YURTAO, la voie de la yourte.

fabriquer et habiter sa yourte, résister et s'engager contre la marchandisation du monde, inventer un nouvel art de vivre.

10 juillet 2008

Mise au point

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Voilà tout juste dix huit mois,

en plein marasme d'un double deuil, j'ouvrais ce blog

comme on monte à bord d'un canot de survie.

Hier, ce blog a franchi la barre des 50 000 visiteurs;

j'ai découvert ainsi, grâce surtout à tous ceux

qui ont laissé des traces fraternelles de leur passage,

avec des mots parfois très touchants, que, sur l'immensité

où je risquais sans cesse de chavirer dans l'indifférence,

non seulement je ne suis plus seule,

mais surtout le monde s'est repeuplé.

Bien que le désir soit toujours en veille,

chaque message dont j'ai pu accouché

comme d'une bouteille à la mer, chaque rencontre offerte,

ont tissé le fil de ma reconstruction.

Comme je l'ai avoué dans un de ces messages,

c'est suite à d'autres épreuves familiales

et l'annonce d'un cancer que j'ai pris la décision

de vivre librement et définitivement sous les yourtes

que je construisais depuis plusieurs années.

Défiant ainsi le chantage permanent des oppresseurs

qui n'ont cessé de dénigrer et dénonçer

ma façon de vivre et mon style hors normes.

Je croyais pouvoir me reposer, aprés trop d'épreuves

désormais inscrites à jamais dans ma chair,

c'est d'ailleurs ce que les médecins m'ont recommandé

si je voulais sauver ma vie.

J'ai à peine eu le temps de prendre mes marques

que l'horreur est arrivée.

C'est dans ma yourte, sur le terrain de ma yourte,

que j'ai appris la mort de ma fille.

C'est dans ma yourte aussi que, cinq jours plus tard,

le lendemain de l'enterrement de ma fille,

que j'ai organisé et financé seule avec la vente d'une yourte,

qu'un ami a du affronter la pénible tâche

de m'annoncer la mort de mon père:

choqué et submergé de chagrin,

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mon pauvre père a succombé à l'émotion

à peine rentré chez lui.

Je crois qu'il n'a pas voulu laisser sa petite fille

faire le grand voyage vers l'audelà toute seule.

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Alors aujourd'hui,

attaquée par quelques prédatueurs aux dents acérées,

alors que je risque l'expulsion et la démolition brutale,

ainsi qu'une peine de prison et un endettement à vie,

pour avoir osé d'une poubelle faire un jardin,

de la laideur un havre de paix

et d'un rebut un lieu de convivialité,

qu'est ce qui est le plus important?

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Certainement pas les morceaux de bois et de tissus

qui constituent la yourte,

et même pas la somme de travail incessant,

gratuit et sans espoir de retour,

qui a abouti à la viabilité de ce lieu.

Ce qui compte, ce qui est le plus douloureux,

c'est la menace de profanation de la mémoire de mes disparus,

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et de faire éclater la fragile bulle où j'ai,

dans la patience et la solitude des jours,

tenté d'élaborer la perte la plus terrible

qu'il soit donné de vivre dans une vie humaine,

celle de son enfant.

Ce qui est certain, c'est qu'en démolissant

mon travail, mon foyer, les yourtes

où je respire le regain de la vie,

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ces gens là tueraient une nouvelle fois

la belle jeune fille qui riait à la vie.

Hommes armés et arrogants,

capables de vendre leur âme pour un 4.4 de plus,

n'avez vous pas honte d'harceler une femme seule et pauvre

à qui on a déjà tout pris?

Entre eux et moi, il y a pire qu'un gouffre d'incompréhension.

Il y a, je le crains, un gouffre d'inhumanité.

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Si je n'avais pas eu la chance d'être combative,

comment aurais je survécu aux épreuves de ma vie?

Survivre aux coups, à l'humiliation, aux procés en sorcellerie,

aux vols organisés, aux enlèvements d'enfants,

aux viols, à la maladie, aux meurtres....

Je ne serais plus là aujourd'hui pour porter,

à partir de mon expérience privée,

les combats de vie d'une femme sur la place publique,

pour en faire des luttes politiques collectives.

J'en connais trop qui ont coulé

pour la moitié de ce qui m'est arrivé.

Si j'ai survécu, il est de mon devoir le plus élémentaire

de lutter pour celles qui n'en ont pas la force.

Pour ma petite soeur, une femme magnifique

dont la gaieté et la bonté naturelle ont été englouties,

aprés trop de déceptions,

dans la psychose et la toxicomanie légale.

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Puis pour toutes mes petites soeurs à travers le monde

qui n'ont pas ouvert de blog pour faire belle la vie

et qui se croient toutes seules et sans issue.

Alors s'il faut partir, j'ai le choix entre abandonner la partie

et vous laisser vous demerder avec toute cette saloperie.

OUF. dtdtt

Simplement parce qu'il n'y a plus de jeu dans les limites

de ce que je peux supporter.

OU aller un peu plus loin et recommencer.

Comme je l'ai déjà fait bien des fois,

défricher encore et encore des lieux abandonnés et morts

pour y féconder de la vie nouvelle.

En acceptant sans amertume cette réalité paradoxale

que plus je travaille et plus je m'appauvris....

