Petit discours d'ouverture à la réunion publique MOC/NPA avant le premier tour des législatives 2012.

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C'est Françoise d'Eaubonne qui a inventé le terme « écoféminisme » en 1974, dans son ouvrage les « Femmes avant le patriarcat » où elle dénonce le refoulement de la société matriarcale originelle par le « phallocratisme ».

Le patriarcat est une idéologie qui déclare l'homme supérieur à l'animal, libre de tout déterminisme, maitre de l'univers. C'est la grande illusion prométhéenne peuplée de mythes épiques qui glorifient le pillage, travestissent les guerres de colonisation et d'expropriation des peuples en croisades civilisatrices.

Pour impacter son intelligence et son autorité, l'homme assujettit la nature au point de substituer à son environnement naturel un environnement superficiel et factice, facile à contrôler et à soumettre. La nature n'est plus qu'une mécanique à manipuler et pressuriser, une usine à richesses, une banque de cellules. La modernité, c'est la désintégration de la nature: l'humain extrait de la biosphére la domine comme un Dieu tout puissant. Le processus d'extraction de l'homme hors de son éco-système s'est emballé avec la révolution industrielle et biotechnologique, provoquant l'élimination des sociétés traditionnelles, avec la disqualification des indigènes et des femmes.

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L’avidité de produire, la compétitivité et l'expansionnisme, l'extorcation par le rapport de force comme fondement social, entraine le sacrifice de la logique du don, de la coopération et de l'échange, apanage des sociétés matriarcales.

Ces attitudes masculines ont conduit à l'appropriation des deux sources de la vie que sont la fertilité de la nature et la fécondité des femmes.

Cette appropriation arbitraire induit divisions et rivalités totalement contraires à la libre contribution, à l'autogestion et au respect du vivant qui fonde l'harmonie et la subsistance des peuples. Son résultat, la dégradation des ressources, des conditions climatiques et environnementales, correspond à la dégradation de l'image et du rôle de la femme et de l'humus dans les processus de vie.

Mais les « héros » de la maîtrise de la nature, de la science, du progrès et de l'innovation perpétuelle ont beau fabriqué des micros et macros machines ultra sophistiquées, leurs cerveaux n'ont pas évolué depuis la préhistoire:

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les cerveaux de Cromagnon sont capables d'envisager le profit à court terme, pas à long terme, ce que devrait pourtant impliquer des technologies aussi dangereuses que le nucléaire.

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Les tribus se déplaçaient quand les ressources se raréfiaient, mère Nature paraissant inépuisable, un peu plus loin. Aujourd'hui, il n'y a plus d'autres terres où aller chercher refuge, les limites sont atteintes, il n'y a plus que le bord sidéral de la galaxie.

Nous sommes toujours « des hommes et des femmes des cavernes »

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écrit Nancy Huston dans son dernier bouquin « Reflets dans un regard d'homme », en ajoutant:

« Dans notre espèce, comme dans tant d'autres, les mâles n'ont pas les mêmes envies ni les mêmes comportements sexuels que les femelles.... Si les hommes ont dominé les femmes dans toutes les sociétés humaines au long de l'Histoire, c'est parce qu'elles portaient des enfants. D'une part cela les rendait vulnérables: elles avaient besoin de la protection des hommes, spécialement pendant les périodes de grossesse et d'allaitement; mais d'autre part, dénué de sens en lui-même, le fait que la parturition soit réservée aux femelles a été perçu par les mâles, selon les cas, comme un privilège, un avantage, un scandale ou un mystère sacré. » 

Et de poursuivre cette logique basique, cataloguée d'essentialiste par les bourgeoises féministes occidentales criant à l'hérésie, en citant les recherches de Francoise Héritier dont je partage depuis longtemps la conclusion suivante :

«  Ce n'est pas l'envie du pénis qui entérine l'humiliation féminine, mais ce scandale que les femmes font leurs filles alors que les hommes ne peuvent faire leurs fils. Cette injustice et ce mystère sont à l'origine de tout le reste, qui est advenu de façon semblable dans les groupes humains depuis l'origine de l'humanité et que nous appelons la « domination masculine ».

