fourmi inquétante

C'est petit mais les dégâts sont gros.

Quand une colonie de fourmis décide d'aller d'un point à un autre et qu'une yourte se trouve sur son chemin, cet obstacle n'équivaut guère plus pour elle qu'à un toboggan sur un parcours de santé. Le partage du foyer s'avérant vite problématique, mes plus gros cas de conscience me sont généreusement octroyés par ces petites bêtes laborieuses et très organisées.

Fouinette à coté, c'est de la roupie de sansonnet.

Car Fouinette est tapageuse, capricieuse, et si elle casse, elle le fait savoir bruyamment.

Avec les fourmis, on n'entend rien et un jour, ça tombe, entièrement délité.

Ce qu'aiment en premier les fourmis, ce sont les tunnels.

En deuxième, les tunnels bien dégagés en ligne droite.

En troisième, des compartiments entre les tunnels pour pondre et stocker,

couver, crécher et hiberner,

et en quatrième, de la chaleur et une bonne hygrométrie.

Or, qu'est-ce qui présente ces caractéristiques harmonieusement réunies dans la yourte ????..................

(Réfléchir un peu avant de lire la suite SVP sinon c'est trop facile..................)

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Réponse :

Une belle perche de toit en bambou, nouée au treillis, emboîtée dans un trou de la couronne, d'une longueur d'au minimum deux mètres cinquante.

Ce genre de perche, c'est un parcours d'athlétisme aux jeux olympiques, ou le stade du mondial, appliqué aux fourmis. Elles veulent toutes y aller.

La fourmi n'aime pas le vieux bambou gris abandonné dehors, qui attend une utilisation future où caser ses performances mineures.

La fourmi veut le bambou de luxe.

bambou avec perle de bois yurtao

Elle veut le bambou raffiné, aristocratique, isolé,

surtout pas duppliqué en série.

bambou perches de toit yurtao

Elle veut un bambou frais, bien sec, parfaitement fonctionnel, d'un beau jaune brillant, le bois lisse, sans trop d'anneaux, judicieusement aéré par des petits trous percés pour faire circuler l'air, ou mieux, un bambou présentant quelques fissures longitudinales pudiquement entrouvertes, mais un bambou sans originalités intempestives comme les hasards de la croissance savent si joliment en superposer à la base de quelques spécimens au démarrage tortueux, donc un bambou bien équilibré, majestueusement vertical et rectiligne, suffisamment long pour favoriser un lâcher prise excitant avec des records de vitesse et de portage, dont les branches ont été coupées bien raz de la tige, suffisamment large pour que les croisements n'occasionnent pas de pauses improductives, juste une courtoisie d'antennes couvrant leur com chimique,

fourmis croisées

bref, un bambou sélectionné et apprêté soigneusement par une auto-constructrice de yourte avertie.

L'invasion commence bien entendu au printemps, quand tout se réveille et s'apprête à se jeter sur la yourte pour n'en faire qu'une bouchée : nuages d'insectes voraces, hyménoptères velus, rongeurs besogneux, mammifères mécontents de l'entaille dans leur pourtour de sécurité, végétaux véhéments marcottant ou drageonnant sauvagement, herbes allergisantes à l'assaut des friches, etc...

Au moment où l'on remercie ingénument le ciel de l'abondance généreuse de fleurs parfumées qui embaument la yourte, la nature végétale et faunique rappelle vertement au partage équitable de ses fruits entre tous les vivants, forte d'une légitimité puissamment plus fondée que la nôtre si on se base sur l'ancienneté, et donc la primauté de l'habitus. 35 millions d'années que les écureuils grignotent des pignons sur de vénérables pins géants et seulement 200 000 ans qu'homo sapiens a émergé de l'évolution, ça en impose, surtout si on a pas noyé son respect des ancêtres dans l'asphalte et les actualités.

