Trois ans de combat. David contre Goliath. Petits contre gros. Locataires HLM contre gros bailleur champion de la désintégration sociale.

« Un toit pour tous », société faisant croûter 150 salariés grâce aux milliers d’habitants dont ils gèrent les dix mille logements avec un mépris dégoulinant. UTPT, entreprise quasi mafieuse employant des méthode violentes : acharnement arbitraire, abus de pouvoir, illégalités flagrantes, harcèlement, mensonges et menaces déployés contre ma pauvre petite persévérance d’électrohypersensible acculée.

Trois ans de harcèlement et de brutalités institutionnalisées déployés par les profiteurs d’une entreprise capitaliste inhumaine qui a remplacé l’habitant par le client, ne considérant les pauvres locataires guère plus que des caisses de saucissons à empiler. La pauvreté et la difficulté à se loger est le nouvel eldorado, source inépuisable de matière première, minerai brut renouvelable et juteux d’où extraire leurs confortables ressources de bourgeois subventionnés, persuadés de pouvoir passer impunément au-dessus des lois grâce à leurs amis des tribunaux et de la CAF.

Trois ans de persécution par une clique de cadres et de chargés en tous genres, m’ayant assommé sans interruption de dizaines de lettres recommandées, de mises en demeure, de commandements d’huissier, de suppressions d’APL et de procédures en expulsion. La totalité de l’artillerie lourde dont peuvent user les nantis du système pour faire lâcher toute résistance, faire dégager, broyer, réduire à la misère tout opposant aux trusts de l’habitat social.

Mais j’ai résisté.

J’ai rien lâché, j’ai tenu mon dossier. J’ai établi une chronologie ahurissante des méfaits quotidiens perpétrés avec une obstination perverse à l’encontre des habitants des appartements HLM de mon quartier. J’ai fais des erreurs, je me suis énervée, j’ai eu des moments de désespoir, envie de jeter l’éponge, la haine m’a étouffé, la colère a manqué faire exploser mon cœur, et j’ai souvent vomi ma bile de dégoût. Mais j’ai tenu ma ligne droite, je n’ai pas dévié, je ne me suis pas prostituée, je n’ai pas déclaré forfait, je ne me suis pas suicidée.

J’ai résisté.

Trois ans à découvrir comment de gros moyens disproportionnés et totalement inquisitoriaux sont sciemment utilisés contre les plus démunis pour les anéantir, leur ôter toute dignité, les priver de recours, de parole, et quand ils trouvent le courage et osent parler, les ridiculiser, les humilier, jusqu’à les conduire, sous les quolibets odieux et les ricanements cruels, au suicide social ou physique. Oui, je dis bien physique, car c’est arrivé dans mon immeuble.

Trois ans à subir la malveillance et l’arrogance, la délation, les mensonges les plus éhontés, les attaques personnelles, et la pression toxique des lieux où il faut se rendre pour les papiers, les démarches administratives, faire des photocopies, se défendre, pour tenir la claque dans le grand cirque des tribunaux qui vous convoquent dix fois de suite des après-midi entières à poireauter dans leur théâtre surchauffé, pour au bout de plusieurs mois de reports et d’épuisement vous annoncer que votre requête initiale est irrecevable à cause d’une petite erreur d’un chiffre et qu’il faut tout recommencer à zéro.

Mais j’ai résisté.

Ces mercenaires bien payés de l’armada guerrière et lucrative de l’immobilier véreux déclenchent impunément des procédures abusives avec nos loyers, ce qui fait que nous payons deux fois lorsqu’il faut se défendre contre leur despotisme : une première fois pour répondre à l’injustice par courriers recommandés, coups de fils et déplacements tous à notre charge, alors qu’on a pas de bureau, pas de coursiers, pas d’imprimante, et que la plupart d’entre nous sont obligés de calculer à un euro prés la moindre dépense. Sans parler de ceux qui ne savent même pas lire et à qui il faut tout mâcher. Et une seconde fois par nos loyers et nos charges qui ne font qu’augmenter, puisque qu’il faut alimenter une superstructure féroce qui se considère au-dessus des lois en utilisant des méthodes de harcèlement dignes de la mafia. On est pas loin d’une forme de racket déguisée. Parce qu’une erreur d’un seul euro, toujours à leur crédit, multiplié par 10 000, invérifiable puisqu’ils refusent de fournir des quittances, ça fait pas mal de fric que personne n’ira chipoter.

Mais je n’ai pas lâché, et j’ai fini par gagner, alors que personne n’y croyait.

