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L'histoire de Myriam s'origine dans les années 70/75, quand beaucoup de communautés prônant le retour à la terre émergent dans le paysage rural, en particulier. à quelques encablures des Cevennes, entre Clermont l'Hérault et  Lodève,

région qui verra naitre la vocation

de la première constructrice de yourtes en France.

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Dans les années quatre-vingt, la majorité de ces communautés finissent par éclater et se dissoudre, leurs membres rejoignant souvent le milieu urbain.

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Dans cette décennie, le mouvement communautaire post soixante-huitard d'expérimentation autarcique à la campagne laisse place, en milieu rural, à des réseaux alternatifs, issus d'installations solitaires ou familiales, soudés par les échanges et l'entre-aide, particulièrement en auto-construction et restauration.

Les locaux se rassemblent sur les chantiers et terminent ensemble la journée de travail par des fêtes ou des boeufs musicaux. Ils échangent tuyaux, graines, coups de mains, services divers.

C'est dans ce milieu fertile et original qu'arrive Myriam.

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Elle reconnaît que c'est de cette génération qu'est issue la vague écologique actuelle, de cette époque où l'expérimentation sur de nouvelles formes d'habitat, les chantiers participatifs, l'accession à l'autonomie, apparaissait totalement marginale.

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Aujourd'hui, de ce chemin ouvert par des précurseurs épris de liberté, on assiste à une grande dérive marchande et à la  récupération  du marché de l'éco-habitat par les tenants du capitalisme vert.

Heureusement, Myriam peut quand même se réjouir de voir de jeunes adultes, issus de la mouvance initiale de leurs parents,

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reconstruire des hameaux, retaper des fermes en agro-biologie,

et vivre dans des yourtes auto-construites.

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Même si le contexte est beaucoup plus difficile, (accumulation de lois normatives, spéculation immobilière ravageant la répartition foncière, racket des terres agricoles et raidissement de la propriété privée), ces jeunes sont les authentiques continuateurs d'un rapport à la terre et à la vie basé sur l'amour, et non sur la prédation et l'assassinat de masse.

Dans le milieu des années quatre-vingt, Myriam habite donc prés du lac de Salagou, à Mérifons, une région désertique de vallons et de gorges de sable rouge.

Elle y vit avec son ami architecte, Florian, un de ceux qui sont restés à la campagne, en rupture sociétale, sans branchements aux réseaux, s'alimentant par des panneaux solaires, et  à une rivière proche dont l'eau est encore potable.

Myriam découvre la frugalité, apprend à faire son jardin, va puiser son eau, bricole assidument.

Florian, très inventif,  travaille, entre autres recherches, sur des structures de toiles tendues, pour le marché public et privé de l'évènementiel.

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Il construit de ses mains sa maison expérimentale en pierre et en terre avec l'argile locale.  Plongée dans le monde des constructions parallèles et alternatives, la participation de Myriam à ce chantier fait germer dans son esprit le désir de sa propre maison.

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Elle nourrit une intense et tranquille méditation de recherche d'une forme, entre rêve et réalité, pour y tracer un espace d'équilibre et de plénitude.

Le choix du circulaire émerge en elle au bout de deux mois de réflexion.

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La jeune femme conçoit le projet de se construire une maison ronde, avec l'argile locale et une petite presse, technique utilisée traditionnellement en Amérique Latine..

En 1990, Myriam est toujours institutrice, métier difficile et très prenant, bien qu'elle puisse l'exercer en milieu rural et que ses rapports avec les enfants soient excellents.

Pour se donner la possibilité de concrétiser son rêve et son projet, elle décide de s'offrir une année de disponibilité.

Elle commence de suite à fabriquer ses propres briques en compressant la terre, et monte des murs tout en rondeurs.

Le gros de la charpente est réalisée par un professionnel, elle continue seule son toit en bardeaux de cèdre.

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Ainsi nait, dans le grand pré au bord du lac, en menant un mode de vie simple,

la première maison de Myriam.

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Confortable hutte en terre de 4 mètres de diamètre, d'aspect quasi vernaculaire, elle ressemble un peu aux cases rondes des Dogons d'Afrique.

Dans cette ambiance, consciente de sa chance de profiter de la riche expérience d'un milieu à la créativité fertile, Myriam comprend que construire sa propre maison,

c'est se construire soi-même et revenir à l'essentiel.

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En une année, ce travail manuel d'inventivité quotidienne, laissant large place à l'intuition et l'auto-formation, la comble suffisamment pour qu'elle éprouve quelques difficultés à s'imaginer de retour dans le cadre de l'institution scolaire.

Elle voudrait partir mener sa propre vie, mais comment emmener sa maison?

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Elle agrémente alors, en 1991, sa réflexion nouvelle sur la mobilité, par un voyage en Russie, dont l'imprégnation va être déterminante.

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C'est là qu'elle découvre dans une exposition sur les modes de vie des peuples russes

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  de très belles yourtes kirghizes.

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Cette rencontre rejoint d'autres imprégnations de lectures sur les constructions excentriques ou traditionnelles.

