fleur de TAO
Le Tao, c'est cet audelà de soi-même
qui régule le coeur de la vie personnelle
à partir d'une transcendance impersonnelle.
Le Tao se manifeste par une forte connivence éprouvée
entre des états intérieurs et des évenements extérieurs.
Quand le Tao s'exprime, l'être se sent lié à l'univers
par un réseau de connexions invisibles,
réseau qui matérialise dans les actes quotidiens, anodins,
les signes et symboles archétypiques.
Le Tao a ceci de commun avec Dieu qu'il est immense et puissant,
qu'il contient tout.
Avec le Boudha, le détachement et la compassion.
Avec l'homme, la necessité du sens et le cheminement.
Comme cette rose qui embaume toute la yourte,
le Tao pénétre partout ou les âmes sont ouvertes.
La rose ne fait rien, sa nature est de dispenser son parfum.
Toute son expression tient dans ce parfum.
Le Tao se manifeste quand l'être, attentif,
repose en lui-même, n'attendant rien.
Ou quand l'être, éprouvé par une crise,
n'oppose plus de résistances au changement,
laissant l'intensité émotive le vider de son insignifiance.
Le Tao survient à la rencontre d'une àme dépouillée des obstructions de l'ego,
quand le silence du mental laisse une bréche à l'émergence d'une autre dimension.
Alors quand la personne se lève, elle est levée.
Quand elle sort, elle est sortie.
Quand elle se met en action, elle est agie.
Le questionnement philosophique, intellectuel, religieux,
s'évanouit en même temps que l'opposition des dualités:
ce qui est dehors advient comme ce qui est dedans.
Tout ce qui arrive, tout ce qui est fait, semble limpide.
Emanant du Tao, d'une source qui posséde des informations synthétiques
que nous ne pouvons appréhender par la raison,
les évenements et les situations s'incarnent
sur le fil d'une synchronicité révélatrice.
Quand le Tao se révéle par cette symétrie synchrone
de l'interne et de l'externe,
la clareté qu'il procure laisse la conscience confondue
et l'âme totalement repue par l'imanence qui vient la visiter.
Dans l'espace sacré de la yourte, le Soi n'est plus
ténébreusement retenu dans le Moi qui le planque.
Le Moi trouve dans le cercle et le volume rayonnant de la yourte
un épanchement naturel vers ce qui l'englobe,
revenant au Soi dans la sécurité première de l'unité.
Comment parler du Tao de la yourte sans aborder la solitude,
la spiritualité et la connaissance de soi?
La solitude, c'est cet endroit écarté d'ou on a assez de recul
pour jauger la longueur, la largeur, la hauteur et la profondeur
du monde ou nous sommes d'ordinaire immergés.
Or, le vrai danger de la solitude, ce n'est pas l'exclusion et la marginalité,
c'est que dés qu'on l'accepte,
dés qu'on la laisse nous pénétrer de sa singularité,
elle nous introduit sur les chemins qui mènent
à la rencontre de notre vérité.
Désormais verticaux et insoumis à tout autre régulation
que celle éclose en soi-même,
comment ceux qui ne craignent pas leur propre compagnie
et ne fuient pas dans les distractions
peuvent-ils s'accomoder des vernis et conformismes sociaux,
des hypocrisies des pouvoirs oppressifs,
de l'hypnose utilisée comme moyen de soumission des masses?
Le vrai danger vient plutôt, dés lors, de la rancune tenace
de ceux qui ne réussissent pas à vous pièger.
convulsions préfashos
L'archétype minuscule d'une guerre civile si proche.
Dimanche soir 22 Avril, le comité Bové du canton et ses sympathisants
se sont réunis au Cantoyourte pour une petite soirée au feu de bois,
à partager saucisses, salades, et fromages de chèvres.
Nous étions une vingtaine à préferrer écouter
les résultats des élections ensemble que chacun seuls
devant sa télé ou à l'écoute de son poste.
Bien sûr, nous étions déçus,
bien sûr, nous espérions plus pour Bové.
Mais au moins, nous sommes passés de l'inexistence
à 500 000 voix, bonne base de travail pour couver notre bébé commun.
Et je ne compte pas tous les copains et copines qui ont voté utile,
mais sont avec nous.
Quelques heures avant, alors qu'un petit groupe de voisins
jouait à la pétanque sur mon passage quotidien,
deux cent mètres reliant mon atelier au camp des yourtes,
je leur ai offert de venir partager cette soirée avec nous.
Le vieux monsieur qui vote à l'extréme opposé s'est mis à bougonner,
sans que j'arrive vraiment, avec mes sourires, à le dérider,
alors que j'avais déjà réussi à discuter
plus d'une heure d'affilée avec lui auparavant,
en particulier sur son passé minier et sa connaissance du quartier.
