24 mai 2009
Femme en yourte, femme en lutte.
Femme en lutte sous la yourte.
Ceux qui mettent la honte sur les sans emplois, les rmistes, les différents bénéficiaires de prestations sociales, les emplois très précaires et partiels, en traitant ces gens de paresseux et en voulant les concentrer dans des structures répressives de travail forcé, ignorent totalement, semble t'il, que parmi ces chômeurs, les trois quarts sont des femmes isolées avec enfants.
Or si on regarde les enquêtes et statistiques internationales, on se rendra compte de deux faits:
1) que les femmes abattent largement plus de travail que les hommes, et ce n'est pas nouveau,
2) qu'elles sont beaucoup moins payées que les hommes, quand elles le sont, et constituent la majorité écrasante des pauvres du monde.
Ces mêmes suppôts du capital et de la croissance ignorent et méprisent une forme d'économie qui a permis aux peuples dépouillés par notre ethnocentrisme impérialiste de survivre à notre façon de les « aider »: il s'agit de l'économie informelle, qui n'est pas l'autre versant du libéralisme, un soi-disant alter développement, mais bien une économie sociale parallèle qui échappe aux paradigmes du progrès illimité.
Fondée sur la débrouille et le bricolage quotidien, les échanges marchands de proximité et les liens de solidarité,
sur le don et la palabre,
cette forme d'économie repose
avant tout et surtout sur le travail
gratuit des femmes.
« Ici, on est ingénieux sans être ingénieur, entreprenant sans être entrepreneur, industrieux sans être industriel» comme dit Serge Latouche en rappelant comment des Africains sur-diplômés dans nos universités occidentales échouent dans leur pays là où des femmes aux pieds nus illétrées réussissent des affaires florissantes, enchâssées dans le tissu ménager, social et néo-clanique.
Aujourd'hui femme de maturité, je constate objectivement que j'ai du payé très cher la reconstruction de l'estime de soi qui conduit à l'émancipation et donc à ma liberté.
Bien que je n'ai eu que de très brèves périodes de salariat, j'ai toujours travaillé, que ça soit à la maison, en ayant élevé trois enfants,
ou à l'extérieur dans des projets collectifs et des taches sociales. J'ai donc œuvré le plus souvent dans la gratuité domestique, la production ménagère qui consiste à transformer soi-même bien des denrées et produits de base, ajoutant de la qualité de vie en rendant belles les choses simples du quotidien, mais aussi j'ai œuvré dans la sphère associative, dans l'expérimentation hors norme, la créativité, le travail manuel non rentable, car non mécanisé ou non concurrentiel avec les longues heures sous payées de mes pauvres sœurs du tiers monde, la fondation collective de solidarités, le bricolage, l'invention et la formation permanente sur le tas, bref une panoplie d'activités pour lesquelles je me suis donnée passionnément sans jamais compter mes efforts.
Or le constat effarant de ce jour, si je me réfère aux normes de cette société de croissance dont je ne cesse de dénoncer l'imposture, c'est que
plus j'ai travaillé, plus je me suis appauvrie.
Car si je suis objectivement pauvre matériellement, je le suis devenue.
Par
exemple, j'avais le même niveau social et universitaire que mon
ex-mari, mais dépouillée par mon divorce, j'ai perdu tout ce qui
aurait pu constituer stabilité et sécurité propres à se consacrer
à la poursuite de l'accumulation prônée par la société
capitaliste.
Séparations, ruptures, affaiblissements par des
accidents de vie, des maladies, jettent inévitablement une femme
isolée dans la fragilité économique.
Si en plus, on se met à
réfléchir sur sa vie privée à l'aune psychanalytique,
spirituelle, historique et politique, le pas est vite franchi
d'accorder moins d'attention aux normes de la réussite
professionnelle ou familiale, au profit d'une exigence intérieure de
mise à nu de sa vérité personnelle, et de se retrouver ainsi dans
la plus grande précarité matérielle.
Le mari lui est devenu objectivement riche, bien que j'estime qu'il n'ait pas travaillé plus que moi, loin de là. Grâce à notre mariage et au fait que je sois restée à la maison, il a pu obtenir l'intégration, les avantages matériels, les propriétés foncières et immobilières dont il jouit maintenant.
Je
ne l'ai jamais envié, car j'ai toujours su que mon engagement dans
l'aventure de la vie ne pouvait s'enfermer entre quatre murs,
et parce que le labeur de construire son bonheur en prenant les
risques de se rencontrer soi-même dans une humanité authentique n'a
pas de prix.
Je peux donc avancer, après avoir franchi des étapes
périlleuses avec succès, en ne m'attachant pas au jugement commun
qui décrète avec arrogance la validité d'une vie sur sa carrière
et ses rendements extérieurs, que je n'ai jamais été aussi bien
dans ma peau que maintenant. Aussi libre.
Mais il reste qu'à vingt ans, je voulais déjà prendre du large de cette société pour créer un autre monde et qu'il m'a fallu plusieurs décennies pour réaliser mon utopie. Utopie qui s'avère n'être au fond qu'un retour au bon sens, à la simplicité et à l'intégrité.
Il reste que pour une femme, l'exigence intérieure d'assumer un rêve de justice et de liberté est la tâche la plus engageante et la plus éprouvante qui puisse être accomplie.
Il est inutile et déplacé de chercher à quantifier ce labeur, ça serait aussi vain que de vouloir mesurer la dose d'amour dont son cœur est capable.
Il
restera toujours des choses qui échapperont à la comptabilité du
PIB et du PNB, des choses intrinsèquement subversives et
incontrôlables, un socle imperturbable de valeurs humaines qui
donneront à la vie ce goût d'aventure et d'inattendu qui fait qu'on
a envie de se lever le matin:
la libération des femmes en est une
composante majeure.
Actuellement en état d'expulsion du terrain sur lequel je suis installée avec mes yourtes depuis cinq ans, j'ai toujours l'impression de devoir sans cesse redémarrer à zéro. Accusée de squatter, trainée devant les tribunaux comme une délinquante, alors que je ne veux qu'habiter et continuer à travailler, j'ai compris que le simple fait d'exister dans l'intégrité de sa dimension humaine fait de toute femme engagée une dissidente.
De la petite fille sage et comblée
à la femme accusée et expulsée,
quel degré de perversion d'une société faut-il pour en arriver à tant de méprise et d'exclusion!
Mon aventure avec le Cantoyourte est un exemple de ce à quoi doivent s'attendre les femmes qui ont quitté le joug conjugal et entamé un chemin de dépollution psychique: les hommes de pouvoir et les hommes qui n'en ont pas, qui pullulent sur la place publique ou derrière leurs volets entrouverts, ne supportent pas qu'une femme puisse leur résister
et sont bien prompts à se liguer entre eux pour éliminer cette impertinence.
Résumé de l'histoire du Cantoyourte:
Fabricante autodidacte de yourtes, après m'être reconvertie d'une activité d'artisane en couture d'art, j'ai obtenu un accord oral pour m'installer sur un terrain abandonné par son propriétaire, une association de réinsertion ayant déménagé. Le maire de mon village m'avait proposé un terrain en bord de rivière, qui s'est avéré impropre à mon projet, donc je l'ai prévenu de mon installation sur un terrain plus proche de mon atelier de fabrication .
En effet, il est courant qu'en milieu rural, des accords à l'amiable fondés sur des droits d'usage coutumiers se contractent pour l'occupation de terres en échange de leur entretien.
Après avoir défriché ce terrain pendant tout un hiver avec des jeunes et des habitants du quartier de mon village, le Cantoyourte a vu le jour au début de 2005, avec ses trois yourtes en patchwork, gérées par l'association Demeures Nomades.
Le camp est devenu un lieu d' animation pour le quartier, une ressource pour d'autres associations locales, un lieu d'expérimentation de la vie en plein air sous habitats modestes et légers dans un but de simplification volontaire, et un lieu de militantisme alternatif.
Suite à la liquidation de l'association propriétaire, le terrain a été revendu fin 2005 aux enchères à un cartel de marchands de biens, qui ont délibérément enfreint les réglementations, en particulier sur le droit de préemption, et profité de la cécité opportune d'un huissier qui jure n'avoir vu aucun « bâtiment » sur les parcelles expertisées pour le cahier des charges des enchères.
Bien qu'ayant obtenu la promesse d'un des marchands de biens de me revendre le terrain s'il restait inconstructible, après que le PLU en révision ait classé ce terrain en zone industrielle définitivement inconstructible, le cartel immobilier a décidé de me faire payer sa frustration spéculative en me faisant expulser, avec l'aide d'un sénateur voisin, ex maire de Bessèges, en 2008.
Poursuivie au pénal sous le chef d'accusation « d'installation en réunion sur un terrain appartenant à autrui en vue d'y habiter », j'ai été menacée de six mois de prison, confiscation des véhicules et du permis de conduire et grosse amende pécuniaire.
Mes adversaires spéculateurs et oligarques locaux ont tenté d'utiliser à mon encontre la loi de sécurité intérieure promulguée par Sarkozy en 2003, particulièrement répressive et discriminante pour purifier nos campagnes et banlieues des gitans et autres nomades « intempestifs ».
