Vortex papillon
Accroupie sur la falaise à contempler l’horizon crénelé de collines bleues et de forêts fauves,
avec en bruit de fond le ruisseau cascadant tout en bas,
j’écoute le gazouillement des oiseaux sédentaires se rassemblant pour l’hiver.
Mon attention s’accroche aux circonvolutions passagères d’une tribu de mésanges à longue queue, si légères, si acrobatiques, lorsque, dans la paix du silence sylvestre, me revient la vision que l’aurore m’a offert.
Toute abandonnée au murmure serein de Gaïa, bercée de la beauté et la douceur de l’automne, un éclair de conscience me traverse, illuminant et élucidant mon rêve hypnagogique qui se transforme en vision éveillée :
je me sens transportée en légèreté sur des ailes de papillons,
et ces grands insectes chatoyants qui me délestent de ma lourdeur d’humaine me font entrer dans un vortex multicolore.
Je me laisse aspirée au centre d’un univers muet pétillant d’étoiles.
Du milieu de mon front, un flot de lumière pénètre en spirale dans une flèche où tout se rassemble et se résout.
Je comprends alors comment j’ai créé un écho du grand univers,
pas seulement avec mes cercles de pierres, de branches,
de fleurs et de feuilles, pas qu’avec mes guirlandes qui flottent au vent,
mais aussi avec tous ces mandalas que je tisse et brode dehors
aux heures où d’autres femmes inspirées tricotent dedans.
Ces yeux de Dieu que je suspends partout aux branches
autour des cabanes et dans les yourtes,
qui balancent au gré du vent ou illuminent mes toits de perches,
sont animés par ces longues et légères ramures de plumes, perles, graines, tresses et voilages,
qui pendent et s’envolent au moindre souffle d’air, emportant l’esprit au focus.
Ces attrape-rêves sont mes compagnons de sérénité.
Les chevaux magiques qui ramènent mon esprit à sa place, au centre.
Ils incarnent le suc et le socle de mon dialogue bienheureux avec la création, la reliance entre nature et culture, du haut et du bas, des directions et des dimensions.
Partout où le vortex appelle, la profondeur capte la surface afin de ramener la conscience en équilibre contre tout ce qui s’échappe et disperse.
Alors, que je sois assise en mes cabanes ou assise sur les collines,
en harmonie avec la vie furtive,
le vortex aux ailes de papillons m’emmène en un endroit où il n’y a plus de mots,
un endroit derrière le tissage et les couleurs
où rayonne une lumière fabuleusement apaisante.