Il passe tous les jours devant les yourtes avec son fusil,
puisqu'il va chasser dans la colline en amont en toutes saisons.
Il m'a donc répondu que ce soir,
il fallait que chacun reste chez soi, que personne ne bouge.
Vers 21h, alors que nous commencions à faire cuire les merguez,
un petit Monsieur taciturne, habitant le paté de maisons un peu plus loin,
qui fait déféquer son chien systématiquement, matin et soir,
sur le chemin menant chez moi,
ne ramassant bien sur jamais ses déjections canines,
se pointe sur le chemin, nous matant ostensiblement.
Son chien, un petit roquet noir, m'a mordu au mollet deux ans auparavant,
engendrant une blessure qui a saigné et purulé plusieurs jours.
Ce Monsieur ne s'est jamais excusé,
et a continué à faire le tour du paté de maison
avec son chien non tenu en laisse,
ce qui provoque régulièrement des bagarres avec d'autres chiens,
et l'épouvante des chats sauvages du quartier, par ailleurs envahissants.
Je n'ai donc pas invité ce Monsieur à partager nos gamelles.
Soudain, le petit chien blanc d'un de mes invités
s'est mis à courser le petit noir
et une bagarre en régle s'est déclenchée.
Le propriétaire du noir a du reculer devant le sérieux de la bataille,
tandis que mon invité récupérait dificilement sa bestiole
pour l'enfermer dans sa voiture.
Le petit Monsieur était furieux, livide, visiblement humilié,
et est reparti très faché.
Une heure plus tard, alors que la nuit était tombée
et que deux petits djembés tambourinnaient la chanson des gens libres,
mon ami B est parti chercher une bouteille de vin à l'atelier,
local de notre association.
Et là, il s'aperçoit que les caves,
ou nous entreposons du petit matériel de l'autre coté de la rue,
sont en flammes.
Il appelle immédiatement les pompiers.
Ceux ci ne peuvent accéder directement au lieu de l'incendie
avec leur camion, trop gros pour rentrer dans la ruelle.
Aprés avoir eu du mal à prendre au sérieux toute cette affaire
et n'avoir pas eu trop envie de quitter notre paisible réunion,
je déboule sur les lieux avec JM et nous constatons que
le toit de la cave est en train de s'écrouler, les poutres étant kramées.
En redescendant de la restanque des caves,
nous tombons sur le Monsieur au chien noir,
posté dans un trou d'ombre, en retrait.
Mon copain le remarque et l'interroge.
L'homme bégaye, dit que c'est lui qui a appellé les pompiers,
que c'est lui qui a vu l'incendie en premier parce que,
(encore!), il promenait son chien,(encore et toujours devant chez moi)
puis se rétraque, dit qu'il a senti la fumée de chez lui,
ce que nous savons impossible, vu ou il habite.
Je lance: « En tout cas, il est pas parti tout seul ce feu! »
Les voisins se sont mis aux fenétres, tardivement,
bien aprés que nous ayons donné l'alerte.
Le vieux au fusil fait semblant de fermer ses volets
et nous crie des menaces, parce que hou là là,
mes invités qui ont le démérite de porter les cheveux
un peu décoiffés et un peu longs,
et d'avoir des petits enfants black,
ont eu le toupet de se garer dans sa rue,
et ça va nous couter cher!
Dégoutée, je fuis vers le camp retrouver l'ambiance fraternelle de notre feu,
parce que là, je sens qu'ils sont en train
de nous fracasser la soirée pour de bon.
Je laisse mes potes se débrouiller,
car je connais mes voisines d'en face,
qui passent leur temps aux fenétres à me surveiller,
elles me haissent, et elles ne vont pas me louper.
J'ai déjà eu brimades, dénonciations, insultes, altercations,
vols de matériels, arrachages de tuyaux, de fils électriques, et j'en passe ,
je ne suis pas disposée à encaisser plus de déceptions ce soir
ou on tente d'oublier la France faschiste
que Sarkonazy nous promet!
Les flics débarquent, les voisines se mettent à hurler
que c'est tous les soirs pareil!!!
que cette bande de hyppies fait chier tout le monde,
qu'il faut réagir, les emmener au poste!
C'est ma première soirée de l'année, coooool.....
Les flics tentent de calmer la plus hystérique,
celle qui un matin à huit heures, a manqué de faire voler en éclats
la vitrine de mon lieu de travail,
parce que la voiture d'une de mes amies
risquait de géner sa sortie de garage,
et qui m'avait traitée de sale défoncée,
ce qui m'avait mis dans une colère noire,
moi qui n'ai plus touché une clop d'herbe depuis vingt cinq ans!