Ils ont été déboutés et j'ai été relaxée, suite à un procès retentissant qui a mobilisé de nombreuses personnes indignées, ainsi que les associations de défense du droit au logement et les organisations politiques de la gauche alternative.
Les
spéculateurs ont répliqué en m'assignant en référé expulsion au
tribunal d'Alès, procédure normalement réservée aux urgences,
alors que mon affaire aurait du être jugée sur le fond par une
autre instance.
Ma défense remettant en cause la légalité de la
vente aux enchères, je n'avais aucune chance de gagner, puisque ces
ventes sont organisées par le microcosme corporatif afférant à
chaque tribunal de province.
Mon expulsion a donc été prononcée,
mais avec un délai de quatorze mois, pour cause de santé, puisque
je suis en convalescence d'un cancer.
Acculée, j'ai alors capitulé
devant mes principes anti-propriétaires:
un ami m'a alors revendu à
bas prix un terrain voisin totalement en friche sur lequel nous
déplacerons le camp de yourtes pour y continuer nos œuvres sociales
et écologiques.
Des chantiers collectifs de défrichage et aménagements du nouveau terrain ont donc de nouveau lieu régulièrement. Il est possible d'être hébergé au Cantoyourte pendant encore une année et d'expérimenter la vie sous yourte en échange d'un peu de travail.
Nous avons demandé à la mairie de Bessèges de préempter le terrain du Cantoyourte lorsqu'il sera vendu par les marchands de bien, afin qu'il reste un espace collectif pour les gens du quartier, avec terrain de boules, bancs publics, espaces verts etc, ce qui manque cruellement à nos petits vieux qui sont obligés de se coincer entre poubelles et voitures pour prendre le frais les soirs d'été.....
Nous
espérons que la lutte que nous avons mené pour faire de ce lieu une
bouffée d'oxygène dans un village livré aux affres d'une
reconversion difficile bénéficiera à tous.
Nous espérons que
l'économie de survie que nous avons transformé en aventure de
quartier, et maintenant, avec la notoriété du camp, en aventure
communale et nationale, puisse continuer à montrer que le soin qu'on
apporte aux endroits les plus blessés du territoire ne sont pas
vains et contribuent à revaloriser toute une communauté
villageoise.
En attendant, je suis frappée de constater combien les hommes qui n'aiment pas les femmes sont prompts à se liguer contre celles qui osent afficher leur liberté.
Frappée c'est le cas de le dire, puisque je viens d'être physiquement agressée par un voisin en furie qui me dénie avec une violence aveugle tout droit d'habiter là où je suis. En l'occurrence, ce monsieur très énervé, alors que je ne lui ai jamais porté tort, m'a frappé avec sa pelle de jardin en pleine figure.
Désignée par la justice à l'ire populaire comme une féroce voleuse de terres, je fournis désormais aux pires frustrés du village la cible facile où décocher la haine accumulée d'une pauvre vie étriquée.
Mon illusion de croire naïvement que ma force de travail et mon honnêteté suffiraient à apaiser les septiques et les belliqueux est définitivement détruite. L'introduction de la loi quand la violence surgit est plus que jamais nécessaire, mais une loi qui soit au service de la vie collective et non pas au service des riches et des exploiteurs.
Les
femmes sont parfaitement conscientes, dans notre beau pays de France,
que leur célibat, leur divorce ou leur indépendance ne les mettra
pas plus en sécurité que dans leur foyer, où déjà une sur dix se
fait tabasser.
Mais lorsqu'elles quittent un compagnon violent, après
un petit tour pas drôle du tout par la violence institutionnelle, et
qu'elles reconstruisent leur vie sans la menace permanente du coup et
du chantage, beaucoup découvrent que tôt ou tard, se passer
délibérément de la protection d'un homme leur coutera encore plus
cher que leur émancipation.
Si l'on devait compter le nombre de femmes mortes sous les coups d'un homme, on dépasserait largement tous les cadavres masculins produits par les guerres.
Alors je le demande, quand donc cessera cette calamité et ce barbarisme qui fait qu'aucune femme n'ose aller camper en forêt dans ce pays, ni même se promener seule à la campagne, sans un molosse?
Alors je le demande, comment sortir vivante et entière de cette guerre mortelle d'un sexe contre l'autre?
Alors je le demande, où allons-nous nous réfugier, nous, les femmes, quand le mari, l'amant, le voisin, le collègue et le patron, le juge et le gendarme, sont tous devenus plus dangereux qu'un état de guerre?
J'espère
avoir démontré ici à mes sœurs qui hésitent encore sur leur
style de vie que, quitte à s'en prendre plein la figure, autant que
ça soit en faisant ce que notre cœur nous dicte.
Que quitte à être
détestée, incomprise, accusée, traitée de sorcière ou de folle,
trainée devant les tribunaux pour avoir oser exister, autant vivre
comme on l'entend, autant habiter dans les murs qu'on se choisit,
des
murs par lesquels on entend les oiseaux
et l'esprit souffler où il
veut.
Car ce ne sont pas les pierres ni les grillages qui les entourent
qui nous gardent de la violence du monde,
mais notre courage, notre lucidité et notre amour.
13 mars 2009
Expulsion yourte 3
La révolution des encombrants.
La vie vaut vraiment d'être vécue!
Si à l'école je ne me suis jamais donnée la peine de décrocher la première place, de peur entre autres de déclencher des jalousies pénibles, puisqu'en temps qu'ainée de ma fratrie, j'ai vite appris à la maison que la préexistence se payait cher en matière de disputes,
en matière de pratique autodidacte de la voie de la yourte, je m'en suis donné tout autant, sinon plus, pour ne pas décrocher la première place du premier palmarès d'expulsions de yourtes en France.
Mais me voici bien, depuis le 26 Février 2009, la première auto-constructrice habitante en yourte de ce pays, virée comme une squatteuse par un tribunal de justice.
Même si, heureusement, ce n'est pas le statut de la yourte qui est visé, mais son implantation. Il est cependant impossible de séparer les deux dans la réalité de la vie quotidienne du droit au logement, car le socle des yourtes, bien qu'on puisse plus le comparer à une amarre dans un port qu'à une fondation, c'est quand même toujours la terre, le foncier.
Alors, maintenant que ma descente en bord de village dans une tentative d'intégration douce est ratée, maintenant que je suis au top de quelque chose, maintenant que j'ai acquis quelques lettres de noblesse de la gueuserie ordinaire en gagnant le droit d'être jetée à la rue par une bande d'escrocs sans foi ni lois, je ne vais plus me gêner pour dire ce que je pense de ces méthodes et des intentions malveillantes et pourries qui les animent.
Je sais que je ne vivrais pas assez longtemps pour entendre proférer à mon égard le même genre d'excuses que celles qui sont faites actuellement aux tribus indiennes expropriées et décimées par des cow-boys assassins.
Je sais que je suis victime comme tant d'autres d'une razzia organisée et armée, et quoi qu'il en soit, je préfère ma conscience et ma colère à l'aveuglement d'un bourreau ou l'indifférence d'un Ponce Pilate.
Donc tant que je vis, je continue, moi, petite yourteuse cevenole expulsée, à faire le procès de la spéculation, de la prédation, du mépris, du pouvoir et de la justice utilisés contre les pauvres, et de la complicité de ceux qui se taisent.
Je continue à vouloir démontrer la primauté du droit des peuples à l'auto-détermination, à la souveraineté alimentaire, donc à un lopin de terre personnel octroyé équitablement par simple fait de naissance, la légitimité du droit d'usage sur tout accaparement par des intérêts spéculatifs, le droit à un revenu de citoyenneté déconnecté du travail obligatoire, le droit de vivre et d'habiter modestement en respectant ce qui nous entoure.
Car c'est bien de tout cela qu'il s'agit, dont mes procès sont l'exemple et le symbole.
Un procès où les profiteurs les plus caricaturaux du capitalisme, les pirates de l' immobilier, ces gens pour qui la terre n'est pas un lieu de vie pour frères humains, encore moins un bien commun, mais une jungle où tout est à prendre d'assaut sans rien laisser vivant derrière, saccageant pour les siècles et les siècles en se défoulant des pires instincts, s'attaquent clairement et sans vergogne au symbole le plus poétique des opposants au monde marchand,
le peuple des yourtes.
Je me suis défendue contre les agressions de gens qui ne doutaient pas de leur pouvoir, qui savaient bien que leurs relations, leurs connivences, les intérêts croisés de tous ceux qui profitent des ventes judiciaires, les couvriraient.
Quel juge condamnerait un avocat, celui qui a procédé aux enchères, ami des marchands, qu'il voit tous les jours, dans ce microcosme de province où les intérêts des riches, des notables et des nantis s'entrecroisent sur les nappes et les draps des foyers rupins de la ville?
Mettre en question la validité d' une vente, dénoncer le lobby des participants directs et indirects des ventes aux enchères, ce qui fait beaucoup de monde qui se sert à chaque transaction, c'est remettre en question tout le système bien rodé qui en gravite, c'est impensable.
C'était donc plié d'avance.
Ce qui ne leur a quand même pas donné la dignité d'assumer leurs actes, puisque le résultat du jugement a été largement différé pour reculer les réactions publiques et médiatiques: après un procès où la seule représentation de mes adversaires, hors avocat, s'est traduite par deux flics spécialement octroyés pour cette audience et une paire de RG, on m'a demandé de prendre connaissance en catimini du jugement par téléphone!
