28 juillet 2007
lettre ouverte courroucée
Je me permets d'éditer ce texte de Benoit Couturier,dont les habitants de la Picharlerie ont été spécialement touchés.
Lettre ouverte à M. Dhombres
Comme beaucoup de personnes, j’ai été informé de la destruction de la Picharlerie qui était squattée depuis cinq ans. Je n’aurai jamais de qualificatifs suffisamment forts pour exprimer dans quel état de consternation cela m’a plongé. Comment, M. Dhombres, avez-vous pu prendre une telle décision ; quel intérêt en retirez-vous ; pourquoi avoir détruit ces ruines oubliées, chargées d’histoire et qui ne gênaient personne ? Vous avez agi en tant que propriétaire imbu de ses récents titres de propriété et investi de son bon droit d’abusus1. Si, en droit, vous avez la raison pour vous, votre décision absurde suscite pour autant un vif émoi dans la population locale, un émoi dont l'écho est parvenu jusque dans ma région ! Avez-vous pris conscience de ce que vous avez fait ?
Ce bien, que vous possédez depuis peu, a appartenu à maintes personnes avant vous, et dans 20, 30 ans ou plus, il appartiendra à d’autres, et ainsi de suite. C’est inéluctable et dans l’ordre des choses. Ce n’est pas un bout de papier signé devant notaire qui y changera quoi que ce soit. Sur cette terre, vous, moi et tout un chacun ne sommes que des passagers. Ramenée à l’Histoire, notre vie, qu’on le veuille ou non, est éphémère. Je pense qu’en tant qu’homme d’église vous devez entendre la résonance de ces propos. Vous ne pouviez ignorer quel était ce lieu, quelle était son histoire et quel symbole il incarnait : celui de la résistance à l’ennemi, à l’ordre absurde que l’on voulait imposer au cours de cette triste période de l’histoire de notre pays. Vous pourrez exciper tous les titres de propriété que vous voudrez, M. Dhombres, mais cette histoire de la Picharlerie n’est pas inscrite sur vos actes. Elle vous dépasse, elle s’insère dans un cadre local et national qui appartient à l'Histoire. L’attitude qui aurait convenu à un homme comme vous vis-à-vis d’un tel lieu, était la retenue plutôt que l’affirmation arrogante de votre droit de bourgeois.
Des contrôles routiers alentour sur toutes les routes menant à la Picharlerie, sept fourgonnettes de gendarmes, des motards, un bouteur, le brouillage généralisé des ondes de téléphone portable dans la région, il ne manquait plus, pour compléter ce sinistre tableau, que des hélicoptères et je ne sais quoi d’autre encore. Et pour quoi faire ? Exterminer de dangereux terroristes ? Arrêter des brigands ? Capturer des gangsters ? Non, point. Pire : déloger de simples squatteurs ! Comment un Préfet a pu se prêter à une telle mascarade ? Voulait-il se « farcir » un squat, ou encore se payer une partie de cow-boy aux frais du contribuable ? Ce préfet aurait été bien avisé de penser à protéger ce haut lieu de mémoire locale plutôt que de se précipiter et s’acharner dessus. Il s’agit là d'une mise en œuvre de moyens disproportionnés, et qui plus est constitutive d’un usage dévoyé de la force publique dans la mesure où rien ne justifiait une pareille mobilisation. Les squatteurs s’étaient installés, illégalement certes, mais de manière paisible, sans troubler de quelque manière que ce soit l’ordre public, dans ces ruines perdues et abandonnées depuis 70 ans au milieu de la montagne. Vous pouvez, avec ce suppôt de l’Etat en la personne du préfet de Mende, être très fier du travail accompli.