L'autre, la plus agée, m'avait menacé de faire mettre mes enfants à la DASS
et a réussi à faire déplacer la police municipale chez moi,
sous prétexte que ma voiture sous sa fenétre la génait:
problème, ais je rétorqué aux flics ébahis,
je n'ai plus de véhicule depuis longtemps!
Ensuite, elle s'était mise à hurler en pleine rue
que je couchais avec tout le quartier
et à déballer un imaginaire hallucinant de ma vie privée,
jetée en pature à ces pauvres préposés à l'ordre municipal
qui ont fini par s'enfuir.
Tout ça pour poser le décor d'un paisible village cevennol
ou une femme comme moi, calme et particulièrement respectueuse,
a le tort d'être différente et d'habiter pas comme les autres,
ce qui invite à toutes les discriminations.
Parce que c'est super chouette de vivre en yourte,
des tas de gens viennent de loin pour les visiter et s'extasier,
mais un non moindre tas, ne supporte pas
l'altérité et déteste les femmes libres.
Donc, cette femme, dont les trois garçons ont chacun une moto
sans pot d'échappement qu'ils bricolent
dans les flaques d'huiles au milieu de la rue,
( puisque la rue, depuis que Sarko est chef des flics, appartient à l'autorité
de la France qui travaille et qui consomme à force fumées et mélodies de moteurs pétaradants,)
cette femme hurle contre moi dans la nuit,
tentant de me faire endosser la responsabilité de l'incendie,
tandis que ricanent les petits hommes de l'ombre.
Mon copain proteste et la police rebrousse chemin,
la cave s'effondre,
les pompiers dégagent dans un grand fracas toutes les tuiles éclatées,
le vieux au fusil monte le son de sa télé qui envoit du Sarko à la cantonade,
le chien noir crotte au milieu du chemin,
et moi, je pleure doucement auprés de mon feu,
ne doutant plus des manoeuvres perverses
dont tous les boucs émissaires vont faire les frais sous peu,
en me demandant combien de temps je vais résister!
La réponse, désolée, c'est:
jusqu'à mon dernier souffle.
habitat léger, la yourte
La yourte, maison nomade, est une tente ronde
aux murs verticaux et au toit conique.
Sa structure en bois est recouverte d'une couche d'isolant textile
protégée par une toile imperméable.
La yourte est entièrement démontable et transportable,
sur un animal de trait ou un véhicule motorisé.
En pièces détachées, elle est déplacable
à dos d'homme dans des endroits inacessibles.
Elle est composée sur sa circonférence de portes et fenétres
inscrites dans de longs treillis de bois déployables et extensibles.
Ces treillis sont fabriqués avec des perches en bois
nouées entre elles à chaque intersection.
Posées et ficellées sur le haut des treillis,
les perches du toit viennent s'encastrer en faisceau dans une couronne en bois
qui constitue le point le plus central et le plus haut de la yourte.
Cet anneau est perçé d'autant de trous que de perches
et parfois soutenu par deux mats latéraux, très décorés.
L'ensemble de la structure tient par compression:
une ceinture solide le long des murs, sur toute la circonférence,
empéche la yourte de s'évaser et de s'affaisser.
Cette forme aéro-dynamique et rayonnante
résiste parfaitement aux vents et aux intempéries,
et permet, grace aux couches de laine isolante,
à un petit poêle et une bonne gestion des ouvertures,
une température constante et agréable à l'intérieur, en toutes saisons.
Le volume interne dégage une impression d'espace, d'intimité et de convivialité,
tandis que l'extérieur donne l'image intemporelle
d'un vaisseau terrrestre harmonieusement ancré à son environnement.
Le bois, le tissu, la décoration, les couleurs, la souplesse,
la lumière naturelle filtrée par le haut, l'immersion dans la nature,
font de la yourte un habitat lèger de style unique, simple et beau,
liant fonctionnalité, esthétique, économie des moyens,
impact écologique positif, usage optimum,
capable de conjuguer avec bonheur culture et spiritualité.
défense de la ligne de chemin de fer Saint-Ambroix, Bésséges.
Ce matin, cent cinquante personnes ont marché
le long de la voie de chemin de fer reliant Saint-Ambroix
à Bésséges.
Cette marche citoyenne a interpellé tous ceux
qui continuent à bafouer le droit des peuples
en se moquant de nos besoins collectifs,
réclamant la réhabilitation de la voie ferrée
et s'opposant à la fermeture de la ligne.
Partis dés le matin à 8 heures de Saint Ambroix,
la marche est arrivée en bout de ligne vers 11H30,
ou quelques élus et représentants d'association ont pris la parole,
avant de partager apéritifs et piqueniques.
