09 juillet 2009
Yourte et zoo.
Extrait d'un blog commercial de voyages « pour changer d'air. »
« Nouvelle alternative pour ceux qui ont réduit de moitié leur budget vacances! Crise oblige, il faut faire des sacrifices. Pourtant, il existe des solutions : le zoo permet un dépaysement en famille à moindre prix. Le vacancier aime la détente et la nature, il aime le dépaysement, entre yourtes qui se louent une ou quatre nuits ou bungalows sur pilotis. Ça lui donne une conscience écologique.!!!! »
Pour vendre et continuer à accélérer la centrifugeuse capitaliste, il suffit d'ajouter « durable » partout. Même le guide du routard s'est reconverti dans le tourisme « responsable », avec son réseau de yourtes importées....Tout passe à la moulinette verte, la grande récup de toute contestation.
Aucun tourisme n'est responsable: le tourisme, ce sont les vacances des riches qui vont voir les pauvres, qu'on extrait momentanément de leurs bidonvilles avec leur petit exotisme et leur servilité monnayable, comme au zoo. On jette des bananes bio-eco-solidaires-équitables aux singes, et au lieu de se débarrasser de son épluchure dans le gazon, on marche jusqu'à la poubelle pour soigner son obésité montante.
A la suite, petit exemple en images de ce que ne seront jamais les yourtes auto-construites par ceux qui en ont besoin. Caricatures consternantes, propres à raviver, je l'espère, votre sens critique.
Voici donc une vidéo, où l'on assiste aux dérisoires contorsions de petits soldats néo-libéraux, en permission de leur régiment, découvrant un nouveau jouet, un bibelot déniché dans la grande épicerie ethnique de la globalisation marchande: le dernier gadget à la mode( le WE en yourte), à accrocher dans les salons parisiens pour afficher son vernis cosmopolite.....
Où l'on voit comment l'occidental passe tout ce qui lui tombe sous la dent au grand râtelier de sa boulimie, avalant tout rond, bedonnant et évacuant sans vergogne d'insipides matières incompostables.
Comment de pauvres mongols, pris en otage par la colonisation banalisée et la dictature marchande collaborent tristement à la perversion de leur culture, via l'esclavage salarié et l'assujettissement au culte de la distraction.
Comment dévoyer ce sentiment de similitude, ciment de la cohésion des sociétés traditionnelles, qui s'exprime par une hospitalité gratuite, en homogénéisation de l'indigence culturelle mondialisée
http://www.streetreporters.net/views/2660-street-a-dormi
Pourquoi venir me voir?
Voir qui? Chercher quoi, vouloir quoi?
Vous avez besoin de vous situer, de vous diriger, et vous partez loin de vous-même.
Je n'ai rien à donner, rien à transmettre. Tout est déjà là.
Les questions, ce tourisme mental, c'est comme un marathon, ça m'épuise. Mes réponses sont des atermoiements, des façons d'être polie, jolie, des galanteries. Pourquoi pas si c'est une approche, mais votre désir d'identification ou de dévotion, allez vous le fixer sur une tente, ou sur l'occupation d'une tente?
C'est toujours mieux que sur une cathédrale, un panthéon, un supermarché, un théâtre, une villa dans un lotissement, mais le mieux est sans fin, et l'insatisfaction, la bataille pour exister, qu'on projette dans le logement, recommencera dés que j'aurais répondu à vos attentes.
Je n'ai pas envie de pérenniser votre manque.
Pas envie d'éponger la sueur de vos quêtes.
Si vous n'avez rien à demander, il y aura toujours une petite yourte ouverte pour vous au fond du jardin, une lampe allumée, un duvet au mitan du lit, du thé dans la bouilloire et un gaz pour la soupe. Gratuitement. Sans posture.
Mais vous ne trouverez pas dans un changement de direction la solution à tous vos problèmes.
Même si cette direction est rebelle, novatrice et qu'elle sauve la planète, elle ne vous mènera qu'à plus de phénomènes, et vous devrez continuer tous les jours à verser des lessives de plus en plus corrosives dans le bac de votre machine à laver, sans que votre linge devienne plus propre.
La décision de fabriquer sa yourte, ou de l'acheter bien conseillé, c'est bien, mais attention: pas besoin de se mettre la pression, pas de culture du résultat, pas de stratégie de la yourte.
La yourte est une voie, pas le but. De but, il n'y en a pas.
Demain viendront les expulseurs, ils sont partout pareils, la même mission de réaction, et ils auront raison. Ils rempliront la fonction que vous me demandez en vain: produire un coup de vent pour vous botter les fesses.
