chouette_elleRivalité, concurrence, méfiance, contrôle et espionnage, déloyauté, dérives sécuritaires et arbitraires, considération de l'espace public comme un boulevard du crime et de son voisin comme un terroriste potentiel, ces constantes de l'hyper capitalisme portent en elles cette perversité majeure de déposer sur chacun une menace permanente, de susciter défenses et de retranchements quand ce n'est pas de l'agressivité érigée en mode de vie.

Cette rivalité est agissante parce qu'elle repose sur le réflexe instinctif de croire que le gâteau de la terre est insuffisant pour tous et qu'il faut se battre pour obtenir sa part, la soustraire aux autres en les écrasant ou les éliminant.

Ceux qui manipulent sans vergogne ce mensonge obtiennent ainsi, par l'abus de confiance institutionnalisé, le droit d' aliéner leurs propres frères dans des cadences infernales et de s'en rendre propriétaires, comme d'une vile matière, à coups d'endettements.

Comme la population augmente en même temps que la mécanisation et l'informatisation, que les taches, graçe à la science, sont sensées s'alléger, les tenants, les nantis et les chefs craignent que le temps libre dégagé permettent à quelques rebelles toujours trop en avance sur leur temps d'être en mesure de comprendre comment on les manipule, et, par suite, de se révolter contre l'oppression de masse, la financiarisation de toute l'activité humaine et le muselage de l'imagination.

Ils créent alors des tas de travaux inutiles et futiles pour les menotter et les empécher de réfléchir. Ils invoquent le dieu « croissance », secondé par la déesse « technocratie », à vénérer par des tonnes d'actes insipides et destructeurs, croissance qui n'est autre que celle des intéréts des banquiers et des actionnaires.

C'est ainsi que le travail dans le système actuel est devenu du travail forçé.

Les capitalistes et les ultra-libéraux savent très bien que le monde est limité, c'est pourquoi ils tentent d'accaparer tout pour eux au détriment des autres. Ils savent qu'aujourd'hui la terre peut nourrir et entretenir 12 milliards d'habitants, mais ils sont incapables d'imaginer une autre répartition que celle qui nourrit leurs égoïsmes. Pour continuer à s'en mettre plein les poches, ils se sont alliés avec des sous-chefs auxquels ils ont promis une part de leur butin en échange de leur force de travail.

Les avantages offerts aux sous-chefs sont devenus l'étalon économique et juridique de tout le droit du travail: de là découlent toute hiérarchie, tous les régimes spéciaux, tous les systèmes d'entretien et de renouvellement de la force de travail et la création exponentielle de nouveaux besoins. Ces sous-chefs à tous les échelons de l'esclavage ont déployé leurs forces d'oppression et de persuasion sur les autres travailleurs pour leur faire croire qu'en travaillant de plus en plus, ils auront une part au racket généralisé de la nature et de l'humain, que plus ils produiront de gadgets, plus ils pourront se gaver.

En fait, tout le monde veut devenir sous-chef et tente en même temps de se trouver prés du radiateur.

Ce mensonge diabolique s'appelle la croissance.

La croissance est ce mythe hydrocéphale qui est généré par la pensée unique, dont le principal attribut est l'incapacité à mobiliser le moindre sens critique, et de refouler toute conscience morale au profit de la grégarité.

Il en découle des mensonges à tous les étages de la société, via l'économie.

Les mensonges les plus virulents concernent les exclus du système, ces rôdeurs malveillants soupçonnés de tous les maux, tous ceux qui, pour une raison ou une autre, totalement inhérente à la pression et à l'emballement de la machine, sont écartés de gré ou de force de la norme, et qui, en voie de décristallisation, se souviendraient dangereusement que la vocation humaine s'exprime dans la dignité et l'émancipation.

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Puisque tous les biens sont arrachés à la force du poignet contre l'avidité du voisin, ceux qui ne participent pas à la bagarre générale et ne polluent pas de leur consommation ce qui reste de nature, sont dévalués, puis stigmatisés.