Les cheminots se sont mobilisés avec les usagers;
ce bel ensemble d'intéréts communs est propre à redonner espoir
à tous ceux qui croient que la politique
doit être au service du peuple et non l'inverse.
Comment accepter que la SNCF déploie des capitaux énormes
pour faire avancer des TGV à 350 Km/ heure,
alors qu'elle refuse d'investir sur notre ligne
qui rame à 40Km/h sur cette portion?
Comment accepter cette logique infame qui force les usagers
à préferrer la voiture alors que tout le monde sait
que la pollution engendrée par la route n'est plus tenable?
Comment accepter que les populations rurales
soient tout simplement gommées des préoccupations politiques,
pour le plus grand profit des financiers, des actionnaires
et de la course à une compétitivité mortifère?
Comment accepter d'être niés à ce point, avec tant de dédain et de mépris?
Nous avons démontré ce matin que nous sommes nombreux
à ne pas nous laisser faire
et que la résistance dans nos campagnes est bien vivante.
Alors Merci Merci à tous ceux qui ont marché ce matin,
et Merci particulierement à notre adorable dame de Molières,
Huguette Morel,
qui s'est battu fort pour l'association de défense de la ligne!
yourte et spirulline
Témoignage de Domenyo, jeune femme de 22 ans.
Domenyo habitait à Paris dans sa famille adoptive
et a fréquenté le lycée jusqu'à la première.
Ses parents adoptifs, éducateurs en CAT,
sont des militants alternatifs impliqués.
Domenyo commençait à étouffer en ville.
A part le bonheur d'être avec sa famille,
rien ne l'attirait dans la vie urbaine Parisienne.
Aprés des petits boulots style garde d'enfants et cueillettes,
grâce à des amis du réseau parental,
elle a pu partir dans la Drome comme stagiaire,
et y acquérir une formation extrêmement intéressante:
la production de spiruline.
Domenyo a été acceuillie par un jeune couple récemment installé
dans cette activité extrêmement utile pour les humains
qu'est la fabrication artisanale de spiruline.
La spiruline est une petite algue verte qu'on cultive sur des bassins,
algue extraordinairement riche en protéines, minéraux et vitamines,
dont la production, accessible avec peu de moyens,
est possible par les villageois dans des pays pauvres comme l'Afrique.
La bas, cette petite algue magique a sauvé de nombreuses vies humaines,
en particulier des petits enfants mourants de malnutrition.
Voir:www.gototogo.org.
La spiruline est à la santé ce que la yourte est au logement:
un concentré de bonheur, un condensé naturel, élémentaire,
pour la souveraineté existentielle des peuples .
Donc, un produit extrêmement subversif,
car il peut être fabriqué partout sans recours aux marchands,
à la barbe des prédateurs et du système capitaliste.
Le matin, Domenyo récolte à la main la spiruline à fleur d'eau,
elle la presse très fort dans ses paumes avec un tissu de sérigraphie,
moule des spaghettis avec cette pâte verte
et va les déposer sur le séchoir solaire.
En deux ou trois heures, la spiruline est sèche et peut être ramassée.
Domenyo casse les spaghettis en les pressant dans un drap
et obtiens alors des paillettes de spiruline,
qu'il suffit d'emballer pour les vendre directement au client.
Quelques grammes par jour et c'est la santé pour toujours!
Pour varier ses activités, Domenyo devient boulangère
tous les Vendredi chez des voisins,
elle fabrique de belles miches avec de la farine biologique.
Au fil de ces travaux, elle apprend à maîtriser des techniques,
à se débrouiller, elle apprend à se faire confiance.
Ce climat propice lui sert à construire petit à petit son autonomie,
son passage à l'âge adulte.
Même si les amis chez qui elle est hébergée lui proposent le logement,
elle préferre continuer à cheminer vers son indépendance:
elle est contente d'avoir sa propre caravane et maintenant,
elle a décidé de se construire une yourte
et d'habiter sur un bout de terrain que ces amis lui prétent.
Domenyo a compris que vouloir c'est pouvoir,
elle est comme une fleur qui s'ouvre à la vie.
Toujours par relation, elle a connu le stage d'Alain pour construire des yourtes.
Là ou elle habite, prés de Nyons, elle a pu auparavant
visiter deux autres yourtes un peu plus loin, et même,
l'année dernière, elle a aidé au montage d'une grande yourte:
là, ça a été le coup de foudre,
habiter tout en lègereté dans un cercle, super!
Domeyno a bénéficié de l'exemple de ses amis producteurs qui,
en ingénieux bricoleurs, ont fabriqué eux-mêmes
les bases nécessaires à leur activité:
des cabanes, des claies, des séches fruits, des séchoirs solaires etc..
