Emission France Culture: les yourtes des Chateau
Pour tous ceux qui n'ont pas eu la chance de pouvoir écouter en direct
le magnifique témoignage de Stéphanie et Amidou Chateau,
virés par l'odieuse cour d'appel de Nimes de leur ferme éco-nomade
où ils habitent en yourtes,
je vous conseille d'aller tout de suite l'écouter
sur le site de France Culture là:
Amour en paulownia
Sur le sol noir du crassier
aiment pousser le Paulownia
et l'Acacia...
Vagues de fleurs au sol je dessine,
en cet enivrant printemps.
Jeunes pousses d'ailantes
ceuillies dans un rayon oblique échappé des nuages,
posées en oreillettes pour l'élévation du coeur.
Liane gracieuse de bryone encerclant les guirlandes blanches
soulignées de touches acidulées de petites euphorbes amygdaloides,
avant la dernière rangée serrée de pétales en tubes du paulownia.
Puis, huit jeunes feuilles de chêne au milieu,
et quelques ramures de feuilles d'acacia,
avant de clore mon amour en fleurs,
laissé là, par terre, sous le ciel gris de Mai,
avant de remonter à la yourte.
Car déjà demain, mon coeur fugace, irrémédiablement, fanera...
Joseph et Vinciane en yourte
Joseph et Vinciane
sont un jeune couple d'une vingtaine d'années qui,
pour mener à bien légalement leur projet de vie en yourte,
ont demandé par écrit, très gentiment, à une vingtaine de mairies, la mise à disposition d'un terrain communal, desservi par les équipements communaux et les transports publics ( pour se rendre au travail).
La recherche s'effectue sur le terrain, le couple ne demande pas d'autorisation au maire pour une installation spécifique.
Évidement, toutes les réponses ont été négatives...
Joseph remarque avec amertume qu'une de ces communes avait pourtant généreusement prêté un terrain communal à un artiste qui exposait sa yourte à la vente....
Les réponses des mairies sont courtoises, et les plus attentives prennent en considération la demande en renvoyant sur des structures ou services de l'urbanisme menant "des actions en faveur du logement des jeunes"....
Certaines promettent que la demande sera examinée lors de la révision du POS ou du PLU.
Les réponses négatives invoquent:
- Pas de terrain nus communaux, tous les terrains nus étant privés.
- Pas de terrain à disposition pour des yourtes.
- L'autorisation doit être demandée aux services de la DDE.
- Pas de zones adéquates prévues dans le POS.
- Les règles d'urbanisme privilégient les cubes en béton très moches les « constructions d'aspect traditionnel »
- La yourte est assimilée à un mobile-home, une caravane, une HLL, en invoquant l'article R 111-31 du code de l'urbanisme, et la mairie renvoie en conséquence vers les terrains de camping normalisés, parcs résidentiels de loisirs ou villages de vacances.... ( puisque qu'à vingt ans, on se moque de s'insérer dans la vie active, on veut rien foutre à l'année, n'est-il pas???)
Certaines mairies préconisent cependant des solutions « alternatives » à la recherche de logement de ces jeunes:
- Changer de définition en remplaçant l'infâme et subversif mot « yourte » par « maison ronde à ossature bois ».
- Acheter un terrain et demander un permis de construire, ce qui sera « très long et complexe » puisque ce type installation n'est pas en « adéquation avec le PLU ».
- Se faire aider par des associations de propriétaires de yourtes!
- Se renseigner auprès du Département ou de la Région....
Finalement,
nos deux jeunes tourtereaux ont trouvé une place de gardiennage dans une propriété de la vallée de la Loire dotée d'un grand jardin, en échange de quelques services.
Malgré que la mairie ne veuille pas de yourte dans cette commune...
Joseph nous raconte joliment dans le document joint ci après
le chemin qui l'a mené jusqu'à la yourte.
clik là: chemin_de_vie_de_Joseph
Et voici un lien récent:
Anaïs et le nomadisme contemporain
Anaïs, la première jeune femme que j'ai pu laisser m'approcher après la mort de ma fille, est une jeune nomade saisonnière anthropologue.
Elle a longtemps vécu en camion et vient régulièrement, entre vendanges et ramassages de fraises, abricots et pommes, chercher calme et concentration au camp de yourtes pour rédiger ses mémoires universitaires.
Habituée à de rudes conditions de vie, elle se contente du minimum. Je lui cède la cuisine d'été et les bidons de secours.
Elle se baigne vite fait à la rivière avant de plancher sur son sujet : le nomadisme en camion des jeunes saisonniers. Le soir, elle me raconte les péripéties de son écriture, et me rapporte ses échanges agacés, lors des rassemblements punk, avec « les Vulvettes », jeunes féministes hérissées.
Elle sombre dans mes bras quand un chagrin d'amour lui brouille le cœur. Elle s'épanche, et mon cœur tangue en voyant au travers d'elle l'enfant, l'innocence en souffrance.
Alors, au moment d'une pause, au milieu des reniflements, du fond de mes années sentimentales cuvées et étuvées, je lui dis:
« OK, il est parti, mais saches bien une chose, Anaïs, c'est que ça ne dépend que de toi. Un homme ne peut résister à une femme qui le veut. Celui-là pas plus qu'un autre. C'est toi qui décides. S'il s'en va, c'est qu'il a compris que ce n'est pas le bon moment, ou pas la bonne personne. Le problème, c'est que tu n'es pas sûre de désirer vraiment cet homme là. Ni aucun homme peut-être tant que tu ne t'es pas affirmée comme femme libre. Sans doute qu'il te faut plus de temps, pour finir ce travail qui est si important pour toi et pour mieux discerner ce que tu veux. Mais lui ou un autre, c'est relatif. L'homme dont tu as besoin, si un jour tu estimes avoir vraiment besoin d'un homme, viendra et restera quand tu seras prête à le recevoir, sans conditions, sans restrictions. Alors, ça ne te prendra pas la tête et tout coulera de source. »
Anaïs sourit, rassérénée. Elle me laisse des cartes,
des poèmes et des paroles de chansons sur la table.
Des paroles qui ressemblent tellement à celles de ma fille quand elle grattait sa guitare.
« Il voudrait la saisir Mais pour quoi lui dire ?
Qu'ils sont pris au piège Qu'il n'y a que deux sièges ? »
Je contemple Anaïs et son acharnement, sa simplicité et sa profondeur exigeante, ses tempes rasées et ses mèches auburn qui brillent en houppette gracieuse au soleil, et je la trouve belle. De plus en plus belle. Mon cœur se serre.
Anaïs m'offre ce qui m'a été volé.
Admirer, sur le visage d'une jeune fille, la maturité manifester la beauté et révéler la femme.
Elle me confie en partant, un sourire radieux aux lèvres :
« Tu sais, j'espère, que tu fais partie de ma famille ».
Mes yeux se brouillent.
Je crois qu'avec tant de larmes de femmes, on pourrait nettoyer le monde
et tout recommencer.
Message d' Anaïs :
" Chers membres du peuple des yourtes, et autres chercheurs d'ailleurs et d'autrement,
Par le biais de cette page au sein de Yurtao, je vous propose de participer à la lecture de mon récent travail de recherche ethnologique (Master d'anthropologie-ethhnologie spécialité "Dynamique des cultures et des sociétés), sur le thème du "Nomadisme contemporain".
Ce récit de voyage relate une année passée en fourgon sur les routes de France. J'y tente une interprétation analytique d'un phénomène social émergeant depuis ces cinquante dernières années, en l'explorant par la méthodologie anthropologique.