Qu'ils soient mécaniquement évacués de la centrifugeuse, par élimination cinétique, par saturation d'endurance, par usure, ou qu'ils choisissent de se détacher, tous ces évadés du totalitarisme fonctionnel de l'efficace et du rentable incarnent les symptômes d'une maladie organique du système.

Avec des mesures comme le RSA, Revenu de Solidarité Active, apparaît clairement la volonté de vouloir remettre de force dans la cale tous ces gens qui sont restés sur le quai pendant que le grand Titanic claironne en embarquant l'élite de la terre, ce qui revient à nier tous les symptômes de la maladie.

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Les socialistes et les partis d'extrême gauche critiquent les moyens mis en oeuvre pour aboutir au RSA, et bien qu'ils en dénoncent les perversités économiques, financières et répressives, ainsi que les atteintes au droit de cette loi, il y manque la lucidité, le courage et l'honneteté de révéler l'insanité fondamentale qui consiste à vouloir éradiquer la pauvreté à coups d'outils fabriqués dans le système même qui la provoque!

On ne peut se contenter de l'ignoble tour de passe passe qui consiste à étouffer le cri humain qui s'exprime dans la pauvreté, cet appel au secours lancé par la frange d'une société de plus en plus inhumaine, une société qui se débarrasse de ses naufragés pour les donner à manger aux requins.

Nous les pauvres assistés paresseux et inaptes, en sommes juste réduits à devoir écrypter la recette de la sauce à laquelle nous allons être mangés.

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Mr Hirsh, petit loup aux ambitions sans freins, a été plaçé au quart de nuit par notre impératueur pour remplir la sale besogne qui consiste à tendre la perche à ceux qui jurent de se taire sur les causes du naufrage, qui jurent de n'avoir rien vu, qui se désavouent eux-mêmes et trahissent leurs fréres de dérive. Et tous les médias se félicitent d'avoir pu photographier ce scoop d'un sauvetage héroïque de quelques égarés qu'on va hisser en exemple! En exemple de quoi? D'avoir été remis au niveau de gentils collabos?

On nous demande d'étre des lâches, des traîtres et des salauds pour avoir une chance de survivre dans le camp de travail forçé.

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He bien non, nous ne sommes pas obligés de vendre notre âme pour obtenir quelques miettes d'un gâteau pourri. Nous ne sommes pas obligés de dénoncer le copain d'à coté pour obtenir les faveurs d'un caporal de l'insertion.

Nous pouvons refuser de nier le symptôme d'un corps social malade et souffrant que nous incarnons à nos vies défendantes.

Car ce n'est plus l'intelligence qui décode les symptômes manifestes du corps social: le mental a largement prouvé combien, en complexifiant outrageusement l'accés aux droits élémentaires, on a éloigné du quotidien, de la simple vision, ce qui rend humain, ce sens de sa vie qui rend signifiants nos engagements, ce besoin essentiel qui est de compter sur sa communauté pour redresser la barre quand son capitaine se fourvoie. Ce qui est agissant alors, c'est le simple bon sens, l'instinct de survie.

Ce bon sens est porté normalement par la pulsion de vie.

Or nous savons que le Titanic va sombrer, c'est le fruit de l'expérience historique. Nous savons qu'il emporte avec lui un pan de civilisation décadente, dépassée, nous savons qu'il faut écouter les symptômes pour décrypter la maladie, rectifier le tir et construire des bateaux viables.

A bord du paquebot néolibéral, des petits dictateurs psychorigides qui croient de manière infantile à la toute puissance sans bornes de ce qu'ils sont, ainsi que des braves fonctionnaires à la myopie galopante qui exécutent fidélement des ordres iniques, renforcent le déni de toute une société, entraînant les embarqués à leur perte.

La dernière guerre mondiale a laissé, je l'espère, suffisamment de traces dans la mémoire collective pour que plus rien ne puisse nous enlever de l'esprit le souvenir de quoi sont capables des hommes ivres de pouvoir qui ne rencontrent pas de résistance.