Être propriétaire d’un bien c’est aussi et surtout en être le gardien pour le transmettre aux générations futures, auquelles on a des comptes à rendre désormais. Si une telle notion n’existe pas formellement dans les textes aujourd’hui (mis à part quelques cas précis comme la protection au titre des monuments historiques), elle commence à s’affirmer sous la pression de l’écologie. De même qu'on ne peut polluer impunément de manière irréversible la planète, on ne peut non plus démanteler des lieux de mémoire qui ne nous appartiennent pas. Cette compréhension des choses suppose un certain éveil de la conscience, que l’on aurait pu croire acquis chez une personne qui a voué sa vie à la spiritualité. À l’opposé, votre attitude en ce qui concerne la Picharlerie s’apparente à de l’obscurantisme. On ne peut manquer de faire ici un parallèle avec le sort des immenses statues bouddhistes détruites par les talibans afghans en février 2001. Quel est ce monde de violence inouïe, que représente le sac de la Picharlerie, que souhaitez-vous transmettre aux générations futures ? Quel message aimeriez-vous véhiculer, vous qui effacez les traces de l'Histoire ? Votre manière d’agir dans cette affaire s’apparente à celle d’un enfant gâté, capricieux et égoïste qui préfère casser son jouet plutôt que de le prêter.
La Picharlerie se composait de corps de bâtiments construits en étage côté adret dans les montagnes cévenoles, près d’un valat qui alimentait le lieu en eau, et elle était entourée de bancels où se pratiquaient les cultures vivrières. La vue depuis les bâtiments était, comme on a l’habitude de le dire aujourd’hui, imprenable. Si belle, que l’on ne se lassait pas de l’admirer. Une immensité boisée à perte de vue. Pour y parvenir, il fallait emprunter des pistes en très mauvais état. On pouvait apercevoir les ruines au détour de certains virages à l’approche des bâtiments ; de loin, elles se fondaient dans le paysage et paraissaient accrochées à la paroi de montagne. Elles étaient construites avec ce schiste local qui a donné son nom à la région : la lause. Les pierres étaient savamment et rigoureusement assemblées pour former des murs massifs, mais parfaitement droits. Il s’agissait de bâtiments délabrés sans poutre ni toiture, mais les murs étaient bien là. À eux seuls ils disaient beaucoup de choses. On pouvait facilement s’imaginer l’allure de ces maisons chapeautées de grosse écailles épaisses en guise d’ardoises. L’importance du bâti et le four à pain en bon état laissaient imaginer la vie en autarcie de plusieurs familles. Une magnifique voûte en berceau recouvrait ce qui devait être une entrée principale d’une pièce qui était dallée. Il y avait également une citerne pour prendre le relais de l’alimentation en eau lors de l’assèchement du valat en été. Enfin, un magnifique escalier construit sur une voûte permettait d’accéder directement de l’étage sur la colline. Il s’agissait d’un ensemble de constructions sans vanité, mais qui constituait pour autant un bel exemple d’architecture pastorale locale. Vous connaissiez ces bâtiments, M. Dhombres : certains lointains membres de votre famille y avaient habité. Vous saviez la destination des bâtiments, du grenier à grain par exemple. Et pourtant, vous avez commis l’irréparable. De tout cela, aujourd’hui, il ne reste plus rien, qu’un vulgaire tas de pierres !
Non, vous n’aviez pas le droit raser ces ruines. Par respect pour tous ceux qui se sont battus —et qui parfois en sont morts — pour défendre un certain idéal de la liberté. Par respect pour la mémoire collective que vous avez, de manière éhontée, bafouée. Et par respect pour vos propres aïeux qui avaient monté ces pierres à la sueur de leur front dans des conditions difficiles… De profundis.
Benoît Couturier
Les Caves de Gaigné
49350 St Georges des Sept Voies
1terme juridique désignant le fait de pouvoir vendre ou détruire son propre bien
Nature et Progrés communique
Communiqué de Nature et Progrès Lozère,
au sujet de la destruction de la Picharlerie.
Les membres de l'association Nature et Progrès
sont consternés par la destruction de la Picharlerie.
Ainsi, plutôt que de laisser vivre
dans un site en ruine,des jeunes démunis,
le propriétaire et la préfecture ont préféré raser
ce haut lieu de mémoire cévenol.
Nous avons pu entendre recemment Albert Jacquard
à Florac parler de société conviviale de partage,
de soutien, de résistance,
et nous assistons là à un acte barbare de destruction
mené comme une action de guerre
(blocage des accès par de nombreux gendarmes,
brouillage des telephones etc.)
. Nous avons l'habitude d'être marginalisés
par notre approche rigoureuse
de l'agriculture biologique,
et la prise en compte globale
des évenements de la vie,
là encore nous nous retrouverons aux côtés
de tous ceux qui dénoncent
non seulement un acte stupide,
mais qui défendent le droit à vivre hors norme
dans une société de plus en plus oppressante.