La première partie de ce projet de recherche (qui se poursuivra en thèse) invite le lecteur à prendre part au quotidien voyageur des nomades contemporains, à découvrir les racines historiques de ce fait social, à en comprendre ses logiques de représentations dans un système socio-économique oppressant.
Il soulève aussi la question de l'utilité et de la légitimité
des travaux de recherche en sciences sociales
traitant des sociétés alternatives contre-productivistes.
Bien qu'il ne s'agisse pas encore d'un ouvrage abouti mais, plutôt,
d'une des étapes qui y participeront,
vous pouvez lire le mémoire en accès libre et gratuit en cliquant ici :
du_nomadisme_contemporain_en_france__par_Anai_s
En ouvrage relié, à commander sur le site www.lulu.com, dont le paiement se fait par Carte Bleue uniquement...
Merci de vos retours!
Anaïs.
lien vers la vie en camion:
Forums:
http://www.trafic-amenage.com/forum/
http://www.fourgon-nomade.net/
Documentaire de Gabrielle Culand de 52 minutes
sorti sur France 2 en 2011.
http://www.dailymotion.com/video/xkub1h_une-generation-sur-la-route_webcam
Rassemblements des Yourtes CHEYEN 2012
le Samedi 2 Juin 2012:
Assemblée Générale de CHEYEN,
Coordination des Habitants/usagers En Yourte sur Espaces Naturels,
à Bessèges, commune au Nord du Gard,
où se trouve le siège social de notre association.
Le matin, nous ferons le point sur la situation de l'association
et du mouvement des yourtes
dans le contexte juridique, politique et social :
la situation parait confuse au vu des résultats des procès
renvoyant à des jugements contradictoires,
mais le pouvoir fait manifestement le choix de la répression
en criminalisant les habitants des yourtes
et ordonnant des expulsions dramatiques.
CHEYEN vient d'obtenir l'accès à un document officiel
désignant les commanditaires de la chasse aux yourtes.
On y découvre le piège juridique censé éradiquer notre mouvement,
ainsi que l'ordre ministériel de poursuivre
systématiquement jusqu'en cassation
les habitants des yourtes relaxés par des tribunaux jugés laxistes.
Une analyse de ce document est nécessaire
pour dégager nos positions,
nos orientations
et notre stratégie.
Le midi, pique-nique partagé.
L'après-midi, débat autour du thème :
Yourte en zone inconstructible (naturelle et agricole)
et réflexion sur une éventuelle charte de bonne conduite en yourte.
Ce rassemblement réservé aux adhérents de CHEYEN
sera précédé d'une journée de montage d'une yourte estivale
et suivi d'un chantier collectif de gestion forestière.
Le Samedi 16 Juin :
Rassemblement de CHEYEN à Belvezet chez Marie et Thierry
pour soutenir leur installation.
Vers 14H aura lieu un montage de yourte pédagogique
pour la population du village,
suivi de témoignages d'adhérents de CHEYEN.
En fin d'après-midi, nous trinquerons autour d'un apéro festif.
Les membres de CHEYEN pourront installer leur tente pour la nuit.
Pour s'inscrire et recevoir
les conditions de participation de ces rassemblements,
le programme et le plan d'accès,
télécharger et renvoyer
le bulletin d'adhésion ci-après dûment rempli.
La loi des ROBOTS
Vous n'avez pas le droit
de désirer vivre simplement.
Vous devez consommer plus,
pour alimenter les actionnaires du système.
Vous n'avez pas le droit de vivre sous une yourte,
avec un lavabo dehors,
des toilettes séches,
un panneau solaire,
avec juste un poele pour l'hiver
et un drap mouillé pour toute climatisation
devant votre porte- fenétre.
Vous n'en avez pas le droit
parce qu'alors vous n'êtes pas
solidaire.
Pas solidaire avec le système
qui a besoin de votre argent,
de vos bras, de vos désirs,
de vos forces de travail,
de votre temps, de votre pensée,
et même de vos rêves.
Vous n'avez pas le droit d'être pauvre,
vous devez être ou nanti ou misérable,
qu'on sache au moins où sont les frontières
pour empêcher la contamination.
Vous n'avez pas le droit
de vous éclairer modestement,
juste à l'endroit nécessaire,
vous devez spoter
et sonoriser tous azimuts votre maison
pour soutenir le programme nucléaire du pays.
Vous n'avez pas le droit de coudre vos vêtements
ou de rafistoler la fripe que vous avez récupéré,
ni de superposer les couleurs et les coupes,
vous êtes vieux jeu, passéiste,
excentrique, dégoûtante,
et c'est pas carnaval tous les jours..
Ni de trotter dans des mocassins de votre cru,
alors que, dans votre ville préfecture,
pas moins de quarante boutiques de chaussures
vous attendent,
au milieu d'une bonne centaine
de magasins de vétements.
Pas le droit d'y aller avec vos vêtements usés,
la bas, on défile en portemanteaux
sur tous les trottoirs,
faut que ça brille le neuf!
Vous n'avez pas le droit de récupérer
les flaques de pluie,
ni de vous doucher une fois par semaine,
c'est sale,
il faut se doucher tous les jours,
c'est la norme dans les pays où l'eau abonde,
comme de laver sa bagnole les jours de sécheresse.
Vous n'avez pas le droit de cueillir
la saponaire pour vous récurer,
et encore moins d'utiliser les cendres de votre feu
pour faire tremper votre culotte.
Vous devez ronger votre peau
avec des détergents cancérigènes
que des savants obligeants ont concoctés
pour votre prophylactique aseptisation.
Pas le droit d'emaner vos propres odeurs, ça pue.
Et si vous avez un cancer,
vous n'avez pas le droit de râler,
votre pays est celui où sévissent le plus de prédateurs spécialistes,
vous avez de la chance d'être née
dans un endroit doté
d'une industrie médicale assassine performante.
Vous n'avez pas le droit de jeuner,
la mode est aux obèses.
Vous n'avez pas le droit d'avoir faim,
c'est de la résistance malsaine
contre le gavage généralisé.
Pas le droit de vous soigner
avec les remèdes de grand-mères,
et encore moins avec les plantes sacrées
des peuples premiers,
car ils appartiennent désormais à ces petits futés
qui leur ont rajouté suffisamment
de colorants et d'emballages
pour y tamponner leur marque,
et faire fleurir ainsi l'industrie du poison pharmaceutique.
Vous n'avez pas le droit de vieillir,
ca fait tache,
pas le droit d'être jeune, c'est dangereux.
Vous n'avez pas le droit d'aller cueillir des orties
dans le champ d'à coté, encore moins
de faire de la pub à vos copains
sur les extraordinaires qualités nutritives de cette plante,
car c'est du vol.
L'ortie a été privatisée
pour vous être revendue à son juste prix.
L'autre jour, mon voisin m'a passé un sac
de salade sauvage à travers sa clôture,
et, bien que ça soit de l'escroquerie organisée,
une trahison qui fait éclater le trou de la sécu,
je me suis franchement régalée.
Bien que, quand même, cette salade,
elle avait un parfum de Titanic.
Pas le droit de ressemer les graines
que vous avez gardé de l'année dernière,
car vous volez les grosses firmes de semenciers qui,
sans vous, ne peuvent plus gouverner
et enrégimenter le monde.
Vous n'avez pas le droit de passer vos soirées seule,
c'est indécent,
vous devez être solidaire
avec les millions de célibataires du pays
qui cherchent à vous contacter
pour une partie de jambes en l'air.
Vous n'avez surtout pas le droit de préferer
pour tout compagnon
un feu qui crépite tranquillement dans le poêle,
car bouder la télé, c'est être encrassement désinformé,
comment donc pourrez vous voter correctement ?