Ils nous débarrasseront lestement de ce à quoi nous sommes attachés, de ce que nous risquons d'idolâtrer, d'idéaliser, d'objectiver.
Et parce que vous avez peur, vous venez voir comment je continue à exister en état d'expulsion.
Je suis en train d'accoucher, dans le ventre de la yourte. C'est une affaire privée, intestine. Je sortirais le bébé à son heure.
Pour acquérir cette impétuosité aventureuse qui relance vos aspirations, vous voudriez que je vous tienne la main gauche pendant que vous désagrippez la droite.
Pour éviter d'entendre que la seule vraie maison, c'est le corps qu'on a.
Ce corps tout prés, toujours aux basques, en train de s'essouffler derrière vous comme un petit chien qui implore une caresse.
En renonçant aux concepts, au sens, à l'évolution et à la couverture, les murs tombent, qu'ils soient en chiffons ou en béton.
Il reste un bébé plein de vie, transparent, inaudible, intouchable, qui tête un sein invisible.
Rentrez chez vous, et célébrez le mystère du premier humain qui a fabriqué la première yourte.
Rentrez chez vous et commencez à enfanter le vide de la seule maison habitable qu'on puisse bâtir dans sa vie, Être.
Rentrez chez vous et tendez l'oreille.
Un enfant vagit au fond de vous, il pisse partout pendant que vous courez le monde pour savoir où vous poser, et ça commence à puer.
Les enfants se taisent quand on les prend dans les bras.
Et les éponges nettoient par leurs trous.
Commentaires
Chère Sylvie
Chère Sylvie,
Je suis comme beaucoup votre histoire depuis l'émission. Ma vie triste, sans âme et morne de ces derniers temps est parfois éclairée par cette lumière que j'entrevois parfois à la lecture de votre parcours. J'aimerais venir vous rencontrer, croiser votre chemin. Mon histoire est comme la vôtre chargée d'aspérités et je sais qu'elle appelle sans nul doute à un profond changement, se dessinant petit à petit, devenant limpide de jour en jour. Votre histoire est rude, mais belle.
Amicalement
Jenn.
dire le vrai
La, tu nous bottes vraiment les fesses et tu nous mets devant nos contradictions ...enfin celle de notre surconsommation, de notre fuite en avant, de notre comportement de lemmings...
C'est meme pas une contradiction, c'est une logique
monde marchand
Je vous lis depuis longtemps déjà et je n'ai pas voulu voir l'émission qui vous était "consacrée" par désintérêt pour la télévision justement qui de toute façon transforme le vrai et le beau en marchandise. Pour preuve, tout le battage qui est fait depuis quelques mois sur l'écologie, le bio, le développement durable, c'est à vomir. Je suis allée dans une boutique "biololo" comme je les appelle, où je ne vais que de loin en loin, et j'ai été estomaquée, choquée, de voir comme la clientèle était devenue beaucoup plus importante en nombre et comme cette clientèle avait changée. Maintenant cela pu le fric, vraiment, ces dames friquées, bijoutées, parfumées (chimique beurk) qui vous toisent de façon hautaine, j'ai hésité entre le fou rire et le désespoir devant ce spectacle désolant. Ces gens sont des gogos, des éxécutants soumis aux médias qui leur dit où aller, que manger, qu'acheter. Pendant quarante ans l'écologie et ceux qui l'ont vraiment vécue ont été trainés dans la boue, empêchés de s'exprimer sur les ondes parce que le monde marchand avait encore à profiter de la manne industrielle, maintenant la parole a été récupérée de la façon la plus abjecte qui soit, pour FAIRE DU FRIC avec le bio, l'écologie..... et la masse friquée s'engouffre dans le système. Attendons nous à ce que toute nourriture bio vendue en commerce ne soit plus qu'un erzast d'aliment non traité car les vrais producteurs de bio ne pourront fournir à cette énorme clientèle qui se présente, apeurée et sans réflexion aucune au préalable, mais n'ayez crainte un tas d'agriculteurs anciennement casseurs d'écolos ruraux, vont profiter de la manne et cultiver à tout va sur des terres mortes de trop de produits chimiques, des fruits et légumes que je ne mangerai pour rien au monde. Cela a d'ailleurs commencé, dans ma propre famille, un de ceux qui se moquait le plus de l'écologie, revendique ! maintenant l'apellation bio pour sa production, alors que ses terres sont gorgées de produits chimiques en tout genre du fait d'une agriculture intensive depuis quarante ans......... et cela va marcher, je vous le dis ! à vomir.