Alors aprés, elle va se fabriquer les petits meubles de sa yourte!
Même si elle préferre mouler la pâte à pain ou à spiruline
que tailler du bambou! Hier, elle avait mal aux doigts,
à force de tirer sur les noeuds des treillis et de couper les perches...
Au fur et à mesure que cette jeune fille livre son histoire,
son visage s'éclaircit, s'épanouit,
et la voici riant comme toutes les jeunes filles heureuses de vivre,
joyeuse, les yeux étincelant.
Elle m'avoue alors qu'elle fait aussi de la musique,
qu'elle pratique les percussions et qu'elle chante!
Je ris avec elle, car j'imagine déjà
comment elle va s'éclater dans sa yourte avec tous ces talents!
J'en profite, pour illustrer la joie de vivre de Demenyo,
de livrer quelques photos de la batucada des Vans,
petite ville d'Ardéche du Sud, voisine de la mienne au Nord du Gard.
La batucada est un groupe de tambours époustouflants,
dont la vitalité n'égale que la performance!
Je les ai surpris en train de s'entraîner à la maison des associations!
Merci à ces mucisiens trés cools pour leurs sons intenses!
Pour contacter la BATELUCA: dybloo@freesurf.fr.
Pour s'informer sur la spiruline:
pour contacter Laurence et Cédric, producteurs de spiruline artisanale, au Moulin du plan, 26110 Le Poet Sigillat.
06.82.36.84.28.
Je rapelle qu'Alain propose régulièrement des stages de construction de yourtes,
voir son témoignage un peu plus loin et son tel.
décroissance habitée
Avec José Bové, nous réclamons
l'interdiction d'expulsion des logements
et de tout lieux d'habitat,
la réquisition de tous les logements vides,
et des terrains incultes, pour ceux qui en ont besoin.
Car la loi du droit au logement opposable
ne vaut rien si elle reste inappliquée!
Avec les associations, réclamons
la création d'un service public du logement!.
Un million200mille personnes vivent en France dans des logements insalubres,
un million dans une situation de surpeuplement,
90 000 sont SDF et un million n'ont pas de domicile personnel:
ils vivent en foyers, en structure d'hébergement, en hotel,
en camping, en habitat de fortune.
A coté de ces chiffres, il existe énormement de logements vides dans ce pays,
de terres en friches, particulièrement dans le Nord du Gard,
les Cévennes minières ou j'habite,
ou des villages entiers sont laissé à l'abandon
alors que des collines, à coté d'un centre ville en déshérance,
sont déboisées, rasées et bétonnées pour y construire des lotissements
qui n'enrichissent que les promoteurs et les spéculateurs immobiliers.
Ces lotissements parachutés sont conçus pour des habitants
cencés déplacer leur mode de consommation et de pollution urbaine,
utilisant la campagne comme la banlieue de la globalisation libérale.
Ce genre de gestion capitaliste et impérialiste des territoires
lése gravement les hommes et la nature
et laisse les villages brisés et sans âme.
Pourtant, je refuse de faire du misérabilisme
alors que justement dans notre région, en terre de Cévennes,
nous sommes porteurs d'une histoire de résistance
qui en inspire encore beaucoup.
Maintenant, une proportion grandissante de personnes ne peuvent plus
et ne veulent plus vivre dans des logements inadéquats et hors de prix,
et donc radicalisent leurs choix:
ils revendiquent de vivre dans des cabanes,
des yourtes et des tipis dans des lieux naturels,
ils créent des écovillages,
et ils investissent des squatts qu'ils autogérent.
Ils fabriquent des maisons écologiques autoconstruites,
en bois, en terre, en paille, en matériaux de récupération,
avec des bouteilles, des coquillages,
des pierres qu'ils remontent en murets sur les traces de nos anciens,
des briques, des tuiles, des planches,
des materiaux naturels et non polluants,
des toilettes séches, des panneaux solaires,
et qui roulent avec des biocarburants,
quand ils n'ont pas décidé d'abandonner leurs véhicules
pour privilégier les transports en commun, le vélo, la marche et le covoiturage.
C'est dans ce sens que nous réclamons
la réhabilitation des réseaux de services publics
dans les campagnes et les banlieues,
ainsi que la gratuité totale des transports collectifs.
Dans cette rebellion assumée, je rencontre beaucoup de jeunes
qui vivent tout en camion, en roulotte, à l'année,
nomadisant pour les traveaux saisonniers,
petits boulots, stages ou formations.