Vous n'avez pas le droit
de prendre des risques inconsidérés,
en ne fermant pas votre porte
à triple tour, triple pennes, triples cadenas,
et en ne truffant pas vos remparts
de signaux d'alarme
débloquant tous les gorilles du quartier
prêts à vous faire justice.
Vous devez vous assurer auprès de compagnies
qui s'occupent de tout,
et surtout de vous dépouiller de votre juste crainte d'être arnaqué,
pour vous fourguer toutes sortes de peurs imaginaires.
La peur.
Finalement, tout tourne
autour votre peur de mourir.
Dans ma petite yourte,
je ne prends pas beaucoup de place
et je n'abime pas beaucoup la planète,
alors j'ai appris à domestiquer ma peur.
Dans ce monde matérialiste,
préparer sa mort semble une insulte
à la course au développement.
Or, se dépouiller, se simplifier,
c'est une façon de reconnaître
qu'aucune accumulation
ne vaincra la peur de la mort.
C'est faire de la place à ses enfants.
Aux enfants de la terre de demain.
Mais il est interdit de le souhaiter,
interdit de l'espérer:
les enfants c'est comme les adjuvants,
c'est pour se faire plaisir,
pas pour se remettre en question.
Décision de la famille Chateau suite à condamnation
Bonjour à tous ,
la décision de la cour d'appel de Nîmes est tombée : nous sommes, à leurs yeux, coupables de non respect de permis de construire, et condamnés à payer une amende de 1000 euros plus les frais de justice, obligation de démonter sous 3 mois avec une astreinte de 75 euros par jour de retard !
La sanction nous semble totalement abusive au regard de notre bonne foi dans cette histoire, où il n'y a pas d'intention d'enfreindre la loi au départ du projet. Au regard de notre situation, nos revenus étant liés à notre activité agricole qui était en train de débuter... et surtout aux vues de la réalité de l'économie, celle de l'écologie et surtout celle de l'habitat, puisqu'aujourd'hui la France n'arrive pas à respecter ses obligations en matière de logements !!
Nous avons décidé de ne pas faire de pourvoi en cassation pour une bonne raison ; si nous avons une chance de faire réviser le jugement sur le permis de construire il est, en revanche, exclus de faire réviser le P.O.S. de la commune ce qui nous obligerait à démonter même si nous gagnions le pourvoi en cassation. Cela ne changerait pas notre situation tout en rajoutant du stress et des frais .
Désormais pour nous l'important est de nous réimplanter de manière irréprochable au niveau juridique et de démontrer que la FERME ECO-NOMADE est belle et bien mobile, en étant de nouveau opérationnels le plus vite possible.
Cette affaire a alerté un maximum de gens sur une réalité qui était la nôtre, permis à des personnes d'être conscientes de la situation et à travailler en amont d'une procédure pénale. Pour faire évoluer la cause de l'habitat léger et nomade, nous continuerons à travailler sur le Fond d'Aide Juridique, pour réunir des Maires, des avocats, juristes, urbanistes, afin d'installer des projets en évitant un procès.
POINT IMPORTANT : nous n'avons plus d'adresse postale à chante-perdrix, le courrier doit être adressé à : M. et MME château. 829A route des imberts. 84220 Cabrières d'Avignon.
Information à relayer car l'adresse de chante- perdrix à été largement diffusée et n'existe plus !!
Merci pour le soutien que nous avons reçu, ça aura été, et c'est encore une aventure humaine extraordinaire. La ferme éco-nomade continue d'émettre...
Suite de la communication là: Communiqu__de_presse_n_1_1
Humainement, la famille CHATEAU
Un jugement scandaleux!

Les juges de la cour d'appel du tribunal de Nimes ont désavoué les juges de première instance du tribunal d'Avignon qui avaient affirmé que, la yourte n'étant pas une construction mais une tente, elle n'avait pas besoin de permis de construire.
Amidou et Stéphanie Château, bergers qui vivent dans leurs yourtes à Lagnes avec leurs enfants, sont condamnés à remettre le terrain "en état" dans les 3 mois, c'est-à-dire qu'ils sont expulsés de chez eux et que leur activité agricole et pastorale s'effondre. Ils perdent d'un seul coup leur foyer et leurs moyens de subsistance.
CHEYEN est profondement scandalisé par ce jugement qui démontre la portée politique de ce procès, axé uniquement sur la répression la plus brutale et la plus odieuse.
Compte rendu de l'audience d'appel au TGI de Nimes sur les yourtes.
Compte rendu rédigé par Sylvie pour CHEYEN.
La famille Chateau se présente devant la cour d'appel de Nimes parce que le Parquet d'Avignon n'a pas accepté la relaxe des juges de première instance leur permettant de continuer à vivre légalement dans leurs yourtes.
Amis et famille des yourteurs, sympathisants et membres de CHEYEN se retrouvent donc début Mars pour soutenir cette jeune famille, devant un tribunal d'appel en pleine crise, gravement mis en cause: une grande partie des avocats sont en grève, refusant de plaider.
"Le Syndicat de la Magistrature (SM) a interpellé le garde des Sceaux pour lui demander de vérifier que les principes d'égalité des justiciables, d'impartialité et de dignité étaient bien respectés à la cour d'appel de Nîmes.
Les avocats reprochent sa «sévérité» à cette cour, qui aggraverait les peines de première instance dans «des proportions inhabituelles», mais également «le peu de considération» qu'elle marque à l'égard de la défense.
Le contexte est donc très particulier, et très peu serein.
Le grand bureau dans la salle d'audience auquel public, accusés et avocats font face est composé de trois juges : une femme et deux hommes, la femme au centre présidant, le juge à sa gauche s'occupant du dossier des yourtes. Sont présents latéralement une greffière travaillant sur son ordinateur en bout de table à droite et le procureur, autrement dit l'avocat général, à l'autre bout à gauche.
Deux affaires sont passées avant, particulièrement longues. Les deux appelants précédents ont vu leur peine s'alourdir, dont un malheureux, déjà enfermé, sans avocat pour cause de grève, qui, malgré une harangue pagnolesque et des larmes déchirantes, a vu sa peine de quatre ans de prison pour recel aggravée. Voilà pour l'ambiance. La tension de la situation de ce tribunal ne peut qu'interférer avec les jugements rendus.
Le soutien et les sympathisants des yourteurs sont là depuis 8H30 et l'affaire est appelée vers midi et demi.
Amidou se tient face à la grande table des juges, debout à la barre.
Il est habillé d'un pantalon blanc à pli impeccable, de chaussures effilées très classe en cuir brillant, d'une veste claire, ses cheveux noirs bouclés mi-longs dans le cou, plaqués et lustrés. Il a jeuné quelques temps avant le procès pour améliorer sa concentration. Il donne l'impression d'avoir fait très attention à sa mise, et il est effectivement élégant, calme, vigilant et très présent. Stéphanie est assise dans la salle, elle aussi de clair vêtue, cheveux en chignon, elle aussi apparemment calme et confiante.
Le juge interroge Amidou : le dialogue va durer longtemps, pendant toute la première partie d'une audience de presque deux heures !
L'accusé doit répondre sur deux motifs : infraction au code de l'urbanisme et infraction au Plan Local d'Urbanisme, délits qui n'ont pas été retenu par les juges du TGI d'Avignon. Mais il semble que des consignes de sévérité ont été transmises aux parquets contre les habitants des yourtes, des témoignages concordants rapportant des phrases assassines de certains procureurs, s'ajoutant à cet appel du parquet d'Avignon. C'est donc bien ici l'État qui, au nom de "l'intérêt commun", conteste une décision juridique de relaxe considèrée trop clémente.