Pourtant, l'acquisition dans mon dos du terrain sur lequel j'habite par un cartel de marchands de biens qui m'ont ignoré avec un rare mépris, qui n'ont pas eu le courage une seule fois de se présenter aux audiences publiques, est et restera pour moi une opération illégitime et illégale, (mes justes arguments ont été balayés purement et simplement), un hold up légalisé, le résultat d'une politique et d'une justice indigne et inique.
Mais c'est aussi la représentation des deux forces vitales en action, pulsions de vie et pulsions de mort, partout dans le monde et plus particulièrement en ce moment.
Du coté de la vie, le soin de la planète et une conscience politique, philosophique et spirituelle de l'organisation fraternelle de la société humaine,
et de l'autre le racket sauvage des ressources, l'élimination des plus faibles et l'hégémonie de l'égoïsme et de l'accaparement.
Depuis plusieurs décennies habitante de ces Cevennes minières en déshérence, y vivant, y enfantant, y souffrant, y ayant enseveli récemment mon enfant dans cette terre charbonneuse remplie de vieux mineurs sacrifiés à la croissance, y travaillant dur, sans reconnaissance, sans salaires, sans garanties et sans sécurité, y défrichant sans cesse gratuitement sentiers abandonnés et prés envahis de ronces, y inventant des façons de vivre modestes et légères en harmonie avec la nature, y nouant des solidarités nouvelles avec les oubliés du système,
comment me remercie-t'on aujourd'hui de ma persévérance, de mon audace, de ma volonté de ne pas abandonner une terre qui a tant besoin de souffles nouveaux, de ma foi pour soulager l'imaginaire de toutes ces misères et ces relégations?
On me remercie comme un patron vénal remercie une ouvrière qui a donné sa vie à son entreprise, en la licenciant.
Un patron qui part en parachute doré avec la caisse, lesté d'une indemnité et d'une subvention gouvernementale, nanti de permis de construire en zone naturelle protégée en Corse pour des villas de luxe, de jets privés pour aller se soulager dans les petites filles des bordels asiatiques, de yatchs gracieusement offerts pour mouiller dans les ports des paradis fiscaux, une législation votée pour le blanchir, une milice privée et les honneurs des médias.
Quant au travail lui-même, accompli sur une friche industrielle que j'ai entièrement réhabilité de façon écologique, à la force du poignet, sans machines, sans pesticides, sans désherbants, soignant des décennies de pollution et d'abandon, transformant un rebut en petit joyau légèrement jardiné, que va t'il devenir?
Rien.
A
nouveau une poubelle, à nouveau une friche.
En effet, les marchands devaient revendre ce terrain en Septembre 2009, comme la loi le leur oblige, pour en tirer bénéfice.
Malheureusement pour eux, le maire vient de leur confirmer l'inconstructibilité de la parcelle, réinscrite dans le nouveau PLU en cours d'élaboration.
Donc pas de citron à presser.
DAL, Halem et Demeures Nomades avons demandé à la mairie d'une part une vigilance accrue lors du passage de cette vente dans leurs bureaux, et d'autre part d'étudier un projet local au service des bessegeois qui pourrait justifier une préemption par la municipalité.
La mairie a donc laissé entendre que lors de la mise en vente du terrain, elle pourrait préempter.
Cet espace de proximité retournerait alors à sa vocation populaire et sociale, grâce à un projet associatif, ou tout simplement un projet communal de parc public pour les habitants du quartier.
Furieux, l'un des marchands a donc rétorqué qu'il laisserait le terrain à son fils, seule issue légale pour sauver son honneur de macho viril et conquérant.
On ne doute pas dés lors, vu la mentalité de la maison, que le fils préfère y déposer ses carcasses de bagnoles que des yourtes.
Yourtes qui commençaient à attirer sur la ville une renommée nationale de renouveau et d'ouverture, qui sera d'ailleurs amplifiée par le film que Régis et Aline ont tourné au Cantoyourte cet hiver et qui sera diffusé sur M6 le 25 Mars à l'émission « 66 minutes ».
Quand au travail social et culturel
accompli en proximité d'une population avec qui ça n'a pas toujours été facile mais d'où ont surgi débats, animations et éveils de conscience, quand ce n'est tout simplement convivialité par l'ouverture du camp aux jeunes et vieux du quartier et du canton, que deviendra t'il?
Travail de lien social gratuit réduit à néant, désavoué, piétiné,
parce que le seul horizon permis pour les campagnes et les banlieues, ce n'est pas l'auto-organisation et la débrouillardise qui sonneraient trop comme une économie informelle et donc une dissidence inacceptable pour le monde du profit,
ce n'est pas la cordialité improvisée de voisinages pacifiés,
mais le chômage, les « prises en charge » et les assistanats avilissants et hypocrites, la rue ou la prison.
Cette belle aventure humaine et solidaire du Cantoyourte sera t-elle clouée au carreau par les ravages capitalistes?
C'est sans compter sur la résistance.
C'est pourquoi:
J'en appelle à l'insurrection rurale
pour défendre le droit d'habiter autrement,
en particulier dans des habitats modestes et légers,
symbole d'un mode de vie écologique et social
et réponse populaire à la crise du capitalisme.
J'en appelle à la défense des Yourtes,
symboles de la gratuité, la solidarité, la diversité,
l'ingéniosité et la fraternité des peuples.
J'en appelle à l'insurrection des tentes partout dans le pays
pour protester contre une justice d'exclusion et d'expulsion,
qui catalogue les tentes et ses occupants
comme des objets encombrants, des détritus,
quand ce ne sont pas des fantômes.
(comme l'ont fait les auxiliaires de justice et les arnaqueurs immobiliers ignorant mes yourtes dans les cahiers des charges d'adjudication).
J'en appelle à
la révolution des encombrants,
des laissés pour compte, des jetés dehors,
j'en appelle à la récupération et au stockage,
par tous les sympathisants des yourtes,
de leurs objets encombrants, abimés, dépassés,
pour édifier des barricades contre les bulldozers
autour du Cantoyourte,
dés que le délai de quatorze mois,
octroyé par charité ( certif médical) sera expiré!
J'en appelle à la désobéissance civique pacifique
et à la solidarité résistante
pour pouvoir continuer à ouvrir des terrains de vie
aux personnes de plus en plus nombreuses exclues
de la société d'abondance en faillite.
J'en appelle à toutes initiatives qui rallient et relaient
les protestations, les révoltes et les indignations de ceux qui,
expulsés des villes et expulsés des champs,
sont jetés à la rue comme des chiens pour y aller mourir de froid.
Parce que ça suffit de s'en prendre toujours aux mêmes.
Parce que ça suffit les prédateurs qui déboulent
dans nos villages pour tout raquer sous notre nez,
et nous asservir en esclavage sur notre propre terre.
Parce que ça suffit d'être toujours la dernière roue de la charrette
et ceux sur qui on peut tirer à bout portant dans le dos
pour un loyer pas payé.
C'est arrivé en bas de chez moi.
Çà suffit de toujours se faire taper, se faire virer,
d'aller au tribunal réclamer justice et de trouver que des bourges,
occupés à coucher avec la femme du concurrent,
qui vous saquent d'un air hautain et vous jette à la rue
pour faire une fleur à leurs copains.
Parce que le peuple se réveille et gronde,
parce que la volonté du peuple,
c'est de vivre tout simplement,
pas de ramasser la poussière sous les bottes des puissants.
Contre l'étalage du mensonge et de l'aliénation
de la société de consommation,
opposons l'art de vivre sans encombrements!
Aux bulldozers fauchant les habitats de toiles,
opposons des barricades d'encombrants!
Aux cubes de béton de la répression,
opposons les ronds de coton de la libération!
02 mars 2009
Expulsion Yourte 2
Ça m'arrive à moi....
Non, je ne suis pas meilleure que quiconque qui se prend un choc en pleine figure.
Je suis même pire. Parce que ça fait longtemps que les baffes tombent, et qu'à force, à chaque fois, c'est plus dur de se relever.
J'utilise mes atouts pour me défendre contre le choc, et le premier, comme tout le monde, c'est le déni.
Le déni de l'ampleur du choc, le déni que ça t'arrive à toi, le déni que ça soit grave, que ça puisse toucher une partie vitale.
Le déni de l'échec, le déni de la mort.
C'est un bouclier, un malheureux bouclier de fortune, ramassé à la hâte sur le bord du chemin, parce que le monstre qui arrive en face, il va pas te faire de cadeau, il a vraiment l'intention de te bouffer, il rentrera dans la moindre faille.
Pour te tuer.
Il y a trois hivers, j'ai reçu le pire choc qui puisse arriver dans une vie humaine:
la mort de mon enfant.
Je suis certaine que rien ne peut surpasser cette horreur.
Rien ne pourra plus m'atteindre au delà de cette perte abominable. Pensais-je.
Ce qui est profondément vrai au niveau qualitatif. Un seuil de douleur est franchi sur lequel d'autres chocs peuvent revenir, mais jamais dépasser.
Mais ce n'est pas vrai au niveau quantitatif. Les chocs qui s'accumulent, s'ils n'ont pas un temps suffisant pour se résorber, s'additionnent biologiquement et psychiquement, et finissent par tuer.
