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A Notre-Dame-des-Landes, l’acharnement répressif crée une nouvelle impasse : faudra-t-il un mort, une morte, pour en sortir ?

mercredi 23 mai 2018

Jeudi 17 mai, le gouvernement a repris ses opérations spectaculaires d’évacuation et de destruction de la zad de Notre Dame des Landes, après plusieurs jours d’une fausse « trêve » au cours de laquelle il a entretenu la tension en multipliant les provocations.

Après avoir détruit la ferme des Sans Nom courant avril, les gendarmes et policiers ont aujourd’hui rasé la Chat-teigne, un autre lieu emblématique de la zad, un symbole de son histoire : ce hameau a en effet été construit par plus de 40 000 personnes, venues marquer l’échec de l’opération César de 2012.

Le gouvernement ne cesse de vouloir distinguer les habitant.e.s “légitimes de la zad” de toutes celles et ceux qui n’auraient aucune légitimité à rester. Nous, organisations signataires de ce communiqué, soutenons la lutte de Notre Dame des Landes, contre le projet d’aéroport “et son monde” depuis de nombreuses années. Nous avons toujours défendu la zad comme un ensemble, comme un tout, dont on ne peut retrancher aucune partie.

Nous réaffirmons aujourd’hui notre soutien à tout.es les habitant.e.s de la zad et notre solidarité avec les projets et expériences qui se mènent sur place - qui, chacune prise isolément, et plus encore, toutes ensemble, nous apprennent et nous montrent la force et la vigueur de modes de vie alternatifs, sobres, orientés vers la préservation et la défense des communs.

Destruction de cabanes, de hameaux de lieux de vie collectifs ; destruction de l’énergie, de la créativité et de l’inventivité de toutes celles et ceux qui vivent sur place ou qui ont contribué à bâtir et habiter la zone ; mais aussi destruction d’un espace à la biodiversité aussi riche que fragile : routes et chemins envahis par les forces de « l’ordre », entravant les travaux agricoles en pleine saison, tandis que les engins et les armes chimiques utilisés à une échelle sans précédent détruisent le bocage et empoisonnent des terres d’élevage et de culture…

Toutes ces nuisances et ces destructions doivent cesser. Dans l’urgence, nous réclamons :

- L’arrêt immédiat de cette opération militaro-policière sans nom, brutale, irresponsable et coûteuse (plus de 5 millions d’euros ont été déjà dépensés) ;

- Le retrait des forces militaro-policières de la zad et de ses environs, condition nécessaire au rétablissement de la liberté de circulation ;

- L’arrêt des poursuites et la libération de toutes celles et ceux qui ont défendu ce territoire, ses habitants, leur écosystème, et qu’une justice partisane frappe avec une vigueur démesurée. Concrètement, nous appelons :

A converger sur place pour ceux et celles qui le peuvent

A participer aux rassemblements et actions qui pourront être organisés partout sur le territoire ces prochains jours.

— - Attac, Ensemble, 350.org, Sud Rail, Collectif national des syndicats CGT de VINCI, Solidaires, DAL

POUR MAXIME, MUTILÉ SUR LA ZAD LE 22 MAI 2018 - LETTRE DE ROBIN, MUTILÉ À BURE LE 15 AOÛT 2017.

mercredi 23 mai 2018

Mettre des mots sur l’horreur. Ne pas céder à la résignation. Au terrorisme d’État. Malgré le stylo qui tremble, écrire. Témoigner. Ne pas se laisser écraser par le concert d’opérations sémantiques, de propagande préventive et de censure qui cherche à nous couper de notre empathie et de la révolte qu’elle devrait spontanément engendrer.

Maxime vient de perdre sa main. Sa main droite. Pour toujours. Il rejoint bien plus gravement encore, l’enfer que j’ai vécu durant 9 mois. Le 15 août 2017, à Bure, l’explosion d’une grenade GLI-F4 tirée par les gendarmes mobiles creusait mon pied gauche sur un diamètre de 13cm et jusqu’à 3cm de profondeur arrachant peau, veines, nerfs, muscles et pulvérisant les os. C’était pendant une manifestation contre le projet Cigéo d’enfouissement de déchets radioactifs à 500m de profondeur. Il y a eu 30 blessés dont 4 graves.

Contrairement à ce que leur nom indique, les grenades GLI-F4 contiennent de la TNT et explosent ! Leurs déflagrations font 1m de diamètre et peuvent tuer si elles touchent une partie vitale. Les appellations de «  lacrymogènes » ou d’« assourdissantes » que la préfecture et les ministres leur donnent dans les médias servent à masquer la vérité à leur sujet : CE SONT DES ARMES DE GUERRE !

L’État utilise des armes de guerre pour terrasser le peuple. Dans le cas présent, les conséquences sont bien pires qu’un tir à balle réelle.

Déjà, à l’époque, j’avais alerté sur les dangers des grenades explosives en organisant une manifestation pour exiger leur interdiction mais les grandes chaînes ont cantonné l’information à la région Lorraine. La majorité des français ignore encore la vérité sur ce sujet. Il est tombé près de 4000 grenades explosives sur la ZAD depuis le début de son invasion par les gendarmes mobiles. Provoquant des centaines et des centaines de blessés notamment à cause des éclats de métal qu’elles projettent. Où est la violence ?

Maxime est actuellement à l’hôpital.