Donc, au fil des civilisations, les héros nous ont ingurgité que la pauvreté et l'infériorité provenant de « différences naturelles », il était logique que la force physique, la concurrence, la guerre, l'assujettissement des faibles, devaient prévaloir « naturellement » sur toute autre aptitude. La femme, l'étranger, l'esclave, ne pouvaient participer à la belle démocratie Athénienne. La femme, l'indigène, l'ouvrier, le paysan, la nature, le tiers-monde, conquêtes prestigieuses et rentables de l'homme blanc impérialiste, sont les objets du mépris et de l'instrumentalisation.

Ce statut dégradant de « la différence » ingéré quotidiennement par les femmes au long des siécles a fini par être profondement intériorisé.

Or les femmes ne sont pas une minorité en quête de reconnaissance, de droit et d'égalité.

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Les femmes sont la moitié de l'humanité. L'égalité y est numériquement d'office.

Les deux moitiés de l'espèce sont complémentaires pour produire l'humanité, OK, mais elles sont fondamentalement différentes.

Or quand les mâles humains ont compris qu'il suffisait d'un seul homme pour féconder beaucoup de femmes, on peut comprendre qu'ils aient pu craindre d'être jugés un peu inutiles, ce qui les auraient porté à devoir prouver qu'en plus de la reproduction,

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ils sont quand même absolument indispensables....

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Le tout assorti d'une petite revanche sur cette nature si mal faite, où le semencier est obligé de parader pendant des heures pour déposer sa graine, heureusement de plus en trafiquée pour qu'une telle injustice ne se pérpétue pas...

La différence des sexes a donc été hiérarchisée par la jalousie des mâles à l'encontre des tenantes de la fécondité,

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entrainant la survalorisation de la force et du pouvoir, et, en contre-partie, la dévaluation du respect de l'altérité et de la gestion des ressources. Ainsi les tâches d'enfantement et d'entretien de la vie en sont-elles arrivées aujourd'hui à être totalement disqualifiées.

Ce qui est quand même un comble à une époque qui se targue d'émancipation des femmes grâce au grand souffle féministe du siècle dernier.

Que penser d'une libération qui, sur la même impulsion d'envahissement et de tyrannie de la nature et des femmes caractéristique du patriarcat, a rejeté l'identité biologique des sexes au profit d'une théorie constructiviste du comportement, une théorie de démiurges qui conduit à nier la différence sexuelle la plus évidente, en nous promettant la refonte du génome humain et la procréation in vitro?

Que penser des dérives absurdes de la « théorie du genre », idéologie officielle chez les intellectuels, dont la plus connue et la plus nocive est Elisabeth Badinter, très médiatisée, qui en arrive à conspuer l'allaitement ?

Cette théorie du féminisme universaliste occidental, désormais intégrée aux manuels scolaires, se fonde sur l'erreur de croire que les comportements masculins sont universels, car ils seraient acquis et non innés.

L'égalité qui y est revendiquée est largement utilisée par les mâles dominants pour fournir des esclaves normalisés à la solde du productivisme et la marchandisation généralisée necessaire à l'accumulation capitaliste.

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Ce féminisme universaliste, aux ordres de la pensée unique des puissants, où les femmes pisseraient aussi loin que les garçons, est présenté comme un grand rassemblement humaniste, alors qu'il n'est que l'aboutissement totalitaire de l'expansion du matérialisme scientifique qui, par son ethnocentrisme, a si bien colonisé les consciences.

Sous prétexte de libération par le travail rémunéré, d'égalité salariale et de partage des tâches, les tenants de cette théorie crépusculaire postulent de récupérer les zones économiques informelles où travaillent discrètement les femmes, pour les rentabiliser en zones d'économie de « développement durable et solidaire » du capitalisme vert, dûment rétribuées et cotées en bourse. Histoire de pousser l'individualisme au bout de sa logique, le démembrement de toute conscience collective.

Ce féminisme d'allégeance à la course aux champions n'est qu'un triste renchérissement de la religion du profit et de la compétition, par le dénigrement du foyer et de la maternité,

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assorti du discrédit sur toutes les tâches de maternage et de soin de la vie.

Complice de la dépréciation des valeurs féminines, il accélère le processus de dissolution sociale en détournant le but et le sens de l'activité humaine. L'émancipation féminine octroyée au début du 20° siécle pour produire des fusils et des canons, ça devrait pourtant faire réfléchir.