C'est pourquoi j'ai fais de mon premier déni une tactique de survie.
Que j'ai retrouvée après avoir traversé toutes les étapes du deuil quand la vie m'a ramené ses difficultés triviales.
Une tactique que j'ai cultivé comme un acte de foi.
Un acte de foi ultime, nécessaire, fondamental.
Ce même genre d'acte que doivent choisir les survivants des génocides, ces actes de foi incroyables que j'ai vu faire resplendir en 95 les visages de Rwandaises réfugiées dans des communautés chrétiennes en France, ayant échappé au massacre dans leur pays.
Ce même genre d'actes qui, après la tuerie des enfants innocents d'un peuple, créée des résolutions profondes de vengeances, et donc des terroristes en puissance.
C'est pourquoi il faut les tuer tous, pas un seul survivant qui puisse regarder en face son assassin à travers les ages et lui demander des comptes.
Le déni après tout n'est rien d'autre qu'une négociation désespérée devant l'armée de cow-boys plein de fusils qui déboule sur le pré où tu as posé ton tipi.
Toi,
tu es seule, une petite poignée à appeler au loin, mais tu n'as plus de voix,
et désarmée.
Tu n'as que les flèches de ton esprit.
Tu ne peux pas reculer, ils ont déjà massacré ta famille, le cercueil de ton enfant est sous tes pieds.
Ta seule force, c'est ta rage. Tu n'as pas le choix, ce n'est pas du courage.
Face aux hordes civilisées, tu n'as que ça.
Ta colère, et celles de tous tes frères Indiens, qui ont déjà été attaqués, et qui savent ce qu'ils ne peuvent plus supporter.
Oui, ton combat était perdu d'avance, et pourtant tu t'es battue jusqu'au bout.
Maintenant, tu te réfugies blessée dans la forêt, tu vas les voir piller et ravager tes années de labeur, renverser et piétiner ta tente, profaner la tombe de ton enfant.
Tu les vois clamer leur raison et leur force à la face du monde rampant, appeler à la destruction de tous les villages de toile où sont repliés d'autres indiens.
Les autres discutent dans les chaumières, au village, au fort, tu es un bon sujet dans les troquets.
Aux infos, ils diront comme d'hab que c'est un simple conflit d'intérêts qui se termine, euphémisme des lâches pour masquer une pure agression, une élimination volontaire et calculée. Un « conflit » où c'est toujours les mêmes qui commencent et qui finissent, toujours les mêmes qui gagnent et qu'on applaudit.
Et là où poussaient fleurs et tentes si jolies, ils regarderont sans broncher des promoteurs véreux qui leur auront promis une part du butin construire des décharges, des usines d'armes et des centrales nucléaires.
Ou rien. Le désert.
Et les Indiens le savent, et moi je le sais à cause du deuil, personne ne viendra te ramasser, parce qu'ils ont peur, tes amis bien blancs, et un peu honte aussi, de ton malheur.
Ils
ne viendront pas dans ton antre, chercher la vérité,
ils ne savent pas quels mots employer, ils ont peur que tu pleures
devant eux, ils ont peur que ça les touche, ils ont peur du
geste inédit qu'ils seraient amenés à esquisser,
te prendre dans leurs bras, juste un moment, brièvement, juste
pour rien, un instant hors du temps, hors la guerre, qui
rappellerait que,
bien qu'exclue, bien qu'excommuniée, bien
qu'extrémisée, bien qu'expulsée,
tu es excusable
et que tu fais toujours partie,
pour eux, pour la personne qui est
venue jusque là,
de la communauté humaine.
Voir "Explusion Yourte 1"
26 février 2009
Expulsion Yourte 1
La juge des référés du tribunal d'Alès
a prononcé mon expulsion,
me déclarant occupante sans droits ni titres,
mais m'a octroyé quatorze mois de délais.
( Ce qui reconnait quand même mes droits)
Je signale que parallèlement le maire de Bessèges
a pris un arrêté anti-expulsion, non cassé à ce jour par le préfet.
Expulsée, ça ne m'était pas arrivé depuis ma naissance.
Est-ce pour ça que je suis si heureuse?
Naitre ou renaitre, douleur de quitter et joie d'arriver,
introduite à nouveau sur le chemin de la yourte.
Dans le grand silence du Tao,
du besoin de faire de la place pour l'avenir,
je regarde étonnée cette chose nouvelle se former,
cette chose "expulsion", curieuse et contente.
Car, par cette prononciation de l'expulsion,
c'est la confirmation de ma gestation:
parce que j'apprends que je dois accoucher,
je sais que je suis enceinte.
Or porter la vie engendre la plénitude.
Quatorze mois de couveuse pour une nouvelle place,
de nouveaux arbres, une transplantation, une élévation.
Après ces batailles, maintenant,
j'ai seulement besoin de me remettre à rêver.
Pour que le nouveau nid se creuse d'abord à l'intérieur,
au vide du cœur et du ventre.
A chaque tribulation, je rembobine
les fils dévidés de mon tapis volant,
je reconsidère l'essentiel et recommence à trier.
A chaque tribulation,
j'imagine le lieu d'un bonheur simple
que je construis sans hâte à mains nues.
Pour consulter les archives de mes procès,
aller sur "Droit pour les yourtes."
12 février 2009
Le sens de la vie
Ce n'est pas vrai que le pouvoir d'achat rend heureux.
Ce qui rend heureux, c'est de savoir qu'on a sa place parmi la communauté humaine.
Et souvent, ce qui rend encore plus heureux, c'est d'être utile à quelqu'un.
C'est pour ça qu'en ce moment je suis si contente.
C'est vrai, je vis seule, c'est un choix, et il me va.
Mais il comporte ses aléas, c'est pas toujours facile de vivre sans que quelqu'un de proche ait besoin de vous. On s'y fait, mais faut passer quelques blues, et savoir se rasséréner soi-même.
Alors, si l'intimité n'est pas au programme, on peut toujours lever le nez vers les autres qui se tiennent autour, dans le voisinage.
Par exemple, on peut faire plaisir par quelques petits actes gentils de la vie quotidienne, en particulier faire des sourires à des gens moches, pauvres et abandonnés, et leur dire bonjour, en les regardant vraiment, c'est peut-être le seul contact humain qu'ils auront dans la journée.
Ça m'est arrivé quand j'étais jeune Maman et victime de violences conjugales, de compter le nombre de mots qui m'avaient été adressés dans une journée. Pas des mots normaux, des mots tout courts, tant la honte m'avait isolé.
Donc je dis systématiquement bonjour à tous les gens que je croise dans mon village, même ceux qui peuvent pas me saquer.
Trois messieurs fous de moi que pourtant je ne salue pas.
Bref, je capitalise de minuscules contentements quand des inconnus relèvent la tête tous surpris à mon salut et ébauchent une réponse.
Sauf eux trois, parce que eux, si je leur dis bonjour, c'est comme si je leur ôtais le pain de la bouche, ils risquent de plus pouvoir me détester, or leur vie ne tient qu'à ça, je n'ai pas l'intention d'y attenter.
Donc, depuis qu'il m'est arrivé de compter les mots humains d'une journée sans trop de massacre, je vis seule, et quand je rentre dans ma yourte le soir après une bonne journée de boulot, il y a encore et toujours des périodes où j'ai un petit pincement au cœur de ne pas être attendue.
Mais pas en ce moment.
En ce moment, je donne du sens, au mieux, à au moins trois vies humaines, si ce n'est six.
Et ça me met le cœur en joie.
Normalement, vu la façon dont ça se passe, je devrais me faire du mouron et pester, parce que ces personnes, c'est pas franchement des princes charmants. Quoique, si j'en crois mon enfance, la surprise peut toujours venir des crapauds et des bossus grincheux.
L'une de ces personnes, c'est un homme bien plus âgé que moi, un monsieur revêche qui n'a pas d'amis, qui se trimballe toujours avec son fusil en bandoulière en grognant et vitupérant, un vieux qui supporte rien, qui houspille sans cesse sa femme, une petite bonne femme toute menue qui dit jamais rien et ne sort que pour suspendre son linge et aller voter comme son mari le lui dit, c'est à dire pour celui qui jure d'éliminer tous ceux qui gênent.
Cette personne me déteste. Elle me déteste de toute son âme. Elle pense à moi nuit et jour, et dés qu'elle rencontre quelqu'un qui veut bien l'écouter, elle hurle des imprécations abominables contre moi. Et ça lui fait un bien fou. Elle se sent exister, elle a un sujet de conversation à sa maison.
Certains témoins sont venus me trouver en me prévenant que je risquais de me prendre un coup de fusil tant il sortait de ses gonds quand il parlait de moi, paraît que ses yeux sont tellement exorbités! Mais je n'y crois goute, je pense au contraire qu'un vieux avec un fusil sans cesse derrière mes basques, c'est un garde du corps gratis.
Moi les vieux, j'aime bien, j'ai toujours eu une tendresse particulière pour eux, j'aime les entendre raconter des histoires d'avant, que leurs enfants n'ont pas envie d'écouter. Et ici il y en beaucoup des vieux, et des très pauvres. Pas besoin d'aller à Calcutta faire sa BéA , ici c'est la France profonde, et s'il n'y a plus de lépreux, il y a l'entière panoplie de la déchéance humaine.