Le juge précise en préambule qu'il lui appartient d'examiner deux points :
1) si la yourte est une construction, comme le soutiennent la DDT et l'accusateur public, ou une tente, comme le soutiennent Amidou, sa femme et son avocate, ainsi que l'ensemble des associations défendant l'habitat modeste et léger, dont certains militants dans la salle auraient pu, à mon avis, être cités à la barre en tant que témoins d'une représentation nationale.
2) si l'une des trois exceptions à la loi qui exclut toute construction sur une zone naturelle est applicable à la présence d'un élevage et de l'habitation de l'éleveur.
Au début, Amidou se présente comme médecin, thérapeute en énergétique chinoise. Ce qui explique les erreurs préjudiciables sur la citation qui l'amène en tant qu'appelant devant le tribunal : il y est reconnu médecin, ce qui ne correspond pas à la réalité de sa situation et de ses revenus. L'avocate rappelle qu'il n'est pas inscrit à l'ordre des médecins et mentionne une erreur d'adresse. Elle demande donc une annulation de procédure à cause d'erreurs de forme. Plus tard, l'avocat général réfutera cette possibilité.
En fait, Amidou était principalement maçon. Licencié en 2009, sa famille (le couple et deux petits enfants) rencontre alors des difficultés financières. Amidou et sa femme décident d'expérimenter un projet commun en se lançant dans l'élevage caprin et sollicitent à la banque un emprunt de 46 000 euros. Ils ciblent deux communes dans le Vaucluse pour s'installer, et c'est à Lagnes qu'ils reçoivent le meilleur accueil de la part du maire, Mr Donnat. Une propriétaire foncière leur propose en commodat plusieurs hectares au milieu de terres agricoles avec une possibilité de rachat au bout.
Au fur et à mesure jusqu'à aujourd'hui, ils développeront un élevage d'une vingtaine de chèvres pour la viande et une cinquantaine de poules pour les œufs, visant une certaine auto-subsistance, puisque Stéphanie fabrique et transforme elle-même beaucoup de produits nécessaires au ménage. Amidou décrit leur activité pastorale et leur habitat comme un projet global de simplicité, de contact avec la nature et de préservation de l'environnement.
Deux yourtes de fabrication Française sont installées le 10 Février 2010 pour loger la famille sur les lieux de l'activité.
Mais le 17 Février 2010, le maire, probablement sous la pression des chasseurs, fait volte face et demande la libération du terrain et un procès verbal de la DDT. Une visite en Mai de l'administration de l'urbanisme débouche sur un Procès Verbal le 5 Juillet, décrivant la présence de deux yourtes, d'un trépied supportant des panneaux photovoltaïques et d'un troupeau de chèvres. Cette description fera l'objet d'un recadrage comique lorsque la fonctionnaire de la DDT bredouillera que leur service n'a pas vu les poules.
Le juge : « Monsieur, vous élevez bien des poules? »
- « Oui, monsieur le Juge, ma femme cuisine beaucoup de gâteaux et de biscuits, surtout lors des kermesses, et nos poules commencent à s'acclimater ... »
L'avocate à la DDT : « Vous n'avez pas vu les poules ! Ni vu ni entendu ?! "
La fonctionnaire déconfite : « - Heu... »
Le juge : « Il n'y a pas de coqs ? ! »
La salle glousse et retient poliment ses cotcotcot...rico...
De même qu'elle a du se retenir quand le procureur d'un air entendu déclarera, pour prouver sa connaissance approfondie du monde rural:
« On a tous un jour été faire un tour à la campagne un Dimanche quand on était petit »...
Bref, bien que ce procès ait parfois frisé l'hilarité tant les questions incisives et détaillées démontraient l'ignorance des bourgeois urbains face à la vie champêtre, il a été mené très sérieusement car tout le monde était conscient de la portée d'une jurisprudence sur une question de société très actuelle. Et même si le juge a pris soin de spécifier qu'il ne juge pas un mode de vie, c'est bien un déshabillage forcé extrêmement intrusif et inquisiteur du mode de vie d'une famille auquel nous assistons, auquel Amidou se prête avec beaucoup de dignité et de pertinence.
Donc, après description des faits, le juge exhibe un jugement d'appel de la cour de Montpellier datant de 2003, * (voir en bas de page), qui prend parti pour la DDT, qualifiant les yourtes de constructions. En contrepoint, il mentionne les réponses ministérielles parues au journal officiel ces dernières années, qualifiant la yourte de tente si elle n'est pas reliée à des équipements fixes.
Le juge va donc investiguer sur les équipements de la yourte des Chateau, pour être en mesure de se prononcer sur l'état de fixité des éléments présents. Le juge ne semble pas connaître les yourtes, il s'étonne qu'il n'y ait pas de piquets. Il demande de longues explications sur le plancher. Amidou raconte qu'il a déplacé sa yourte de cinquante mètres pour qu'elle soit mieux exposée au soleil, en laissant en place ses anciennes lambourdes pour que les tenons et mortaises ne se voilent pas, mais que leur nouveau plancher est constitué de plaques simplement posées au sol. Le juge démonte ensuite la porte de la yourte: en tissu ou en bois, des ferrures ou pas, ses dimensions, sur quoi elle repose, s'il y a un cadre, comment elle ferme.... On espère que s'il s'attarde ainsi sur la porte, c'est parce qu'il n'a pas de doute sur la légèreté textile des murs et du toit.
Puis il prospecte minutieusement tout ce qui se trouve à l'intérieur de la yourte : évier, gazinière, douche, WC, chauffage. Amidou explique calmement qu'ils ont un coin douche, c'est-à-dire un coin où ils se lavent, même si ça n'a pas grand chose à voir avec une salle de bain traditionnelle, et qu'ils pompent l'eau dans leur puits. S'ensuit un chipotage sur les tuyaux entre le puits et la yourte qui, selon le procureur et la DDT qui interviennent de plus en plus souvent, prouvent qu'il y a reliance à un réseau. Selon eux, même si ce réseau est autonome et privé, et même si les tuyaux ne sont pas enterrés, ce qui est le cas, il est constitué d'éléments de fixité.
Ensuite, où vont les eaux sales? Amidou répond qu'ils n'utilisent pas de produits polluants, qu'ils se contentent de très peu d'eau, avance une consommation quotidienne drastique, ce qui décroche d'étonnement la mâchoire du juge. Il mentionne les bassins de phyto-épuration, et là, le juge hoche la tête d'un air entendu. Amidou a beau souligner que les tuyaux d'évacuation sont amovibles, le procureur ricane ostensiblement pendant qu'il détaille l'agencement et la composition des bassins. Puis le juge inspecte l'installation en électricité solaire, qui de nouveau, d'après les adversaires de la yourte, démontre qu'il faut bien des fils de connexion, donc de la fixité... ! Le dossier entre les mains du juge contient entre autres des photos, procurées par la DDT, d'un trépied portant les panneaux solaires, forcement relié par des fils à la yourte. L'avocate des yourteurs rouspète car ces clichés, ni aucun autre d'ailleurs, ne lui ont été transmis.
Quand au chauffage, Amidou présente son poêle à bois, obligé de spécifier qu'il est déplaçable lorsqu'encore le procureur ricane qu'un poêle, ça pèse très lourd et que donc, ce n'est pas nomade !
Et finalement, on a droit à la sempiternelle explication sur les toilettes sèches, elles-mêmes déplaçables, puisqu'en hiver elles sont à l'intérieur et en été dehors.
Après l'examen minutieux de l'aménagement de la yourte, le juge passe à la soi-disant violation du Plan d'Occupation des Sols.
