YURTAO, la voie de la yourte.

fabriquer et habiter sa yourte, résister et s'engager contre la marchandisation du monde, inventer un nouvel art de vivre.

11 mai 2008

Sons et lumières, festival diatonique aux yourtes

rossignol

Aux longs mois d'hiver où tout est nu, uniforme,

immobile et givré, succède, chaque jour un peu plus,

la profusion de sons et de couleurs

qui font battre mes veines intensément à chaque printemps.

Dés Février, avec les mimosas et cognassiers du Japon,

cognassier_du_japon

je frémis d'impatience, à l'unisson des bulbes enfouis,

guettant l'échauffement d'un coin de terre

et l'échappatoire du soleil au dessus du trait noir de la colline.

Mais rien ne vaut l'émotion lumineuse

que me procure l'éclosion,

aprés les petites feuilles vertes acidulées,

des fleurs d'acacias.

HPIM6041

Elles arrivent tout à coup sur la plus haute branche,

j'ai levé la tête aprés avoir trouvé sur mon paillasson,

à cause d'un brusque courant d'air,

quelques fleurs toutes dures,

encore embobinées sur elle-mémes.

Elles arrivent toutes blanches au milieu des piaillements

HPIM6002

de milliers d'oiseaux en effervescence,

des centaines de chants qui, dés le lever du jour,

pénétrent avec une célérité joyeuse

l'enceinte amidonée de la yourte,

HPIM6053

s'immisçant dans mes rêves et me réveillant

dans un enchantement symphonique.

Là, au seuil de ma conscience, chaque aurore plus matinale

fait jaillir de mon coeur un élan de reconnaissance,

une allégresse qui me soulève de ma couche pour saisir,

sans plus attendre, tous les cadeaux

que cette journée toute neuve m'a préparé.

La chouette, égosillée d'avoir hululé toute la nuit, s'est tue,

le rossignol, infatigable siffleur, vrille l'espace sonore

d'échelles tonales bondissantes, et je ne sais plus

où donner de l'oreille pour trouver une ligne harmonique,

car la montée du soleil les rend tous complétement dingues.

L'alouette et le merle précédent de peu le rouge gorge,

et, quand le soleil s'installe, le pinson et la mésange,

vite rattrapés par le pivert, inaugurent la journée

qui commence en fanfare, dominée par le roucoulement

du couple de tourterelle qui chaparde

mes graines de fleurs et le poulailler voisin.

En journée, les vols de canards sauvages

tirent mes yeux aux cieux,

et je me retrouve alors au comble de la béatitude,

car depuis que j'ai lu toute petite l'histoire de la princesse

et de ses frères les cygnes sauvages, et plus tard,

les poèmes chinois sur l'augure nuptial

des vols d'oies sauvages,

je ne peux m'empécher de planer avec elles par l'esprit,

m'imaginant sur un de ces cous puissants

en train d'être amenée vers mon prince.

Les chants des mâles me font tourner la tête,

je suppute les battements d'ailes

des petites femelles en vadrouille,

avec leurs envies de tisser leurs bouts de laine,

récoltés dans mes poubelles à tissus,

des petites femelles qui hésitent encore

sur le plumage le plus prometteur et le plus lustré,

ces grandes ailes qui les emmèneraient

vers des contrées magnifiques construire un nid douillet,

rond comme la yourte,

où déposer enfin les oeufs qui se pressent dans leur ventre.

Puis j'entends le shark rauque du geai,

et le cri limite désagréable de la corneille,

qui me rappellent comment les artistes japonais inspirés du Zen

laissent toujours, volontairement, dans leurs oeuvres,

une petite imperfection, une dissymétrie ou une erreur,

singularité échappée d'une esthétique trop accomplie,

afin de symboliser la réalité de notre humanité souffrante.

Chaque jour le camp se transforme et me trouve toute exitée,

incapable de m'en écarter, incapable de louper une phase

de cette métamorphose hallucinante

déployée en opéra symphonique gratuit dans mon jardin.

Plus je reste tranquille et plus mes sens s'affinent,

pressés de jouir de l'apaisement d'une sieste dans l'herbe,

à écouter le murmure d'un arbre bouillonnant de sève,

dont je sais que rien, sinon l'apocalypse,

n'arrétera la régénérescence perpétuelle.

Comment contenir dans sa vie toute cette beauté

et ces palpitations de volupté?

Certainement n'est pas en tentant de prolonger sa vie,

en négociant quelques printemps de plus,

mais sans doute en infusant chaque instant

pour connaître la sensation d'achèvement du présent.

Je sais que demain est loin d'être acquis.

Trop de coucous cravatés, en costards et lunettes noires,

qu'on reconnaît à leur façon méprisante de vous ignorer,

arpentent les ruelles de mon village,m_chant

à la recherche de nids à détrousser.