Nous devons résister à la violence du pouvoir,
à la violence absurde du droit de propriété.
Nature et Progrès appelle à
tous les actes de résistance et de soutien
aux occupants de la Picharlerie. Le 24/07/07 Contacts : Bruno Brossard (tel 04 66 45 98 70) .
25 juillet 2007
violence entre voisins
« On maraude mes pommes, j'arrache les pommiers. »
Dimanche, le collectif d'habitants, d'associations et d'élus
qui s'est constitué aprés la destruction de la Picharlerie
a dénoncé l'abus de pouvoir du préfet.
Le pasteur propriétaire des lieux justifie son action
en rappelant que suite à l'arrêté de péril signé par la commune de Moissac,
il ne voulait pas être tenu pour responsable d'un éventuel accident.
Or la simple pose d'un panneau interdisant l'accés au site
aurait suffit à dégager sa responsabilité.
François Roux, notre avocat préféré,
a expliqué qu'un squat ne pouvait pas être une solution pérenne
et devait donc se transférer en solution légale.
« Ici, ça n'a pas été possible et l'issue fut la pire qui soit.
Le préfet est en partie responsable de cette destruction
puisqu'il violé l'article 8 de la convention européenne
qui protége le domicile et la famille,
même si le lieu est occupé illégalement.
On ne peut pas raser une habitation
si des affaires personnelles se trouvent encore sur place.
Or il y en a sous les décombres. »
Le conseiller général socialiste qui a rencontré le préfet Lundi
s'est inquiété publiquement du climat d'hostilité flagrante
entre gens du pays et nouveaux arrivants.
| Voici donc la réponse du prefet |
|
« La non violence est la plus grande force
que l'humanité ait à sa disposition.Elle est plus puissante
que l'arme la plus destructrice inventée par l'homme.
La destruction ne correspond nullement à la loi des hommes. »
Gandhi
«Je me plais à imaginer un État enfin,
qui se permettrait d'être juste pour tous
et de traiter l'individu avec respect, en voisin ;
qui même ne trouverait pas incompatible avec son repos
que quelques-uns choisissent de vivre en marge,
sans se mêler des affaires du gouvernement
ni se laisser étreindre par lui,
du moment qu'ils rempliraient tous les devoirs
envers les voisins et leurs semblables. »
Henry Thoreau
23 juillet 2007
forum populaire réactif
La réunion publique qui a eu lieu Jeudi 19 Juillet
à Sainte Croix Vallée Française
a débouché sur les décisions suivantes:
réunion hebdomadaire au Bocal à Sainte Croix tous les Dimanche
à 13 Heures pour les locaux et à 16 H pour la coordination avec les élus,
les associations et tous ceux qui veulent réagir.
D'ailleurs, Le Bocal, à Ste-Croix, sera ouvert tous les jours
avec des permanences (avis aux motivés),
pour recevoir documents, idées, préparation d'initiatives...
Alors venez nombreux. Tel du bocal : 04 66 44 08 36.
Rassemblement Jeudi 26 Juillet à 11 H
devant l'esplanade de la sous préfecture de Florac
D'ici là, des tracts seront distribués aux marchés du coin,
des affiches seront prétes.
* L'idée d'un rassemblement de plusieurs jours
autour des résistances à la Picharlerie,
« dansons sur les ruines » a été lancée :
inviter des anciens maquisards par ex, aborder la lutte en Val de Suza ,
la lutte anti-cabanisation en Ariège par ex..
Projections de films, docs, concerts, spectacles? « Résister est un verbe qui se conjugue au présent. »
Lucy Aubrac. .![]()
21 juillet 2007
images de la destruction de la Picharlerie
Aprés vous avoir montré hier des images du travail
de réhabilitation du site de la Picharlerie par ses occupants,
pendant leurs cinq années de présence sur ce lieu isolé,
voici les images qu'ils m'ont transmis sur le carnage du 11 Juillet:
il ne reste effectivement plus qu'un sinistre tas de pierres
de ce haut lieu de résistances.
Des années de travail anihilées,
voilà le fruit de "la valeur travail",
enseigné aux jeunes par la violence!