Mais surtout, sachant que nous partageons avec les fourmis, d'une part, par une organisation sociétale et un pouvoir imbattable de colonisation, la suprématie absolue sur toutes les espéces vivantes à 97 pour cent solitaires, d'autre part que les fourmis sont capables de performances atléthiques et architecturales largement supérieures aux notres, il y a de quoi sinon se pamer, du moins se tenir à carreau et aux aguets.

L'invasion de fourmis est totalement sournoise.

On ne voit rien jusqu'à trouver des petits amas bizarres sur le tapis. Parfois carrément des spectres de fourmis, qu'on balaye, et le lendemain, il y en a tout autant. Évidement, quand on commence à se sentir gêné par quelques fourmis sur le tapis, c'est trop tard, l'invasion est avérée. D'ailleurs, les fourmis sur le tapis ne sont pas vraiment pénibles puisqu'elles sont mortes. Les vivantes sont silencieuses, on ne se doute de rien jusqu'à la découverte soit d'un tas de poudre, soit du premier cadavre. Puis plein de cadavres. Toujours au même endroit. A l'aplomb de la couronne. Et plus particulièrement de part et d'autre des deux mats. Et dès que la température dépasse une vingtaine de degrés.

J'avoue avoir passé des heures avec ma balayette à râler sans comprendre. Me dévissant le cou pour trouver la fissure coupable. J'avoue avoir fini par comprendre un peu mais pas tout, et surtout j'avoue n'avoir pas réglé le problème. En forêt, rien n'est jamais définitivement acquis, tout est question de négociations, de compromis, de petits arrangements. Mais une chose est certaine : je n'ai jamais envisagé de reculer, de retourner aux moeurs urbaines me débarrasser de ce genre de problèmes par l'extermination à coup de chlore et de pesticides. Je sais qu'il n'est pas à mon avantage de négocier avec les grands prédateurs de l'administration technonormative qui finissent toujours par nous menotter à vie dans des cages, tandis qu'avec les animaux, pour peu qu'on les respecte, on arrive à trouver une brèche où se poser sans foutre en l'air leur habitat et en gardant sa liberté. Même s'il y a de quoi se méfier d'un peuple minuscule dont la masse exède le poids de l'humanité, capable de consommer plus de viande que les lions, les tigres et tous les loups de la planète réunis.

fourmis menacantes

Mais je n'ai pas l'arrogance du durable, toute installation, d'une saison, d'une année ou d'une vie, n'est jamais que provisoire, quoi qu'en contestent les hommes édifiant encore et toujours la tour de Babel.

Donc, dés qu'il commence à faire chaud, il pleut des fourmis mortes sur mon tapis.

C'est vrai, j'ai aspergé un peu de pyrèthre sur ma couronne pour décourager les frelons, donc peut-être que les fourmis subissent des dommages collatéraux. Puis un jour que je méditais tranquillement sur mon zafu noir, j'ai senti une drôle de poussière tomber sur mon bras. Je lève la tête et ne vois rien. Respiration.

Ça recommence. Cette fois, je bondis sur mes jambes, verticalise un bâton à l'aplomb de cette étrange sable amoncelé sur mon tapis de prière. J'enlève un dessin coincé entre deux perches, il en tombe de la sciure très fine. Éberluée, je découvre alors un trafic silencieux mais incessant sur ma seule perche en bambou, une perche de remplacement, une foule de fourmis montant jusqu'au toit en ligne droite, redescendant avec une célérité coriace, se croisant poliment, toutes antennes érigées, très affairées.

Ce qui tombe, ce sont soit des résidus de leurs forages dans la perche, soit des matières de remplissage et d'aménagement de leur immeuble. Ma couronne constitue leur véranda ou leur solarium, bien que certaines y laissent leur peau.

Bon là, si je ne veux pas que la yourte soit entièrement colonisée, pas de sentimentalisme : je brumise du pyrèthre et fais le croque-mort pendant quelques jours. Procédé virulent que je n'ai pas adopté dans deux autres situations similaires où j'ai accepté de verser mon dû à l'altérité animale.

