Parce que longtemps les « héros » nous ont ingurgité que la pauvreté et l'infériorité proviennent de « différences naturelles », les femmes ont intériorisé le statut dégradant de « la différence ».

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De même que les noirs, les Indiens, les indigènes, ont été relégués pendant des siècles au rang de sous-hommes si ce n'est d'animaux, les femmes, gangrenées par la hiérarchisation péjorative des valeurs masculines, ont fini par confondre « différence» objective avec infériorité subjective.

Le féminisme capitaliste se fourvoie en réclamant l'arasement des « différences » dans un universalisme présenté comme un grand rassemblement humaniste. Cette pseudo-unité, avec pensée unique et ordre mondial des puissants, n'est que l'aboutissement totalitaire de l'expansion du matérialisme scientifique qui, par son ethnocentrisme, a si bien colonisé les consciences.

Ce n'est pas parce qu'on jette tout dans le même sac qu'on abolit les différences. On se soulage d'avoir à retenir des morceaux épars dépareillés toujours en fuite et incontrôlables, mais on ne fait que les écraser. Même si, dans le bassin, le rapprochement entraine momentanément, serrés les uns contre les autres, un sentiment de sécurité, il reste que, dans la soupe de « l'universalisme », seul le requin, qui n'a pas de prédateur au-dessus de lui, peut dormir tranquille. Les autres, pris dans la nasse,

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se font manger,

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toutes différences mêlées, comme des sardines dans les boites de conserves d'un discount.

Ce n'est pas en mixant qu'on résout les inégalités, on ne fait que du bouillon. On ne sait même plus avec quoi: la patate, fertilisée par milliards de tonnages de pesticides, miraculeusement échappée à la friture pour blaireaux, domine tout.

La nature entière nous montre que la fertilité et la fécondité de la terre dépendent de la multiplication des différences entre espèces, que le hasard fait souvent bien les choses, que seule la diversité produit la vie.

Les humains qui s'ingénient, dans cette veulerie hystérique de tout contrôler, avec leur techno-rationalisme maléfique, à aligner des clones d'arbres, de plantes et d'humains uniformes et interchangeables,

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sous prétexte hypocrite de résoudre la faim dans le monde, se soumettent à la morbidité délétère d'une idéologie productiviste dont le régime s'est diaboliquement emballé.

Des hectares de céréales toutes pareilles ou de fruitiers tous semblables, porteurs des mêmes caractéristiques génétiques, et maintenant hautement trafiquées (OGM), épuisent et dévastent les sols.

Des usines et bureaux d'humains conformes et dociles,

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enrégimentés à ingurgiter les mêmes rations, gagneront peut-être tous, un jour, hommes et femmes, le même salaire pour la même tâche,

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mais ils partageront surtout la même responsabilité d'avoir tué, en étouffant l'altérité et tout autre civilisation ou mode de vie, l'avenir de l'humanité.

Chaque victoire de l'égalité pour les femmes occidentales s'est soldé par une régression des libertés et une aggravation de la pauvreté dans les pays exploités.

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Or partout où augmente la pauvreté, augmente aussi la violence contre les femmes et les enfants.

Cette « égalité » largement utilisée par les mâles dominants pour fournir des esclaves « affranchis » à l'industrialisation et à la marchandisation généralisée, nie, par la théorisation du genre comme simple construction comportementaliste, la différence sexuelle la plus évidente.

Sous prétexte de libération par le travail rémunéré, d'égalité salariale et de partage des tâches, certaines, sponsorisées par les oppresseurs, postulent de récupérer les zones économiques informelles où travaillent discrètement les femmes, pour les rentabiliser en zones d'économie de « développement durable et solidaire » dûment rétribuées et cotées en bourse.

Il est urgent, bien au contraire, de se réapproprier ou de recréer de nouvelles zones de gratuité et d'échanges non monétaires, en dehors de tout échelonnement, subordination et mercantilisme. En même temps, un revenu de base permettrait aux femmes de ne plus dépendre d'un homme, à condition que ce revenu soit généré en monnaie locale non spéculative.

Ces activités informelles des femmes qui existent depuis des millénaires sont les pépites inaltérables de nos racines les plus solides, aujourd'hui précurseures de cette gratuité politiquement revendiquée par les décroissants.

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Elles nous rappellent que tout ne se marchande pas, que l'humilité n'est pas forcément de la soumission à l'ordre établi, que la soumission n'est pas cet avilissement attribué par les hommes à tout ce qui ne prétend rien de plus que ce qu'il est.

Ce noyau résistant d'humanité pourrait s'avérer être notre dernière chance.

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Les meilleurs maîtres de sagesse se trouvent là, dans nos campagnes, nos arrières-salles, nos celliers et nos buanderies, au fond du jardin et à la cuisine, à l'atelier et à la bergerie, auprès des enfants et des aïeuls, à bricoler ces stratégies de survie qu'inventent si bien les femmes pour surseoir aux tueries de leurs compagnons.