A nous, exclus ayant pris du recul, de gré ou de force, de refuser d'embarquer et de prévenir haut et fort! N'attendons pas qu'ils nous traitent comme ils le font avec les pauvres du monde qui tapent à nos portes. N'attendons pas les rafles au petit matin, pour nous évacuer des quartiers chics, nous plaçer en détention dans des couloirs d'administration où de gentils associatifs de l'insertion seront payés à nous torturer avant de nous raccompagner en camisole dans nos ghettos!

Nous ne devons pas attendre de gens qui ne parlent que d'argent et s'en mettent plein les poches qu'ils prennent à coeur la situation des pauvres. S'ils font semblant de le faire, c'est pour se déculpabiliser au mieux, au pire pour détourner l'attention et tromper tout le monde.

Le RSA est la mesure symbolique la plus saillante de ce refus de prendre en compte les symptômes d'un système qui doit muter.

Le RSA, qui se voile sous la démagogie odieuse de la charité collective, est une résistance archaïque contre la nécessaire transformation sociale.

Le RSA, c'est le renchérissement d'une valeur travail désuéte fondée sur l'asservissement des masses et la dilapidation des ressources, travail qui désormais produit plus de dégats que de bienfaits.

Le RSA, c'est le travail forcé qui se révèle au grand jour!

Le travail forcé, c'est le contraire absolu de la créativité qui naît de la paix.

La paix n'est possible que si chacun dans le corps social bénéficie de la reconnaissance et de la sécurisation de ses besoins premiers, la paix n'est possible que si les ressources sont fournies et reparties sans discrimination. Ce qui est largement possible aujourd'hui vu le volume des richesses mondiales. De là, plus personne n'aura besoin de faire croire que le travail est refusé par une sous- caste de paresseux, car une personne qui se sent respectée et reconnue dans son humanité participe spontanément et pleinement aux tâches collectives.

Car la vraie croissance n'est pas celle de la production et l'appropriation de biens matériels de façon exponentielle et suicidaire, mais celle des valeurs qui fondent la singularité de l'humanité, valeurs qui doivent se différencier des animaux, de la loi instinctive du plus fort et de la horde, de l'élimination du rival et du saccage des ressources nourricières.

La vraie croissance, maintenant que l'humanité a rencontré ses limites,

c'est le sevrage.

Ne plus désirer que le lait coule en permanence pour soi seul au monde. Démonter le mythe de la mère intarissable et l'illusion prométhéenne, faire face au principe de réalité. Accepter que l'ére matérialiste s'achève avec l'épuisement de l'or noir. Se tourner vers ses fréres et soeurs, les découvrir, échanger avec eux, construire des relations amicales avec ses voisins et partager pacifiquement la terre.

Voir que sur une planête féconde, tout le monde a envie de travailler et de participer à une collectivité humaine juste et solidaire.

Voir sa pourvoyeuse avec plus de distance devrait inévitablement entraîner, par un processus d'individuation, une responsabilisassions de ses actes.

Une relation qui reconnaît à l'autre le droit d'autant de place que soi, qui accepte un héritage commun à gérer entre égaux, que l'autre soit d'une race ou d'un genre différent.

Cet héritage, nous devons en dresser un état des lieux pressant: c'est ce que font les écologistes, les lançeurs d'alerte, et les associations citoyennes d'usagers. Le constat est grave.

Ou nous mutons, ou nous sommes engloutis par la pulsion de mort.

Notre société n'a pu évoluer de la féodalité à la modernité que parce qu'en son sein, des penseurs, des visionnaires, des gens libres et honnétes, qui ont eu le courage de s'exclure du mode de vie traditionnel, se sont joints à toutes les victimes de l'oppression et ont été capables d'anticiper, à travers la lutte révolutionnaire et l'engagement personnel, pour poser l'exigence de la justice, de la démocratie et du droit.

C'est pourquoi la vision d'une économie qui démonte les mensonges sur lesquels elle est abusivement fondée, et particulièrement les mensonges sur l'émission de la monnaie, une économie qui offre à chaque citoyen une part des ressources du simple fait de son existence, tout en relocalisant les productions pour favoriser les échanges directs et restaurer le lien social, constitue aujourd'hui une alternative que les objecteurs de croissance étudient avec attention.

