Pour la sécurité du pays, mes publications, installations et déplacements sont depuis belle lurette l'objet d'attentions particulières et de suivis minutieux de la part du Ministère de l'Intérieur et de ses Renseignements Généraux.

Le ministère oscille entre l'acceptation, comme le clament mes fans, du fait évident que mes actions sont parfaitement innocentes et d'intérêt public, et le renforcement de ses positions suspicieuses.

Je n'ai pas dit « paranoïaques ».

Hésitant entre mon statut de star et de meneuse subversive,

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il a opté pour sa vision belliqueuse de l'ordre public, en m'attribuant d'office une garde rapprochée.

Et ce sans débourser un centime, puisque le temps est à la rigueur; juste en profitant, avec un à propos confondant, des possibilités locales.

En effet, mes anciens voisins ont terriblement paniqués de me voir partir.

Très accros, traumatisés à l'idée de me perdre, incapables de rompre leurs habitudes d'observation quotidienne, ils se sont résolus à me suivre jusqu'à mon pic rocheux.

Comme des ouvriers besogneux qui ne peuvent abandonner leur usine se délocalisant, ils se sont protégés de la fâcheuse éventualité de rester sur le carreau  en capturant dans leurs objectifs photos chaque étape de mon déménagement, notant scrupuleusement les allées et venues autour du Cantoyourte, et mouchardant en haut lieu et à la ronde tous mes faits et gestes.

Dés que j'ai quitté mon vieux camp, ils m'ont emboité le pas.

Finalement, ils ont déplacé leur poste de contrôle et leur équipement complet de garde-chiourme aux portes de mon nouveau terrain, et, dans la foulée, se sont engagés volontaires pour assurer, jour et nuit, ma surveillance.

Cette décision de devenir à vie mes gardes du corps attitrés m'a profondément touchée.

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Confondue par cette fidélité hors du commun, valeur malheureusement surannée dans un contexte général de liaisons jetables, je n'ai pu refusé.

D'autant que je ne suis guère tentée d'endosser la culpabilité terrassante de leur dépérissement par consomption,  encore moins d'atteindre les limites de leurs réflexes de survie, pas du tout encline à assumer sur mes terres un nouveau cas de suicide au travail.

Cette extraordinaire persévérance m'a rappelé combien je suis bénie des dieux, moi que le ciel comble d'autant de cadeaux qu'une star, sans que j'ai rien demandé et encore moins mérité.

Mes barbouzes travaillent gratuitement, sans revendications salariales, ils ne sont même pas syndiqués.....Jamais en retard, toujours là où on les attend, pas d'excuses de grève des trains ou de bus bondé. A pied ou en mobylette Peugeot du siècle dernier, ils sont comme moi, en marge de la civilisation du pétrole.

Forcenés de la filature en terrain pentu, leur adulation à mon égard n'a pas de bornes.

Ils ne prennent jamais de vacances, jamais un seul jour de congé. Ils sont là par tous les temps, équipés sempiternellement de leurs jumelles braquées sur ma jolie petite yourte, et de leurs machettes cachées sous leurs shorts de combat.

Le suspens haletant de leur mission leur procure une dose parfaitement équilibrée d'excitations et de stress, ce qui explique leur bonne santé et leur longévité, leur chef venant de fêter ses 83 printemps.

Cet équilibre, je prends garde à ne pas le menacer par mes propres humeurs. Je cache scrupuleusement mes faiblesses pour leur éviter une surcharge de besogne, dissimule soigneusement, par exemple, une entorse qui ralentit mon rythme de vie, car sinon, ils s'affolent: leur gardiennage devient alors une traque inlassable du moindre profiteur de femme fragile.

Le dialogue avec ces subordonnés n'est pas facile, vu qu'ils ont une dépendance de camés, se défonçant goulument de mes paroles, actes, déplacements, shows publics et émissions télévisuelles.

Heureusement, je n'ai pas besoin de leur expliquer ce dont j'ai besoin, encore moins de leur donner des ordres, ils devancent avec un zèle époustouflant toutes les hypothétiques assauts dont je pourrais être malencontreusement victime.

