fragile sous la dictature

Quand est-ce qu’il va arrêter de nous insulter ??? Arrêter de nous manipuler ? Arrêter de nous humilier ?

Lorsque j’ai entendu à la radio son abominable couplet sur la pauvre femme isolée qui élève seule ses enfants, j’ai hurlé et immédiatement éteint mon poste, me retenant de le fracasser au sol. J’avais une telle envie de vomir et une telle colère que je n’ai pas pu avaler une miette pendant des heures. Comment ce type sans enfants peut-il oser se servir de nous aussi impunément ? C’est tellement répugnant que je ne trouve plus mes mots. Alors j’ai cessé d’allumer la radio (sage). Et puis je l’ai rallumé quelques semaines plus tard (pas sage), et là, je suis tombée sur le scandale de cette vieille (sage) dame (Genevieve Legay) renversée par les sbires (pas sages) des riches, et ce que j’ai entendu m’a fait vomir. Et cette fois, vomir physiquement. Là, il a crevé tout ce qui est admissible. Il a osé railler une vieille militante, engagée et courageuse, mère et grand-mère, gisant en urgence absolue sur le bitume,

la vieille dame qui cherche les emmerdesqui aurait, selon son langage complètement perverti, manqué de sagesse.*(Voir en bas sur la perversion du langage) Comment la honte ne ravage pas ce type ? Combien de temps on va encore supporter ça ?

fumier à composter

Quasiment au même moment, une tripotée de vieilles femmes qui, elles, ont compris qu’il fallait rester très sages sous peine de maltraitance aggravée ont été trucidées par la multinationale qu’elles ont du payer pour les enfermer. Au moins c’est clair, les faits parlent d’eux-même.

Partout dans le monde, les femmes seules, pauvres et vieillissantes sont les plus discriminées et les plus méprisées. Jugées inutiles dés qu'elle sont sorties du marché sexuel, reproductif et économique, les vieilles femmes n'ont plus de place dans la société que pour faire cracher jusqu'à leur dernier souffle quelques actes médicaux nécessaires à la machine productiviste. Je ne parle pas des riches qui peuvent se payer confort et soins à gogo. Je parle de la majorité, celles qui ne se reposent jamais, celles que personne ne va voir, celles qui rapetissent en silence, celles dont on se moque, qu’on oublie, qu’on enferme, qu’on torture.

Toutes ces petites mains éreintées de labeur et jamais carressées, jamais remerciées. ( Merci à la copine (ex) qui s'est exclamée d'un air choqué et dégouté, devant mes mains abimées et déformées, en insistant lourdement : "Ah quelles paluches!" et à qui je n'ai pu que répondre: " Ben oui, je m'en sers...",  parce que grace à elle, je suis devenue fière de mes mains! )

mains qui ont beaucoup travaillé

Je parle de l'immense gâchis de toutes ces longues expériences bafouées, de toute cette sagesse piétinée.

Si cette reconnaissance de la sagesse était encore valide dans nos sociétés, il n'y aurait pas besoin de s'accrocher à sa fonction pour jouir jusqu'au bout d'un statut social, la retraite serait accueillie avec soulagement, et non comme une condamnation à mort, et personne n’accepterait qu’on en recule encore l’age.

toujours à faire du lien

L'état actuel d'étiolement des solidarités, de repli sur soi, de rejet et de criminalisation des pauvres, des démunis, des spoliés, de ségrégation des différents ages de la vie, de course au profit, de disparition des sociétés traditionnelles et de ringardisation de la sagesse, peut conduire à une prise de conscience amère: alors qu’on est tenté de croire que les agressions extérieures s'amoindrissent, car ouf enfin le physique n’est plus un appât, on découvre que la fragilité n’est plus qu’un marché aussi impitoyable que pour n’importe quel objet dépourvu d’âme. Alors il restera toujours à vaincre les désespérances de la solitude, de la faiblesse, de la maladie, de la restriction de plus en plus sévère de l'activité et de la décrépitude du sens.

Pourtant, le travail de diminution, au moment de la vieillesse, offre toute liberté de vivre à l'encontre des dictas capitalistes en éprouvant en toute conscience l'analogie avec les limites du grand corps de notre mère la terre. La peau comme la terre s’assèche, la chair comme l’humus se raréfie, on éprouve physiquement que ses ressources, comme celles de la planète, ne sont pas inépuisables. On mène ainsi de front deux postures : l'adaptation au ralentissement naturel du vieillissement personnel, et le ralentissement urgent et volontaire d'un mode de vie occidental enfin reconnu comme écrasant, anéantissant une planète criblée à bout de souffle. L'écoute attentive du ralentissement personnel devient alors un modèle de transition, on saisit comment la présence profonde à soi-même et à la réalité opère le changement, et on débouche sur une acceptation joyeuse des limites.

joie de la vieillesseDans les deux cas, la maturité du jugement est précieuse.