Leur toute première attaque trés sérieuse m'a coûté quinze jours de boulot. J'avais stocké dehors pour quelques mois, sous une bâche plastique, le toit en store de ma grande yourte. Quand j'ai voulu le récupérer, j'ai découvert une colonie de grosses fourmis noires installée dans les plis. Et quand, après les avoir chassé, j'ai déplié ma toile pour la remettre en service, je n'ai pu que constater le désastre.

Je ne sais pas si les fourmis se régalent de la toile, puisque je n'ai pas retrouvé de miettes de tissu, mais ce qui est certain, c'est qu'elles la perforent allègrement, avec une gourmandise ravageuse, pour y construire la ville de leur rêve. Ma toile de toit n'était plus au pire qu'un gruyère, au mieux une dentelle !

35 mètres carrés de toile laborieusement cousue, avec lanières, lacets et sanglages intégrés, rendus inutilisables par des centaines de mandibules acharnées. Pas question de repasser cette toile très lourde sous la machine à coudre, puisque tout l'enjeu de sa confection a justement été d'assembler les lais les uns après les autres pour minimiser l'amplitude à tirer sous le pied de biche. Restait à essayer de boucher les trous, tentative dérisoire contre les infiltrations, patcher dessus ou dessous, ou même des deux cotés. On ne rigole pas avec l'étanchéité.

Finalement, au lieu de carrément jeter mon toit foutu, j'ai collé du chatterton orange sur les trous dentelés, mais sans aucune conviction d'empêcher l'eau de s'y faufiler.

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Et au lieu de monter la yourte normalement, je l'ai monté sans isolation, en inversant les couches de toile externe.

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En effet, depuis la tempête de 1999, je superpose systématiquement deux couches de store sur mes toits de yourte. Le résultat est probant, je n'ai plus de gouttes d'eau intempestives. Quand au bout de quelques années, la toile externe est vraiment sale, parfois mitée au Nord par les champignons, et que je commence à douter de son efficacité, je rajoute tout simplement une nouvelle couche de toit en store pardessus, généralement en deux fois, puisque j'ai opté pour des toits en portefeuille, moins lourds à porter. Je n'ai donc pas jeté mon gruyère. J'ai profité des reflets de lumière jouant sur les rayures de couleur de ma yourte non isolée, les blessures de la toile ponctuant le grand mandala comme les élucubrations cubistes d'un peintre abstrait, j'ai campé dansla yourte

tente dans yourte yurtao

et me suis dépêchée de recoudre un nouveau toit.

Le toit de ma grande yourte est donc constitué de trois couches de store pardessus les quatre ou cinq couches de couvertures.

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C'est le secret de la longévité de mes yourtes, et surtout du confort de n'être pas mouillée et d'avoir rencardé bassines et serpillières.

J'avais déjà vu les toiles entreposées chez mon fournisseur mangées par les rats. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il préfère se débarrasser de ses chutes plutôt que de les entasser.

J'ai déjà exposé là le problème posé par le choix d'une toile de tente se rapprochant le plus possible de critères écologiques, et la panoplie de compromis opérés par les fabricants et les auto-constructeurs de yourtes, dont moi-même. Ainsi, sachant que les toiles acryliques de fabrication française de plus en plus utilisées pour les yourtes à cause de leur indubitables qualités de tenue dans le temps, comportent des nanoparticules, et que les animaux adorent absorber ces substances chimiques extrêmement dangereuses pour l'écosystème, il n'est pas possible de justifier de l'innocuité de ces matériaux et d'espérer une empreinte écologique vierge.

Certes pour ma part, je n'encourage pas la production de ces toiles à nanoparticules puisque je n'utilise que des chutes destinées à la poubelle, mais je me sens quand même responsable d'un impact préoccupant sur mon environnement.

Dont les fourmis.