Alors que les médias, d’abord appâtés par le scandale de l’insalubrité manifeste, par la révolte inédite de gens qu’on entend jamais, dés qu’ils ont eu leur petit scoop, ont fini par renoncer, ne démêlant plus rien de l’imbroglio où le bailleur scélérat a dilué l’affaire. Alors que les services sociaux, après avoir rempli brassées de classeurs, de fichiers et de courriers, ont recommandé eux aussi de s’écraser, d’encaisser, car ça ne sert à rien de lutter contre plus fort que soi.

Trois ans d’incompréhension de l’entourage qui finit par douter, se détourner :

«  T’as qu’à payer, tu leur envoies un chèque, tu fais un virement comme tout le monde… »

«  Ecoute, tous ceux qui ont opté pour le virement automatique s’en mordent les doigts car leur compte est régulièrement pompé de sommes non justifiées, ils viennent tous me voir en râlant...»

«  Oui, mais tu auras jamais raison contre eux, ils sont les plus forts, et puis on arrête pas le progrès, c’est toi qui es ringarde, alors tu y arriveras jamais, et puis pourquoi tu fais tout ça, tu t’épuises pour rien, qu’est-ce que t’as à prouver, finalement c’est toi qui cherches la merde, t’as qu’à déménager, tu gaspilles ton énergie contre des chimères, t’auras jamais raison contre le reste du monde, en fait t’es vraiment une emmerdeuse, regarde, moi je fais pas de vagues, faut savoir se planquer, donc c’est ta faute si t’en peux plus, et nous casse plus la tête avec ça, y a bien pire ailleurs.... »

J’ai pas écouté mes ennemis, j’ai pas écouté mes amis, je n’ai écouté que ma propre morale. Et j’ai continué à résister.

Au bout de trois années de matraquage contre la petite allumée d’un bled paumé à l’extrême Nord du département qui a osé jeté un grain de sable dans les rouages d’un gros cartel immobilier, ils ont fini par m’acculer en m’assignant en référé expulsion au tribunal. J’ai un peu paniqué c’est vrai, parce que plus d’appart, ça veut dire plus de bureau, plus de téléphone ni d’internet, toute ma petite installation filaire blindée dans la seule pièce pas trop irradiée démantelée, mon dernier lien social d’handicapée des ondes, tranché.

Mais j’ai tenu, j’ai résisté, et finalement, ils ont perdu.

J’ai pas gagné tout ce que je voulais, ce que j’aurais dû, mais au moins l’essentiel.

Depuis trente ans que je suis arrivée dans cet immeuble de mon quartier, où j’ai commencé sur mon balcon l’aventure des premières yourtes Françaises, comme je le raconte dans mon bouquin, je connais tout le monde et tout le monde me connaît : la folle des yourtes, la chieuse, la militante super engagée qui dévoile les scandales locaux, la sorcière, la virago toujours sur le pont pour défendre les victimes d’injustice et les causes perdues, bref une emmerdeuse, mais si tu as un souci, vas la trouver, elle t’aidera gratuitement.

Début 2019, un nouveau bailleur récupère les 350 logements de la petite société HLM de Besseges-Saint-Ambroix dont la gestion, loin d’être parfaite, entachée de conflits d’intérêts locaux, est cependant proche des locataires. Les problèmes se règlent sur place, le directeur se déplace pour dénouer les embrouilles, on discute. On peut payer ses loyers et ses charges au bureau qui se trouve à cinq cent mètres, j’y vais à pied. Je règle mes charges en espèces depuis trente ans, et j’échange quelques nouvelles, je glane quelques infos. C’est grâce à ce genre d’échanges débonnaires que j’ai découvert il y a quelques années la cause des malaises des locataires de mon immeuble : une antenne relais que le maire a autorisé les pompiers à ériger sur notre toit sans demander notre avis. Après huit mois de combat épique, j’ai réussi à la faire démonter.

Adepte du moins d’électronique possible dans les relations humaines, pour qu’elles restent humaines justement, et allergique aux ondes qui pourrissent ma santé, je milite entre autres pour la conservation de l’argent liquide, contre le totalitarisme de l’argent numérique et son monde de puçage, de surveillance et d’abolition sournoise de la vie privée. Ben non, je n’ai rien à cacher, mais comme les bêtes sauvages mes plus proches voisines, je suis farouche et je tiens à ma vie privée, le droit de vivre librement hors radars. C’est pourquoi mon combat pour le maintien du numéraire et des paiements en espèces est un combat politique.