Mais sans doute que si je n'avais passé

la majeure partie de ma vie

à défendre mes enfants et mon intégrité

contre l'adversité et l'injustice,

ce n'est pas un hameau de yourtes

qu'ils menaceraient d' attaquer au bull d'ozer aujourd'hui,

mais un village entier!

Je défricherais partout, surtout si l'endroit est moche et pollué.

De toutes façons c'est tout ce qu'ils nous laissent,

les racketteurs.

Je soignerais cet endroit moche et pollué,

de même que des femmes admirables,

dans des bidonvilles et des taudis puants,

ne choisissent pas les pauvres qu'elles aident,

des qui seraient moins sales,

moins malades et plus reconnaissants,

des femmes en tablier et tongs qui n'aident pas seulement

ceux qui risquent de guérir et de les remercier,

en rejetant ceux qui sont à l'agonie....

Ces femmes charitables pour qui l'amour n'est pas de profiter

de ce que les pauvres leur offre à foison alors qu'ils n'ont rien:

une bonne conscience sans ornières.

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Si je m'occupe des pauvres arbres

plutôt que des pauvres hères,

ce n'est pas par manque de compassion.

C'est simplement que le plus proche s'étant,

durant mes années de formation au réel,

dévoilé mon pire ennemi, j'ai pris, par necessité vitale,

une distance respectable.

Ce qu'il font aux arbres chinois et russes

génétiquement modifiés qui composent la structure

des yourtes industrielles que vous achetez de Mongolie,

en croyant faire une bonne affaire

et vous engager dans une conduite écologique,

ce qu'ils font en massacrant la culture et la bio diversité,

n'en doutez pas,

ils le feront à vos enfants quand la planête sera à sac.

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Posté par barbesse à 08:42 - Proçès contre le Cantoyourte - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Merci d'être encore une femme debout,combative et pleine de vie, de faire briller au-dessus de ta yourte les signes que tu envoies au monde comme des bouteilles à la mer, les perles de tes mots et tes analyses tellement justes.
Merci d'avoir le courage de partager inlassablement avec nous, lecteurs presque anonymes, ce qui t'anime.
Ton existence-même, aujourd'hui, ta clarté, éclairent la nuit qui nous entoure. Surtout, n'abandonne jamais... Tu nous es indispensable comme l'air dont on a besoin pour vivre.
Je sais, le combat est fatigant et si long. Il nous faut tellement de temps pour te rejoindre...pris que nous sommes dans la toile d'araignée de notre société qui nous englue et dans laquelle nous nous débattons. Tu es une sacrée pionnière.
Avec tout mon soutien pour toi, pour ton procès, je t'embrasse.

Posté par neige, 10 juillet 2008 à 14:32

les mots me manquent. de tout coeur avec toi. amicalement, cerise

Posté par cerise, 11 juillet 2008 à 16:53

Dans le film 'les prisonnieres', une femme a ecrit sur le sol 'resister', ton combat, me fait penser à ce film...
Ton témoignage me touche, m'attriste... Je ne sais quoi t'écrire pour t'exprimer mon soutien dans les épreuves que tu as eus et qui t'attendent.

Je pense qu'aucun combat n'est vain, chaque personne qui se leve pour affirmer un idée de liberté à droit au respect, à la reconnaissance...
au plaisir de te lire

Posté par maman des bois, 11 juillet 2008 à 22:04

river of tears

je vais avoir du mal à commenter tes mots, d'ailleurs je n'essaierai mm pas..
juste que tu saches que je les ai lus, qu'ils me touchent bien plus profondément que ce que tu peux imaginer, et le fait que tu les aies déposés "par hasard" le 10 juillet n'y est pas étranger
de coeur et d'esprit avectoi
nad

Posté par ambreneige, 14 juillet 2008 à 16:02

GRACIAS A LA VIDA

Il est beau ton texte;
Un grand bond, gracieux et leger au dessus du gouffre d'inhumanité. La grâce et la génerosité portent leurs fruits, pas toujours malheureusement, mais ils existent dans la resistance et le "merci à la vie" et l'obligatoire confiance en les autres aimés connus ou inconnus, presents ou disparus. En semble désembourbons l'avenir chantait la grande MAGNY; (sur un poeme de Maiakovski qui lui a été emmuré dans des utopies non partagées)

Au proces, donnons son souffle à la vérité. aU 25
on est nombreux à être là et à t'embrasser.
JOHOUELLE

Posté par JOHOUELLE, 18 juillet 2008 à 14:22

Résister...

Je viendrais le 25 à Alès...Je ne veux pas rater ça pour un empire !

Posté par Guern' de Bé, 19 juillet 2008 à 16:44

résister
être soi
parler autour de soi
que faire d'autre?

Posté par Gayanée, 21 juillet 2008 à 11:54

Bonjour,

Je viens de temps à autre gambader dans les chemins de votre site. C’est toujours un délice. Gardez l’espoir et la vigilance. Vous êtes précieuse.

Bien à vous,
Eric Rommeluère
http://www.zen-occidental.net http://zen.viabloga.com

Posté par Eric Rommeluère, 22 juillet 2008 à 13:06

Mêmes galères

et même combativité ! le comabt est rude pour les femmes , les mères que nous sommes, mais nous avons en nous d 'immenses réserves . Merci pour ton site magnifique , nos pensées t ' accompagnent.

Posté par Jo, 26 octobre 2008 à 11:34

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