Voici comment j'ai procédé

pour vivre à l'année sous ma yourte

sans me prendre le ciel sur la tête à chaque tempète:

poisson_en_feu

J'ai la chance d'être assez pauvre pour ne pas gacher ma mobilité

en léguant en héritage à mes enfants une pollution ingérable.

Je commence donc par chercher dans mon orbite personnelle

ce dont j'ai besoin.

Depuis quelques années, les copains sous tipis

se procurent souvent leurs toiles en Angleterre.

Quelqu'un les receptionne en France et les dispatche aux couturiers.

Utile aussi, « La vielle usine », vers Valence,

ou l'on trouve des toiles de bonne qualité issues de faillites d'usine.

Mais ces toiles sont épaisses et lourdes,

et je ne me sentais pas de taille à travailler,

avec mes biceps faiblards, tant de poids.

J'ai donc trouvé proche de chez moi une usine de stores

avec qui j'ai négocié des chutes de toile bariolées.

stores

Ces toiles sont légères et résistantes, vendues aux commercants

qui bachent leurs terrasses de café ou leur boulangerie,

avec une durée de vie d' une petite dizaine d'années.

Les puristes les rejettent parce qu'elles sont traitées

contre le feu et l'eau par des produits non écologiques.

Ils ont raison. Mais ont ils trouvé d'autres solutions à ce jour?

Nous y réfléchissons.

En attendant, j'ai récupéré des toiles qui auraient été perdues,

destinées à la poubelle. J'ai expérimenté

les toiles en coton et celles en dralon, fibre synthétique,

matière rejettée aussi par les puristes.

N'empéche qu'aprés quelques années d'utilisation, le résultat est là:

les toiles en coton ont duré quatre ans, se sont craquelées puis déchirées,

tandis que le dralon s'est affadi sous les rayons du soleil

mais a duré le double de temps.

poulzes_en_hiver

Habitant une région ou les tempétes sont diluviennes à l'automne,

fontaine_d_Al_s

j'ai été inondée deux fois, non par le bas,

mais par le haut, le toit.

Lors de la tempête de 1999,

arbre_incandescent

plusieurs chênes autour de la yourte se sont cassés, déchirés,

abattus par un vent d'une violence inouie,

tandis que ma petite Yétis, que j'avais arrimé sur trois malheureux piquets,

se déplacait juste de quelques centimètres,

mon chapeau de yourte s'étant pris momentanement pour un spinaker,

spi

mais restait intacte, à ma grande stupéfaction.

La deuxième pluie d'enfer eut lieu en septembre 2002:

vague

dans le département, de nombreux morts,

des centaines de véhicules flottants,

des dégats inestimables dans les maisons inondées.

Trois jours et trois nuits de trombes d'eaux inimaginables.

Un quartier entier noyé sous les eaux.

le_quartier_des_cevennes_d_vast_

La ville d'Alès coupée de tout pendant deux jours.

Au bout de 24 heures, les piles de radio se vendaient déjà,

au marché noir, une somme astronomique,

puisque plus rien ne marchait, les familles ne pouvant plus se joindre.

Le quatrième jour, alors qu'à peine la vie reprenait,

que le facteur repassait,

on a reçu dans toutes les boites aux lettres du coin le journal municipal.

Dessus, on y voyait le maire en train de surfer sur une moto d'eau,

sur le bassin aménagé à grands frais sur la rivière.

Et là, en gros titre, cette phrase,

que les Alèsiens inondés et rescapés

ont du avaler comme une arréte dans le poisson,

à s'arracher la gorge et à vomir:

« Alès, ville d'eaux! »

le_maire_jouant_sur_les_eaux_d_Al_sarr_tes

Monsieur le Maire a tant laissé bétonner les rives que la rivière s'est vengé

et a détruit tout son petit jeu:

des beaux tapis de corde tamisés le long des berges,

il ne restait rien, jusqu'au pont dont la rembarde a été arrachée.

Monsieur le Maire adore couper les arbres, dont les racines

solidifient les berges, il  pretexte qu'elles risquent d'abimer les routes!

On accuse le réchauffement planétaire,

mais la bétise, la vue courte et la course au profit des hommes?

Vivre une telle tempéte sous sa yourte est une expérience

extremement impressionnante!

sortie_des_eaux

De nouveau, j'eus mes couches de laine trempées.

La pluie battait si fort qu'elle a eu raison de la trame du textile.

Et là, le moindre mauvais pli, la plus petite couture mal finie est fatale.

A signaler que j'assemble mes toiles avec des coutures anglaises,

c'est à dire doubles, que je m'arrange pour que ces coutures

se recouvrent dans le sens de la pente comme des tuiles,

et que par conséquent, si l'eau passe le premier ourlet,

elle ne passe pas le second.

En 2002, je n'avais jamais vu de ma vie un tel martellement!

Mais de nouveau, au sol, sous mon petit plancher de bois,

l'eau s'écoula et s'en fut.

J'ai finalement résolu le problème des inondations

en fabriquant une deuxième couche de couverture en store,

en profitant pour relever de la toile du bas du toit,

et lui donner une forme de gouttière pour récuperer l'eau.

J'ai encore ajouté, par sécurité, à l'endroit le plus fragile,

audessus de la porte, un lai de plastique,

et une bache transparente sur la couronne.

Depuis, la pluie n'est un élément génant

que par le bruit qu'elle occasionne à l'intérieur,

surtout s'il pleut fort et longtemps.

arc_en_ciel



Avantage de la tempête:

Le maire a renoncé à ses exploits nautiques pour pallier

sérieusement à la source aux inondations récurrentes:

il a ordonné l'élimination définitive de tous les arbres

le long et dans le lit de la rivière.

Je ne me demande donc plus si la parité existe

au sein des équipes des services techniques de la ville d'Alès:

ce sont toujours les hommes qui,

  laissés à leurs penchants tranchants et destructeurs ,

comme Attila et ses hordes,

armés de sabres ou de tronconneuses,

ne laissent que le désert derrière eux.

Mais enfin, la place vide a été récupérée par les SDF

qui ont nidifié avec leurs tentes sous les ponts du centre ville,

là ou étaient cencés s'agglutiner les spectateurs du maire.

Ouf, un peu de place au principe de réalité, merci la tempête!