Devant la pressurisation ignominieuse des cervelles, l’impuissance envahissante induite par les méfaits des écrans, je résiste des quatre fers. Sans compter que c’est absolument vital pour ma survie, puisque je ne peux plus, sans mettre ma vie en danger, pénétrer dans la quasi totalité des lieux privés et publics, tous plongés dans un smog mortel d’irradiations électromagnétiques. Donc, je rationne ce genre de sortie à l’indispensable. Et l’indispensable, pour moi, c’est de conserver un peu d’humanité dans un monde de plus en plus fermé et toxique, un monde qui annihile tout esprit critique et nous vole la plus basique des nécessités, notre dignité.

On me taxe de « néo-luddite », ce genre d’artisan.e qui aime le travail manuel et l’ingéniosité appropriée, qui refuse de se faire remplacer par des robots, mais je ne détruis pas les machines comme les Luddites. Je dénonce la surenchère du machinisme comme un totalitarisme, cette overdose d’objets qui confisquent notre pouvoir en nous leurrant sur une puissance soi-disant démultipliée. Je préfère me passer le plus possible de ce que je n’ai aucune chance de maîtriser qui menace mon indépendance, mais aussi et surtout, la biodiversité planétaire : l’automatisation et la désincarnation des relations entre êtres vivants se trouvent à l’origine de l’effondrement des écosystèmes. Je conteste donc qu’on nous impose des machines qu’on a pas choisi ou qu’on veut pas. Ces astreintes technologiques nous dépossèdent de notre vie quotidienne, pour la museler dans des ordinateurs et un flux électromagnétique démoniaque, trou noir absolu de l’ère techno-industrielle. Et sous le prétexte fallacieux de rendre pratique et facile, tout se complique, plus d’êtres humains au bout du fil.

Alors quand, début 2019, après avoir été informée que le siège du bailleur UTPT avait reculé de trente kilomètres, j’ai pris ma journée pour aller déposer mon argent sur le nouveau bureau au milieu de la grande ville, et que la secrétaire m’a répondu de remballer mes billets, qu’elle n’en voulait pas, mais que si je ne payais pas, elle allait me dénoncer à la CAF pour faire supprimer mon allocation logement, (ce qu’ils ont exécuté malgré toutes les preuves fournies de la faute du bailleur), mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai vu rouge. C’est comme ça que tout a commencé. Par la fureur. J’ai bouilli du dedans, j’ai gueulé, j’ai fais un scandale dans ce bureau.

Au bout de deux ans de bagarre sans répit, j’ai enfin réussi à confronter une brochette de cadres dans leur nouveau blockhaus blindé en périphérie de ville, inaccessible en bus ou à pied, où j’ai eu droit à trois heures d’hallucinations délirantes et de sabotage relationnel en face à face. Heureusement que j’étais accompagnée d’un locataire costaud, car le petit coq teigneux dépêché de Nîmes pour me neutraliser, après avoir refusé, devant le comptable et le directeur d’agence, de prendre mon argent posé sur la table, m’a menacé sans vergogne de m’enfermer dans le bureau sans plus pouvoir en sortir. Le monde à l’envers ! D’ordinaire, ce sont les révoltés, les exploités énervés, qui séquestrent les patrons dans leur bureau !

C’est à ce moment-là que la grogne ayant atteint son paroxysme dans le quartier, plusieurs locataires excédés se sont joints à ma requête devant le tribunal judiciaire.

Au vu des murs noirs de moisissures dans certains appartements, des morceaux de béton des balcons tombant au sol, des odeurs d’égout insoutenables en été, des arbres et broussailles poussant dans les murs, des abords jamais nettoyés bien que services payés, de l’emploi abusif d’un personnel insultant, des courageux n’ayant auparavant jamais entamé de démarche en justice se sont lancés à réclamer leurs droits au tribunal. S’en est suivie plus d’une année à subir publiquement les ricanements humiliants adressés sans honte à notre petite fronde de gueux.

J’avais déjà saisi plusieurs associations dédiées, puis l’Agence Régionale de Santé, la Commission pour le logement décent de la CAF, la commission de conciliation des rapports locatifs du Gard, le Pole Lutte contre l’habitat indigne de la DDTM  qui, au bout de plusieurs années, avait conclu à la responsabilité du bailleur mettant en danger les locataires, puis le conciliateur de la République dont la médiation s’était soldée par un échec. Il ne restait plus que de solliciter le juge.