Et n'oublions pas les nomades traditionnels,
qui représentent symboliquement et historiquement
une alternative à l'habitat sédentaire
et une tradition de liberté surlaquelle on n'a pas à chipoter:
ils doivent pouvoir bénéficier dans toutes les villes et tous les villages
d'aires d'acceuil obligatoires.
Ces expériences d'alternatives concrétes sont les fermentations
et les fers de lance d'une écologie pratique appliquée,
elles nous interpellent sur la necessité
d'une remise en cause fondamentale du productivisme,
elles nous montrent la réalité de ce que la pauvreté n'est pas la misère,
nous invitent à expérimenter la décroissance économique au quotidien.
Elles mettent surtout en oeuvre la question de la cohérence
et de la solidarité avec les peuples du monde et avec la planéte.
Se restreindre soi dans sa consommation,
revendiquer sa sobriété,
étre capable de se donner des limites,
être conscient de ce qu'on laisse derrière soi,
c'est l'expression d'une spiritualité fraternelle,
basée sur la non-violence et l'engagement personnel.
chauffer sa yourte
Beaucoup de personnes se demandent comment chauffer une yourte!
Le confort thermique dépend, bien entendu,
de l'isolation que l'on pose sur son toit et ses murs.
Pour ma part, du fait de mes couches de laines superposées,
j'ai toujours eu bien plus chaud dans ma yourte que partout ailleurs.
J'utilise un petit poêle à bois acheté aux puces,
sur lequel je fais chauffer mon eau et ma soupe.
En hiver, alors qu'il géle jusqu'à midi et que le thermomètre est à moins dix,
j'ai quand même vingt degré dans la yourte,
et parfois, à Zéro degré,
quand une couche de neige vient renforcer mon isolation,
la température interne monte à 25:
là, je suis obligée d'ouvrir ma porte car j'ai trop chaud!
Faire du feu est tout un art, surtout dans une yourte:
il faut savoir réguler la chaleur rayonnante
pour ne pas prendre de risque d'échauffement exessif du tuyau.
J'évite de laisser trop longtemps mon feu sans surveillance,
bref que du bon sens et des précautions normales.
J'ai choisi de faire sortir mon tuyau sur le coté,
et je n'ai jamais eu à regretter cette option.
Aucune infiltration d'eau de dehors,
pas de fumée, pas de coulure de suie....
Il suffit de bien arrimer le tuyau à l'extérieur
et de le faire monter assez haut pour un bon tirage.
Ceci est simple et tout simplement merveilleux,
car vraiment, rien n'égale une soirée bien au chaud dans la yourte!
la solitude
La solitude est un état d'esprit.
On veut la faire passer pour une malédiction,
alors qu'elle est le sceau de notre nature humaine,
sa chance d'accomplissement.
Lorsqu'on parle de la solitude des personnes agées,
des malades, des prisonniers,
on évoque un abandon, un oubli, une mise à l'écart.
C'est une solitude triste, souffrante, qui tremble ou crie.
C'est un isolement.
Mais notre époque, friande de grand public et de rassemblements,
on parle très peu de cette conduite de vie solitaire
qui favorise la réflexion et affermit l'indépendance,
de cette solitude belle et courageuse, riche et rayonnante,
que pratiquèrent tant de sages, de saints et de philosophes.
Comme si cette voie était réservée à quelques originaux
ou tempéraments forts, comme si elle constituait
l'ultime bastion de résistance face à la bétise,
au conformisme et à la vulgarité.
Quel grand feu couve donc ce bloc de solitude,
cet état de parfaite densité pour qu'on s'ingénie à le combattre
et à le confondre avec l'isolement et la difficulté de vivre?
Tout solitaire qui choisit de demeurer un certain temps en silence
se livre à cette tache subtile, toute intérieure,
d'ouvrir en lui des portes, de devenir poreux,
d'être traversé par le monde au lieu de s'en couper.
Cela correspond, bien sur, à une ouverture de conscience,
un élargissement du coeur.
Et cela conduit à passer incognito sur cette terre
au lieu de s'ériger en maitre,
au lieu de se vanter des qualités acquises et des états spirituels approchés.
Vivre comme un moine dans le monde,
tel est le noble défi qui se propose à l'homme aujourd'hui,
conscient de ses devoirs envers les autres et la nature entière,
mais aussi des dettes qu'il a envers l'Eternel.
On s'apercevra de plus en plus dans les ans à venir
que le sacré ou la sainteté ne sont pas l'apanage d'un lieu,
ni d'une religion, ni de personnes consacrées,
et que la mission de l'homme sur terre consiste à faire émerger,
à faire fleurir ce sacré en tous lieux.
La solitude me paraît étre ce puissant ferment
capable de faire lever un monde totalement nouveau.