Ou l'on voit clairement que,
plutôt que de partager les biens et les ressources,
les possédants préférent tout casser.
La destruction de ce site naturel,
dans une des plus belles vallées du pays,
augure de ce qu'ils sont capables de faire de la planête:
un champ de ruines.
20 juillet 2007
premières réactions au massacre de la Picharlerie
Facade de la picharlerie, avant qu'elle soit rasée.
Le four à pain retapé
Le toit refait
LA PICHARLERIE. COMPTE RENDU DE LA REUNION DU MARDI 17 JUILLET 2007
Profondément choqués par l'expulsion des occupants de La Picharlerie, hameau de la commune de Moissac Vallée Française abandonné depuis environ 70 ans, et la démolition expéditive de ce site historique survenues le mercredi 11 juillet 2007, des élus et habitants de la communauté de Communes des Hauts-Gardons se sont réunis mardi 17 07 à 21h. Plus d'une cinquantaine de personnes venues de toute la Lozère et même du Gard étaient présentes à cette réunion, et parmi elles :Jean Bonijol, président des Anciens Combattants de la Résistance, qui fut l'un des résistants du Maquis-Ecole de la Picharlerie en 1943-1944.Dany Rouveyre et Hervé Fumel du Groupe Départemental des Amis de la Résistance,André Gaujac et François Rouveyrol du Club Cévenol.Marie-Claude Monod, Présidente de l'Association Cultuelle de l'église réformée de Ste Croix Vallée Française.Jérémie Duval, pasteur à Ste Croix.Claude Faïsse, Conseiller Général du canton de Barre des Cévennes.De nombreux élus de la Communauté de Communes des Hauts-Gardons dont quatre maires : Jean-Max André, Annie Goiset-Pascal, Michèle Manoa et Hubert Pfister.Des élus d'autres communes cévenoles.Des représentants des occupants expulsés de la Picharlerie.
Un premier tour de table a permis de mesurer l'incompréhension et la révolte de tous devant la violence de l'intervention décidée par le Préfet, et fait émerger le besoin d'informations les plus précises possibles sur les faits et leurs causes. On s'efforcera au cours de la réunion de permettre à toutes les sensibilités de s'exprimer afin de couper court aux rumeurs naissantes et de répondre à ce besoin.
Deux occupants du site détruit ainsi que d'autres intervenants informés permettent ensuite de reconstituer un historique des faits :
Au printemps 2002 s'installent sur le site un groupe de personnes qui ont fait le choix de rendre la vie à des terres et lieux d'habitation abandonnés à la stérilité ou l'usure du temps. Ils rencontrent peu de temps après un des propriétaires en indivision, Freddy Dhombres, qui leur fait part, sans agressivité, de sa volonté de garder le hameau pour sa famille. L'été suivant, un arrêté d'interdiction d'habitat (pour cause de sécurité ?) aurait été pris par la Mairie de Moissac Vallée Française concernant les bâtiments de La Picharlerie. Il y a quelques mois, par rachat des parts, Freddy Dhombres devient le seul propriétaire des lieux et l'impression persiste de sa volonté de les restaurer. En 2007, il engage une première procédure d'expulsion dont il est débouté pour vice de forme : les personnes désignées par la procédure nominative étant domiciliées ailleurs que sur le site. D'autre part, suite à la visite de M. Meissonnier, huissier à Mende, au cours de laquelle les occupants du lieu ont refusé de décliner leur identité, une nouvelle procédure d'expulsion est engagée, mais les occupants du lieu présents à la réunion précisent n'avoir eu aucune notification officielle de décision de justice de la part du Tribunal, de la Préfecture, ni de la Mairie de Moissac.
Le mercredi 11 juillet à « 7h du matin, les forces de l'ordre se déploient en grand nombre dans la Vallée Française, quadrillant les routes et contrôlant les différents points d'accès à la 'Pich' (Moissac, Sainte Croix, Saint Etienne, Saint Martin de Lansuscle). Tout au long de la journée, de nombreuses personnes et des véhicules sont contrôlés dans la vallée. Pendant ce temps, sept fourgonnettes de gendarmes, des motards et un engin de destruction (pelleteuse) » réquisitionné « montent là-haut et tout est littéralement rasé. Il ne reste plus des bâtiments qu'un tas de pierres de 50 mètres de long sur quelques mètres de large.... ». (Récit internet de l'un des occupants).
