31 mai 2009
Escargot en clip
Il n'y a rien que du bruit, un magma de bruit qui somatise l'accélération du monde, ce monde qui court partout, qui veut tout, qui écrase tout.
Du bruit plein de la rage des machines et de ceux qui y sont enchainés, le bruit des gonds de l'enfer.
Un bruit sans queue ni tête qui n'a aucun sens, qui ne ressemble à rien, même pas au cri d'une bête féroce qui a faim, même pas au râle d'humain qui a peur et appelle à l'aide, ni même à un conglomérat d' usines lâchant sur le bitume, grâce au plan de sauvetage de l'économie capitaliste, des flots de camions, de frigos, de portables, de quads et de manèges forains.
Non, seulement un bruit moche et tordu, tonitruant, assourdissant, comme une boule de malheur poignardée de gigantesques dards, une tumeur inextricable, un goitre puant en pleine déflagration, une centrifugeuse explosant des succubes monstrueux, un cauchemar vociférant, qui vous colle au mur avant de vous faire détaler...fou de douleur...
Voilà comment ça commence, juste avant qu'on voit une lumière blanche et diaphane, comme celle qui sera là pour nous accueillir après notre mort, la lumière irréelle qui brille au delà du tunnel, qui vous envoie dans un autre monde, le marche pied du paradis où le bruit n'existe plus, seulement la petite musique de l'âme.
Et tout à coup, le bruit s'arrête.
Tout à coup le silence.
Plus rien.
Médusés, on regarde le vide,
le blanc bizarre tout nu qui succède au vacarme,
on se dit, un peu ahuri,
ceux qui ont fait ça, ils se foutent de notre poire,
mais on est tellement content du silence qu'on reste là,
les yeux plantés dans le blanc de l'écran,
on respire mieux, et là,
au bout d'un moment,
sur la gauche,
on voit apparaître un point noir,
puis un autre,
deux points qui bougent tout doucement,
deux points qui avancent,
lentement,
on voit qu'ils sont attachés à un trait,
à deux traits....
Ha!Ce rythme là, ce tâtonnement, cette timidité,
ça me rappelle quelque chose!
Ah voilà! Ce sont des antennes!
Qui tâtent la blancheur de l'espace...
et arrive derrière une petite tête molle bien connue!
Ah! Ca y est, ce sont des antennes d'escargot!
Et là, médusés, on regarde un petit escargot traverser
lentement, lentement, l'écran de télé
devant des millions de téléspectateurs désabusés....
Parce que même si on ne lui a donné qu'une minute dix
pour rappeler qu'on peut signifier quelque chose
sans hurler et sans mentir,
alors qu'on en a donné plus de vingt aux gros lièvres,
à qui appartiennent tous les champs,
pour s'agiter dans tous les sens,
he bien, le petit escargot,
dans ce laps de temps ridicule,
il va crever l'écran sans un cri.
On va voir seulement des mots affichés sous sa marche,
comme une rumination intérieure silencieuse,
un soliloque en interrogation,
comme si l'on voyait au dedans du petit escargot
le déroulement de sa pensée,
l'ouverture muette de la spirale qu'il porte sur son dos...
Des mots ouvrant d'autres cadences, d'autres valeurs,
des mots qui questionnent le bon sens,
qui proposent de déplier prudemment
nos rétractations sécuritaires,
des mots presque naïfs, innocents...
Ils arrivent, flegmatiques, sans assénation,
du coup, on sait qu'ils sont justes parce que
personne ne peut douter de la sérénité qu'il faut
pour se présenter tout entier comme on est,
si petit, si modeste, si fragile, si confiant, si frugal,
et sans commentaires.
Petit escargot sans visage qui ose prendre le temps
de réfléchir pour traverser l'existence,
pendant que tous les autres martèlent nos cerveaux,
derrière eux plus rien ne pensera.
Petit escargot qui a besoin de l'herbe grasse sous lui,
de l'eau du ciel et
des gouttes de rosée,
quand les autres gavés ne veulent que
du goudron, du bitume et de l'acier ….
Petit escargot qui porte sa maison sur son dos,
qui ne régresse qu'en lui-même sans jamais claquer une porte,
en concrétions minérales, sans emmerder la planète,
même pas besoin de revenir à la niche ni à la laisse.
Petit escargot qui ne sait pas tout, qui ne voit pas tout,
qui n'explique pas tout, mais qui porte au devant de lui
des petites antennes pour sentir les dangers,
là ou il ne faut pas aller,
là ou il ne faut pas se planter,
d'où il faut se détourner.
Ah! Comme je l'envie le petit escargot aventureux
qui suppute chaque herbe folle sans se soucier des godillots criminels!
Comme j'ai besoin de sa sagesse
moi qui dithyrambise sur le petit escargot,
lui qui est bien plus simple que moi
qui en rajoute tellement avec
mes mots,
lui qui s'en fout, qui avance son petit bonhomme de chemin
en silence, sans se la ramener.....
