Maintenant que je suis loin de vous,

femme oiseau yurtao

qui voulez encore et toujours plus

alors que j'ai assez de tellement moins,

sachez que je ne reviendrais pas dans vos mirages.

Je n'ai rien à partager avec vous si vous ne lâchez pas

vos écrans, vos opinions et votre volonté de puissance.

Ce que je veux surtout,

c'est ne plus jamais faire comme vous,

dont les oiseaux ont peur.

Chacun de vos pas provoque la fuite, la répulsion.

Vous faites peur aux arbres, aux enfants, aux animaux,

Cerf

aux vierges, aux vieilles, aux indiens et à vos voisins.

Votre mode de vie dégénéré,

avec vos armes, vos poudrières, vos consoles, vos bolides,

crapaud crevé

et vos poisons partout dans l'air, l'eau et la terre,

ressemble à un monstre insatiable

qui ne s'arrête jamais de dévorer ses enfants.

Votre société est devenue une calamité, une hydre maléfique.

L'évolution du singe que nous étions, qui est descendu des arbres

et s'est socialisé pour mieux se protéger, est devenue,

au fil des déforestations, une voie sans issue.

cabane sans issue

Depuis que je vous ai quitté, depuis que les arbres m'ont accueillie,

j'ai appris combien est vivant ce que vous massacrez

à coup de bâtiments, de forages, de fissions et de goudron.

Dans le silence et la solitude, j'ai appris à écouter

les murmures des vivants qui vous ont échappé.

Pour l'instant.

Plus j'écoute et plus ils s'approchent.

femme papillon

C'est long en silence de se faire adopter.

Je suis rentrée lentement dans un îlot de ce sauvage

que votre civilisation et vos religions de vandalisme salissent et assassinent.

Ces humbles et ces furtifs tapis dans les futaies me reconnaissent

et je chante avec eux.

C'est une sacrée expérience de comprendre un jour

que les oiseaux qui accourent quand on s'assoie pour siffler

reconnaissent en soi l'innocence qui ne les exterminera pas.

 becquée moineaux

Il arrive ainsi à quelques-uns, pas beaucoup,

de faire un pas de coté pour sortir de la masse

et ne plus rien ajouter au chaos.

Il arrive qu'un jour, au lieu de se détourner

du massacre de l'écosystème au profit de son confort,

on retourne dans la forêt ou sur une plage déserte

pour pleurer et demander pardon.

femme aux corbeaux

Je ne reviendrais plus parmi vous, qui n'écoutez pas, jamais.

Je veux rester jusqu'à mon dernier jour assise au milieu des oiseaux,

je ne veux plus qu'un seul d'entre eux s'enfuit parce qu'il a peur de moi.

C'est ma seule ambition et elle est énorme, au vu d'où je viens.

Vous voyez donc bien que je suis perdue pour votre monde hurlant

qui n'est que trique contre la beauté et que haine contre la paix.

Alors ne venez plus me voir avec vos affaires en vrac

et tout ce tintamarre qui vous déborde,

je ne suis pas une récréation insolite sur votre agenda,

ni une biche effarouchée à apprivoiser pour épater les voyeurs,

ni une arrièrée coincée parce qu'elle refuse la perversité.

Ne venez pas avec vos miasmes en pétard car je n'ai pas de baguette magique

pour vous évacuer du bourbier où vous êtes enlisé.

voie sans issue

Et si vous croyez adoucir votre mauvaise conscience

en venant avec des cadeaux, vous n'en tirerez que colère

car je résisterais à vos avances.

parler aux oiseaux

Je vous laisserais pester votre venin contre cette femme qui se dérobe,

car votre martialité ne pourra jamais croire

macho

qu'une femelle ne veuille rien de vous, à part que vous l'oubliez.

Il n'y a rien à vous donner, vous êtes déjà plein.

Il faudrait vous vider de tout ce dont vous vous êtes servi à profusion

grâce à votre peuple de voleurs qui se dispute rapines et butins.

Autour maintenant, tout est abîmé, tout est épuisé.

Ce qui reste, ce qui survit,

ne vous veut pas

tant que vous n'aurez pas lâché

tout ce qui fait peur aux oiseaux.

yingyang        yingyang          yingyang

Extrait de « Parler aux oiseaux. » de Amaki Otawha.

Éditions du Sauvage, Confins, 2024.