Avec celui-ci j'ai essayé gentiment, mais ça s'est assez vite gâté.
Paraît qu'il est pas content parce que mes yourtes se trouvent sur son chemin vers la montagne quand il va chercher la litière de son chat. Les yourtes, c'est en Mongolie, pas ici, j'ai qu'à dégager la-bas.
Ensuite, il supporte pas le petit monde bigarré qui vient y siroter du tchai tout l'été, ces gens hirsutes qui s'ébrouent au coin du feu en gratouillant des guitares et des guimbardes, des gens pas comme lui, qui rigolent et qui ont l'air heureux.
Mais surtout, crime de lèse majesté, je ne suis qu'une femme, et une femme, ça ne fait pas de politique. Une femme, ça reste à la maison à se faire engueuler point.
Un monceau de griefs farfelus s'accrochent ainsi sur ces vecteurs de base, monceau toujours revu à la hausse.
Particulièrement depuis que l'association des yourtes a eu la très mauvaise idée d'acquérir, le long d'hectares en friche délaissé par ce vieux sur la colline au-dessus du camp, un lopin de terre embroussaillé, longeant une falaise abandonnée percée de grottes, où j'ai la ferme intention de réaliser la dernière étape de mon dépouillement spirituel.
La-haut, rêvant de mon prochain ermitage loin des bruits du monde, je défriche, élague, arrache lianes, ronces et salsepareilles, bêche, scie, retape des murets, mais seulement les jours où il pleut pas et où il gèle pas, c'est à dire cet hiver, avec le foutoir du réchauffement climatique, de plus en plus rare.
Et très éprouvant. Pas pour moi, j'ai assez de buz à l'intérieur.
Mais pour au moins deux d'entre eux. Quand il pleut, je leur manque.
Le vieux, il peut plus me suivre partout, me guetter derrière un arbre avec ses jumelles, démonter le travail que j'ai fais la veille, jeter des cailloux sur mes plate-bandes, ni me lever un doigt d'honneur bien noueux pour m'inviter à oublier qu'il n'a rien d'autre à faire lever, ni m'insulter si j'ose le regarder dans les yeux quand je le vois m'épier ostensiblement.
En général, au milieu d'un chapelet d'injures en patois, quand j'entends son insulte préférée, « pouffiasse » (qui la première fois je l'avoue, m'a un peu sonné, plus jeune, c'était sorcière ou salope, quand même un peu moins mégère....), je sors mon appareil photo pour le cadrer au moment le plus virulent, ce qui a pour effet de décupler ses rugissements, mais en même temps de lui faire tourner les talons.
Cet homme me mène une vie très intense. Je lui ai concédé cette passion et je me laisse détester avec philosophie, attendant sans trop y croire sa mutation en prince.
Mais
si celui ci est un homme de terrain, un pas futé à
l'affut sur ses godillots, dont les agissements sont faciles à
décrypter,
l'autre, un peu plus jeune, se cache derrière
ses titres, magouille et complote entre oligarches habitués au
détournement de biens publics: c'est un scribouillard de la
haute, de ceux qui commandent et entendent faire courber l'échine
du bas peuple, lui c'est le grand, le riche, le noble, le fort,
l'élu, et lui, il me voue sa passion avec une persévérance
tout aussi fanatique, mais dans l'ombre.
Lui aussi ne supporte pas les yourtes, les femmes qui vivent en yourte et les amis des yourtes, surtout depuis que j'habite sous les fenêtres d'une de ses propriétés, et, depuis quatre ans que les yourtes ne décollent pas, il cogite inlassablement pour me prendre au piège.
Et je suis devenue malgré lui son béguin quotidien.
Pas un jour ne se passe sans qu'il hallucine sur les lois qu'il va faire voter par ses copains du sénat pour virer mes yourtes, pas un jour sans qu'il ourdisse une dénonciation en haut lieu, pas un jour sans qu'il envoie un sbire attenter à mes petites installations, pas un jour sans qu'il harcèle avocats, magistrats, huissiers, maires, experts en urbanisme, agents territoriaux, députés, ministres, gendarmes, RG et policiers pour m'expulser, pas un jour sans conciliabules malveillants avec complices maffieux et autres crapules spéculatueuses, pas un jour sans qu'il me diffame de façon dithyrambique à son parterre, en voie de rétrécissement quand même pour cause de retraite, me dénonçant à a vindicte populaire comme une squatteuse, une voleuse, une aventurière dévergondée, une dangereuse allumée, et qu'il tente de déclencher dans les foyers endormis une chasse à la sorcière, une hystérie collective pour l'édification d'un bucher purificateur sur lequel, lui, le potentat local orgasmerait en allumant le premier fagot.
Quand au troisième, dans la force de l'age, sa musculature trapue donne un poids consistant à ses désirs de m'atteindre au cœur, en particulier dans sa pratique de lancer de litières de crottes de chat sur le toit de ma yourte, visant l'embouchure de la couronne, pratique extrême entre chiens et loups, au crépuscule et à l'aurore, heures romantiques où le tracé extatique des étoiles filantes cède la place aux jets puants d'un ressassement nocturne détraqué.
Auteur de l'incendie de ma cave, de l'arrachage de ma clôture, de la confiscation de mon bois, du massacre de mes pancartes, de l'empoisonnement de mes plantations, ce brave villageois introverti peuple ses fantasmes de vengeances excrémentielles mais n'a guère le courage de m'approcher que par matières interposées.
S'étant fait abimé par des voisins patibulaires irrités des morsures et cagures de son chien, il s'est rabattu sur moi, espérant, à raison, un traitement plus doux de sa quête éperdue d'attention.
C'est
ainsi qu'après sa dernière culbute sur l'asphalte, j'ai
du slalomé pendant une semaine entre les selles de son animal,
méticuleusement émiettées sur mon parcours
quotidien entre domicile et bureau.
Toujours aux aurores, ce prince
des caniveaux pousse les déjections canines sur un papier
journal bien plié et les dépose toutes fumantes, avec
dévotion, sur mon palier.
Heureusement aguerrie à
distinguer l'or dans le charbon le plus noir et les bourgeons de
roses dans le fumier, j'ai immédiatement deviné la
portée prédictive de ces odorants présents:
gloire et richesse à court terme! traduisent unanimement les
dictionnaires oniriques!
Je
ne saurais dire lequel des trois,
du rudimentaire arpenteur de
restanques, du cumulateur en croisade législative anti-yourte
ou du maitre des fèces est le plus puissant et le plus
nuisible, tant leurs niveaux sont différents, mais une chose
est certaine, c'est que ces trois là et moi, nous avons une
obsession commune,
les yourtes.
Moi,
dés que j'escalade une colline et débouche sur la
moindre clairière, j'y vois déjà un hameau de
yourtes sous un arc en ciel,
eux, dés qu'ils voient une
yourte, ils plongent dans un abime de sentiments féroces et
fulminants, de jouissances sadiques et coupables, et ça les
rend fous.
Le seul véritable ennui de trainer derrière soi une escorte de mâles manifestant tant d'ardeur à leurs poursuites, c'est la jalousie exponentielle de leurs femmes.
Car,
malheureusement, mes poursuivants ne font même plus semblant
d'apprécier la soupe domestique, ils désertent, ils
sont ailleurs, ils étouffent, il ne pensent qu'à leur
chasse aux yourtes, des yourtes, encore des yourtes, des yourtes dans
tous les coins de leur vie.
Découvrant alors, furibondes,
qu'une autre lève l'ouragan qu'elles n'essuient plus depuis
longtemps, mes pauvres sœurs me prennent pour une rivale et leur
entendement s'aveugle:
là où je rends des services
gratuits en salant des vies insipides, elles ne voient que perverse
séduction...
Car
sans doute ces hommes hantés par la phobie des yourtes me
jalousent -ils de ce sens que je donne à ma vie depuis que
j'ai renoncé au confort pour lequel ils ont sacrifié la
leur,
peut-être désirent-ils passionnément
quelque chose de très vivant qui leur manque, quelque chose de
palpitant qu'ils n'ont pas pris le temps de cultiver et qui s'est
étiolé,
peut-être se doutent- ils que « la
vie n'aura servi à rien à celui qui quitte le monde
sans avoir réalisé son propre monde »
(Brihadaranyaka Upanishad),
et peut-être qu'en me poursuivant,
ils cherchent seulement à apaiser leurs regrets.
C'est pourquoi, si c'était que moi, par cet amour simple et universel qu'une vie rude mais bien vécue permet, je mettrais ces vieux jaloux, gâteux, frustrés et aigris dans un bateau direction le détroit de Magellan pour aller faire un stage de survie en Patagonie.
Là, au milieu des éléments sauvages, dans la souveraine solitude des vomissements d'impitoyables glaciers, il leur faudrait lutter contre vents, neige et tempêtes, entre fjords, rivières tumultueuses, séracs et bras de mer infinis, et j'ose espérer que cette immersion apaiserait leur misogyne campagne anti-yourte au profit d'instincts plus virils et plus sains, dans un milieu austère où les hommes savent qui ils sont, un endroit où sans solidarité on ne survit pas.
