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Elle reste assise sur la falaise, devant le soleil.

Elle laisse reposer la bouillie.

L'hiver est doux, d'ailleurs, est-ce bien un hiver ?

Elle écoute les oiseaux, pépiements opalins dans l'air translucide.

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Le pivert et son martèlement caverneux,

les corneilles disputant aux merles le piaillement le plus dérapant,

les buses aux cris stridents, un faisan perdu, un canard détourné.

Elle surprend un coléoptère se risquant sous une feuille,

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un rouge-gorge guettant le compost,

un pic épeiche remontant le tronc d'un grand pin.

Mais l'écureuil est mort.

Il a eu soif, très soif. La sécheresse s'amplifie chaque année.

Elle n'a pas bien fermé le trou de la cuve.

Le petit animal a viré la passoire qui servait de filtre

et a plongé dans la réserve d'eau.

Elle a tué, par imprévoyance, le dernier écureuil de la vallée.

Maintenant, elle fait attention à tous les points d'eau.

Elle laisse toujours une casserole peu profonde pour la soif d'un petit écureuil.

D'autres bêtes s'abreuvent, mais le panache frétillant,

qui l'émerveillait de ses sauts joyeux, n'a pas laissé de descendance.

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Elle ne bouge plus.

Elle mesure l'impact de la prolifération des humains sur le peuple naturel.

Ici règne une vie silencieuse qui remplit de respect et de reconnaissance.

Qu'au milieu de tant d'industrialisation, d'épandages chimiques et de pollution,

la nature existe encore, est sidérant.

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La poignée de glands qu'elle a décortiqué

en s'identifiant à celui qu'elle n'a pas su protéger,

cuit dans sa troisième eau sur le poêle.

Ce n'est pas savoureux, c'est un aliment de disette.

Mais c'est la réserve du petit écureuil,

une banque prolifique éparpillée au pied du vieux chêne.

-glantine

Les campagnols n'ont plus de gros concurrent.

Maintenant, il ne reste, pour honorer l'aïeul malingre au tronc noueux,

qu'à orner de colliers ou de frises de glands l'étoile de cailloux blancs

qu'elle a dessiné sur la terre.

C'est long de s'installer.

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Même en yourte.

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Surtout en yourte.

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Parce qu'on est jamais en premier.

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Il y a toujours quelqu'un avant.

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Des ayant-droits.

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Prioritaires et prééminents.

Une belette, une couleuvre, une marmotte, un blaireau, un faucon.

Nids et terriers, sentiers et éboulis, grottes et rochers,

ordonnent une architecture sauvage invisible,

à négocier avec les autochtones.

Dont les arbres et les plantes, les véritables locataires de la terre.

De cette cathédrale de gratuité

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où les humains puisent depuis l'aube des temps,

mais qu'ils rechignent de plus en plus à partager.

Les vrais indigènes parlementent naturellement avec leur environnement

parce qu'ils savent instinctivement que la Mère produit

en quantité suffisante la subsistance de ses enfants.

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L'homme civilisé jamais. Lui, il veut toujours plus.

C'est un spécialiste, un expert, un scientifique, alors il a toujours raison.

Il n'amasse pas pour passer l'hiver,

il amasse par voracité, par vice et par vol.

Il appelle ça la loi du marché.

Et quand il s'installe de force,

avec sa religion d'expansion et de contamination tous azimuts,

il prouve sa propriété par des contrats bidons signés entre maffieux,

assis obèses sur leurs bulldozers et leurs ogives nucléaires.

Maintenant, en regardant l'horizon, on ne voit plus que des antennes,

des fils électriques, des avions et des chemtrails.

Elle reste assise sur la falaise,

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jusqu'au crépuscule.

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Elle regarde le jour se dissoudre

et surveille la trouée là-bas, au fond du bois,

où la lune renversée prépare son lever.

Elle écoute les sangliers fouiller les sentes en contre-bas,

les veilles châtaignes, les racines,

les groins soulever les bois pourrissants pour débusquer les gros vers blancs.

Une chouette hulule.

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Les étoiles s'allument.

Elle porte toujours en elle comme une pulsation vitale

le choc de la rencontre des étoiles

quand elle est définitivement sortie de la ville.

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Cette nuit là, sur le seuil de la cabane où elle avait aimé un vagabond,

elle souriait de plaisir, encore sous le charme de la façon,

si sensuelle et si profondément philosophique,

dont cet homme sans pedigree lui avait ôté

ses perles, ses chaines et ses bracelets.

Glissé à coté d'elle sur la margelle,

ils avaient passé le reste de la nuit à contempler les étoiles.

ETOILESETOILES

Le saltimbanque parti, puis mort au bout du rouleau en Afrique,

elle a planté un laurier en mémoire de lui,

quelque part en France où les étoiles, elles, sont restées.

Immuables, éternelles.

Alors le dénuement amoureux s'est transformé

en éblouissement quotidien sous le miroitement galactique.

Et la femme suspendue au ciel, assise sur la falaise,

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de jour comme de nuit, transmue inlassablement,

au fil du temps démêlé sur la pointe de l'esprit,

dans l'athanor du cœur, les pépites du bonheur.

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