emergence

Indienne sans patrie, chante ma gorge soir et matin,

au bord de la falaise, sur le rocher rond de ma grotte,

un chant d'amour profond à la terre moribonde.

Kingdoms

Plainte, gémissements sous la torture,

pour toutes les blessures dont saignent

la forêt, l'eau, les vallées, les montagnes.

Room_L

Il n'y en a plus pour très longtemps.

Ils sont allés trop loin, trop vite, trop souvent.

La terre n'en peut plus.

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Les humains dessus rendent leurs enfants fous,

armés jusqu'aux dents de machines à désastre.

Gens qui se dandinent dédaigneusement devant les affamés

et s'étripent, pleins de vanité, sur leur culture du résultat,

s'ils énuméraient chaque jour à la radio

la liste des espèces éliminées, éradiquées,

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au lieu des  yoyos de leurs dollars,

alors j'aurais chanté plus fort

pour partager le combat,

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au lieu maintenant de les abandonner

à l'orgie de leurs forfaits.

le_camp_et_l_indienne

S'ils voulaient déchiffrer les messages des oiseaux,

au lieu de leurs pokers sur le blé et l'avoine,

qu'à l'orée des forêts,

entre leurs tapages et mon silence,

je collecte patiemment,

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ils sauraient quoi faire de juste,

ce pas compliqué qu'ils ont piétiné.

Exilée, réfugiée, pourchassée sur ma propre terre

où sévissent les contrôleurs de l'abattage,

j'entends jusque dans la pierre

le carnage de leurs monnaies déchainées,

de leurs inventions à broyer,

partout, sans répit, jour et nuit.

chamanisme2

Indienne sans pays, sans tribu et sans race, 

à voir mourir les plantes, les fleurs, les arbres,  les bêtes,

HPIM1544

qui ne reviendront jamais,

mémoire diluée dans le pétrole dilapidé,

mon cœur est dévasté.

Cri en larmes du plus enfoui de la détresse

du monde en destruction.

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Il ne reste aux indiens que disparition,

brame de leur plus beau chant de cygne,

honteux d'avoir failli à la mission

de préserver l'équilibre et la fécondité

de notre plus beau présent, la nature.

belle_queue

Indienne, oui, c'est ainsi qu'ils m'appellent,

parce que, sortie des rangs, repliée au maquis,

ils ne m'auront que morte.

Sur la crête de leur mépris,


tgb

je tresse mes cheveux dans les voiles du vent,

les rubans des chamanes flottent sur ma ligne d'horizon,

TIyum030blog

et je chante encore le râle des failles hurlantes,

jusqu'au crépuscule roulant la prochaine tempête.

L'indienne qui boit l'eau des sources et la pluie,

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n'est pour eux qu'une tâche,

à virer de leur pare-brise.

Mais les sources et la pluie me disent:

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« Prenez garde, un jour, bientôt,

là, tout se tarira, là, tout sera noyé,

et partout, le monde périra.»

HPIM1552

Ils ont brisé le cycle des saisons,

éclaté le grand mandala de vie,

au massacre du sacré succède le désert.

Raiponce

Quand les montagnes s'écrouleront

que les eaux retourneront dans les entrailles de la terre,

j'aurais déjà pris mon envol sur la plume de l'esprit,

pour demander pardon au grand bâtisseur

de n'avoir pu conclure, avec les chefs de perdition,

un moratoire, une rémission;

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de n'avoir pu empêcher,

ni par pensée, ni par action, ni par omission, 

l'abominable pillage de sa maison.


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