Ils parlent un dialecte du pays très ancien, réservé à l'élite de souche, une langue d'insultes vernaculaires préhistorique, transmise de bouche à oreille, dont j'ai fini par comprendre, à force de répétition, qu'il s'agit du code plus ou moins secret d'un peuple héroïque de mâles courageux, qui, après avoir survécu aux traquenards d'un consortium de sorcières déchainées, se sont regroupé en secte plus ou moins légale et anonyme, chargée de pérenniser les valeurs machistes les plus primitives.

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Ce dialecte, dit du Fiel, qu'ils tentent de réhabiliter dans leur sphère d'influence, est compris et utilisé essentiellement par les hommes les plus virils, dont la mission trans-séculaire consiste à offrir leur force, leur courage et leur honneur au service de la défense des nobles dames isolées en yourte au bord d'un village non fortifié, village lâchement déserté par les non-preux chevaliers partis depuis un demi-siècle en croisade pour Sainte Croissance.

Je ne comprends pas toujours ce dialecte mais, par contre, je comprends tout à fait leur spécialité, qu'ils utilisent fort à propos en ponctuation de leurs fulminations, copiée astucieusement sur les chiens. Ils se débraguettent systématiquement pour pisser sur mes arbres, ce qui, vu la fétidité stationnante, éloigne immanquablement tous les autres prédateurs.

Mon nouveau terrain, tout en longueur et en restanques, s'étire d'un coté sur une falaise et de l'autre, le long d'un muret en pierres partiellement écroulé.

Le long de ce mur, un chemin vicinal permet d'accéder à mes terres de bas en haut.

De l'autre coté, un terrain en friche appartient à mon vieux chef  des barbouzes, le plus virulent.

Quoi de plus ingénieux, n'est-ce pas, pour sur-motiver son homme, que d'habiter directement dans l'enclave d'un barbouze.....

Ce terrain est vide, mais mon barbouze en chef ne réclame aucun bâtiment, aucun travaux de voirie, même pas une cabane pour y loger ses tours de garde. Pas de miradors non plus, il se contente de la pleine lune, d'une lampe de poche  et de ses yeux de lynx.

Il a commencé par détourner les eaux.  D'une pierre deux coups:

1) Dégagement de la vue:  mon barbouze, bien obligé de gagner sa vie par ailleurs de son absorbante vocation, a vendu ses pins sylvestres aux Eaux et Forêts, qui, évidement, pour enlever les troncs, ont massacré toutes les terrasses avec leurs bulls,  terrasses qui jusque là retenaient les pluies. Les eaux torrentielles se sont donc déversées dans sa pente, laminant toute végétation, arasant pierres et mottes intempestives, offrant dés lors sur ma yourte une vue panoramique.

2) Approvisionnement en eau:  en effet, je n'ai pas accès au réseau collectif, la commune n'ayant pas les moyens d'allonger ses tuyaux.

Je n'ai pas insisté car de toutes façons, leur eau est abominablement polluée. Bourrée d'entérocoques et de pesticides, déversés en masse par les employés de la voirie, détruisant les systèmes immunitaire et endocrinien, sa consommation m'a occasionné au bout de dix ans un cancer hormono-dépendant. Même la toilette avec cette eau me déclenche eczémas et inflammations.

Donc, je récupère, avec la bénédiction du maire, l'eau de pluie.


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Dés que le front arrière fut suffisamment dégagé, mon vieux barbouze a jugé, toujours de son propre chef, qu'il devait obligeamment m'aider à récolter les torrents de montagne s'échappant de la grosse buse au-dessus de chez lui.

Il échafauda donc, de nuit, de nombreux barrages de pierres, assez hauts pour détourner le flux vers mes terres. 

Jusqu'à ce qu'il eut l'idée géniale d'obliger la société d'entretien des pistes forestières à détourner les eaux des buses chez moi, par une coulée de terre profonde comme un tunnel. Ce fossé barrant l'accès oriental à mes terres ressemble à s'y méprendre à une douve de château-fort,

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même les animaux ont du renoncé au passage.