S'il attend quelque chose, c'est seulement la pluie,
de l'eau toujours de l'eau,
qui tombe doucement pour huiler ses rouages,
cette eau miraculeuse qui a donné la vie sur terre,
que les humains font payer de plus en plus cher à leurs semblables.
Et
je pérore sur le silence,
je m'enivre toute seule sur un symbole de sobriété,
et je pense à ma copine qui a passé l'été dernier
à traquer les gastéropodes entre ses salades trouées
et qui, pas rancunière, ne rechigne pas à en placarder partout
sur les murs du canton juste avant les élections.
Allez, je ferais mieux de courir vers mon zafu, m'assoir et ne plus bouger, laisser toute l'agitation des mots retomber, comme chutent les impuretés de la surface du seau puisé au torrent ....D'ailleurs, c'est là que je me sens le mieux....
Allez! Je vais apprends la voie du gastéropode
en suivant le petit escargot qui traverse
le marchepied de mon porche,
leçons de lenteur, de simplicité, d'humilité,
de placidité, de tempérance....
Allez! Je me tais, je vous laisse regarder le clip du petit escargot,
que mes amis décroissants ont concocté pour vous,
en un tour de main pour trois fois rien........
Tant qu'on verra des escargots décroissants à la télé,
c'est que
l'ég
out télévisuel produit quand même,
entre deux accidents de la route et deux épisodes de tueries sadiques,
un crachin rafraichissant pour escargots survivants....
Commentaires
Ce matin, en pleine ville, il y a un rayon de soleil qui caresse les fleurs de mon balcon. Une cloche qui sonne dans le silence dominical et des oiseaux qui se répondent. Un qui roucoule comme pour empêcher les fêtards de la vieille (match de foot de championnat) de dormir. Des enfants qui babillent et d'autres qui rient par les fenêtres grandes ouvertes du printemps.
Je pense, avec émotion, aux escargots menacés des jardins potagers... Ce qui aiguise ma réflexion.
Belle parole inspirée ! Merci pour cette présence sur le net et sur le terrain. Je me présente, je suis foleor (c mon surnom) et je suis de Belgique et je voudrais t'inviter sur ma page http://home.scarlet.be/~psdn0103/Escargots/index.html pour faire connaissance. Tu verras ainsi une autre inspiration d'escargot ! @+
Make love, not war...
J'ai moi aussi une affection particulière pour ces petites bêtes... Elles ont plein de bonnes choses à nous apprendre. Et en plus, elles ont une sexualité nettement plus évoluée et plus sophistiquée que la nôtre...Je ne suis pas loin de penser que ce sont des êtres supérieurs...tu sais qu'ils sont capables de faire l'amour pendant des heures ?
Je suis bouleversée par la première photo de ton article...Pourrais-tu nous en dire plus ? Où l'as tu trouvée ?
Lent demain. (poème).
Lent demain.
•
Monsieur Dupont, il a la foi, il va nous dire
Qu’il est passé pour un présent dans l’avenir
Monsieur Durand qui n’y croit pas le voit venir
Il n’a de foi que pour ce qu’il peut retenir.
•
Fi du passé, Monsieur Dupont, il faut le croire
Ne scrute pas de son rétro dans ce miroir
Ce que Durand regarde sans beaucoup d’espoir
De quel côté est le présent, qui peut le voir ?
•
Si le passé nous est donné, il est présent
Le présent, lui, comme on le sait, il est fuyant
Pour la raison qu’il n’a pas à perdre de temps
Car aujourd’hui, nous nous ruons tous vers l’avant.
•
Ainsi l’avant serait hier, aussi demain ?
Dupont Durand tous deux ne sont que des humains
Croyant ou non en l’au-delà, aux lendemains
Ont-ils pensé à l’avenir de leurs gamins ?
•
A.C
wowww
je veux dormir chez toi!
meme combat
Bonjour mon amie, je milite activement au sein du parti de gauche, donc du front de gauche, la seule liste unitaire des forces antiliberales, toi et moi defendons les memes valeurs, tu as choisi une voie pour les porter, j'en choisi une autre. Je ne sais laquelle est la plus efficace pour se faire entendre..puis comprendre. Malgré mon idée première que l'union est souvent préférable, je respecte profondément ton choix, et je veux te dire qu'ici, à st Antonin, je me charge de coller, au coté de l'affiche front de gauche, celle d'europe décroissance. Numero 21 et 22 sur les panneaux officiels !!! Cote à cote, n'y vois tu pas un signe ? Des bulletins de vote seront présents en mairie également....mais que ceux qui avaient prévu de voter front de gauche ne se privent pas hein !!! fraternellement jean françois
Plus modestement
Comme c'est bizarre, j'ai écrit mon texte (plus court, plus modeste) hier et je découvre celui-ci aujourd'hui...
Mais comment faire le lien, l'adresse "europe décroissance.eu" reste la même pour plusieurs pages.
Faut réfléchir? Encore?
http://cultivetonjardin.eu.org/post/2009/06/03/Noir-blanc-rouge
J'ai lu tes mots, qui m'ont donné l'envie de voir LE clip... qui était finalement tellement "moins" que tes mots... snif, déçue...
Heureuse que tes mots existent!
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