M.Sunt, présent à la réunion, qui avait été sollicité comme conciliateur par l'association Abraham Mazel et avait rencontré Freddy Dhombres confirme la volonté sincère de celui-ci de restaurer les lieux pour sa famille, mais s'étonne qu'il n'y ait pas eu de notification officielle de l'expulsion et considère que l'intervention de la Préfecture a été excessive. En effet, à plusieurs reprises au cours de la réunion se posera la même question :
Pourquoi et comment un arrêté d'expulsion s'est-il si rapidement transformé en destruction totale du site ?
Certains présents suggèrent que le propriétaire, mal conseillé par son entourage, et subissant des pressions dans un contexte social très tendu se soit résigné à la destruction du lieu, trois possibilités d'action lui ayant été données par la Préfecture : murer, dynamiter ou démolir avec une pelleteuse. D'autre part, il lui aurait été dit par la Mairie de Moissac que le permis de construire pour rénovation ne serait jamais accordé.
Claude Faïsse, Conseiller Général, bouleversé à la nouvelle de la démolition, lit le courrier qu'il a adressé aux Préfet et sous-Préfet de Lozère « ... Au moment même où les associations des anciens de la Résistance vont élever une stèle en souvenir de ceux qui prirent le maquis à la Picharlerie, la destruction de cette maison... est une injure à leur mémoire et à leur courage. Elle sera douloureusement perçue par les survivants et par tous les cévenols... ». Selon lui, cette destruction « n'est pas une erreur, c'est une faute ». Il a également alerté le Président du Conseil Général.
Jean Bonijol, venu de Mende pour la réunion, évoque ensuite brièvement ce qu'a été pour lui le maquis école de la Picharlerie. Adolescents hors-la loi réfractaires, ils ont fait « un sérieux pari de l'espérance quand ils sont entrés dans la clandestinité », en abandonnant famille et travail. Son témoignage émouvant fait référence aux familles André de Gabriac et d'autres qui ont accueilli les jeunes réfractaires. Il raconte les activités du maquis école et le peu de moyens dont il disposait, précisant que beaucoup de résistants (Bir Hakeim entre autres) sont passés dans ce lieu de ce fait inscrit dans la mémoire d'un grand nombre.
Des occupants expulsés du lieu expriment alors leur attachement à ce passé et leur conscience de cette mémoire, certains voyant un lien entre la résistance des maquisards à l'ordre Pétainiste de l'époque et leur propre résistance. L'un d'entre eux ajoute qu'ils travaillaient récemment à la traduction de la biographie d'un antifasciste allemand ayant séjourné à la Picharlerie. Madame Rouveyre rappelle que si le 'squatt' est un acte de résistance, c'est aussi un acte illégal. Après discussion,un élu de Saint Frézal de Ventalon déclare que « c'est l'excès de répression contre les squatteurs qui a détruit la Picharlerie ». Mme Rouveyre fait savoir que le Bureau National de leur association sera informé des faits et que la hâte avec laquelle la destruction est intervenue, interdisant toute médiation, sera clairement notifiée.
Certains participants à la réunion se demandent si cette démolition n'est pas le signe avant-coureur d'une volonté de faire disparaître d'autres lieux d'habitats précaires dans la région, et voient un lien possible entre ce qui s'est passé à la Picharlerie et le climat d'intimidation et d'insécurité (actes de violence : vols, dégradations et destructions de véhicules ciblés contre les nouveaux arrivants) qui sévit dans nos vallées depuis quelque temps.
Pour répondre aux différentes questions restées sans réponse, et marquer la mobilisation des participants, diverses propositions sont alors faites :- Rassemblement à la Picharlerie.- Culte à la Picharlerie.- Diffusion d'une expo photos, films et textes sur l'événement. Hubert Pfister propose le temple de Saint Martin de Lansuscle.- Délibération commune prise par les Communes et la Communauté de Communes concernées.- Communiqués de presse.- Plainte déposée pour avoir accès au dossier à la Préfecture de la Lorère.- Interpellation de la Préfecture pour trouble de l'ordre public occasionné par la violence et la soudaineté de l'opération (au cours de laquelle, par exemple, la téléphonie mobile était brouillée sur la zone).