La yourte lui procure la même émotion originale que la maison ronde en terre, bien qu'elle s'y heurte à des désirs contradictoires: satisfaction de la mobilité et de l'adaptabilité,  vulnérabilité par rapport à l'extérieur...

Finalement, elle se rend compte que la yourte fusionne harmonieusement ces contraires en alliant protection de l'abri séculaire et liberté de la tente. La « ger » devient alors la solution praticable pour déplacer facilement son lieu de vie et se lancer dans une nouvelle aventure.

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Dés lors investie dans ce nouveau rêve, elle démissionne, en 1992, de son poste à l'éducation Nationale.

Déménagée dans une nouvelle maison en Cévennes avec un ami Russe, qui la soutiendra et l'aidera beaucoup dans ses projets, elle commence, en 93, à fabriquer deux yourtes expérimentales.

A cette date, les yourtes sont totalement inconnues en France.

C'est donc de tâtonnements en bidouillages que Myriam accouche de sa première yourte, une tente ronde de 3,50 mètres de diamètre.

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Juché, en guise de couronne, d'une carcasse de fauteuil en osier rond récupéré, ce prototype est la consécration d'un engagement envers la yourte qui va durer des années jusqu'à aujourd'hui, avec bien entendu, des améliorations constantes.

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Au début, les treillis sont des petites baguettes de bois super fines contrecollées, qui ont vite  cédé sous l'humidité.

Ensuite, notre pionnière achète des liteaux de 27x27 en magasin de matériaux.

Sans atelier, elle travaille dehors sous un auvent aux flancs de sa maison en pierre

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Elle coud ses toiles, alors achetées en Écosse, dans une chambre, sur une petite machine à coudre portative. Pas du tout couturière au départ, ni menuisière d'ailleurs, elle met en œuvre les techniques de Florian concernant l'assemblage des bâches.

Ensuite, elle se lance dans une deuxième yourte, plus grande, de 5 Mètres de diamètre.

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Là, toujours dans la récup et l'astuce, laissant large place à la fluidité et la liberté de son intuition, Myriam récupère une grosse roue de charrette pour sa couronne!

Elle continue avec des liteaux en bois locaux pour les perches et les treillis, treillis serrés et costauds sur le modèle mongole, qui supporteront plus tard des tonoos en contre-plaqué marine.

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Plus tard encore, elle fabriquera des yourtes plus hautes, avec des treillis jusqu'à 1,70 mètres maximum.


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Elle innove avec des peintures de couleurs franches pour les structures,

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les portes, et les fenêtres.

Souvent récupérés, ces ouvrants sont décorés d'abord

avec ce beau rouge vermillon d'inspiration mongole,

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puis vert, jaune, bleu, agrémentés de motifs joliment inventés.

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Pour elle, tout ce bricolage, cet apprentissage sur le tas, qui développe son habilité en même temps que son indépendance, est très affectif, doté d'un coté magique enthousiasmant.

C'est à ce stade qu'en 95, je découvre la première yourte Française, montée prés de la maison de Myriam, alors que moi même, à l'autre bout des Cevennes, je viens d'arriver, en une démarche similaire, à la yourte comme solution vitale.

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Cette visite à Myriam au début de mes propres recherches et travaux, la rencontre avec cette yourte, pourtant inhabitée et pantelante de la dernière pluie torrentielle,

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scellera définitivement ma passion déjà dévorante pour la yourte.

Dés le début, frêle et humble, Myriam chemine tranquillement sur la voie de la yourte, à un moment où strictement aucun plan concernant la fabrication de ces habitats nomades n'existe nulle part, encore moins un quelconque modèle d'adaptation à notre pays.

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Quinze après, les yourtes sont devenues des objets de mode très marchandisés.

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La découverte exaltante des débuts, cette connexion mystérieuse avec les fondements de l'habitat à travers ce qu'il reste des cultures nomades, a cédé la place à un marché pourri par le capitalisme le plus prédateur, où chacun se regarde de travers et monnaye cette tente ancestrale pour son propre intérêt financier.

Cette émergence de la yourte en France, c'est pourtant bien une femme, une précurseuse, qui, la première, l'a porté en gestation, et qui en est l'accoucheuse, modeste et féconde!

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Pas pour en faire un business, mais tout de suite comme une projection d'un impérieux désir intérieur d'autre chose, une nouvelle forme de vie, d'habiter, avec toutes ses implications quotidiennes sur l'environnement et l'entourage humain.

Si les hommes, surtout ceux qui n'intègrent que difficilement leur principe féminin, ont plus tendance à vouloir monter leur « affaire » de yourte pour «en vivre», et qu'ils sont souvent dans la course aux limites en cherchant à fabriquer sans cesse des yourtes plus grandes, plus sophistiquées, plus rentables, les femmes, elles, en vivent vraiment, pleinement, dans le sens total du terme.

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Elles se nourrissent intérieurement de leur travail sur la maison,

œuvre qui correspond toujours à une élaboration de leur vie privée

en rapport avec leur place dans le monde.