Amidou explique que l'activité pastorale est connue depuis des siècles pour être nécessaire à la protection des espaces naturels. Les caprins nettoient les sous-bois par débroussaillage naturel, empêchent en particulier les espèces indésirables comme les pins trop sensibles au feu d'envahir les forêts au détriment des feuillus. On ne peut donc leur reprocher de mettre les terrains en danger d'incendie, principal reproche de la DDT, bien au contraire.
Il explique qu'il est nécessaire de loger près du troupeau ne serait-ce que pour le velage, et pour ne pas perdre les bêtes qui ont toujours eu besoin d'un berger, car, craintives et capricieuses, elles doivent être constamment surveillées, il faut régulièrement rassurer celles qui s'affolent et sont désorientées.
Mais devant l'insistance du juge sur son rendement productif, il doit reconnaître que son activité n'est pas encore économiquement viable, puisque le début de l'installation n'a même pas deux ans. L'activité chèvres et poules ne leur fournit actuellement, outre leur propre subsistance, que de quoi payer le foin et les graines. La vente de la viande sur pied ne fonctionne que par bouche à oreilles. Sur l'accusation soulevée par la DDT qu'il y aurait un panneau de vente à la ferme, Amidou rectifie en expliquant qu'il s'agit de panneaux temporaires de fléchage pour la journée « yourte ouverte » que le couple organise chaque année. On remarquera la vertigineuse et schizophrénique position du jeune homme soupçonné simultanément, un, de ne rien foutre, deux, de travailler.
Plus tard, le procureur contestera au couple leur statut d'agriculteurs en affirmant que le fait d'être cotisants solidaires n'est pas une reconnaissance suffisante. C'est là que la DDT niera avoir vu des poules...
C'est une Mme Jaquou, fonctionnaire à l'urbanisme, qui a ensuite la parole pour la partie adverse.
Elle affirme d'emblée deux propositions contradictoires. Premièrement, elle reconnaît que le débroussaillage par les bêtes est une protection naturelle contre les incendies, et deuxièmement, elle constate que le plan de prévention incendie est violé. En effet, d'après elle, le chemin d'accès mesure moins de 5 mètres de large, insuffisant pour le passage d'un camion de pompier, et d'autre part, relève l'absence de réserve d'eau sur le site.
Ensuite, elle argue que le terrain n'est pas en zone agricole mais bien en zone naturelle et forestière.
Là, l'avocate des Chateau conteste en produisant un document démontrant que toutes les parcelles autour sont en zone agricole, que ce terrain serait le seul à être une enclave de zone naturelle sur un site par ailleurs exploité par d'autres agriculteurs, ce qui devrait interpeller.
Le juge demande donc à tout le monde de se rapprocher de son bureau où il étale les cartes de la zone concernée. S'ensuit un pourparler autour des plans dont la salle est exclue. Conclusion, les documents fournis par les deux parties sont valides bien qu'ils ne disent pas la même chose, et le juge semble vouloir retenir la valeur d'usage en cours.
C'est maintenant le tour de parole de l'avocat général, qui attaque tout de suite en minimisant l'erreur de forme sur la procédure, prétextant que la citation en appel est, bien que bourrée de fautes, seulement informative.
Ensuite, il rappelle, en se tournant complaisamment vers la fonctionnaire de la DDT rassérénée, que la loi sur le Permis de Construire concerne aussi les constructions sans fondations.
Donc, d'après lui, l'enjeu est de définir si la yourte est une construction ou une HLL, ( Habitation Légère de Loisir) admettant que le statut de la yourte entraine une réponse « non certaine mais non équivoque ». Il estime inopportun que le juge de première instance se soit fondé sur le code civil pour relaxer. D'emblée, il écarte la possibilité d'HLL puisqu'il s'agit ici de résidence à l'année: le facteur y passe et le couple a une activité sur ses terres.
Il reste donc à prouver que la yourte est une construction, ce qu'il soutient en arguant qu'une construction n'est pas forcement inamovible ni immobile.
Au lieu de ça, le procureur rappelle encore le jugement de la cour d'appel de Montpellier *, qui a condamné sur la base que la yourte avait un caractère de durabilité puisqu'elle était habitée. Il omet ainsi de façon très opportuniste de définir la nature d'un habitat, sa qualité de temporaire ou durable, pour prétendre que tout abri, quel qu'il soit, qui est habité, dépend de l'exécutif de l'État et du code de l'urbanisme, ce qui l'amène à conclure, contre toute évidence, qu'il n'y a pas de vide juridique sur les yourtes. Oubliant aussi fort à propos que la yourte a existé comme tente vernaculaire bien des siècles avant que les codes de l'urbanisme de nos sociétés modernes n'aient seulement été conçus, et qu'en plus, dans le cas précis de la famille Chateau, la yourte est utilisée exactement comme à son origine, c'est-à-dire pour du pastoralisme.
S'enferrant de mauvaise foi, le procureur clame que le caractère amovible ne suffit pas à nier la nature pérenne d'une construction. Il le prouve du fait qu'il y a une boite aux lettres, une adduction d'eau, des panneaux solaires reliés à l'intérieur, une douche et un évier, une gazinière, qui, même s'ils ne sont pas scellés, sont durablement installés. Cette conjonction d'éléments permanents lui fait contester la légèreté de ce qu'il déclare être indubitablement une construction dépendant d'autorisations administratives, en l'occurrence le PC.
Puis il s'attaque à la zone naturelle où il est, d'après lui, interdit d'installer de nouvelles activités. Il relève que " dans ce cas de figure, la zone ND interdit toute construction d’installation hormis trois exceptions: une première lorsqu'il y a extension des constructions existantes à usage d’habitation, une deuxième s'il y a aménagement des constructions existantes et une troisième, la seule possible dans ce cas de figure, l'exception qui concerne les constructions nécessaires à la gestion des espaces naturels à condition d’être justifiées" .
On remarquera que le procureur ne peut attaquer sur cette deuxième accusation que si la première, la yourte comme construction, est déjà admise et enterrée, puisqu'une tente n'est pas concernée par cette loi sur les zones naturelles, mais dépend de la législation du camping et d'arrêtés municipaux. Fort de ce tour de passe-passe sémantique qui consiste à faire croire qu'il reste un choix entre trois solutions, alors que tout le procès ne tient que sur la seule définition de la yourte comme construction ou pas, il peut poursuivre son argumentaire à charge.
Pour lui, rien ne justifie la présence du couple sur cette zone, même pas l'élevage, celui-ci devant être exercé en zone agricole. Il déclare qu'on peut se demander ce que fabriquent ces gens en pleine zone interdite puisqu'au bout de deux ans, ils ne sont toujours pas rentables. Il les accusent d'avoir tout fait à l'envers. Ils auraient dû d'abord installer leurs bêtes et ensuite installer leurs yourtes, et non l'inverse. Le fait qu'ils aient commencé par poser les yourtes met en doute leurs intentions. Le procureur accuse le pastoralisme de cette famille de n'être qu'une activité de subsistance personnelle, pour lui, l'élevage ne serait qu'une façade. Où l'ont voit l'énorme dérive du fonctionnariat qui oublie à quel point il est devenu difficile à plusieurs millions de français de survivre et leur dénie le droit, en pleine crise, à l'auto-subsistance...
D'ailleurs, il réfute le statut d'exploitants agricoles, le statut de cotisant solidaire révélant une exploitation trop petite pour être reconnue par la MSA. Puis il oublie les chèvres, et se concentre cette fois de façon très opportuniste sur les poules, qui d'après sa grande expérience des Dimanche champêtres de son enfance, n'ont pas besoin d'être surveillées. Il rejette donc la nécessité d'une présence humaine sur place, ce qui caractérise une « infraction évidente au zonage protégé ».