Au bout d’un nombre incalculable de reports, de déplacements inutiles et coûteux, de journées perdues, seule une partie de mes demandes a été entendue et jugée. Pour mes voisins victimes de grave insalubrité, ça va prendre encore des mois ou des années. Pour ceux qui ont réclamé une compensation à l’intense harcèlement qu’ils ont subi pour des sommes injustement réclamées à tort, au bout d’un nombre incalculable de reports, de déplacements inutiles et coûteux, de journées perdues, au bout de tant d’espoir déçus, le juge a déclaré leur requête irrecevable parce qu’ils n’auraient pas sollicité le conciliateur auparavant. Tactique de l’épuisement pour faire renoncer ou pour justifier l’engorgement des tribunaux ?

Mais au moins, un premier jugement est tombé.

1) Le juge déclare que le paiement en espèces dans ce pays est un droit, du moins pour des sommes inférieures à mille euros, et qu’en plus ce droit ne peut être monnayé. Car évidement, au cours de ces trois années de bagarre, le bailleur a tenté de botter en touche en déclarant à l’ensemble des familles du parc social départemental qu’il était possible de payer en espèces à la poste, les frais à la charge du locataire. Soit plus d’une centaine d’euros par an ! Or le défenseur des droits indigné a rappelé qu’il est interdit de réclamer des frais pour un paiement en liquide, c’est une discrimination et c’est illégal. Mais la mafia dégoulinante de suffisance n’a rien voulu entendre et a continué à me poursuivre en m’assignant en référé au tribunal pour me faire expulser de ce logement que je loue depuis trente ans sans jamais la moindre faute.

2) Le juge a du rappeler au bailleur récalcitrant qu’un avis d’échéance n’est pas une quittance. En effet, leurs avis d’échéance sont quasiment tous faux, invérifiables et incompréhensibles (les crédits et les retenues n’y figurent jamais), c’est pourquoi je me suis battue pour obtenir ces reçus, que la dématérialisation et le hold-up administratif voudraient abolir définitivement, car seules des quittances légalement établies peuvent aider les locataires à comprendre ce qu’ils ont payé et ce qu’il doivent. C’est la seule façon de résister et démasquer les arnaques.

Résultat : Le bailleur est condamné à recevoir mes paiements en espèces avec amende par jours de retard, et condamné à fournir des années de quittances de loyer en bonne et due forme, avec aussi amendes par jour de retard, et finalement, condamné à me payer des dommages et intérêts qui, déduits de l’argent refusé, ne me laisse quasiment plus rien à leur devoir. Ils sont donc censés annuler toutes leurs poursuites.

Alors, Amishs des villes et des campagnes, pauvres et fiers de l’être, ne vous laissez pas faire, payer en espèces sonnantes et trébuchantes est une forme de résistance au vol organisé et à la numérisation du monde qui nous condamne à l’impuissance et la déshumanisation.

Je me souviens du conciliateur de justice, un remplaçant, ex-architecte, qui s’est retourné contre moi qui l’avait pourtant sollicité, en établissant une complicité de caste avec le directeur, car tous deux cadres dans l’immobilier : non seulement il n’a pas bronché quand mes billets posés devant lui ont été refusés, mais il m’a tout bonnement soupçonné de vouloir détourner de l’argent et me livrer à de mauvais trafics ! Je ne suis pas stupide au point d’ignorer que l’argent liquide est vital pour le banditisme et les détournements de fonds perpétrés par certains riches, et que c’est la raison principale pour laquelle le gouvernement ne veut pas supprimer les espèces, malgré la forte pression des banques. Mais accuser les pauvres de vouloir détourner l’argent qu’ils n’ont pas relève de la plus basse grossièreté et du vice le plus crade. Nous, on veut simplement continuer à faire son marché avec des pièces et des billets en discutant avec les gens, et pouvoir vérifier la monnaie quand on règle ce qu’on doit. Parce que le jour où les locataires pourront payer leur loyer avec une monnaie locale hors main mise des marchés financiers risque d’être encore long à se pointer.

Trois ans de persécution, certes, mais au bout du compte, ce qui pour moi est le plus important, ce n’est pas d’avoir gagné.

C’est d’avoir rencontré mes voisins, ces gens souvent fragiles et sans compétences reconnues, dont on se moque ou qu’on oublie après les avoir plumé jusqu’à l’os, ces gens simples et méprisés, exclus des droits basiques, que j’ai découvert farcis d’humanité et qui m’ont rempli le cœur.

Je suis heureuse de les avoir compris, d’avoir appris à ne pas les juger, de les avoir soutenus et aidés, et d’avoir établi avec eux de vrais liens de bienveillance et d’amitié.

 

Voir aussi : «  Dans quoi ils confinent mes voisins »

Les billets et les pièces demeurent le principal instrument de paiement en volume.https://www.banque-france.fr/billets/analyser-et-anticiper/lutilisation-des-especes-en-france-et-dans-la-zone-euro