Récente expérience très philosophique :

depuis trop longtemps, les perches de ma dernière yourte attendent leur prochaine destination sous des bâches de protection en plastique tissé bleu. Bâches au pétrole et autres saletés chimiques adorées elles aussi par le très gourmet peuple des fourmis. Mes perches sont carénées dehors faute de cave, sur deux palettes censées laisser circuler l'air et empêcher l'humidité de remonter. Vu que trois années se sont écoulées sans que je soulève les bâches, je redoute, maintenant qu'arrive l'heure des relevailles, une mauvaise surprise en moisissure. Mais quand, d'un grand geste courageux, je soulève mes protections, ce n'est pas de la pourriture que je trouve, mais des milliers de larves blanches

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grouillant au milieu de milliers de petites fourmis paniquées par mon intrusion.

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Je n'en ai jamais vu autant d'un coup.

Soulever le capot d'une fourmilière, c'est comme trouver dans son télescope une nouvelle planète lilliputienne et l'arracher aux ténèbres. Mon intervention provoque un charivari monstre. J'approche en plusieurs tentatives car les bestioles envahissent mes sandales, mes mollets, et parfois me piquent, ce en quoi je ne saurais leur en vouloir vu que je les déloge.

Et là, je découvre les tas de miettes bleues

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et la seule perche en bambou du lot complètement occupée.

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Toutes les autres, en pin, acacia ou châtaigner, n'ont pas été touchées. Le bambou, encore, focalise le béguin obsessionnel des fourmis. Mais je précise, le bambou long. Les bambous de deux mètres de ma petite yourte, trop courts, sont fort heureusement boudés.

Fascinée, je contemple entre deux piqûres l'extrémité du bambou bouché, suintant de terre noire grumeleuse, d'où s'agitent des flots de fourmis affolées.

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J'imagine dans les tubulures du bambou les alvéoles des magasins, les chambres à couvain, et même la loge royale d'une reine prolifique dont je suis en train d'éparpiller les progénitures. Les petits œufs blancs ovales, chahutés et culbutés, ne supportent visiblement pas l'air et la lumière, la plupart se dégonflent et s'assèchent, tandis que les nourrices tentent désespérément de les évacuer.

Les larves et les nymples

nymphe

ne sont guère mieux loties, et j'ai beau leur murmurer que je suis navrée,

le capharnaum bat son plein.

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D'accord, je leur cède la perche, qui devient illico une fourmilière mobile que je transporte un peu plus loin. Et je leur sacrifie une toile bien ajourée... histoire de leur offrir cette nano-gourmandise qui risque de signer la fin des écosystèmes et nous rassemble tous, sociétés de fourmis et sociétés d'humains, dans l'erreur fatale de la super-rationalité.

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Puis je découvre une perche de châtaigner recouverte de crottes de campagnol

et juste à coté, dans un petit renfoncement,

un joli et attendrissant petit nid d'herbes.

nid de campagnol yurtao

Ouf, que de monde dans mes yourtes !

Bon, je n'ai pas détruit de fourmis, à part par inadvertance.

Si on a dans sa religion la prescription de ne tuer aucun animal, alors la vie en yourte est impossible. J'avoue avoir tué des fourmis, parfois volontairement, le plus souvent involontairement, et je sais que j'en tuerais encore, inévitablement. Mais je n'ai aucun désir d'extermination, aucune colère, aucun esprit de vengeance, comme je l'ai vu chez quelques compulsifs qui croient que tout ce qui existe, même les objets, ne pense qu'à les défier. Je tue parfois par exaspération, surtout les moustiques par claques instinctives, mais le plus souvent, parce que je ne sais pas quoi faire ou qu'il est trop compliqué de faire autrement. Je sais maintenant que la prévention est la meilleure des solutions, mais je sais aussi qu'avec la nature, on n'a jamais le dernier mot. Et que tôt ou tard, tout se paie, car un tout petit geste perpétré dans l'écosystème entraîne une infinie et imprévisible Némésis.

J'aimerais bien copiner avec les fourmis de façon plus fructueuse, comme les arboriculteurs Chinois qui accrochent des bambous entre les arbres pour servir de pont aux fourmis Ecophylle. Ces fourmis rouges agressives et avides d'insectes, dont le nid est déposé directement dans les orangers, nettoient gratuitement les agrumes de leurs parasites. Mes banales fourmis occidentales, des Formica non encore esclavagisées par les Argentines-Attila, nichent carrément dans mon bambou et circulent à mes dépends, sans que j'ai encore réussi à trouver comment détourner à mon avantage leur travaux sanitaires.