En conséquence, il requiert que les yourtes, constructions illicites, doivent être immédiatement enlevées sous astreinte financière, ce qui, ricane-t-il de façon grinçante et méprisante, sera plus facile et plus rapide à exécuter que pour une construction en dur !
Après quoi, l'avocate commence sa plaidoirie.
Elle assure que la yourte n'est pas une construction puisqu'elle n'a pas de fondation et que tous les équipements sont amovibles et facilement déplaçables. Elle demande à Amidou combien de temps lui prend le démontage de sa yourte.
Réponse : une journée pour tout enlever. Après le remballage, il ne reste strictement rien sur l'ancien emplacement. Même pas de terre excavée ou remuée. L'avocate soutient donc que cette restitution vierge de tout dégâts sur le site d'installation prouve l'absence de permanence de cet abri. Amidou était maçon, et il sait qu'aucune construction n'est capable, après démolition, ou enlèvement s'il s'agit de préfabriqués, d'une telle propreté.
Elle vante ensuite l'insertion délicate de la yourte dans le paysage et l'espace naturel et nie toute nature de construction à une tente, qui ne nécessite aucune autorisation ni Permis de Construire.
Elle constate que, depuis le jugement d'appel de Montpellier en 2003 *, dix années se sont écoulées durant lesquelles la yourte est devenue un phénomène de société. La jurisprudence doit donc adapter les usages des habitants au vide juridique qui existe toujours sur le statut de la yourte.
De plus, elle rend compte au juge de deux jugements rendus récemment en faveur des yourtes, un dans les Pyrénées et un autre rendu ici même par les juges de première instance du TGI de Nîmes, il y a quinze jours. D'un geste, elle pointe dans la salle le couple d'agriculteurs ( Marie et Thierry) qui a bénéficié d'une relaxe, présent au premier rang. Le juge demande qu'on lui remette le jugement, malheureusement, l'avocate ne l'a pas... Dommage, vu que CHEYEN a publié exprès sur le Net cette ordonnance afin que la défense s'en saisisse.
Ensuite, l'avocate riposte fermement à l'accusation que cette famille aurait commis l'installation à rebours et fonctionnerait à l'envers. Elle apporte la preuve que le couple a contracté un emprunt de 46 000 Euros à la banque bien avant le démarrage de l'activité sur le terrain. Ce qui prouve donc que, contrairement aux allégations du procureur, ils ont mené exactement les choses dans l'ordre où elles devaient être accomplies.
Par ailleurs, elle précise que dans un procès pénal, il faut faire la preuve d'une intention fausse menant au délit, ce qui n'est pas le cas ici. En effet, jamais le maire du village ne leur a conseillé de poser une demande de PC. Si donc la yourte était reconnue comme une construction, ce qu'elle n'est pas jusqu'à preuve du contraire, l'erreur de droit était inévitable. C'est ce qui s'est passé à Toulouse lors du procès d'appel de Tom et Léa : les juges les ont relaxés car ils ont admis que la contradiction latente entre les réponses ministérielles, le soutien du maire, et l’interprétation des services de la DDE de l’Ariège sur l'obligation d'un permis de construire pour une yourte ne pouvait que porter à erreur.
Ensuite, l'avocate soulève l'exception d'inégalité sur le zonage de la parcelle qui, manifestement entourée de zones agricoles, devrait être considérée pour ce qu'elle est, c'est-à-dire elle aussi agricole.
Et finalement, la défense rapporte une position officielle du Ministère de l'agriculture qui déclare très clairement dans des rapports d'enquêtes que le pastoralisme est au bénéfice de la gestion des forêts en balayant les risques d'incendie. Elle ajoute que la présence du berger est toujours nécessaire au troupeau, ne serait-ce qu'au moment du vêlage. Elle résume en démontrant la cohérence du projet de cette famille.
Le juge clôt l'audience en renvoyant le jugement au 13 Avril 2012.
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Photo montrant Stéphanie et Amidou à droite, après le procès au TGI de Nimes,
accompagnés de membres de CHEYEN, en particulier Marie et Thierry à gauche.
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* Gilbert Loux. Hérault. 34. Mantet. 2001/2003.
Ce propriétaire d'un terrain à Los Miquelet y a posé une Yourte de 25 M2 sur un plancher en bois.
Le 25 Juin 2001, la DDE et la gendarmerie constatent la présence de deux yourtes, dont une démontée après l'été. La défense plaide que la yourte dépend de la législation libre du camping et conteste sa nature d' HLL, habitation légère de loisir.
Le TGI de Perpignan rend son jugement du 27 Juin 2002 en relaxant l'accusé de l'incrimination d'absence de PC pour yourte HLL. La DDE s'enferre et saisit la Cour d’appel de Montpellier qui, par jugement du 2 avril 2003, ordonne une amende de 1.500 £, la remise en état des lieux sous astreinte, un délai de remise en état de 3 mois, et une astreinte de 50 £ par jour de retard. Gilbert s'exécute d'autant plus facilement qu'il avait prévu de partir.
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Résultat du procès là
La simplicité qui chamboule
Avant, quand déboulait,
violemment et sans possibilité de négociations,
la saturation,
je me réfugiais dans des monastères.
Maintenant, je reste chez moi, au camp de yourtes.
La petite tente en bambou, entièrement fabriquée de mes mains,
guidées par la vision d'une méditation inaltérée,
est devenue mon monastère.
Le rêve des débuts s'est réalisé.
Le dernier journaliste que j'ai reçu avant de refuser les médias
m'a demandé comment je faisais pour ne pas m'ennuyer
dans ce désert.
Après avoir empoussiéré sa belle voiture laquée sur la piste,
les quelques mètres gravis à pied l'avaient éreinté.
Il ne pouvait envisager qu'on puisse s'ennuyer
dans la pagaille tonitruante du monde,
dans ces brassages trépidants de controverses,
de conversations pleines d'opinions et de réactions,
sans jamais rien de profond.
Je ne sais pas ce qu'est l'ennui quand je suis seule.
Dans les distractions et les urbanités, je ne récolte que
la nostalgie de la solitude et des oiseaux.
Il ne reste que l'ennui quand personne ne vous regarde dans les yeux,
trop aliéné par la dernière torture électronique de masse
qui oblige à parler et trace vos compulsions, une petite boite d'acier
qui sonne sans relâche pour empêcher d'exister par soi-même.
Ici, entre quiétude et activité, un rien me chamboule.
Un coup de vent sur la toile de mon toit,
le thé qui frémit dans la bouilloire,
une musaraigne qui musarde dans le caniveau de la yourte,
une mésange picorant les fleurs de bruyère arborescente,
un outil réparé, un muret remonté,
le vert cru des salsepareilles jamais fanées,
l'escalier dégagé d'une restanque écroulée,
une fine averse sur mes plantations,
quelques gouttes de sueur au front,
un bourdon dodu et velu suçant le fond d'une corolle de jacinthe,
un pin abattu, un cerisier planté, des champignons débusqués,
noyaux, coques et pépins collectionnés qui brillent au soleil,
une allée défrichée et les racines des ronces séchant au soleil,
les rosettes appétissantes qui percent en terre inculte,
les bourgeons qui forcent les ramures,
ma grotte de fougères
que le soleil rasant illumine comme une cathédrale,
d'où j'observe la vallée et les sommets.
Et mon cœur palpite encore et encore
pour des détails que seul le repos intérieur débusque,
la nuée d'insectes au-dessus de l'arbousier,
la lumière oblique irisant les bannières turquoises,
les fils d'araignée scintillant sur les rochers,
le craquement du grand cèdre,
un papillon virevoltant, l'herbe qui gazonne autour du fumier,
et les délicieuses culbutes de Samaskotché,
mon petit lézard toujours aussi espiegle.