Outre les intenses douleurs et le fort traumatisme qui le suivront nuit et jour, il devra désormais supporter ce handicap inimaginable : vivre avec une seule main. Cette main, que l’explosion lui a arraché sur le coup, l’État lui a volé pour prix de son combat, pour prix de notre combat. Dans les dernières décennies, la militarisation du maintien de l’ordre a fait couler trop de sang.

Combien d’éborgnés ? Combien de mutilés ? Combien de vies déchirées par l’utilisation criminelle des flashballs et des grenades explosives ? La violence de l’État pour mater toute résistance est extrême. Elle cherche à nous terroriser, à nous acculer à la résignation. Face à cela, la solidarité est notre arme et jamais la peur ne doit nous arrêter.

Proches, moins proches et tous ceux qui croiseront la route de Maxime, prenez soin de lui ! Tenez bon ! Il y a mille et une manières de lui apporter ce qui lui permettra de vivre. Écoutez-le, cherchez, trouvez !

La vie continue, le combat pour elle aussi. Maxime tiens bon !

Au sujet des grenades ayant causé de graves amputations, extrait d'un article de  L. Peillon sur Libération:

" Est-il vrai que les grenades offensives GLI-F4 du type de celle qui a grièvement blessé un homme à Notre-Dame-des-Landes, le 22 mai, sont d'un usage déconseillé pour le maintien de l'ordre? En raison des nombreux dégâts qu'elles ont causé ces derniers mois? "

La grenade qui a grièvement blessé, ce mardi, un manifestant sur la zad de Notre-Dame-des-Landes, en lui arrachant la main tandis qu'il tentait de la ramasser, selon les forces de l'ordre, est une grenade de type GLI-F4 (grenade lacrymogène instantanée). Sa spécificité, selon le communiqué de presse du ministère de l'Intérieur, est de produire un triple effet: "lacrymogène, sonore et souffle". Outre l'effet lacrymogène (gaz CS pulvérulant) et sonore (165 décibels à 5 mètres), elle produit en effet une forte explosion. Et est régulièrement mise en cause pour sa dangerosité. Il y a un mois d'un an, en août 2017, elle avait encore grièvement blessé au pied un jeune manifestant à Bure (Lorraine). Dans la foulée, en septembre 2017, une pétition dans Libération demandait son interdiction, ainsi que celle de toutes les grenades explosives, rappelant que les les grenades offensives de type OF-F1 avaient proscrites après le décès de Rémi Fraisse, le 24 octobre 2014 à Sivens.

Plus gênant pour le ministère de l'Intérieur, la dangerosité de la GLI-F4 a été reconnue par les forces de l'ordre elles-mêmes, dans un rapport commun à l'IGPN (inspection générale de la police nationale) et de l'IGGN (inspection générale de la gendarmerie nationale), publié le 13 novembre 2014, soit quelques semaines après la mort de Rémi Fraisse. Ces grenades à effet de souffle, rappelait ainsi le document, "constituent le dernier stade avant de devoir employer les « armes à feu » telles que définies par le code de sécurité intérieure". Et d'expliquer, sans ambages, que ces "dispositifs à effet de souffle produit par une substance explosive ou déflagrante sont susceptibles de mutiler ou de blesser mortellement un individu, tandis que ceux à effet sonore intense peuvent provoquer des lésions irréversibles de l’ouïe (pour avoir un effet efficace, une intensité sonore de 160 db mesurée à un mètre est requise)". Avant de reconnaître que "quel que soit le moyen utilisé, comme il s’agit d’un dispositif pyrotechnique, une atteinte à la tête ou sur le massif facial ne peut jamais être totalement exclue".

Dans un article d'août 2017, le journal de la gendarmerie, l'Essor, semblait, de son côté, peu confiant dans l'avenir de la GLI-F4, eu égard à sa dangerosité. Evoquant un appel d'offre, à l'époque, de plusieurs millions d'euros sur des grenades, l'auteur expliquait que cette commande, divisée en cinq lots, "ouvre la porte, pour les gendarmes mobiles, à l’équipement d’une nouvelle génération de grenades, appelées à remplacer petit à petit les grenades lacrymogènes instantanées, les GLI F4. [...] Concrètement, ces grenades lacrymogènes et assourdissantes ne contiendront plus d’explosif". Et l'Essor d'en déduire que "ce changement était envisagé depuis quelque temps. Dans un avis daté du 24 novembre 2016 sur le projet de loi de finances pour 2017, la commission de la défense du Sénat remarquait ainsi que des études «sont en cours sur l’évolution des grenades en dotation au sein des escadrons de gendarmerie mobile, en coordination avec la police nationale. L’objectif de ces études est le remplacement des grenades GLI F4 par des grenades assourdissantes lacrymogènes sans explosif». Rappelant que même si leurs conditions d'utilisation ont été encadrées (nécessité d'un binome), "les GLI restent en sursis. Des associations contestent son usage, estimant que le TNT contenu dans ces grenades est susceptible de tuer".

Une inquiétude confirmée par le Défenseur des droits: "Le renforcement du cadre d’utilisation de cette grenade doit être salué mais la dotation dans les opérations de maintien de l’ordre d’une arme présentant une telle dangerosité, eu égard à sa composition, reste problématique", estime un rapport de l'institution, publié en janvier 2017.

Autre signe, enfin, de leur dangerosité, la France est le dernier pays en Europe à utiliser les grenades explosives. «L'étude d'exemples pris dans les pays voisins a permis de confirmer la spécificité française, seule nation d'Europe à utiliser des munitions explosives en opération de maintien de l'ordre avec l'objectif de maintenir à distance les manifestants les plus violents», explique le rapport commun de l'IGPN et de l'IGGN.