Magnifique générosité de mon gorille: dans ces flots astucieusement détournés, je n'aurais plus qu'à placer une crépine au bout d'un tuyau et remplir ainsi mes cuves......

Enfin, si j'arrive à expliquer à mon ardent défenseur que personne ne pensera à y enfiler des cadavres d'écureuils.

Ensuite, toujours en prévention d'agressions sournoises, il s'est attaqué au barrage systématique des accès.

Mon barbouze a donc empilé branches et cailloux partout où sinuaient tranquillement, depuis des siècles, chemins vicinaux et sentiers de randonneurs, drailles et sentes.

Je n'ai pu entamé sa certitude que ma célébrité m'ouvrait droit à une desserte régulière par hélico-portage. 

Malheureusement, des petits délinquants des forêts, travestis en visiteurs de yourtes, forcent encore sans vergogne le passage depuis la route.

Je reconnais qu'il est difficile de faire le tri entre d'innocents promeneurs et de dangereux prédateurs de princesse, souvent déguisés, aussi suis-je assez obligée d'admettre que les lignes de fil de fer barbelés zigzaguant entre la route et ma yourte, même si leur tension manque parfois de conviction,

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sont extrêmement efficaces.

Ces fils de fer sont chaque jour amoureusement entretenus, rehaussés, rabaissés, enlacés entre les troncs des pins survivants.

Au début, des petits malins, qui croient abusivement que la forêt leur appartient, ont coupé ces fils de fer pour passer, malgré le panneau d'interdiction formelle auto-produit par mon barbouze.

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Panneau devant lequel je ne cesse de m'extasier, tant cet art brut, art naïf , art singulier, à base de récup de pneu de tracteur, frise le génie.

De même que les hiératiques panneaux « propriété privée », pièces uniques que jamais je n'aurais seulement pu concevoir...

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Suite aux intrusions sécatoriales, immédiatement, un commando de barbouzes masqués contre-attaquent sauvagement sur les lignes ennemies.

Dégainant leurs machettes, la dernière fois, ils ont impitoyablement massacré, pour l'exemple, un bel arbre à l'entrée de chez moi.

Depuis que ce  squelette monstrueux est étalé sur mon passage, plus personne n'ose s'approcher. En effet, le tronc a été si violemment déchiqueté par les machettes qu'on peut à juste titre se féliciter de n'avoir pas été dans les parages à ce moment là, spécialement si on est pas capable de refouler loin en soi ses velléités de protestation.

(Désolée, mais la photo du cadavre est censurée, j'ai du monde prévu ce WE...

Alors je vous mets la photo nettement plus soft de l'expulsion de femmes et d'enfants dernièrement à la Courneuve, ça se passe toujours en France quand même....

On peut voir l'intégralité de l'intervention policière là:

http://www.dailymotion.com/video/xe63l2_evacuation-de-familles-sans-logemen_news)


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J'avoue que je n'aurais pas pensé à ce genre de méthode radicale et que, finalement, tout compte fait, au vu des résultats, je ne peux qu'être prise d'admiration pour l'imagination débridée et la géniale réactivité de mes gardiens.

Par ailleurs, mes barbouzes étant à mon ermitage ce que les dragons sont aux donjons, ces méthodes barbares d'écrémage ont l'avantage de m'épargner un tri fastidieux de mes contacts, pulvérisant ainsi toute sélectivité subjective forcement tendancieuse.

Le seul ennui, c'est qu'un tel zèle n'est pas apprécié des factions rivales.

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Je dois sans cesse tirer le frein de mes proches, secrètement envieux de l'exotisme, l'impunité et la pénarde facilité d'une mission concernant une femme seule pas encore reléguée au placard de l'âge.

Leur fâcheuse manie de focaliser sur mes veilleurs, ainsi qu'à s'énerver et à démarrer au quart de tour, induit une baisse préoccupante de mon rendement énergétique.

J'ai du raisonner longuement un de mes oncles militaires qui supporte mal la concurrence déloyale de ce genre de milices privées agissant en dehors de toute hiérarchie.