Et je m'exalte du ballet des passereaux se désaltérant dans un seau,
de la ligne épurée de l'Ikebana devant mon zafu,
de l'ébauche de topiaire que j'ai mis à grimper,
des cabrioles du petit écureuil revenu,
de l'arbre renversé près de la source
dont la souche arrachée ouvre une baignoire providentielle pour les bêtes,
et le faisan surpris,
et mon crapaud que je sauve d'une étreinte reptilienne,
échappant à la couleuvre noire dont les écailles miroitent au soleil
sur son tas de cailloux, qui s'enfuit quand je déboule, que je rassure en riant.
Et enfin, l'absence de pression, d'obligation,
la suspension prolongée des bruits du village,
un carré de chocolat au dessert,
une citation miraculeuse trouvée dans un livre,
et même le petit scorpion sous ma bassine.
Tout ce qui reste de l'holocauste de la nature par l'homme blanc est là,
permanent, furtif, bruissant discrètement,
qui tisse autour de la yourte une auréole de lumière, au milieu de quoi
je respire la sérénité d'une vie simple et sans artifices.
A la nuit tombée, seules deux bougies sur une coulée de cire perlée,
mes deux coudes posés sur la nappe, les mains jointes,
et le silence.
Ce n'est pas une attente, c'est une jouissance tranquille
qui, lentement, devient plénitude.
Je ne suis pas amoureuse, il n'y a personne, ni là, ni en pensées,
et pourtant l'amour envahit tout.
Deux bougies sur la table,
deux coudes posés sur la nappe et deux mains jointes,
un soir au coin du feu, dans une yourte.
Petites flammes jaunes dardées vers le ciel,
sans un bruit, sans un souffle,
bougies sur le chandelier doré à côté de mes coudes écartés,
soutenant mes mains jointes, et là,
dans cette yourte si fragile, si radieuse,
j'ai l'impression d'être au milieu du soleil.
La yourte de Valérie
Valérie s'est inspirée des plans trouvés sur Yurtao pour fabriquer sa yourte
dont l'idée lui trottait dans la tête depuis longtemps.
Elle a appris la couture sur le tas, suivant les conseils d'une couturière
ou guidée par son seul et puissant désir.
La mise en œuvre de la yourte par ses propres moyens
a opéré un véritable déclic dans sa vie.
Elle était aide médico-psychologique
et a choisi la rupture de contrat pour se libérer.
D'abord Valérie s'est lancée en fabrication d'une yourte prototype avec deux amis
et ensuite, avec l'aide de chantiers participatifs ponctuels.
La première yourte finie a été montée lors d'un chantier collectif
rassemblant une centaine de personnes !
Valérie y a habité quelques mois, ce qui l'a convaincu.
Elle s'est décidé à construire sa propre yourte en Juillet 2009,
et a commençé sa couture sur de la bâche de store récupérée.
Puis, alliée avec Jeanjean, couturier et musicien,
et un couple d'amis, Amandine et Fabio,
elle a eu accès au hangar de Erwan qui leur a offert assez d'espace
pour fabriquer trois yourtes en entre-aide mutuelle.
De là sont sorties les yourtes jumelles en patchwork.
Pour la structure, une coupe de bambous à Oudon, en bord de Loire,
a été négociée en échange d'aide à un paysagiste.
Les bambous ont été percé encore verts.
Pour la couverture, une grande chance s'est présentée :
une entreprise de store en dépôt de bilan qui allait se débarrasser de ses chutes à la benne, en a fait don gratuitement. Ce qui a permis à Valérie de fabriquer deux couches de toit,
ce que je recommande systématiquement pour les toiles acryliques.
Pour l'isolation, trente couvertures ont été achetées à Emmaüs,
qui s'ajoutent aux dons de quelques vieilles couvrantes des proches.
La fenêtre en cristal a été découpée dans un auvent de caravane abandonné.
La couronne,
fabriquée à partir de planches récupérées en déchèterie,
a été surmontée par une "Loveuse"
qui sert de chapeau à la yourte (cadeau d'Amandine et Fabio).
Les cordes pour assemblage du treillis et liens pour les perches du toit sont issues de la récupération des cordes de jambés qui ne sont pas réutilisées lorsque les musiciens changent la peau de leurs instruments, les autres longues cordes cousues dans du store.
Coût approximatif de cette yourte : 200 Euros!
- 50 E pour l'investissement de la machine à coudre, effectué en 2009 lors de la première yourte chez Michelle.
- 50 E pour la couture (aiguilles, fil...)
- 40 E pour les planches en pin maritime de la porte et son châssis, achetées dans une menuiserie.
- 40 E pour les planches de coffrage du plancher.
- 20 E pour le poêle à bois acheté dans un vide grenier.
« Au début, je me croyais anormale ! Mais j'ai appris, et c'est ça toute la magie du travail de la yourte, à me faire confiance. La petite graine que je crois avoir toujours eu en moi se renforce sur le terreau fécond de la fabrication de son nid.
Au début, la distance a été nécessaire avec ceux qui ne me comprenaient pas car je ne voulais pas me laisser infecter par le pessimisme.
Mais la décroissance n'est pas une lubie, c'est un bon sens inévitable.
De toutes façons, par mes origines, ayant vécu mon enfance dans une ferme familiale, j'ai appris à faire mon bois, aller chercher l'eau, à me débrouiller avec ce que j'avais sous la main et ne pas avoir trop de confort.
Choisir un mode de vie dans lequel se sentir vivant
Laisser le cœur nous guider
Sans avoir peur
Avancer vers ce qui nous fait vibrer
Ne rien lâcher
Ni remord ni regret, tout digérer
Créer, résister
Accepter et continuer
Avoir la certitude que l’on peut toujours recommencer
Ici, ailleurs, maintenant, dans une autre vie
Se souvenir de la vibration
De la lumière
Des couleurs
De Ce rêve
De cette rencontre
De ce cœur et ce corps en expansion
Expérimenter de tout son être chaque minute, chaque seconde
Défaire les nœuds, UN par UN
Y passer cette vie s’il le faut
Regarder la souffrance
Observer le bonheur
Se libérer, s’unifier
Mettre fin à la dualité.
Sans se laisser, sur les pieds, marcher par les lois
de ceux qui voudrait nous voir esclaves et soumis
Créer nos modes de vies, cheminer vers l’éveil,
ne pas louper le réveil, dring, dring!
Devenir CHEYEN !
Merci à Michelle, François, à Erwan, Jean jean, Fabio et Amandine, à Guillaume, Dorette et José, à Francoise et Vincent, à Stéphanie et Vincent, à ma famille, à Bernadette et à Sylvie B!!!
Merci pour la confiance que toutes ces rencontres m'ont transmis, au travers de leurs regards, de leur aide, de leur soutien, leurs sourires, leurs doutes, leur écoute, leur exemple, leur amour.
Yourtes multicolores
Je suis heureuse de vous présenter ici le travail très coloré de deux jeunes yourteurs auto-constructeurs.
Leurs œuvres me réjouissent particulièrement le cœur, un peu comme une maman serait fière de ses enfants, parce qu'ils se sont inspirés de Yurtao, non seulement pour s'engager résolument dans la Voie de la yourte, mais aussi pour interpréter très joliment techniques et trouvailles racontées sur ce blog.
Quelques uns de mes lecteurs savent que la perte tragique de ma fille m'a forcé à transcender l'instinct génératif en une sorte de maternité spirituelle. Par la transmutation de la yourte en utérus cosmique, la maman de chair s'est essentialisée en une filiation plus collective.