Chaque victoire de l'égalité pour les femmes des pays impérialistes s'est soldé par une régression des libertés et une aggravation de la pauvreté dans les pays exploités. Désormais, les banquiers s'infiltrent jusque dans les campagnes les plus reculées d'Orient, pressés de ruiner tout ce qu'il reste de solidarité villageoise. Or partout où augmente la pauvreté, augmente aussi la dissolution du lien social, et, gravement, la violence contre les femmes, les enfants et la nature.

Il est urgent, bien au contraire, de se réapproprier la finalité de la monnaie et/ou de recréer de nouvelles zones de gratuité et d'échanges non monétaires. Cette gratuité ne peut être possible que par la sécurisation des besoins premiers, par exemple par un revenu de base non conditionnel qui, outre qu'il anéantirait la tyrannie du marché de l'emploi en restaurant du sens à la finalité du travail, permettrait aux femmes, ainsi qu' à leurs compagnons et leurs familles, de ne plus dépendre d'un homme ou d'un patron.

Ces activités informelles des femmes qui existent depuis des millénaires sont les pépites inaltérables de nos racines les plus solides, aujourd'hui précurseures de cette gratuité politiquement revendiquée par les décroissants.

Elles nous rappellent que tout ne se marchande pas, que l'humilité n'est pas forcément de la soumission à l'ordre établi, que la soumission n'est pas de l'avilissement, et que le silence n'est pas de l'absence, mais avant tout, la condition de l'écoute.

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Ce noyau résistant d'humanité pourrait s'avérer être notre dernière chance.

 Car force est de constater que, en reniant ces centaines de milliers d'années

où l'humain a négocié avec les forces de la nature,

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l'exploitation sans limites et la destruction des ressources mises en œuvre par le patriarcat a débouché sur un désastre écologique abominable.

Il aura suffit d'à peine quelques siècles, une miette sur l'échelle historique des 200 000 ans de présence humaine sur terre, quelques siècles de culture machiste de domination des femmes et de la nature, de productivisme effréné et de progrès technologique ininterrompu pour transformer les femmes et la nature en super-marché et en poubelle, et juste cinquante ans de croissance magnifique pour mettre en danger de mort l'humanité, acculée au bout de ses possibilités de régénérescence.

Ce cataclysme qu'est la croissance infinie de l'activité humaine sur une terre limitée entraine des maux si graves que la plupart des chercheurs sincères non adoubés aux lobbys et aux financiers, ont perdu tout espoir d'un redressement de la situation. La crise sonne la fin de la partie, il faut s'arrêter et laisser reposer le bouillon bouillant, et réfléchir avant de recommencer. Crises sur crises, ce n'est plus la pause, c'est la mort d'un système, la mort du capitalisme.

Mais non, la réponse de tous les politiques, y compris à gauche, c'est d'en rajouter une couche et d'étouffer les lanceurs d'alerte. Ils ne pensent qu'à sortir de la crise en renchérissant sur la croissance, sur l'emploi, le Dieu emploi, alors que jamais sur la terre, le travail et l'activité des humains n'a été aussi nocif et mortel pour l'ensemble des espèces vivantes, y compris la nôtre.

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C'est au moment même où nous avons le plus de machines pour nous soulager des corvées que l'on demande aux peuples de travailler plus, toujours plus vite, et plus longtemps, en produisant de plus en plus d'objets inutiles et toxiques à durée d'utilisation de plus en plus courte. C'est au moment même où nous avons le plus de ventres à nourrir que nous avons de moins en moins de ressources, parce que, pires que des animaux, nous ne recyclons pas nos merdes.

Cette activité traduite en PIB, dont tous ces tarés d'économistes vendus aux multinationales invoquent la relance, implique le massacre des forêts tropicales, le détournement des fleuves, la pollution aiguë et irrémédiable des rivières, de l'air et de la terre.

Le PIB, c'est l'effet de serre et le réchauffement climatique, la banquise qui fond, les glaciers qui se détachent, les ouragans, les typhons, les tsunamis, la sécheresse et les incendies d'un coté, les pluies diluviennes de l'autre, la hausse du niveau de la mer, le relâchement du méthane des fonds marins.

