Le savoir des jours


Quand nous savons,

à cause de l'endurance de pertes cruelles,

combien la vie est brêve, fulminante et irréversible,

alors, chaque matin, même les volets fermés,

le jour qui se lève

devient une aurore boréale.


Quand nous savons,

dans le dénuement d'un hiver trop rude,

combien le mystère de la vie habite la nature,

sans que nous ayons besoin de rien y rajouter,

alors chaque matin, même si je n'ai pas de rendez-vous,

le jour qui se lève

allume en moi la torche du bonheur.


Quand nous savons,

à cause des chagrins d'amour,

comment la vie nous lâche si seuls au pied du vide,

alors chaque matin, sans mon prince au mitan du lit,

le jour qui se lève

pose le soleil dans un firmament encombré d'étoiles.


Quand nous savons,

de défaillances en défaites,

combien la vie si fragile ne peut combler notre manque éternel,

alors chaque matin, malgré l'huissier à ma porte,

le jour qui se lève

me jette à genoux devant Celui qui fait battre mon coeur.


Quand nous savons que,

si nous comptons ce que la vie nous enlève

et jamais les cadeaux sur le seuil aprés l'orage,

chaque matin qui se lève n'est plus

qu'un coup de balai sur le calendrier,

alors, malgré les larmes de notre puits sans fond,

je laisse à la joie

la place du roi

pour le reste des jours.