Dans ce bon sens qui tresse un panier en osier plutôt que de foncer au supermarché acheter un cabas en plastique fabriqué en série à Taïwan par des enfants tristes, tambouille ses propres conserves de ratatouille, ses chapatis de chénopode blanc, et soigne ses proches avec cette molène sauvage qui fleurit si joliment dans la prairie.

Le zen ne dit pas autre chose quand, dans ses annales, il raconte comment le disciple le plus anodin, le balayeur illettré dont tous les moines se moquent, devient, grâce à l'œil éclairé du sage, le successeur de la lignée.

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Mais les prédateurs s'infiltrent partout en détournant la « gratuité »: les banquiers aux abois viennent de comprendre comment la réussite du micro-crédit en Orient leur étale un tapis rouge jusque dans les campagnes analphabètes les plus reculées.

Ils annoncent sur papier glacé, par de très pernicieuses publicités grassement étalées dans des magazines éclectiques, qu'ils offrent aux pauvres les plus retirés, quelques dizaines de millions quand même, enfin désenclavés et sauvés de la fracture monétaire, un accès exceptionnel à un moyen de paiement, en leur offrant « gratuitement » leur premier compte bancaire.

On voit de suite les embrouilles qui vont s'abattre sur des gens qui ne savent pas signer, en particulier la pauvre Indienne qui n'a plus que sa vache et son sari à perdre.

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Mais quelques roupies multipliées par tant de pauvres qui ne pourront plus se desempétrer, c'est la cagnotte du siècle.

Ce n'est pas la division sexuelle du travail qui oppresse, c'est, d'abord, la marchandisation de la force de travail, qui esclavagise, et d'autre part, c'est la dévalorisation du travail gratuit, bénévole, en particulier du travail domestique, des savoirs-faire traditionnels, de l'artisanat et de l'agriculture vivrière, engendré par la surestimation du prestige de l'activisme par monopolisation, accumulation et ostentation matérialiste. Cette dévalorisation participe de la hiérarchie instaurée par les maitres qui glorifient la valeur travail pour que les esclaves ne se révoltent pas.

Or cette dévalorisation de la simplicité et de l'auto-subsistance n'est possible qu'en attentant à l'identité profonde des femmes.

Par le truchement de la mixité obligatoire, et par l'école, qui serait synonyme d'émancipation vers l'égalité, par la prolifération d'empoisonnements publicitaires qui piétinent le corps des femmes en paillassons de la modernité,

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est cautionnée l'intoxication des valeurs du plus intrusif sur le plus réceptif.

Sous injonctions insistantes, autoritaires ou sournoises, sous harcèlement psychologique par le biais d'images obscènes, de réflexions vulgaires et de critiques fielleuses, par matraquage de représentations méprisantes, par proliférations de sollicitations péremptoires et de tensions contradictoires, par l'empêchement de s'écarter du tourbillon du marché et de la concurrence, par détournement de l'attention à ses besoins profonds, du soin de soi, de sa famille et de son environnement, la confiance en son propre jugement se délite, se dégrade et s'anéantit dans le harassement.

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C'est ainsi que la mésestime intériorisée fait le lit de l'aliénation.

C'est pourquoi, afin de se protéger des oppressions patriarcales introjectant la dépréciation, afin de cultiver en paix cette estime de soi si nécessaire à l'épanouissement de tous,

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des lieux de ressourcement, et donc de non-mixité, s'avèrent indispensables.

Il ne s'agit pas de séparer les différences, pour produire de la ségrégation ou reproduire de l'uniformité. Il s'agit de soustraire pour un temps suffisant les germinations de singularités aux ravages des puissances dominantes. 

Dans ces lieux à l'écart du système,

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défrichés avec pusillanimité, installés légèrement de cabanes et de tentes, les femmes pourraient imaginer et bricoler une société sans guerre, sans victimes et sans conquérants, où la régulation volontaire fondée sur le respect du Vivant l'emporterait sur l'exploitation, l'exclusion et l'élimination des différences.

Dans ces lieux sans hiérarchie, avec ou sans yourtes,

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on se décontaminerait des images, des codes, des normes et des stéréotypes, on décoloniserait ses pensées, son psychisme, ses croyances, ses rêves et ses fantasmes, on étalonnerait la valeur non sur l'or, l'avoir où l'échelon social, mais sur le cœur, l'écoute et le partage.

De ces lieux, souvent des yourtes où murmure l'esprit de la nature et respire le cosmos, émergeraient des femmes libres, réfractaires à toute domination non explicitement consentie, capables d'accueillir leurs compagnons en toute maturité et indépendance d'esprit.

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Nous, femmes, leur proposerons alors de cheminer ensemble

sur les voies de traverse,

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à l'écart des autoroutes et des supermarchés,

sur ces sentiers d'à côté où,

loin de tout racler sans rien regarder,

on s'étonne de la moindre fleur

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et regarde avec attention où nos pas s'inscrivent,

où nos désirs nous mènent.

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