Ailes en elle
J'ignore où logent les petites mésanges qui virevoltent autour de ma grotte,
mais je sais maintenant qu'elles me reconnaissent,
qu'elles se sont habituées à moi, qui gite en souplesse,
au milieu des fougères vieilles de trois-cent-quatre-vingt millions d'années,
de la yourte au jardin, du jardin à la cabane et de la cabane à la falaise,
évitant les pierres bancales pour ne pas déranger leur étourdissant ballet.
Quand je goberge, binocles au nez et livre au creux des paumes,
elles en profitent pour se tortiller
et me jeter plein la vue de leurs talents d'acrobates.
Quelques grammes de bonheur virevoltent sur le vieux chêne, sautillent,
vrillent sur des branches minces et flottantes, s'ébrouent, tournoient
et se pendent têtes à l'envers au bout des ramures,
se pourchassent en piaillant et piquent sur des proies minuscules.
Elles picorent voracement malheureuses fourmis, insectes et vermisseaux
tapis dans l'écorce parcheminée, ingurgitant en une journée leur poids en proies.
Mon crapaud
et mon lézard
en bavent de jalousie.
Délaissant la trame de mon histoire,
je me laisse happer par la danse des mésanges.
J'observe leurs circonvolutions, leurs arabesques,
leurs glissades aériennes et leurs brusques voltiges.
Parfois, c'est le pugilat, affrontements à fleur de becs,
froufrous furieux, turbo de plumes.
L'arbre vénérable aux feuilles rigides, soudain frétillant
comme une vieille personne ébrouée par le chahut de sa descendance,
bruit comme une volière dérangée,
et je rigole de plaisir tant les coquines semblent s'éclater.
Mais là où je me régale le plus et me vautre de joie,
c'est quand une petite mère se jette sur le vieux boa de fourrure
tombé d'un chapeau de paille que j'ai trouvé aux puces
et accroché devant ma grotte au bout d'une pierre de lave.
Elle arrache, bouillonnante d'ardeur,
à grands coups de becs rapides comme un marteau piqueur,
les poils duveteux, indifférente à mes gloussements,
et s'en va à tire d'aile,
avec la même concentration vivace dont j'use en ouatinant ma yourte,
garnir son nid.
(dessin de Sylvie avec crayons de couleur et feutres.)
Commentaires sur Ailes en elle
- Merci Sylvie

on dirait que tu as retrouvé la forme depuis notre rencontre dans la yourte de Thomas Level...j'en suis ravi.
Moi, je viens de faire copain-copain avec une jeune jument qui se laisse masser de façon incroyable...C'est troublant. Je lui masse même les yeux. Il y a quelques zones sensibles autour des naseaux mais pour le reste c'est tranquille.
bonne fin d'année
bisous
Jean-Claude - Tu as une très belle inspiration (et sens de l'observation), comme certaines personnes qui vivent proches de la nature, je dirais même en osmose avec elle. Tes dessins sont toujours aussi admirables. Prêtresse enchanteresse, voici Sylvie ! Je t'embrasse et te souhaite une excellente année 2013 et la réalisation de tous tes désirs ou non-désirs !








































