YURTAO, la voie de la yourte.

fabriquer et habiter sa yourte, résister et s'engager contre la marchandisation du monde, inventer un nouvel art de vivre.

02 mai 2008

animal sauvage de compagnie

J'aime pas les chats, j'aime pas les chiens, même mignons.

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Particulièrement en cette période

ou tant d'humains sont menacés de famine.

Je n'aime que mon petit lézard.

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Mon petit lézard habite en colocation dans ma yourte.

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Il acquitte son loyer en gobant insectes et mouches et,

comme baromètre, il est plus fiable

que tous les objets des hommes.

Ça fait plusieurs années que nous nous côtoyons,

ce qui crée quelques attaches,

même si je n'ai jamais caressé mon petit lézard,

encore moins baisé son cou.

Ça a pourtant failli un beau jour, mais point de mon initiative,

les femmes ne prennent jamais l'initiative

dans les rapports de rapprochement physique,

ce qui permet de ne pas mélanger les genres,

entre roulures

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et bonnes à marier....

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Mais c'est bien grâce à sa présomptuosité

que j'ai enfin connu le sexe de mon petit lézard.

Il grenouillait sur le cercle de la couronne

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pendant que j'enfilais mes chaussons.

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Il s'est loupé.

En jetant un oeil coquin sur mes orteils,

ses petites pattes ont dérapé sur le vernis rouge,

il a glissé et il a chuté.

Une chute de deux mètres cinquante pour un petit lézard

équivaut à tomber du World State Building pour un homme.

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La différence étant l'amortissement:

moelleux tapis au lieu d'un dur ballast.

Sauf que mon petit lézard, en son audacieuse confiance,

a su visé juste, et m'est tombé sur l'épaule,

manquant le cou d'à peine deux centimètres.

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Hé bien, vous me croirez si vous voulez,

mais mon petit lézard ne s'est pas démonté le moins du monde,

il m'a donné un petit coup de queue charmant

en continuant sa chute sur la lirette multicolore,

s'est arrêté d'un coup sur mon orteil scotché,

comme sonné mais ravi,

m'a regardé droit dans les yeux

pendant quelques longues secondes que je n'oublierais jamais,

tant son regard m'ouvrait la porte

d'un monde immense en arrière de ma conscience,

s'est retourné sans une miette d'hésitation

en direction de la porte et a filé droit vers la sortie,

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comme s'il avait les plans de la yourte infusés dans les pattes.

J'en suis restée toute entière scotchée.

Non pas de peur, de dégout ,

ou tout autre sensation négative de trouillarde,

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mais de saisissement et d'admiration....

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Comme quand vous rencontrez une personne

que vous connaissez déjà,

mais que vous la voyez tout à coup vraiment

pour la première fois,

rencontre

à cause d'un rayon de soleil,

d'une ouverture qui a mûri à votre insu,

et que d'un coup, vous savez que cette personne là,

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qui se tient comme une révélation dans votre horizon,

elle vous plaît.

Elle vous plaît totalement, sans explications.

C'est pourquoi, depuis ce premier contact intense,

j'ai nommé mon petit lézard: « Samaskotché ».

J'avoue que depuis, il se fait plus pressant,

toujours à ma porte à surveiller quand je rentre:

c'est toujours comme ça quand vous tombez amoureux,

grave prise de risque sans remboursement d'investissement,

vertige

surtout aprés un coup de foudre réciproque dans une yourte,

un jour de tempéte de lézards, on commence à paniquer

quand l'autre s'absente un peu plus que prévu...

J'aurais bien voulu éviter cette maladie à « Samaskotché »,

lui qui m'a vu si souvent tenter d'attraper

l'impermanence, le détachement,

et l'agapé mystique sur mon coussin de méditation.

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Pratiquement, cette idylle reptilienne

est un bon régulateur de naissance:

je ne suis pas envahie par la fécondité de sa petite queue,

et la sublimation dont je suis adepte

fertilise mon inspiration lyrique...

Sauf que « Samaskotché » vient de me ramener une fiancée,

et que maintenant deux petites queues

se disputent le pas de ma porte.

Au lieu de lui faire le sale coup de la jalousie,

je préferre me rappeler l'anecdote écrite

quelques années auparavant,

aprés une rencontre tombée de haut de ce type,

version mammifère:

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page écrite avant que mon maître « Es Libération »

ne me porte les coups décisifs.

« Pauvre et marginale, je n'ai pas souvent les moyens

de me payer une aprés-midi chez le coiffeur.

Je n'y vais que pour les grandes occasions:

quand je quitte l'homme de ma vie,

quand je tombe amoureuse,

quand je divorçe ou me marie,

quand j'entame une période ascétique,

ou avant d'accoucher, ou, en dernier ressort, quand,

par révolte ou par provocation, je décide de refaire le monde

en jetant les hommes à mes pieds.

Donc, une fois, je vais chez le coiffeur,

en pleine période blanche,

blanche

pour dépouiller ma tête de ses derniers caprices mentaux

et parachever ma sobriété monastique.

Jamais je ne n'avais osé permettre

un rasage si intime de mon crâne.

Alors que je supportais héroiquement ma castration esthétique,

j'avisais derrière moi un bel homme aux yeux bleus

en train de se faire rafraîchir les tempes.

Ma nouvelle tonsure, mon nouvel ordre sexuel

rester_zen

m'interdisant toute appréciation, j'observais seulement,

dans le jeu de miroirs, le dégagement progressif de sa nuque.

Et soudain, quand la coiffeuse rabattit le col du viril cou,

il s'est levé, il est sorti,

il est revenu, et il a posé devant moi,

sur le bord du miroir, un énorme bouquet de fleurs.

lupanard

Il n'a rien dit, il a souri et il est ressorti.

Je ne l'ai jamais revu.

J'ai rougi de surprise et de plaisir.

J'ai touché les fleurs pour m'assurer de leur réalité

et j'ai demandé au coiffeur:

« Qui est-ce? »

- « Un aviateur »

Et voilà!

ballon_fleur

Il a été comme un avion super sonique,

transperçant la barrière invisible qui tient les êtres à distance,

il a réveillé le monde comme la foudre qui libère l'eau du ciel,

rouge_volcan

et il a disparu, dans la vitesse, la fulgurance.

Si j'étais un homme,

l_homme_de_vrai_de_vrai

j'aimerais être cet homme qui offre des fleurs à une inconnue

et s'en va sans rien demander. »

passage

Posté par barbesse à 20:28 - le TAO de la yourte - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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