J'ai du désamorcer plusieurs fois trois de ses copains musclés et épaulés, pour les débloquer du starting-block dirigé en catapulte sur le domicile privé de mes barbouzes.

Du coup, j'évite soigneusement d'être en situation d'avoir à inviter mon neveu tout jeune parachutiste, des fois qu'il s'emballe lui aussi.

J'ai du retenir plusieurs fois quelques uns de mes copains Désobéissants, aguerris au contact des matraques, toujours en quête d'un stage nature avec figurants locaux dans l'arrière cour d'une épicerie d'un atelier de l'ultra-gauche planqué en milieu rural.

J'ai du passer des heures à tenter d'amadouer un de mes ex, maffiosi repenti de cent trente kilos, maitre de karaté et maladivement susceptible, toujours asservi au code d'honneur de la famille, qui me fait régulièrement une crise de jalousie quand je lui interdis de se mêler de mes affaires personnelles.

J'ai du m'éloigner aussi de mes amis gitans qui menacent toujours de venir installer, illégalement bien sûr, leurs caravanes en réunion sur les terres de mon voisin, fils de fer ou pas.

Sans compter le temps que je passe à amadouer la colère de mon frère avocat, m'exhortant, un tantinet crâneur, avec des relents de colonialisme parisien, à ne pas couvrir le travail au noir et à déclarer mon escorte aux représentants de la loi, du fisc et de l'ordre public, sans quoi il le fera lui-même.....

Mais finalement, le plus dur, c'est de repousser la Rave-Party monumentale que mon fils et ses gadgos du quartier des Cevennes à Alès brulent d'organiser pour les milliers de jeunes de la région piaffant d'impatience, et jugeant magnifiquement opportune l'économie d'un service d'ordre aussi consciencieux....

Tout ceci pour expliquer gentiment et clairement

à mes nombreux visiteurs potentiels que, s'ils veulent arriver sains et saufs à ma petite yourte,

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il leur faut impérativement obtenir un laisser-passer.

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On peut le demander, sans doute avec quelques difficultés, mais qui ne tente rien n'a rien, au QG de mes barbouzes, chez Mr Nicolas Noé, au 37, rue Léon Barry, à Bessèges.

Attention: si je n'aime QUE les hommes aux cheveux longs, lui n'aime QUE les garçons aux cheveux très très courts....

Bien que mon barbouze en chef soit armé, le jeu en vaut la chandelle, car enfin, on pourra ensuite accéder à la prochaine étape

du chemin initiatique de la yourte,

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c'est à dire à la deuxième partie de mon système de protection,

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la troisième étant en cours d'élaboration.


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Il s'agit d'un système de cloches originales,

non breveté, entièrement gratuit,

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dont l'intensité sonore

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me permet de détecter illico l'état du self contrôle

de mes postulants cénobites,

ainsi que leur niveau de motivation

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sur l'échelle de sagesse transcendantale

de « la Voie de la Yourte ».

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Vu la puissance opérante de mes gardes du corps, et leur façon un peu exagérée, j'en conviens, de considérer tout visiteur inoffensif comme un terroriste infiltré, j'enjoins les plus téméraires d'entre vous à un minimum de persévérance et de précautions....

En particulier, ne pas oublier de se munir soigneusement, outre d'un bon gilet pare-balles couleur kaki fluo,( ici, ça fait belle lurette qu'ils ne prennent plus la peine de faire semblant de viser un sanglier avant d'abattre leur beau-frère), de sécateurs, scies, leviers et autres instruments de déblaiement, mais aussi gants de travail costauds, pour dégager les tas de pierres « tombées » au milieu du chemin.....

A bientôt donc, amis les plus audacieux, amateurs de frissons verts châtaignier,  pour siroter tranquillement, à l'ermitage du Cantoyourte des Plantiers,


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loin de tout mais en toute sécurité,

mon eau de pluie au sirop de pipi d'écureuils,

avant de plonger béatement, au seuil de l'horizon,

dans une profonde méditation.

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