.Ce compte-rendu n'est pas exhaustif de tout ce qui s'est dit au cours de la réunion, mais il se veut le plus fidèle possible. Un enregistrement complet de cette réunion a été fait et existe sous forme de CD MP3.
Claude Faïsse : « C'est un crime, un assassinat » |
Le conseiller général de Barre-des-Cévennes Et je ne suis pas le seul, vu le nombre de personnes qui ont participé à la réunion mardi soir à Sainte-Croix. Sur le canton et même au-delà, car la Picharlerie est un nom qui parle à toute la Lozère, l'émotion est réelle. C'était un maquis-école, et par là-même un lieu de mémoire. Au moment où le Club cévenol voulait ériger une stèle pour montrer aux jeunes que sur ce lieu, était né le souffle de la liberté, cette destruction est un crime. Un assassinat." je ne veux pas justifier l'occupation des lieux par des squatters en m'élevant contre cette destruction.C'est peut-être une conséquence certes, mais les deux dossiers sont pour moi complètement différents. Mais la destruction du lieu en question, je ne l'admets absolument pas. Or, visiblement, puisque je n'étais pas sur le site ce jour-là, les forces de police étaient présentes en nombre pour assurer la protection du déroulement des opérations. Cela veut dire que cela s'est fait sous les ordres du préfet. C'est pour cette raison que je lui ai écrit. Je veux avoir plus d'éclaircissements sur cette affaire, comprendre quelles sont les décisions de justice qui ont engendré ce triste événement." pour protester contre cette destruction. La Lozère est privée là d'un lieu mythique. Alors bien sûr, je ne prône pas la reconstruction du mas, car c'est impossible. Mais il faut protester en masse. Car je le répète, c'est un crime." AH! Si seulement ce monsieur s'émouvait et s'indignait tout autant pour les vivants,(habitants de la Pich) que pour les morts!(mémoire des résistants) |
Pour tous ceux qui veulent manifester leur solidarité,
obtenir des renseignements,
voici une liste d'adresses à contacter:
élus conseillers généraux
claude.faisse@club-internet.fr
ccvalleelongue.calbertois@wanadoo.fr
saint-julien-des-points@wanadoo.fr
élus Mairies
mairie.gabriac@wanadoo.fr Jean max André
manoa_franc@infonie.fr michèle Ste croix
agp.48@cegetel.net Annie molezon
hubertpfister@hotmail.com
pigache.jca@wanadoo.fr
Groupe départemental des Amis de la résistance :
Fumel Hervé: herve.fumel@wanadoo.fr
Rouveyre Dany : rouveyre.jm@wanadoo.fr
la picharlerie : lapich@no-log.org
lechalut@orange.fr : pour nathalie
anhoc@tele2.fr : pour le FRVF
19 juillet 2007
l'ignoble massacre de la Picharlerie
Ce que les Nazis n'avaient pas réussi à faire,
les chars d'assauts de Sarko l'ont fait.