Mais attention pas la Patagonie de la spéculation foncière, en train de devenir le parc de loisir d' un gigantesque lotissement pour riches occidentaux en mal de nature, mais cette Patagonie qui reste un des derniers confins où l'homme peut s'évaluer sans tricher face à sa condition, ces terres vierges dont Neruda écrivait:
« Je prends congé, je rentre chez moi, dans mes rêves, je retourne en Patagonie. »
31 janvier 2009
Compte rendu de l'audience du référé expulsion
Le 15 janvier 2009, par un froid polaire et bien que l’avocat des marchands de biens qui veulent m’expulser ait déposé leurs conclusions deux jours avant l’audience, mon avocate, Me Sophie Ribot-Astier a réussi à répondre et a décidé de venir plaider.
Voici le résumé de l'audience devant le Juge des Référés au Tribunal d’Alès dont mon avocate a soulevé l’incompétence.
L’association « Le Patriarche », devenue Dianova, a été propriétaire à Bessèges, de deux terrains cadastrés AH 161 et AH 25.
Elle m'a autorisé, au cours de l’année 2004, à occuper la parcelle AH 25, moyennant que je la débroussaille et l'entretienne, et à y installer les yourtes en patchwork que j'ai fabriqué.
Créée à une époque où la toxicomanie commençait à devenir un problème de masse, alors que les lieux de soins psychiatriques n’accueillaient pas ces jeunes en souffrance, le PATRIARCHE, association accueillant et soignant par le travail et la vie communautaire les jeunes drogués, fonctionnait localement dans divers lieux en France, puis dans le monde, comme les Alcooliques Anonymes, avec des correspondants locaux. Des lieux d’écoute furent établis, ainsi que des lieux d’hébergement et de rupture du jeune toxicomane d'avec son environnement social et familial pathogène.
Cette structure a ainsi rendu beaucoup de services aux familles en réintégrant des jeunes guéris dans la société.
Plus tard, le comportement personnel du « Patriarche » a été contesté, à tort ou à raison, mais surtout, l’association avait accumulé, avec les deniers publics provenant de subventions et les dons des parents, un patrimoine immobilier et financier colossal.
C’est une guerre civile – une lutte sans merci entre le Président et les associés de son côté et le parti de son fils – au sein de l’association, qui a révélé le non -respect des règles qui encadrent les investissements des associations et la destination des biens, ainsi que les placements en paradis fiscal..
Après divers changements de nom pour échapper tant aux sanctions des entorses à la loi de 1901 qu’à la réputation de secte fondée ou non, l’association a fait l’objet d’une interdiction et a été dissoute par jugement, avec désignation d’un mandataire chargé de la liquidation de son patrimoine.
La vente judiciaire des parcelles litigieuses que possédait l'association Le Patriarche Dianova à Bessèges a eu lieu, dans ce contexte, au Tribunal d’Alès, le 8 septembre 2005.
Suite aux arguments que mon avocate avait déposée en novembre, Cf.
http://yurtao.canalblog.com/archives/2008/12/06/11649513.html)
la partie adverse a répondu en contestant la validité de l’autorisation que l'association le Patriarche m’avait donnée d’occuper son terrain et de l’entretenir.
Les marchands de biens ont argumenté que cette association n'avait plus d'existence légale depuis 2002 et que seul le liquidateur judiciaire aurait été habilité à fournir cette autorisation.
Cette argumentation est erronée car une association n'est pas une entreprise commerciale.
Dans le cas d’une association interdite et par voie de conséquence dissoute, le rôle du mandataire est de rendre liquide le patrimoine immobilier et/ou mobilier de l’association et de procéder à la dévolution des actifs selon les statuts ou les décisions de l’assemblée générale.
La désignation du mandataire ne met donc pas fin aux mandats et aux pouvoirs des organes décisionnels de l’association, qui restent valides jusqu'à la fin des opérations de liquidation et de dévolution du patrimoine associatif.
L'assemblée générale conserve toutes ses prérogatives, c'est pourquoi la présidente est mentionnée « en exercice » dans le jugement d'adjudication.
Donc, l’association avait tout à fait le droit de m’autoriser elle-même à débroussailler le terrain que j’occupe pour y installer mes yourtes et entretenir la parcelle.
Et c'est justement parce que la vente judiciaire a été une vente par adjudication volontaire, que les règles de transcription aux hypothèques ne sont pas celles dont se prévalent mes adversaires.
En effet, l’association Le Patriarche n’a pas fait faillite, c'est pourquoi aucun autre créancier n’a été assigné. Le mandataire a été désigné par le Tribunal de Grande Instance pour remplir son rôle conformément à l’article 9 de la loi.
Le Code de l'urbanisme (Articles R 213 et suivants) prévoit en ce cas que le transfert de propriété opéré par le jugement d’adjudication doit être constaté dans un acte authentique notarié, qui lui seul peut faire l’objet d’une publication.
C’est pourquoi j'ai contesté la régularité de la vente et la possibilité des marchands de biens de se prévaloir contre moi d’un titre de propriété valide et opposable aux tiers.
D'autre part, mes adversaires ont estimé que je ne pouvais pas contester la validité du cahier des charges de la vente, car le constat d’huissier qu’il contient est valable jusqu’à inscription de faux en écriture publique.
Or, la présence de trois yourtes colorées ne peut échapper à une vue normale, même si elles s’harmonisaient en ce mois de mai 2005 comme des fleurs dans la végétation environnante.
Ce Procès verbal qui mentionne clairement que le terrain est libre de tout bâtiment est donc un faux : le dictionnaire dans lequel tout le monde peut vérifier dit bien qu’un bâtiment est tout édifice qui peut servir d’abri.
J’ai donc porté plainte en écrivant au Procureur de la République.
A
l’audience, mes adversaires étaient si gênés
qu’ils ont essayé de mentir, en disant effrontément
que le constat d’huissier avait été rédigé
en 2004, avant que mes yourtes soient érigées sur le
terrain.
Or,
l’acte d’huissier lui-même mentionne sa propre date :
26 mai 2005 !…
Un tel acharnement à vouloir tromper les juges est un bien triste moyen de défense.
Pour ma part, j’ai confiance dans le jugement à venir.
Si par extraordinaire, mes arguments n’étaient pas jugés valables, j’ai demandé au Juge de m’accorder les délais les plus larges pour pouvoir transférer ma maison de patchwork ailleurs, légalement, sans l’abîmer … et sans mourir d’épuisement et d’angoisse.
Merci à mon avocate
pour son travail et son assistance sans faille.
Merci à vous tous, mes amis qui m’avez encouragé.
Malgré le froid, malgré les annulations précipitées d'audience antécédentes plutôt démobilisatrices, une soixantaine de personnes se sont bravement déplacées pour m'apporter leur soutien, je les en remercie vivement..
Le jugement sera rendu le 26 février 2009.
Pour consulter les archives de mes procès,
aller sur "Droit pour les yourtes"
06 décembre 2008
Mes arguments juridiques contre le référé expulsion
Quatre sociétés immobilières m'attaquent pour la deuxième fois en procès.
Ces sociétés requièrent devant le tribunal d'Alès mon expulsion en urgence,
sous forme de référé, d'une parcelle litigieuse située à Bessèges dans le Gard.
Ils argumentent qu’ils ont acquis, le 8 septembre 2005,
par une adjudication régulière et définitive, cette parcelle,
et que le jugement d’adjudication m'a été signifié.
Que je ne peux ni contester le titre des adjudicataires,
ni justifier du mien pour occuper la parcelle litigieuse.
Que je suis une occupante sans droit ni titre de la propriété d’autrui
Qu'ils vont se retrouver en situation illégale à l’égard du Trésor Public si,
en leur qualité d’adjudicataires marchands de biens, ils n’ont pas revendu
la parcelle litigieuse (avant Septembre 2009) et que non seulement
mon expulsion doit donc être ordonnée sans désemparer
mais qu’ils doivent être dédommagés au titre de l’article 700 de 1000 euros.
L’association propriétaire à Bessèges de deux terrains cadastrés AH 161 et AH 25,
m'a autorisé, au cours de l’année 2004, à occuper la parcelle AH 25,
en installant les yourtes en patchwork que je fabrique et où j'habite,
moyennant débroussaillage et entretien
.
Un
an plus tard, le 8 septembre 2005,
l'association ayant été mise en liquidation judiciaire,
son patrimoine a été vendu aux enchères.
Trois ans plus tard, les quatre sociétés de marchands de biens
qui ont emporté les enchères ont déposé une plainte à mon encontre
sur le fondement des articles 322-4-1 et suivants du Code Pénal
pour "installation en réunion sur le terrain d’autrui en vue d’y établir une habitation."
J'ai été relaxée des fins de cette poursuite, par un jugement
du Tribunal Correctionnel d’Alès du 25 juillet 2008,
sur lequel il n'a pas été fait appel.
Sur
cette deuxième attaque devant le tribunal des référés
d'Alès,
il existe des contestations sérieuses
qui entrainent l'incompétence du juge des référés.
Par ailleurs, à supposer fondée la demande en expulsion formée contre moi,
je pourrais bénéficier de délais pour permettre mon relogement.
a) Le procès verbal descriptif contenu au cahier des charges de cette vente
contient des mentions inexactes qui l’entachent d’irrégularité.
Contrairement aux affirmations des demandeurs, il existait sur cette parcelle
des bâtiments à usage d’habitation et à l’intérieur, une habitante.