Après trois jours, toutes les fourmis ont disparu de mes perches et de mes bâches que je peux replier ou jeter.

Et j'oublie les fourmis. fourmi joyeuse

J'abandonne coupablement la préoccupation de leur relogement,

persuadée que dans la société des fourmis, jamais aucune d'elle ne finit SDF.

 

fourmi sdf

Je jette un œil rapide sur la perche en bambou écartée, qui semble fort calme, sans me demander où sont passées ses habitantes.

Jusqu'au jour où j'aperçois par hasard une étrange poudre recouvrir la composition minérale que j'ai dessiné au sol sous ma chapelle.

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Belle chapelle dédiée au Dieu du Vide que j'ai improvisé l'année dernière avec des bois de micocouliers martyrisés. Des guirlandes de tissus bigarrées suspendues au clocher pointu frétillent sous la bise.

guirlandes de la chapelle yurtao

On passe devant la chapelle quand on vient ici, et c'est joli.

rubans chapelle yurtao

Les visiteurs s'arrêtent, et c'est bien.

Pas tous. Seuls ceux qui ont un peu de Vide disponible.

Ceux là regardent la chapelle d'un air content et entendu.

Mais la chapelle va s'écrouler.

Ma chapelle va s'effondrer bientôt.

Pas parce que je n'ai pas ficelé l'ensemble.

A cause de l'appel du Vide.

J'ai découvert un trou,

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puis des trous dans le bois.

Plein de trous.

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La poudre jaune répandue sur les galets tombe d'une myriade de trous ronds percés dans le bois mort. Et je vois une multitude de fourmis s'y engouffrer.

Partout des trous et partout des fourmis, en train de dévider la charpente de ma chapelle.

C'est une question de jours.

La structure de ma chapelle n'est plus qu'un gruyère assidûment grignoté.

Je croyais que les champignons blancs dont sont tapissés les branches allaient pourrir le bois lentement en quelques saisons, ou que le vent, tôt ou tard, aurait raison de ma structure aléatoire, ou un gros animal, ou des enfants chahuteurs.

Mais non, les fourmis n'ont pas choisi le tas de bois mort juste à coté, trop piteux à leur goût, ni la réserve de branches de châtaigniers biscornues qui attendent mes velléités de sculpture, ni les beaux piquets d'acacia tout prêts à amarrer une future tente, ni les planches planquées sous une appétissante toile acrylique à nanoparticules multicolores bien délavées, ni les fagots du prochain hiver, ni le vrac de souchards en attente de paufinage, non, les fourmis ont choisi sciemment, avec une intuition et un éclectisme confondant, l'architecture anticonformiste de mon oratoire, prévoyant, avec un flair implacable, que je n'oserais y toucher, tant la prise de conscience de leur magister incontournable dans les processus alchimiques me tétanisera de vénération.

Effectivement, je ne peux que tirer ma révérence, que dis-je, me prosterner devant la farouche dévotion des fourmis pour le Grand Vide.

Peut-être que le vent traversant ma chapelle criblée soufflera un petit air de flûte mystique avant l'hécatombe ?...

chapelle micocoulier yurtao 2014

Maintenant, en passant devant, je détourne la tête, je ne veux pas voir mon sanctuaire se dissoudre inexorablement de l'intérieur, se creuser, se vider.

Je ne veux pas voir la sciure pleuvoir du Vide, noyer sous un voile de farine insipide ma pyramide de galets,

galets de la chapelle yurtao

mes fossiles, ma mousse et mes coquillages.

Ça me suffit de savoir que ce sont les fourmis que j'ai dérangé qui accomplissent le culte.

Mais au fond de moi, déjà, un pétillement de joie se lève

en supputant la prochaine église que je vais reconstruire sur ce Vide,

et comment j'offrirais à la nature une nouvelle célébration

à la gloire de l'Intangible.