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Elles privilégient la douceur, la chaleur, le charme, une fonctionnalité au service de la famille, du cercle intime, des amis, du village, parfois de la cité, donc du collectif.

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Elles organisent l'accueil, la relation dans l'espace, avec le souci du bien-être de chacun. Elles ne se soucient pas de rentabilité, encore moins de prouesses techniques, de normes, de réussite sociale, de concurrence....

Elles engagent leur propre cheminement dans la recherche d'une maitrise de leur habitat, comme offrande de protection et nourriture universelle à la vie du corps autant que de l'esprit.

Pour cette raison, leur tendance à vouloir donner âme à un rêve,

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une imagination, un projet de vie holistique, sans arrière pensée vénale,

les situe d'emblée comme engendreuses d'avenir,

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génitrices généreuses de cette fraternité humble et joyeuse qui est la porte ouverte sur un autre monde, un monde encore quasi secret, materné par quelques belles personnes engagées.

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C'est dans cet esprit que travaille Myriam depuis son premier rêve, sans publicité, privilégiant le bouche à oreille, l'associatif.

Chaque yourte née de ses mains provoque une rencontre, un partage de vécus, des suivis d'amitié, des discussions et des échanges très riches sur l'évolution des modes de vie.

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Ne s'étant jamais équipée de grosses machines, elle préfère travailler de ses mains dans l'intimité d'un atelier à échelle humaine, avec son ami Juan,

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tisser ce grand canevas qu'est la fabrication d'une yourte, canevas qui constitue la trame, en même temps qu'un toit, de relations affectueuses et conviviales.

Ainsi se construisent des réseaux d'auto-constructeurs et d'expérimentateurs qui fondent, par leurs pratiques, la crédibilité d'un mode de vie plus cohérent.

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Elle s'équipera peu à peu d'une machine à coudre industrielle

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et d'un petit combiné bois,( raboteuse-dégauchisseuse), pas plus,

et si la réalisation de ses yourtes artisanales est plus longue que celles issus de gros ateliers, Myriam privilégie une finition soignée et un rapport satisfaisant à son travail.

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C'est ainsi que toutes les yourtes auxquelles elle a contribué sont différentes, adaptées à ceux qui les investissent.

Voilà pourquoi, malgré son authentique compétence, malgré la pertinence et l'aboutissement de son travail, Myriam n'est jamais devenue une marchande de yourtes.

Elle en fabrique deux ou trois par an, en accompagnant les personnes dans leur projet.


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Elle est du coté des poètes et des simples, une magicienne du quotidien.

Bien qu'elle ait généré à ce jour un vrai village de yourtes dans le paysage de France, de la Bretagne aux Alpes, beaucoup en Cevennes, et qu'elle pourrait être fière de son parcours,

elle reste une femme sobre et lumineuse, honnête envers elle-même,

qui a su rester fidèle  à ses rêves et ses valeurs.

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Elle aime à dire que c'est souvent le cordonnier le plus mal chaussé

Son refus de la compétition économique ne lui a pas fait développer « le sens des affaires » requis pour « réussir », et a mis en sourdine son appropriation personnelle d'une parcelle pour y vivre enfin sous sa propre yourte.

Ce n'est que depuis cinq ans qu'avec son compagnon Juan, elle a pu stabiliser sa famille et son atelier, en habitant, en plein village de Saint Hyppolyte, une petite yourte familiale

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posée dans un jardin, à coté d'un mazet retapé qui lui sert d'atelier.

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Myriam regrette la dégradation que subit la yourte en Occident, devenue un objet commercial qui doit rapporter, sans parler des dégâts sociaux, culturels et environnementaux engendrés par les des importations massives de yourtes mongoles.

Elle constate qu'à peine certains ont fabriqué leur yourte qu'ils se considèrent déjà comme des spécialistes, alors qu'ils n'ont pas le recul du temps pour régler les inévitables problèmes techniques, tels que l'étanchéité et la durée de vie des toiles.

Elle vit mal la méfiance entre fabricants, qui existe même dans le milieu écolo où se creuse une faille sensible entre les discours et les actes, cette concurrence étant pour elle

une trahison de l'esprit de la yourte.

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Pour Myriam, une yourte, c'est un entretien, une présence,

on vit avec la yourte comme avec quelqu'un...

une relation durable et respectueuse.

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Elle vient de créer avec son ami,

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dans cette petite ville cevenole de ses débuts où elle est  parfaitement intégrée,

une association socio-culturelle, avec un secteur sur l'éco-habitat,

qui a pour but de promouvoir les échanges de savoir-faire autour de la yourte:

« Kabitka », qui signifie « Petite maison » en Russe.

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Pour contacter Myriam Holyst,

la plus ancienne pratiquante de la yourte en France,

habitante en yourte,

membre de CHEYEN   :photo_fabricants_cheyen_petite

24, rue Pasteur. 30170 Saint-Hyppolyte du Fort.

06.43.28.33.34, myriam.holyst@orange.fr