Dans ces conditions, j'aurais du être convoquée individuellement à l’adjudication.
La convocation doit comporter les indications
citées à l’article 7 du décret n° 77-742 du 30 juin 1977 dont celle de la mise à prix.
Le jugement ou procès verbal d’adjudication devait m'être notifié,
à la diligence du greffier du tribunal devant lequel l’adjudication a été prononcée,
entre le dixième et le quinzième jour suivant cette dernière.
Cette notification devait préciser le montant de la dernière enchère,
e nom et l’adresse de l’adjudicataire
et reproduire le texte du paragraphe II de l’article 10 de la loi du 31 décembre 1975
puis indiquer, s’il y avait lieu, que la convocation à l’adjudication n’a pas été faite.
En aucun cas, les adjudicataires ne peuvent donc se prévaloir
d’un titre résultant d’une adjudication régulière.
b) Le Droit de préemption urbain n’a fait l’objet
d’aucune notification de DIA et de purge :
Le cahier des charges contient une fiche de renseignements d’urbanisme
qui mentionne
au paragraphe « Droit de Préemption » : DPU : « Oui, commune ».
Or
je produis une lettre du Maire de Bessèges qui confirme
qu’aucune « demande de droit de préemption urbain » n’a été adressée à sa Mairie.
Or, les dispositions de l’article L 213-1 du Code de l’Urbanisme
s’appliquent aux ventes par adjudication.
(par ex. Cassation Civile
3ème Ch. Pourvoi 02-15879 Arrêt du 18
février 2004).
La D.I.A. doit être adressée au Maire
au moins trente jours avant la date fixée pour la Vente.
La purge du droit de préemption a lieu après la vente (R 213 et suiv.)
Aucune déclaration d’intention d’aliéner n’ayant été souscrite
dans les termes et conditions particulières aux ventes par adjudication,
l’acquisition dont se prévalent les demandeurs est nulle
et toujours susceptible d’être annulée.
c) Le transfert de propriété n’a été constaté par aucun acte authentique :
cette vente, plus de trois ans après le jugement d’adjudication,
n’a fait l’objet d’aucune transcription à la conservation des Hypothèques.
Or, aux termes des articles R 213 et suivants du Code de l’urbanisme,
une fois purgé le droit de préemption urbain,
le transfert de propriété opéré par le jugement d’adjudication doit être constaté
dans un acte authentique et transcrit à la Conservation des Hypothèques.
La Mairie ayant confirmé qu’elle n’a pas été mise en mesure
d’exercer son droit de préemption,
en violation des dispositions de l’article L 213-1 du Code de l’urbanisme,
cette vente est donc nulle, mais encore,
vu qu'elle est toujours non transcrite, elle est inopposable aux tiers.
Par conséquent, on peut constater au vu de la fiche d’immeuble, sur laquelle
le propriétaire de la parcelle litigieuse apparait toujours comme étant l'association,
les demandeurs ne rapportent pas la preuve de leur qualité de propriétaire
et ne peuvent donc poursuivre mon expulsion.
Il
est donc établi que si les demandeurs se prévalent d’un
jugement exécutoire,
ils sont loin de disposer d’un titre exécutable :
La vente dont ils se prévalent est irrégulière et susceptible d’annulation
pour violation de l’article L 213-1 du Code de l’Urbanisme et du défaut de purge du DPU.
Cette acquisition par adjudication n’est pas constatée dans un acte authentique
et n’est pas, plus de trois ans après l’adjudication,
transcrite par la Conservation des Hypothèques : elle m'est donc inopposable.
2) Contrairement aux affirmations des demandeurs,
je ne suis pas entrée irrégulièrement sur la parcelle litigieuse.
Les demandeurs ont tenté d’obtenir un jugement pénal qu’il puisse utiliser
comme preuve de cette entrée illicite, mais ils ont échoué.
J'occupe cette parcelle avec une autorisation verbale initiale d’une Association
tombée en liquidation judiciaire par la suite.
Mon occupation avec cette autorisation était notoire.
En contrepartie de mon occupation, il a été convenu
que je débroussaillerais et entretiendrais cette parcelle pour poser mes yourtes :
j'ai parfaitement rempli mon engagement.
Un tel arrangement est banal dans le monde rural qui reste imprégné
de l’esprit des droits d’usages coutumiers reconnus aux populations pauvres
sur les bois et forêts dès lors que l’activité qui en découle
ne fait l’objet d’aucun commerce.
C’est si vrai que le Code forestier de 1826 a entendu règlementer
ces droits d’usage coutumiers pour ce qui concerne les bois et forêts de l’Etat.
Jamais l’habitat des bûcherons charbonniers
et autres usagers de ces droits coutumiers,
n’a été par le passé, ni contesté ni menacé.
Je fournis plusieurs attestions et témoignages de personnes de mon canton
bénéficiant d'un tel contrat oral à l'amiable,
validant un droit d'usage coutumier fréquent en Cevennes:
jouissance et gratuité de terrains en échanges d'entretien, ce qui arrange
bien des propriétaires souvent éloignés et rassurés contre les risques d'incendie.
Si, du fait de la liquidation de l'association,
je n'ai pu me faire remettre une attestation
établissant par écrit cet
arrangement, il demeure que
mon occupation a été
notoire et tolérée
puisque j'ai même bénéficié d’une autorisation officielle par la mairie de Bessèges
de réaliser un branchement électrique pour mes yourtes.
Par conséquent, n’étant pas entrée dans les lieux irrégulièrement
et ma présence ayant été notoire et tolérée,
si je ne dispose pas d’un titre, je dispose cependant de droits!
En effet, l’expulsion d’un occupant sans droit ni titre,
disposant à l’origine, d’un droit de jouissance régulier,
ne peut être effectuée que dans les conditions prévues
par la loi du 9 juillet 1991, et le décret du 31 juillet 1992.
L’article 62 alinéa 1 de la loi de 1991, prévoit un délai
de carence de deux mois entre la signification du commandement et l’expulsion.
L’alinéa 2 permet de proroger pour une durée n’excédant pas trois mois le délai précédent.
De plus, les articles 613-1 et 613-2 du Code de la construction et de l’habitation
instituent un délai, d’une durée minimale de trois mois,
pour permettre le relogement de l’occupant.
Cependant, si je ne pouvais pas bénéficier des sursis précédents,
un délai de grâce allant de trois mois à trois ans pourrait m'être accordé.
Ces délais sont ceux prévus par l’article 1244-1 du Code civil.
En effet, la loi contre les exclusions de 1988
autorise d'office le juge à accorder des délais.
Mais encore faudrait-il que les demandeurs aient pris la peine
de notifier leur assignation au Représentant de l’Etat dans les formes et conditions
prévues par l’article 24 alinéa 2 de la loi du 6 juillet 1989.
Encore faudrait-il que leur commandement de quitter les lieux soit régulier
au regard de la loi de 1991.Or, il n’en est rien.
Dans ces conditions, la demande d’expulsion formée par les demandeurs
est totalement irrecevable.
28 novembre 2008
Audience référé expulsion yourtes reportée
Suite aux conclusions de mon avocate, Sophie Ribot-Astier,
l'avocat de mes adversaires, quatre sociétés immobilières,
a demandé un report de l'audience en référé expulsion qu'ils ont initié.
Le juge appréciera donc le 15 Janvier prochain nos arguments,
qui semblent avoir fait paniquer les requérants, plus du tout pressés
de me faire appliquer une procédure d'ordinaire réservée aux cas d'urgence....
Je m'excuse auprès des copains, des sympathisants et des militants
qui se sont déplacés hier pour me soutenir et assister à ce procès.
Je les remercie vivement de leur présence et déplore avec eux ce report,
dont j'ai été avertie à la dernière minute.
Je signale que les reports peuvent aussi être utilisés pour casser la mobilisation sur un procès.
C'est pourquoi j'ai décidé de ne plus faire des appels particuliers à la mobilisation,
car en cas d'annulation, il est trop court et trop laborieux pour moi, dans une ambiance souvent stressante, d'avertir chaque personne au dernier moment.
Je réserverais donc toutes les informations concernant mon combat pour le Cantoyourte uniquement à ce blog, à consulter donc pour participer aux mobilisations et infos diverses.
Dans cette optique, on peut s'abonner à la newsletter en haut à gauche.
Je publierais tout à l'heure, à la suite de cette info, la teneur des arguments pour ma défense.
Par ailleurs, j'ai reçu la demande suivante de la part du collectif des faucheurs volontaires gardois, collectif ou se trouve un des marchands de biens qui m'attaquent en procès:
"A la lecture d'un des textes, il est mentionné que "les faucheurs volontaires" soutiennent vos actions autour de votre procès. Nous vous demandons donc de ne plus mentionner les "faucheurs volontaires" et de le faire savoir par tout moyen à votre convenance."
Je comprends tout à fait qu'il n'est pas possible d'étre en même temps dans les deux camps au milieu d'un procès: je prends donc acte que les faucheurs volontaires gardois ne soutiennent plus la cause de l'habitat modeste et choisi, ni celle de remettre en question la spéculation immobilière et foncière, et ainsi qu'ils me le demandent, je le fais savoir.