Il est crucial de dénonçer les mensonges de l'horreur économique qui nous sont encore serinés comme des évidences, alors que les régles actuelles de l'économie ont été fondées au dix-neuvième siécle sur un préjugé de rareté et d'accaparement individuel aujourd'hui totalement obsolète.

Toute production ne coûte pas d'argent, mais uniquement du travail et de la matière. Le travail, c'est les hommes, la matière, la nature.

La production n'est coûteuse que parce que les États ont renonçé à créer leur monnaie et que chaque projet s'entend répondre: ça coûte cher. Ça coûte cher si on va chercher l'argent chez le banquier qui ne travaille jamais et vous le facture hors de prix pour faire fonctionner son système privé. Ça ne coûte rien si l'argent est créé par un État qui retrouve sa vocation première de transfert collectif. Alors qu'on en est arrivé à ce que quand l'Etat emprunte aux banquiers qui facturent les intéréts, c'est l'impôt qui rembourse la dette à des organismes privés! Ça s'appelle du détournement de fond crapuleux! Voilà ce qu'est l'économie d'aujourd'hui.

Il suffit de désigner des boucs émissaires en plus de la propagande idéologique qui consiste à faire croire que si l'état est endetté, c'est qu'il vit au dessus de ses moyens, et le tour est joué: suppression des services publics, serrage de ceintures pour le peuple et stigmatisation des assistés. Le tout accompagné d' un grand soupir général d'impuissance.

En tant que personne perçevant le revenu minimum, revenu que je déclare droit fondamental non soumis au chantage, n'ayant pas jeté ma conscience aux orties, me levant tôt pour des journées bien remplies, je réclame la création d' un espace sociétal hors profit, prioritairement dévolu à des activités de services à la personne et à la nature, basé sur une monnaie sans spéculation, non rentable. Les emplois créés par cette monnaie émise selon les besoins par l'Etat, monnaie électronique et gratuite, non convertible en devises étrangères, donc abondante et non cumulative, ces emplois générés sur un champ d'actions aussi vaste que l'humain et l'écologie, deviendraient une source de réalisation de soi hors de toute aliénation. Ce qui créerait satisfaction, confiance et cohésion sociale, ainsi qu' une nouvelle relation à la nature et ses ressources.

Postulant que l'héritage de la terre est égal pour tout être y naissant, je dénonce que les nantis qui accaparent des parts illégitimes sont des brigands, et qu' ils doivent être démasqués comme tels. Par suite, je réclame la création par l'Etat d'une monnaie attribuée à chaque être humain pour le seul fait de son humanité sous la forme d'un revenu insaisissable à vie.

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En tant que femme, je rappelle que le RSA a été proposé par Mr Hirsh, ex- président d'Emmaus, association essentiellement masculine. Or, ce que l'on occulte généralement, quand on tente d'englober tous les « RMIstes » dans le même sac, c'est que les trois quarts sont des femmes isolées avec enfants.

Nous femmes, de même que nous avons combattu pour la liberté de disposer de nos corps, en pratiquant la désobeissance civile quand c'était nécessaire, et en prenant des risques personnels et collectifs pour faire changer la loi et les mentalités, de même nous combattons pour la liberté de disposer de notre temps et de notre cerveau.

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Le dilemme ne doit pas être de savoir si on veut rester à la maison ou aller travailler: c'est un faux choix basé sur l'acceptation et l'intégration des valeurs masculines exacerbées de conquéte, de prédation, de domination, et non sur la liberté d'exprimer ce dont nous avons vraiment besoin, la société pacifique, coopérative et non concurrentielle que nous voulons, qui soit un avenir praticable pour nos enfants.

Si le deuxième millènaire a été celui du matérialisme, de la conquète des ressources et la prise de conscience des limites, le troisième qui commence sera celui de la fraternité et de la répartition.

Il faudra y apprendre la vraie solidarité par une distribution équitable de notre bien commun. Ce qui commence par cette sobriété choisie au quotidien par ces veilleurs qui dénoncent le scandale de l'injustice sociale partout étalée comme une gangrène et préconisent d'y porter le remède de l'amour et donc du partage.

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