Il ne s'agira plus de fuir la ville pour faire retraite à la campagne
ou dans un désert,
pour se cacher dans un monastère ou un ashram,
mais bien de porter dans la ville et en toutes contrées
le silence que l'on a en soi, et l'esprit de contemplation.
Il ne s'agira plus de protéger son feu et ses joies personnelles,
de se tenir farouchement loin des autres,
mais de semer sur ses pas tout l'or recueilli dans la solitude.
Texte de Jacqueline Kelen, issu de son livre:"L'esprit de solitude".
le voyage de Soael
Témoignage de Soael, yurtaoiste Ardéchoise.
Je ressemble à ma mère qui est une femme libre.
J'adore depuis toujours me balader sur les routes,
aller à la rencontre des gens, des cultures.
Je n'ai jamais voulu être propriétaire, parce que,
grace à mes voyages, la terre entière est ma maison.
J'ai cette vision de mon lit sous une moustiquaire en Afrique,
et là, devant, une petit carré de soleil dans la cour.
Intensement, je ressens que je suis vraiment chez moi,
dans ce petit carré de soleil.
Cette sensation, je la ressens partout ou mes pieds débarquent,
cette sensation que sur un petit bout de territoire ou je suis posée,
momentanement, je suis totalement là, totalement vivante.
J'ai donc logiquement quitté la ville à vingt ans pour aller vivre en Ardéche.
J'ai commencé de longs voyages en Inde en hiver,
et des boulots saisonniers les mois estivaux en France.
Mes compagnons travaillaient pour acheter une maison,
mais moi je n'en voulais pas, je n'en ai jamais voulu.
Puis, un jour, j'ai rencontré la yourte, grace à toi, mon amie.
J'ai de suite compris que mon attirance indéracinable
pour la vie nomade pouvait enfin se concrétiser.
J'ai accompli avec les années un long chemin initiatique,
de connaisssance de soi à travers différentes pratiques,
comme le Yoga, le Taichi, le Chikong, le chant, la danse, le théatre,
dans le rythme de vie ardéchois,
entre traveaux agricoles, marchés, services dans les restos.
Puis j'ai accepté le minimum vital
parce que je ne suis pas dans le profit,ni dans l'économie,
que c'est de plus en plus dur de trouver un boulot acceptable.
Ca me permet de repérer mes propres fonctionnements,
de respecter mes rythmes et ceux des saisons,
de me former dans des domaines qui m'interressent.
J'ai donc appris le massage ayurvédique,
une technique douce que je peux offrir partout ou je suis,
que je peux échanger contre d'autres pratiques.
Depuis que j'ai ma yourte, je peux y pratiquer mon art:
les femmes adorent cette ambiance douce et tonique en même temps,
sécurisante et revigorante, joyeuse tout en recentrant vers l'essentiel.
J'ai habité dans ma yourte tout cet hiver avec un compagnon
sur un terrain isolé entre deux hameaux.
On a remonté des murets en pierre,
disputant la pente aux passages de sangliers,
on a construit un petit terrassement, tout en matériaux naturels,
j'ai tracté pas mal de cailloux.
Le contact avec les pierres, la terre, le bois me fait du bien,
j'ai l'impression d'atterrir un peu,
de me solidifier,tout en restant très simple.
Nous avions un petit poéle à bois,
largement suffisant pour le volume habitable,
nous prenions nos douches dehors avec l'eau d'une petite source proche,
nos toilettes séches étaient dans la forêt.
Tous les jours par tous les temps, je me suis lavée dehors,
j'ai adoré ça, ça me filait une pêche terrible!
Nous utilisions un petit panneau solaire avec batteries
pour une lampe le soir, et un peu de musique.
Cette vie sauvage nous relie puissamment à la nature:
on peut s'extérioriser sans géner personne,
parfois j'allais crier tout mon saoul dans la forét,
c'est merveilleux comme ça décharge des tensions de la vie de couple!
Je pratique aussi l'art du tambour, ce son chamanique profond
qui fait ressortir nos tripes archaiques.
Il faut avoir entendu ce son dans la yourte,
qui agit comme une caisse de résonnance,
on est traversé de part en part, on devient soi même son,
on s'unifie à l'univers par cette reliance formidable du son.
Nous nous retrouvions en train de danser amoureusement
au milieu de la yourte, dans une communion d'esprit très émouvante.
La vie à deux dans la yourte touche assez vite ses limites
si on ne peut sauvegarder un peu d'intimité personnelle.
Ma yourte est petite, et bien que, par mes voyages,
je sois très habituée à la promiscuité, j'ai été confrontée
au manque de solitude et de ressourcement privé,
qui est l'apanage du retraitant sous yourte.