26 novembre 2008
Lettre au maire pour sauver le cantoyourte
Monsieur le Maire, Messieurs les adjoints,
J’ai
été autorisée par une association aujourd’hui
disparue, à installer des yourtes sur le terrain que tout le
monde connait ici sous la dénomination du CANTOYOURTE .
J’y
habite depuis le début de l’année 2005. J’ai été
autorisée par votre adjoint à l'urbanisme, à
faire un branchement électrique en 2006.
En
septembre 2005, cette parcelle a été mise en vente aux
enchères. J’ai écrit au mandataire liquidateur que je
souhaitais acheter cette parcelle. Il m’a répondu par la
négative. Mais il ne m’a pas fait notifier une déclaration
d’intention d’aliéner.
Des
sociétés immobilières ont acquis la parcelle sur laquelle
j’habite et m’ont intenté un procès pénal :
mais le Tribunal correctionnel m’a relaxée, car je n’ai
commis aucun délit.
A
l’occasion de ce procès, j’ai pu lire le cahier des
charges de cette vente. On y trouve un constat d’huissier qui
déclare que le terrain sur lequel mes yourtes sont posées
est vide de tout immeuble: ce constat d’huissier est donc un faux
en écriture publique, ce qui engendre une situation assez
grave.
Vous
m’avez par ailleurs répondu par écrit sur une
question écrite, que vous ne vous étiez vu notifier
lors de la vente aux enchères, aucune déclaration
d’intention d’aliéner.
Enfin,
en me renseignant sur le sort des autres parcelles objet de cette
vente judiciaire, j’ai pu constater qu’elles n’appartenaient
plus aux bénéficiaires de la vente judiciaire, mais à
un tiers qui aurait bénéficié d’une DONATION.
Qu’il
est heureux ce nouveau propriétaire à qui l’on fait
un cadeau, une DONATION ! … Ce n’est pas à moi que
cela est arrivé : moi je subis poursuites pénales
et bientôt, le 27 novembre prochain, un référé
en vue de mon expulsion.
Cependant,
la presse se fait l’écho de ce recours à la DONATION
FICTIVE de certains propriétaires qui veulent échapper
aux obligations du Code de l'urbanisme en cas de vente.
Pour moi, cette vente aux enchères a été irrégulière, de même que la DONATION fictive est illicite, qui permet de ne pas vous notifier de déclaration d’intention d’aliéner et donc de léser l’intérêt général protégé par le Code de l'urbanisme.
Je
vous demande de mettre tout en œuvre pour me protéger et
d’intervenir auprès de qui de droit, afin que je ne sois pas
victime d’une expulsion suite à une vente qui a eu lieu au
mépris des droits de la collectivité publique que vous
administrez.
A
supposer que les bénéficiaires de cette vente entachée
d’autant d’irrégularités puissent se prévaloir
valablement d’un droit de propriété, ils sont tenus,
comme marchands de biens, de revendre les parcelles acquises avant
septembre 2009.
Je
vous demande d’être vigilants et d’intervenir pour mettre
en garde lesdits marchands de biens et leur demander de respecter
leur obligation de vous notifier une déclaration d’intention
d’aliéner.
Je vous demande d’exercer alors votre droit de préemption.
Je peux vous faire des propositions d’occupation de ce terrain, qui satisfasse l’intérêt général.
Cette friche industrielle a une histoire. Parce que la Mine a fait vivre Bessèges pendant de nombreuses années et que la vie ouvrière ne doit pas être effacée, cette vie laborieuse qui a fait évoluer notre pays du servage vers une République dont la Constitution contient des droits sociaux très importants.
Nous pensons indispensable la création d'un pôle historique sur le passé minier de Besseges, la création d’un fonds documentaire en relation avec la bibliothèque et des animations surtout pour les scolaires : la violence sociale est d’autant plus forte que les racines et l’histoire d’une population locale sont effacées. Le droit à l’origine, la capacité de s’insérer dans la succession des générations nous semble un objectif sérieux.
Mais également, parce que le déclin industriel et la récession que nous déplorons actuellement ont fait apparaitre dans notre pays des gens comme moi, certes pauvres, mais créatifs, porteurs dans la précarité d’un immense espoir et conscient de contribuer à l’immense tâche du relèvement économique et social de ce pays.
Si j’ai vécu d’une manière privative sur cette parcelle, il demeure et je peux en justifier, que j’ai accueilli de nombreux évènements associatifs, et en particulier des animations à but d'insertion pour des publics en difficulté.
Sous la grande yourte, la vie associative est active et doit le rester. Lieu d’échange, de pédagogie, de convivialité, de solidarité, comme vous avez pu le constater lors de votre venue en Novembre l'année dernière..
Le Cantoyourte a été visité par de nombreuses personnes attirées par la beauté et l'originalité des yourtes. Il est connu et soutenu à travers tout le pays.
Je suis à votre disposition, avec les adhérents d’association qui m’entourent, pour élaborer, avec la population de Bessèges, les jeunes et les moins jeunes, des projets associatifs dont ils puissent s’emparer pour s’épanouir et se construire dans Bessèges, un avenir.
Nous
pensons qu’une continuité d'usage de ce lieu bénéficierait
d'une part à l'amélioration du lien social des
habitants de notre commune et d'autre part par son originalité,
à l'attrait de la ville pour ses visiteurs et touristes.
En
exerçant votre droit de préemption et légalisant
par une convention adaptée, mon occupation des lieux, la Ville
se donnerait les moyens de proposer une gestion satisfaisante, selon
le droit de la vie associative, de ces lieux, qui méritent
mieux que d’aggraver le mitage des forêts et des sites
industriels par un habitat sans intérêt esthétique
promu dans toute la région par divers professionnels de
l'immobilier ...et qui grève les budgets publics par leur
impact sur la gestion des ressources rares.
C'est
pourquoi nous vous demandons de bien vouloir nous accorder votre
attention et de nous recevoir très prochainement pour en
discuter plus avant.
Dans cette attente, nous vous prions d'agréer, Messieurs, l'expression de nos sentiments distingués.
Sylvie Barbe.
Le collectif citoyen du canton de Bessèges.
25 novembre 2008
comment les spéculatueurs se débarrassent des pauvres

Comment les spéculatueurs
se débarrassent des pauvres.
Avec la crise du logement, nos campagnes ne sont pas épargnées par le fléau de la spéculation immobilière.
Les territoires ruraux, abandonnés des pouvoirs publics, privés de la solidarité traditionnelle ouvrière ou agricole, ainsi que le patrimoine social et environnemental deviennent, en zone désertifiée, la proie des marchands, au détriment d'une population locale qui, déjà gravement touchée par la crise économique, tente courageusement de s'en sortir.
Après que les meilleurs bâtiments des activités houillères cevenoles aient été rachetés par des notables, les friches industrielles les plus reculées font désormais l'objet d'âpres convoitises.
A Bessèges en 2004, une association d'utilité publique prête à Sylvie, avec l'accord du maire, un terrain non constructible en bord de village, afin qu'elle puisse y habiter sous ses yourtes en patchwork qu'elle a elle-même construites.
Victime d'accidents de la vie multiples,( perte de sa santé, son travail, sa fille et son père en même temps) Sylvie s'est reconstruite en réhabilitant écologiquement son lieu de vie, ouvrant par son travail une issue novatrice et responsable à la crise écologique et sociale.
Mais le terrain mis en liquidation judiciaire a été racheté, à l'insu de l'occupante, par des marchands de biens qui, après avoir ignoré délibérément sa présence, refusent de façon discriminatoire de le lui revendre.
Ils ont trainé Sylvie au tribunal correctionnel, tentant ainsi de criminaliser sa situation, en voulant faire appliquer une loi de sécurité intérieure créée en 2003 par Mr Sarkosy, très répressive contre les nomades.
Mais la justice ne les as pas suivi.
Suite à la relaxe du 25 Juillet 2008, les spéculateurs attaquent maintenant
par assignation en référé expulsion.
En quoi Sylvie les gêne-t-elle, elle qui était là avant qu’ils se portent acquéreurs ?
Que veulent-ils donc faire de ce terrain inconstructible ?
Leurs projets, leurs méthodes, reçoivent- ils le soutien des édiles de la région, ne serait-ce que par leur silence ?
Audience du Jeudi 27 Novembre 08 à 9 heures
au Palais de Justice d'Alès.
Venez nombreux soutenir Sylvie
et refuser toutes les expulsions de logement,
qu'ils soient en durs ou légers,
sédentaires ou mobiles, normalisés ou alternatifs.
Avec le soutien de:
Les Objecteurs de Croissance, les Alternatifs, le réseau Coquelicot, le Collectif Cevenol Gauche Alternative, le Collectif Citoyen du canton de Besseges, les Ateliers Collectifs de la Céze et de l'Auzonnet. Collectif des chômeurs d'Alès. Les Verts. La Gauche alternative. LCR Gard. Nouveau Parti Anti-capitaliste Gard. Ligue des droits de l'homme Alès. Attac Cevennes. Impatience démocratique. Collectif SDF Alsace. Pour Politis. Halem (habitants en logements éphémères et mobiles), Réseau Permis de Vivre, Droit au Logement.




































































