famille d'ailantes

Dans la forêt, au milieu des arbres, balancée dans mon hamac sous un pin de trente mètres où est accroché un nid de merles virtuoses, j'observe la vie familiale des oiseaux en écoutant leurs trémolos rivalisant de trilles, m'imprègne de la beauté furtive révélée par un rai de lumière sur une humble corolle,

flambée de soleil sur les pines

plonge avec délices dans le vert diaphane des feuilles lobées des chênes dont les nervures s'élancent comme des ailes vers le ciel, et contemple les passereaux en train de picorer des cerises sauvages sur de hautes ramures piquetées de rouge.

Le foisonnement de verts scintillant au dessus et tout autour de mon repos, le chromatisme des bruns des écorces et des végétaux desséchés jonchant le sol, les gris marbrés, argentés et mousseux de la rocaille, constituent le fond de ma palette créative.

 Les couleurs vivaces et joyeuses des fleurs, des fruits et des baies,

fleurs d'acacia, paulovnia, euphorbe et sureau

cadeaux des saisons cueillis avec parcimonie,

 

fleurs de cyste et baies de houx

 

enrichissent par petites touches répétées les mandalas

 mandala de coques de paulovnia avec boutons d'or

et les sculptures spontanées que m'inspirent la foison végétale.

Couleurs et formes, matières et textures de la généreuse Gaïa

étrange sculpture naturelle après tempête

s'offrent à l'œil sensible de l'artiste,

immergé en solitude dans sa quête de sens et de subsistance,

s'adonnant à débusquer, loin de la fureur du monde, harmonies et saveurs cachées.

Vagues, pointes, arabesques, triangles, cônes,

hachures, fuselages, dégradés, serpentines,

colliers de fleurs d'acacias et de seringa

zébrures, pointillés, ondulations, grappes et fouillis,

brindilles échouées en l'air

losanges, boucles, étoiles et cercles s'ordonnent,

grand mandala sur terrasse cevenole

au gré de l'inspiration, en figures radiantes ou sinuantes, en galbes remodelés.

mandala de galets avec fleurs de verge d'or et d'arbousier

Branches, bâtons, tiges,

étoile en tiges de phytolocas

feuilles, pléthore de feuilles multicolores,

feuilles rouges sur l'eau

lianes, fleurs, pétales, épines, bourgeons, écorces, glands, graines,

noyaux, pailles, racines, bois mort, trochées, drageons, lichens, pépins,

ces matériaux vibrants et séparés, parfois dissimulés, toujours modestes,

sont prélevés avec délicatesse

pour agencer un pont symbolique entre humains et végétaux.

croix de feu

Marieuse d'éphémères, entremetteuse de conjonctions incompatibles,

 je joue à révéler ces fragilités fugaces

bouquet abandonné

par combinaisons aléatoires sur fonds minéraux,

cairn sur la rivière

sables, graviers, cailloux, galets, rochers,

baies sur rocher

terrils d'anthracite, bases imperturbables

où les rigueurs du climat rencontrent plus de résistances.

avec juste des brindilles

Avant, il me fallait fréquenter les marchés pour approvisionner mes sublimations,

acheter gouaches, acryliques et huiles, fils, laines et tissus.

tas de chiffonnettes

La forêt m'a libéré de la ville et des marchands.

Tout est là, fini les emplettes.

Aucun doute sur l'origine des produits !

cercle de chataignes autour de noyaux

Fini la complicité à l'exploitation d'humains aliénés à des productions chimiques agressives.

Apprentissage sans cesse renouvelé d'un échange subtil

où la valeur repose sur une conscience extrême du Vivant.

 pierres pas loin de s'envoler

Avant, envahie par ma propre production, je découpais à la scie sauteuse, les jours de grand nettoyage, les supports de mes peintures et collages, brûlais mes dessins, cartes, posters, poèmes et collections de boites, déchirais mes jupes et tentures en lanières, qu'il m'arrivait de tresser en cordes pour vanner les tabourets de mes prochains enfantements.

Avant, soumise à l'opération indispensable du renouvellement par le vide de la création, je détruisais, sans rien pérenniser par des clichés photographiques, les formes picturales ou textiles qu'une étape de vie impérieuse avait fait germer de mes mains.

Mais avec la pâte à modeler naturelle picorée le long des sentiers ou dans une clairière sauvage, on lâche la posture du prédateur qui ramène sa proie entre les murs, on quitte le satut du consommateur aliéné au racket des ressources, on envahit plus l'espace, on entasse plus, on ne pollue plus, sans refouler la puissante stimulation à créer : le land art se dégrade tout seul,

pont magique

les matériaux se restituent à l'humus.

dessus dessous

La joie de produire, de transformer, d'accoucher, de transcender, s'en trouve décuplée.

ardeur

M'assimilant comme une adventice au biotope environnant,

regard et écoute aiguisés par l'immersion quotidienne,

me voici entraînée dans un voyage chamanique au cœur du végétal,

goûtant, suçant, mordillant et salivant

avant de détourner une feuille ou un bourgeon de son destin anonyme.

centrantes sur souche

L'agencement des formes n'est qu'une étape dans l'apprentissage

d'une nature prodigue et curative.

On ne peut écouter les plantes qu'en s'étant vidé des humains.

ville quittée

Alors seulement s'ouvre le dialogue.

Alors seulement peut être intuitivement perçue

la similarité génétique des espèces,

toutes issues du grand Soi,

dans une grande danse cosmique

de complémentarité et d'interdépendance.

Alors seulement on arrête de tout gâcher.

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