Voici un texte des habitants de la Picharlerie:
Mercredi 11 juillet, la Picharlerie a été expulsée et totalement rasée. Cette maison, perchée dans les montagnes cévenoles du Sud-Lozère, était squattée depuis le printemps 2002. Située sur la commune de Moissac-Vallée-Française, elle avait été abandonnée dans les années 1930 par ses derniers habitants, dans un contexte général d'exode rural. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la Picharlerie connut un second souffle. L'endroit, comme d'autres fermes perdues dans cette végétation de maquis, se prêtait à merveille à la résistance à l'occupant nazi et ses supplétifs français. Un maquis-école y fut fondé. Entre 1943 et le printemps 1944, de nombreux « bandits », comme on les appelait alors, s'y retrouvèrent : des réfractaires au STO, de très jeunes combattants, des antifascistes allemands, et bien d'autres. Des membres du maquis Bir-Hakeim, en grande partie liquidé sur le causse Méjean avec l'étroite collaboration du préfet de Lozère Roger Dutruch, s'abritèrent également à la Picharlerie. En avril 1944, depuis la crête de Saint-Etienne-Vallée-Française, les nazis et les forces collaborationnistes attaquèrent ce flanc de montagne. Le Ginestas, maison toute proche de la Picharlerie, porte encore les marques de tirs d'artillerie lourde. A nouveau, le lieu sombra dans l'abandon. Un incendie ravageur au cours de l'été 1976 paracheva l'œuvre du temps. Ce sont des ruines à peine visibles sous la végétation, - sans un toit, avec des arbres poussant dans les murs et de nombreux bancels effondrés -, que nous avons trouvées au printemps 2002. Nourris, comme d'autres avant nous, d'un esprit de résistance à l'air du temps, nous avons décidé à quelques-un/es d'occuper le lieu et de le réhabiliter avec les moyens du bord, d'y faire des jardins, d'en dégager les fruitiers asphyxiés, d'y poser des ruches,...Chacun put voir se redessiner la maison et ses terrasses à travers la dense canopée. Nous avons entrepris de multiples travaux, aidés par le réseau d'amis et de camarades tissé dans d'autres lieux, au cours d'autres expériences, mais aussi, très vite, par des voisins et habitants de la vallée. Beaucoup sont devenus des habitués de la Picharlerie renaissante et de ses rendez-vous : chantiers collectifs, projections cinéma en plein air, soirées pizza, bibliothèque et fanzinothèque, etc. Des personnes d'horizons et d'origines variés se sont croisées. Le lieu est devenu un endroit de partage, de mélange, certes en marge des réseaux existant en Vallée-Française, mais très riche pour ses occupant/es et tous ceux qui y montaient, bravant plusieurs kilomètres de piste accidentée. La Picharlerie occupée était connue de dizaines de personnes, bien au-delà des frontières de l'Hexagone, animées la plupart par un esprit de contestation du meilleur des mondes qu'on veut nous faire avaler. Un monde morne, toxique, pétri d'inégalités, de guerres « chirurgicales » et d'opérations policières à tout bout de champ ; un monde glissant sûrement vers une société de contrôle total où ceux qui ne rentrent pas dans le rang sont des terroristes potentiels, et où ceux qui possèdent tout ont toujours raison. C'est sans doute mus par cette dynamique globale de répression que le préfet de Lozère, la mairie de Moissac et le propriétaire n'ont pas lésiné sur les moyens pour se débarrasser des affreux trublions que nous sommes. Après un premier procès à l'issue duquel, en mars 2007, le pasteur Freddy Dhombres est débouté de sa plainte – n'ayant pu fonder ses accusations contre les deux personnes assignées -, une seconde procédure est engagée, expéditive celle-là. En trois semaines à peine, sans que nous soyons au courant, l'expulsion des occupants est prononcée et organisée depuis Mende. Et c'est fort de son droit de propriétaire que le pasteur, dans une action menée tambour battant par les représentants de l'Etat, a demandé que soit rasé la maison, réduisant à un tas de décombres fumants plusieurs siècles d'histoire, un haut lieu de résistance, et un lieu notoire d'habitat et d'activités. Le Préfet proposait, outre le tracto-pelle, la dynamite, ou bien de faire murer la maison. Ensemble ils ont choisi le bulldozer, symbole d'une politique de guerre bien connue, plutôt que de courir le risque que l'endroit serve à nouveau de refuge, à nous ou à d'autres. Un engin est réquisitionné pour l'occasion, et son propriétaire prévenu quelques jours à l'avance. Lui aussi aurait pu refuser cette sale besogne... Le mercredi 11 juillet, au petit matin, les forces de l'ordre se déploient en grand nombre dans la Vallée-Française, quadrillant les routes et contrôlant les différents points d'accès à la Picharlerie (Moissac, Sainte-Croix, Saint-Etienne, Saint-Martin de Lansuscle). Tout au long de la