Sylvie, désolée pour ce long discours. J'aime particulièrement vos lignes ci dessus, chacun doit trouver seul son cheminement qui de toute façon aura son lot d'écueils, de douleurs, et d'erreurs, mais c'est cela la vie ! Birgitt.
Réalisme
Réalisme
Hé oui ! Quand l’uniforme ôté se distingue dans l’uniformité, il y a matière à attirer des voyeurs et mateurs amateurs. (Tout ce qui est dit les tente). Faute de se faire « être », on se fait « avoir ». Il va falloir repenser l’être, ce n’est pas une mince affaire. Une yourte dans le cœur pour recevoir des amis qui ne savent plus bien où ils sont, n’est-ce pas là l’essentiel, l’essence du ciel ? Créer du lien, c’est bien, mais en faire malgré soi la promotion quand il y a un tel manque, c’est risqué. Comprendre que l’on est seul et que la solitude n’est pas forcément l’inquiétude mais peut être une grande paix, c’est un début. Se dire que l’on puisse accoucher de soi avant d’entreprendre des démarches aventureuses, c’est la suite logique. Il y a deux sortes de séductions, celle qui vous affirme que tout est facile et celle qui vous parle d’un accouchement à accomplir, de souffrances à dépasser. On n’arrache pas un mal sans que ça fasse un peu mal. La deuxième séduction me semble plus responsable que la première. Et en vacances, on changerait facilement de vie, n’est-ce pas ? Il fait bon et tout le monde est beau et gentil. En effet, celui qui vient vous voir pour vous observer voire vous photographier, c’est horrible ! Votre texte est réaliste et s’il pouvait remettre en question (et même en réponse) certaines personnes, ce serait une avancée. Une yourte dans le cœur vous dis-je !
A.C
Tellement vrai !
Chère Soeur
Chère Sylvie,
je crois que nous pouvons dire qu'avec ce texte tu arrives au meilleur de toi-même, au centre, c'est ainsi que je le ressens, c'est très beau de te lire ainsi.
J'aime ta gestation, j'aime ta façon, sobre et profonde, de nous témoigner les tribulations de ton couple chair/âme ... de l'enfantement de toi-même au sein de la chair de notre terre. Ton rôle dans notre société est très beau et je gage qu'il éveille bien plus que nous pouvons le constaer. Je t'embrasse très chaleureusmeent quant à moi et je n'oublis pas la possibilité d'un séjour dans le rons d'une de tes yourtes.
Je t'aime soeur.
Michel-Pierre
Merci
Chère Sylvie,
Merci de nous le rappeler. Aimer, c'est peut-être aussi pourvoir dire ces choses-là, sans jamais fermer son coeur...
Chère Sylvie, chère madame
Je ne vous connais toujours pas à ma grande peine.
Je me réjouis de voir s'afficher dans ma boîte de réception un mail de la voie de la yourte.
Je m'empresse aussitôt de venir vous lire, au calme, paisible, comme on lit un bon livre près d'un feu.
Ce texte vous va si bien, encore une fois il est si bien écrit, car il est si juste.
Une seule remarque que je me permettrais de faire c'est que n'est pas, à mon avis, l'homme et son mode de vie qui l'épuise et le prostitue, mais les hommes, ensemble. La Communauté humaine cause sa propre perte, une œuvre me la révéler il y a quelques années: Discours sur l'Origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, de Jean Jacques Rousseau. Un véritable chef d'oeuvre que je vous invite à lire Sylvie.
Amicalement Melissa.
J'aime bien ton site, viens voir le mien si ça te dis
http://www.new-york-lawyers-listing.com/
Tourisme
Chère dame de la Yaourte
Puis-je aller en France la semaine prochaine en y faisant du tourisme pour la seconde fois de ma vie en 49 ans ? tout en ayant bonne conscience et en espérant y rencontrer des gens intéressants et y voir des choses inspirantes ?
Tourisme 2
Ah j'oubliais je dois traverser l'océan en avion pour ce faire puisque je pars du Québec...
Eh bien ... Même si j'en rêve depuis longtemps, je n'irai pas (encore) vivre sous la yourte . Pas tout de suite . Je ne suis pas encore "mûre" pour renoncer au confort de mon humble F3, ni à ma sécurité de l'emploi . Je suis encore trop empêtrée dans la mailles du filet du "Babylone Système" .
Mais il reste tout de même quelques espaces de libertée à défendre bec et ongles . Savoir comment la société de consommation s'y prend pour nous coincer, et déjouer ses pièges : leur interdire l'accès à toutes les informations qui nous concernent, sur notre vie privée, nos habitudes de consommation, afin de tracer notre profil et mieux nous manipuler .