L'éceuil fusionnel du cercle est palpable dans un trop petit volume.
L'idéal serait de construire en plus une yourte en dur
pour avoir chacun son espace.Néanmoins, j'ai vécu cet hiver
comme un véritable voyage hors du monde connu,
car nous sommes restés longtemps sans sortir vers la civilisation,
en autarcie.
C'est un voyage sur place qui ne coute rien,
on peut aussi l'arréter quand on veut sans dommages:
la yourte se démonte en une journée,
cette rapidité continue à me faire évoluer dans la receptivité à l'inconnu.
Cette façon de faire et refaire son cocon, son nid,
c'est éclore et s'envoler à chaque saison!
Dés que je me trouve dans une yourte,
c'est l'esprit du voyage qui me saisit!
L'abscence de contrainte me ravit,
j'y trouve ma vraie respiration.
Sous la yourte, je chante spontanement
avec toute la gammme de mes émotions,
assise sur la terre-mère avec qui je rentre en communion.
J'adore aussi y dormir avec les copines:
avec le cercle de femmes, on remercie le vivant de la yourte,
le bonheur de reposer dans les bras de la vie!
comités BOVE du Gard
Pour la campagne de José Bové, le département du Gard
rassemble en coordination dix comités locaux.
Ces comités sont issus de ceux qui se sont constitués spontanement
dés l'annonce de la candidature de José le 1 Février,
et qui se sont activés sans compter, malgré de lourdes obstructions,
pour réunir les 14 parrainages obtenus.
Ce candidat incarne pour beaucoup d'entre nous, qui doutions
de l'utilité d'un scrutin pour un changement radical de société,
une chance unique pour construire un nouvel espace politique.
Dans ces comités, des militants de toute la gauche anti-libérale
cotoient de simples citoyens qui n'ont pas fait de politique avant,
mais mus par un grand espoir et un bel enthousiasme.
S'y cotoient par exemple des élus,
des professionnels chargées de l'insertion dans les institutions,
et des personnes dites à réinsérer, des Rmistes
qui remettent en cause leur insertion dans ce type de société vouée au profit,
qui assument et revendiquent leurs résistances,
par exemple en réclamant un revenu d'existence universel,
qui permettrait de choisir son activité
et de remettre à plat les objectifs du travail
et de la croissance dans un ordre mondial soumi aux lois iniques du marché.
S'y cotoient des militants associatifs, des salariés, des artistes, des précaires,
des syndicalistes, des paysans, des femmes, des jeunes,
des moins jeunes, des immigrés, des artisans,
des acteurs locaux de différents horizons sociaux.
Cette spontanéité et cette diversité induit
que c'est souvent sans expérience et sans moyens logistiques
que nous nous sommes engagés dans cette campagne.
La candidature de José Bové est ainsi portée par un véritable mouvement de fond ,
qui pose la question essentielle du sens
et de la finalité de la vie et de la politique,
qui propose de redéfinir nos objectifs fondamentaux,
et qui non seulement inclut dans cette logique les sans voix,
les exclus et les laissés pour compte de cette société,
mais se veut leur porte parole.
Il s'agit de légitimer les revendications de tous ceux qui,
parce qu'ils veulent rester simplement humains,
ne trempent pas ou plus dans le mensonge généralisé
qui consiste à nous faire croire qu'un peu de réformes
suffira à régler les graves problèmes démocratiques, écologiques, sociaux
de notre société et de la planéte.
Alors n'ayez pas honte parce que vous êtes pauvre, isolé, inutile,
indésirable, étranger, assisté, jeune ou vieux,
malade ou handicapé, exclu ou tout simplement abandonné
dans vos quartiers et vos campagnes,
n'ayez pas honte parce que vous êtes épuisés, cassés,
depressifs, impuissants,
n'ayez pas honte d'être malheureux
parce que vous n'arrivez plus à protéger vos enfants d'un avenir bouché!
Nous n'avons pas à avoir honte face à tous ces menteurs
qui nous instrumentalisent pour faire peur aux autres
et instaurer un état policier!
La vraie honte doit aller à ces escrocs de grands chemins
qui bafouent les droits élémentaires des peuples,
ceux qui se remplissent les poches en mettant le monde à feu et à sang,
ceux qui n'écoutent que leurs égoismes, leurs ambitions et leurs cynismes!
Alors le grand défi consiste désormais à ce que nous,
les vrais experts des effets de la mondialisation libérale,
resistants ordinaires et extraordinaires à la standardisation mortifère,
nous nous réapproprions notre dignité et la finalité de nos vies,
nous transformions nos épreuves en prises de conscience,
en forces de résistance pour un autre monde possible maintenant.
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