Ils recensent les bâtisses et les terres à spéculer,

ils cherchent des pauvres à sortir ou à exproprier,

et des innocents à berner.

Pour avoir toute la place, ils n'hésitent pas

à jeter par dessus bord tous ceux qui les gènent.

Ils enjambent mes guirlandes de portes, arrogants et hâbleurs,

piétinent mes plates bandes et déclarent en me toisant

que le monde leur appartient.

Un de ceux là, descendu du marche pied hautain

de son 4X4 parisien pour arnaquerdangereux_arrivage

quelques villageois de leur maison de famille,

s'est quand même fait serrer

à Nimes dernièrement,

en train de forçer un réseau

de petites perruches de l'Est

à forniquer:

perruches_enferm_es

neutralisé pour combien de temps?

Sur ce land que je cultive sans espoir de retour,

je n'ai d'autres alternatives

que d'ouvrir une jachère aux abeilles

et continuer à planter des fleurs,

HPIM1378

continuer comme si chacun avait le droit à un lopin de terre.

La bagarre demain peut recommencer,

la traque, la loi du plus fort, l'injustice et la violence,

les menaces et la colère, oui demain tout peut arriver,

un bull dozer avec un préfet véreux

qui déboule pour tout casser,

demain, je le sais maintenant au plus profond de mes tripes,

je peux brusquement céder ma place,

parce que je suis trop bonne à éliminer.

Mais en soumettant mes heures aux saisons,

en traversant l'effroi innommable d'avoir du rendre

le corps de mon enfant à la terre avant le mien,

j'ai mis la fin dans chaque début,

j'ai apprivoisé cet endroit de lumière gardé par les anges

où elle m'a précédé,

mon enfant qui a l'âge d'un printemps éternel,

ma fille au sourire bleu et limpide comme un jardin d'Eden,

qui me rend si forte.

Je suis, dans la yourte, au milieu des oiseaux,

des herbes folles et des fleurs sauvages,

dans le jardin du Paradis.

Mais je suis aussi, à cet endroit précis,

une créature qui prend conscience de l'amour qu'il a fallu

pour créer tant de merveilles,

et de l'amour qu'il va falloir

pour transmettre ces cadeaux en bon état

à ceux que nous mettons au monde.

Posté par barbesse à 10:22 - le TAO de la yourte - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

frissonnée

chère Sylvie, je finis de te lire, transpercée de frissons des pieds à la tête. Non pas que ce soit nouveau lorsque je viens me remplir de tes mots, mais là, peut être, ce texte sans images est il plus poignant encore, plus percutant ? .. (les photos vont elles être déposées après ?) toujours est-il que je me ressource à ta voix, ta voix dont je me rappelle un peu,(pour l'avoir entendue trop peu) que je devine à d'autres moments, lorsqu'elle est enrouée, émue, comme sur la fin de ton texte.. merci infiniment Sylvie, merci de partager et pour tout ce que tu nous apportes !
je te souhaite un dimanche ensoleillé avec Samakotché ;-)
PS et je te chipe pour mon plaisir égoïste quelques mots pour les mettre sur mon blog !

Posté par ambre, 11 mai 2008 à 10:56

photos

ah, voilà les photos, nous étions connectées en même temps, super !
je t'embrasse Sylvie !

Posté par ambre, 11 mai 2008 à 11:01

merci

merci pour cet écho que j'ai découvert sur ton blog. conscience, nature, poésie et actions. un petit mot de bienvenue pour cette première rencontre.
La force de la beauté s'offre miraculeusement
à mon ombre la plus inerte,
sans relâche et renouvellée.

Mes pieds qui parcourent la terre de mon quotidien
ne renient pas le ciel mouvant autour de ma tête.

Le fil de rupture qui me maintient funambule
suit le joug de mon inspir, de mon expir.
Quel est mon choix?
En corps un pas ...vers la clarté?

Tout est tellement toujours là.
Avec mon coeur l'univers bat.

Posté par airl, 12 mai 2008 à 11:25

Merveilleux printemps

que tu nous décris là... J'en ai profité aussi un peu ces derniers jours où un ciel bleu immuable m'a permis de rester dehors à jardiner tout le temps...les oiseaux sont très bavards en ce moment et curieusement j'entends du matin au soir une pie qui joue des castagnettes. Ce n'est pas très musical, et je préfère les tourterelles qui ne sont pas en reste!!!!

Posté par Ervalena, 12 mai 2008 à 23:50

le langage des oiseaux

Nous voilà un point commun...le chant des oiseaux. Je les ai enregistrés il y a quelques jours tellement leur gazouillis me remplit, comme toi, de bonheur(s).
Au milieu de toute cette beauté, ton personnage avec des dents m'a fait sursauter de peur...

Posté par G. de B., 15 mai 2008 à 12:50

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