journée, de nombreuses personnes et des véhicules se font contrôler dans la vallée. En outre, les ondes sont brouillées dans le secteur, empêchant les communications de téléphones portables - le but manifeste de ces différentes opérations étant d'empêcher tout mouvement de solidarité. Pendant ce temps, 7 fourgonnettes de gendarmes, des motards et un engin de destruction massif montent là-haut et entreprennent de tout raser (clède, four à pain, magnanerie, etc.). Il ne reste plus des bâtiments qu'un tas de pierres de 50 mètres de long sur quelques mètres de large. La maison de la Picharlerie est aujourd'hui rayée des cartes. Dès le lendemain, la solidarité s'organise. Un chantier a lieu afin de sortir des gravats quelques affaires. Des personnes affluent, nous témoignant sous des formes multiples leur sympathie. Dans la vallée, c'est l'émoi et l'incompréhension. En plus d'avoir délogé des squatters, ils ont rasé un lieu de mémoire. Des élus s'en mêlent ; des anciens crient leur indignation : on a détruit une partie de leur passé. Et elle est bien dans l'air du temps, cette politique de table rase du passé. En finir avec Mai 68, bien sûr, mais aussi avec tout ce qui rappelle que des hommes et des femmes se sont battus et se battront pour une certaine idée de la liberté, contre l'oppression, quelle qu'en soit la couleur ou la patrie. L'armée de l'ombre, après tout, n'était pour beaucoup à l'époque qu'un ramassis de terroristes... Pour une partie de la population locale, cet acte ignoble est bien compris comme le signe avant-coureur d'une accélération de la répression. Cette opération est le signal fort d'une détermination à écraser toute forme de contestation radicale, et plus largement tout ce qui déborde du cadre bien réglé des institutions. Le squat est pour nous une critique en acte des inepties de ce monde : ici comme en zone urbaine, des logements, des terres sont laissés en friche et dépérissent. Hormis la période du maquis, cela faisait plus de 70 ans que la Picharlerie était désertée et inculte. Il en est de même pour la Carrière, maison occupée de 2001 à 2003, puis expulsée. Son propriétaire n'en a jamais rien fait et n'en fera jamais rien. La Carrière s'effondre lentement ; elle disparaîtra un jour. Freddy Dhombres, obscurantiste pour le coup, a choisi quant à lui de voir la Picharlerie rasée et morte, plutôt qu'occupée et vivante. Et c'est conforme à l'ordre des choses, car il a la légitimité sacrée que lui confèrent ses titres de propriété, aussi vides et stériles soient-ils. Nous avons, contre cette raison absurde et contre la loi qui la garde, choisi de remonter ces ruines et d'en travailler les bancels, comme ce fut fait pendant des siècles sur ce flanc de montagne. Ainsi nous nous sommes appropriés des savoir-faire, des connaissances et un rapport aux choses qui font grincer les rouages implacables de cette société marchande. Une telle opération de police et de destruction est aussi symbolique d'un rapport de forces qu'on veut nous faire éprouver jusqu'ici, dans des zones jusqu'alors quelque peu épargnées par le vent brutal de réaction qui balaie le pays et les esprits. Dans cette logique, les squatters sont bien sûr les premières cibles, les plus aptes à cristalliser un consensus contre eux. Mais de nombreux habitants se sentent désormais concernés. Car l'offensive vise progressivement mais sûrement toutes les formes d'habitat hors-norme ou précaires, et toutes les formes de vie dites "alternatives", aussi protégées se sentent-elles par des bribes de légalité. A quand les pelleteuses qui rasent les cabanes, les services sociaux qui enlèvent leurs enfants aux parents, les expulsions pour manquement à la raison sanitaire et à l'harmonie paysagère de dépliant touristique, les petits fascistes locaux qui mettent le feu aux habitations, ... ? Ces pratiques existent déjà, ici ou ailleurs. Elles pourraient bien se généraliser et devenir la règle. La lutte contre la cabanisation n'est plus cantonnée aux Pyrénées-Orientales ; des documents concernent le littoral du Languedoc-Roussillon, peut-être d'autres régions ou départements. Hormis la question de l'habitat et de l'usage des terres, c'est toute la politique de mise au pas d'une partie de la population qui s'affiche avec fracas à travers ce piteux exploit. Certains trépignent sans doute de joie à l'idée que soient passées au karcher les montagnes. Les laisserons-nous faire ? Rentrerons-nous dans le rang, à force de pressions et de résignation, de sentiment d'impuissance face aux multiples offensives contre le désir de liberté qui nous anime, non pas cette liberté vendue par les agents de voyage ou accolée aux forfaits de téléphonie, mais celle qui fait courir les êtres à travers les siècles ?











