Le PIB, c'est le permis de tuer accordé par une autorisation de mise sur le marché, pour garantir la libre circulation des pires poisons: OGM, nanotechnologies, hormones, antibiotiques, montagnes de plastiques dont le chlore et le brome incinérés montent dans la stratosphère pour trouer la couche d'ozone, sans parler des torrents de pesticides partout infiltrés.

Le PIB, c'est l'effondrement de la biodiversité, avec la disparition définitive d'une espèce animale toutes les trois minutes, l'échouage des dauphins et des baleines, les pluies d'oiseaux morts, les remontées de poissons crevés, les trois quarts des abeilles incapables de revenir à la ruche et des millions de gens mourant de faim dans des pays que nous éventrons.

Le PIB, ce sont les sept tonnes de matériaux que chaque humain remue en moyenne par an sur la terre, déplaçant l'équivalent des Alpes par extractions d'or, d'argent, de métaux, de charbon, de cuivre, de pétrole et de gaz de shiste ! Il aurait fallu cinq millions d'années aux agents biologiques pour commettre autant de déflagrations. Dynamitage, bétonnage, défrichement, éventrement, la terre est amputée, saignée partout, jusqu'au plus profond de l'océan.

Toujours les humains se sont servis de leurs inventions.

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Ils ont inventé les armes de destruction massive, nucléaire, biologique, chimique, électro-magnétique, ils ont inventé les gaz et réveillé les virus et bactéries, dont certains anaérobies remontent des couches profondes de pétrole. Ils les ont inventé, donc ils s'en serviront, tôt ou tard, car toute destruction fait monter le PIB.

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A force, les blessures sont devenues irréparables.

C'est pourquoi il est de notre devoir à nous autres femmes qui avons toujours épongé les blessures et tenté de maintenir la vie, de dire, de hurler qu'il est urgent de renoncer au culte des valeurs viriles de conquête et de prédation, que ce n'est plus possible, qu'on ne peut accompagner le meurtre planétaire en marche, qu'on ne veut plus être complices.

Le féminisme occidental en train de se raidir en se droitisant inexorablement, pour ne pas dire se faschisant ! s'éloigne toujours plus des enjeux vitaux débattus dans les forums sociaux, et condamne le monde au martyre infligé par nos modes de vie délirants.

Ce féminisme n'est plus tenable.

L'écoféminisme, qui accepte la différenciation biologique comme une mère chérit chacun de ses enfants en m'émerveillant de leurs talents spécifiques, ne peut accepter le sacage mondialisé où la libération des plus riches se paie sur le sacrifice des plus pauvres. La conquète de l'égalite, ce n'est pas le carriérisme et l'arrivisme; l'universalisme, ce n'est pas se servir sans vergogne chez les autres en ravageant les écosystèmes pour augmenter son pouvoir d'achat; la liberté, ce n'est pas se baffrer au détriment des générations futures,

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et la réussite, ce n'est pas la victoire sur un champ de ruines.

Il ne s'agit plus seulement de libération de la femme, mais de libération de cette jalousie atavique qui fait massacrer aveuglement ce qu'on ne peut posséder, car que vaut d'être libre dans un monde détruit, invivable?

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L'écoféminisme, c'est l'émergence d'un rééquilibrage des valeurs propres à chaque sexe, c'est l'apprentissage de la liberté affranchie du libéralisme, c'est la pacification du monde par la maîtrise ou la transcendance des pulsions guerrières, c'est la prudence et le respect dans un souci de sauvegarde réciproque, c'est la conciliation, c'est une alliance des contraires, un ravalement d'orgeuil,

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le ralentissement pour intégrer son atavisme,

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et c'est le choix d'une autogestion partagée, douce et durable.

Si les femmes du monde tenaient la bourse des ménages comme les hommes politiques et les économistes gèrent les Etats, l'humanité aurait depuis longtemps disparu.

Cette identé entre biosphère et féminité, cette inclusion qui implique une relation non de subordination mais de filiation de l'humain avec la nature, garante de la reconstitution après prélevements du fond commun,

nous rappelle donc avec force

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que l'écologie ne peut être que radicale,

anti-capitaliste, anti-productiviste et autogestionnaire,

et que l'autogestion ne peut être que écoféministe.

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