1°) Ne plus "blinder" son caddie au supermarché, le samedi, en achetant en quantité tout le superflus . On nous a fait miroiter des économies . En fait, ce sont ces habitudes de consommation qui ont fait monter les prix, depuis 30 ans . Profusion de bien incite à la sur-consommation, et une augmentation de la demande entraine inévitablement l'augmentation des prix ... Et qui se sucre, en haut de la pyramide ? Les SPECULATEURS !
Voilà ! Bon, ce sera tout pour aujourd'hui .
A méditer demain, avant de vous rendre au temple le plus proche, sacrifier aux dieux de la cosommation . Essayez le marché ou les commerces de proximité . Vous serez surpris de voir les économies réalisées et le temps gagné .
Bisous .
Sylvette
Sylvie,
je me régale souvent à te lire, et j'ai une yourte au fond de mon âme depuis bien longtemps. Coeur et âme nomades.
Pourtant ce soir, j'ai tout de même envie de te dire, que certes ce que tu écris me semble très vrai, mais personne ne peut renvoyer son "semblable" à ses manques. Nous ne sommes pas tous au même point, quand nos chemins ont le même but.
Chemin faisant
Ce recentrage est bienvenu, il était sûrement nécessaire. Je ressens la même lassitude que Brigitt, on doit se dire que la lutte n'est pas linéaire, on ne peut oublier l'énorme capacité de récupération des puissants qui donnent encore sa couleur au monde; L'usurpation et le mépris sont les maîtres et guides des" puissants", NON, pas des "puissants", de ceux-qui-détiennent-le- pouvoir. La puissance est autre chose, notre puissance nous devons l'identifier et ne pas nous en faire déposséder. Notre puissance est en nous, dans notre être, nos actes, que l'on doit dissocier de la complaisance dans des images identificatoires. Car ds ces miroirs , ou ces projections on oublie la différence entre le souhait ( ça tout le monde sait faire) et le désir agissant qui est un processus, un mouvement,le coeur de notre puissance. On n'est pas dans l'image et la représentation, comme ces personnes qui ont besoin de montrer leur photo pour prouver qu'ils existent, que le monde photographié est à eux comme le zoo comme la yourte où ils ont passé une nuit , tres cher pour se "distinguer", comme les pays qu'ils visitent n'y rencontrant que leur propre vacuité. Pour Lhassa, je ne pense pas que Sylvie renvoie quiconque à ses manques, mais peut être invite -t -elle a davantage de discernement,invite-t-elle au mouvement( contre le ressassement qui est plainte, ces désirs trop timides pour être vrais même s'ils utilisent des superlatifs pour s'exprimer) et l'on peut ou non, se sentir concerné par ses paroles . Vous dites Lhassa "personne n'est au même point", mais au même point par rapport à quoi? chacun est là avec ce qu'il est, ce qu'il a fait et fera etc, le prix de la rencontre c'est de relativiser cette histoire de niveau....Quand au même but , je ne sais pas. Peut être globalement, mais en fait le chemin, si nous le faisons ensemble, il n'est pas obligatoire de se mettre au même pas . Sur les murs de la vieille Andalousie on pouvait lire ces mots, repris à l'envi par le poete MACHADO:
"Caminante no hay camino, el camino se hace al andar". "Toi qui marche, il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant". J'aime bien cette idée; En moi , elle fait son chemin......
@ JOHOUELLE
j'aime bien Johouelle la subtile distinction que tu fais entre la puissance et le fait de détenir le pouvoir.. c'est vrai que dans ce cas l'utilisation de certains mots est aussi importante que de prendre conscience de là où on en est.
comme tu le dis si bien aussi en citant ce poète que je ne connaissais pas ..
bises à toi
et bises à toi aussi ma Sylvie que je lis régulièrement :-)
C'est l'été
et les propositions de tourisme ethnique se développent... Les agences de voyage vendent du dépaysement en roulottes, en tipis, en yourtes ou autres tentes nomades, etc...
Encore une façon de faire du fric.
Je me demande jusqu'où irons les voyagistes?
ET jusqu'où irons ceux qui achètent ce genre de vacances ?
Nous sommes bien loin de ta voie de la yourte, toi tu l'as en toi, tu la vis au quotidien,tu es dans la rondeur du monde, en harmonie .... Eux ne font qu'essayer d'écrire droit sur une ligne courbe ....
Garde toi, protège toi....
Bises
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