tellurique qui s’est abattu sur mes fortifications.
Mon âme s’était tellement desséchée au milieu des murs de béton qu’elle s’est mise à craqueler, non comme un oeuf qui va éclore et accoucher de son poussin, mais comme une terre déchirée par des secousses monstrueuses , préte à happer ses malheureux habitants.
Brisée en mille morceaux, comme un vase trop lourd tombé d’une étagère compressée et vermoulue,
j’ai vu alors qu’il existait au moins un endroit sans obligation d’assurance :
le désespoir.
C’est le désespoir qui m’a rendu libre,
en bas de l’étagère, dans les débris de mon âme.