C'est pourquoi les personnes vieillissantes peuvent devenir des modèles de sagesse, de réalisation et de modestie quand, toute arrogance et vanité bues, elles réussissent à abandonner leurs ambitions déplacées et ne prétendent plus imposer leurs convictions. Tout le contraire de ces nantis qui pourrissent la planète par l'insondable vénalité de leurs fonds de pensions, ces croulants de l'oligarchie sénile et triomphante accrochés au mythe pathétique d'une croissance infinie, ces péteux qui ont confisqué le monde par refus d'accepter leur finitude, responsables de la haine et de la peur à l'encontre de tous les vieux encore sages qui n'ont pas cédé aux dictas de la jouvence éternelle, de la vitesse et de l'innovation technologique perpétuelle. Responsables en particulier de l'ostracisme si bien partagé contre les vieilles femmes, les soupçons de sorcellerie et de malveillance s'étant transformés en condamnations d'inutilité et de laideur.

sois vieille et tais-toi

Pourtant l’évolution a fait de notre espèce la seule qui offre aux femelles une période de vie sans contrainte reproductive, et je suis de celles qui croient que cette période de la ménopause est une magnifique opportunité naturelle au bénéfice de l’humanité, qui a la singularité et la chance de compter parmi elle une portion d’humains dotés d’expérience capables de réfléchir sur l’existence et l’avenir en dehors de toute pression hormonale et démographique, des femmes aux désirs pacifiés.

belle vieille femme

Qu’on puisse tirer leçon de cette inoffensivité est absolument inenvisageable par ce type qui nous insulte régulièrement par médias interposés.

Alors la sagesse n’est-elle de s’indigner quand des robocops aux ordres d’un pouvoir odieux piétinent une vieille femme rebelle qui ose promener dans la rue le drapeau de la paix ?

https://lundi.am/La-vieille-dame-qui-cherche-les-emmerdes-et-la-gazelle-casquee

espagne-mamie-manifestations_0Est-ce vaine résistance que de refuser le même sort que nous avons fait aux arbres?

Les humains ont exterminé tous les vieux arbres de la planète pour n’exploiter que de sages rangées de jeunes « tiges » aseptisées, ce qui est parfaitement débile même du point de vue économique, puisqu’un arbre ne produit son maximum que dans sa maturité, c’est à dire après au moins un siècle.

Voici maintenant une citation de l’excuse que l’économiste et philosophe Frédéric Lordon a présenté à l’Elysée quand il a décliné l’invitation à rejoindre les 64 intellectuels conviés à clore le grand débat.

« Dans vos institutions, on continue de mentir, grossièrement, éhontément. Vos procureurs mentent, votre police ment, vos experts médicaux de service mentent – ce que vous avez tenté de faire à la mémoire d’Adama Traoré par experts interposés, par exemple, c’est immonde. Mais, serais-je presque tenté de dire, c’est du mensonge tristement ordinaire.

Vous et vos sbires ministériels venus de la start-up nation, c’est autre chose : vous détruisez le langage.

Quand Mme Buzyn dit qu’elle supprime des lits pour améliorer la qualité des soins ; quand Mme Pénicaud dit que le démantèlement du code du travail étend les garanties des salariés ; quand Mme Vidal explique l’augmentation des droits d’inscription pour les étudiants étrangers par un souci d’équité financière ; quand vous-même présentez la loi sur la fake news comme un progrès de la liberté de la presse, la loi anti-casseur comme une protection du droit de manifester, ou quand vous nous expliquez que la suppression de l’ISF s’inscrit dans une politique de justice sociale, vous voyez bien qu’on est dans autre chose – autre chose que le simple mensonge. On est dans la destruction du langage et du sens même des mots.

Si des gens vous disent « Je ne peux faire qu’un repas tous les deux jours » et que vous leur répondez « Je suis content que vous ayez bien mangé », d’abord la discussion va vite devenir difficile, ensuite, forcément, parmi les affamés, il y en a qui vont se mettre en colère. De tous les arguments qui justifient amplement la rage qui s’est emparée du pays, il y a donc celui-ci qui, je crois, pèse également, à côté des 30 ans de violences sociales et des 3 mois de violences policières à vous faire payer : il y a que, face à des gens comme vous, qui détruisent à ce point le sens des mots – donc, pensez-y, la possibilité même de discuter –, la seule solution restante, j’en suis bien désolé, c’est de vous chasser. »

protection de ma maison