En offrant mon travail d'auto-constructrice et de pionnière en partage, en élaborant au jour le jour une éthique de la yourte occidentale, en élargissant une problématique privée en cause politique publique, en montrant par l'exemple et la sincérité que changer de vie en renonçant au confort et à la consommation outrancière est non seulement possible mais hautement souhaitable, en apprenant à défendre l'émergence d'un peuple de la résilience de façon de plus en plus incisive, il semble que j'ai contribué à amorcer des prises de décision, des ruptures salutaires, des bifurcations thérapeutiques, des résolutions et des transformations merveilleuses.
Aussi je suis toujours très touchée lorsque certains expérimentateurs me font témoignage de l'influence que mon combat et ma transmission ont eu sur leur propre cheminement et leur évolution.
Les yourtes jumelles de Valérie et Jeanjean, fabriquées dans le même hangar en 2009 en Loire Atlantique, avant de suivre des routes séparées, sont, à ma connaissance, les premières yourtes auto-construites en patchwork après les miennes, bricolées en Cévennes au milieu des années 90.
Je ne fabrique plus moi-même de yourtes, me contentant d'entretenir celles où j'habite, aussi je ne peux m'empêcher, en voyant la floraison créative et l'engagement de plus en plus irréversible de nombreuses belles personnes sur la Voie de la yourte, remplies d'un esprit de simplicité et de respect de notre mère la Terre, d'éprouver une grande satisfaction à participer à l'engendrement d'un avenir assuré par une si belle relève.
Texte, photos et yourte de Jeanjean:
Dans mon appartement en ville
Je me sentais triste et fragile...
Un soir je me suis écroulé
Sur le lino de la cuisine.
Je ne pouvais plus supporter
Ces gens moroses aux tristes mines.
J'avais beau faire de la musique
Rien n'y faisait
La couture et la gymnastique
Me déprimaient.
Y'avait l'eau chaude
Et puis l'élec'
De quoi je me plaignais ??
Sans dec' !!!!
Ça ne rimait pas à grand chose.
La vie, je n'la voyais pas rose.
Tous ces gens qui vivent entassés
Et qui oublient de vivre ensemble.
Leur cœur d'enfant est fracassé
C'est la tristesse qui les rassemble.
C'en est trop, je veux vivre ailleurs
Dans un monde sans argent ni heure
Où je prendrai le temps de vivre
De voyager, lire des livres.
Je veux construire ma cabane
Avec ce que je trouverai
Et déménager à dos d'âne
Laisser le faux garder le vrai.
C'est à force de prier tout haut
De faire le mort, de faire l'idiot,
Qu'un jour le monsieur de l'agence
M'annonce la date des vacances.
Mon appartement est vendu,
Dans deux mois, je suis à la rue.
La nouvelle me casse le moral
Mais la Vie fait les choses pile-poil.
Car heureusement, il y a Marco
Cet homme étrange au grand chapeau,
Il est un peu déboussolé
Mais il m'accueille bien volontiers.
Marco picole pour oublier
Que son ex' a voulu le tuer
Et, s'accrochant à sa bouteille,
Entre deux verres, il me conseille.
"Tu d'vrais t'ach'ter un bout d'terrain
Tu pourrais y planter ta Yourte
Celle dont tu m'parles soir et matin
Vas-y, fonce coûte que coûte !!!"
Rêver c'est bien, ça mange pas d'pain
Mais un jour, faut réaliser
En utilisant ses deux mains,
Avec joie et habileté.
A l'anniversaire de Michelle,
Les étoiles ont tout arrangé,
Elles nous ont redonné des ailes
Et la p'tite flamme s'est rallumée.
J'ai rencontré chez cette amie
Une Lutine pleine de Magie.
Les étoiles nous ont réunis
Jeanjean et la Fée Valérie.
C'est grâce à elle, j'en suis certain
Que j'ai déposé mon armure
En construisant de mes deux mains
Une maison sans plafond ni murs.
Merci Valé, d'avoir été
Glaner sur les chemins du vent
La précieuse toile colorée
Que nous envie l'esprit d'Antan.
Elle fait sourire les chasseurs
Et même les agriculteurs
Et cela fait bientôt 1 an
Que ma Yourte brille tranquillement.
Merci ô oui! ô Grand Merci!
A tous ceux qui nous ont permis
D'ouvrir les yeux un peu plus grand
Et de guérir nos cœurs d'enfants.
A Marco, à Michelle et François, aux deux Erwan,
à Fabio et Amandine, à Benoît, à Yvonnick et Julia,
à tous ceux que j'aime et sur qui je peux compter.
A Sylvie, pour nous avoir montré la Voie.
A l'Univers pour nous avoir fourni les matériaux.
Et surtout et surtout à Toi, Valérie...!!
Journée des femmes: la grève des ventres.
Une yourte à soi.
Jamais il n'y a eu autant d'économistes, de banquiers, d'experts financiers,
et jamais autant de pauvres, de plus en plus pauvres.
Jamais autant de lois pour protéger la liberté
et jamais autant de psychopathes et de pédophiles au pouvoir.
Jamais notre progéniture n'a été tant comblée,
et jamais autant de kalachnikovs et d'engins de guerre
n'ont été fabriqués à la seconde dans autant d'usines d'armes.
Jamais autant de quantité de blé, de riz, de soja
et jamais autant d'enfants en train de mourir de faim.
Toujours plus d'aliments et de médicaments
et toujours plus de cancéreux et d'alcooliques.
Jamais autant de prostituées, de pornographie,
aussi peu de tabous sexuels
et jamais autant d'humiliations des femmes,
autant de tabasseurs et de violeurs.
Jamais autant d'historiens, de fouilles et de musées,
et jamais aussi peu de mémoire et si peu d'avenir.
Jamais autant d'instruction, de déductions et d'innovations,
d'équations résolues, d'incollables aux chiffres et aux lettres
et toujours aussi peu de sagesse.
Toujours plus d'informations, d'actualités, d'exhaustivité,
d'émissions savantes, de liberté de choix,
et toujours aussi peu d'écoute.
Jamais autant de gens qui voyagent partout, dénoncent des abus,
s'indignent dans les rues,
inventent des produits révolutionnaires, annoncent des changements
et jamais aussi peu de nouveautés dans les systèmes et les régimes,
toujours autant d'engrenages, toujours plus d'aliénation.
Toujours plus de désastres, mais jamais ils ne reconnaissent leurs erreurs.
Alors, au lieu de céder son corps corvéable à la spirale d'une économie délirante,
son corps sexué au voyeurisme
et au ridicule sur les affiches et les écrans,
son corps biologique au démembrement
et à la fragmentation des laboratoires,
son corps physique au martyre des traditions de domination masculine,
son corps reproductif aux trafiquants d'utérus et d'embryons,
son corps affectif aux torchons médiatiques,
son corps de beauté aux scalpels,
hormones et silicone,
son corps identitaire aux faschismes de chapelles,
et son corps de rêve
aux rails formatés des fantasmes de masse,
il serait temps de se refuser et de réaliser
que la femme peut cesser de faire aussi mal que l'homme,
ne plus en rajouter dans l'escalade du pire.
La dérobade des femmes musulmanes se cachant sous un voile tient plus de cette volonté de résistance, et pas, comme tentent de le faire croire les phallocrates occidentaux et leurs suffragettes intellos, d'une soumission aveugle à un ordre patriarcal archaïque.
C'est bien pourquoi les impérialistes, sous couvert de laïcité, sont si virulents contre quelques malheureux bouts de tissu, qui menacent non pas les valeurs de la République, mais bien leur suprématie de coqs de basse-cour.
Nous sommes au bord du gouffre. Il n'y aura pas de sauveur.
Des milliards de tas de ferraille motorisés
qui passent sur le corps de notre mère la Terre
en dégageant des gaz mortels,
les sols épuisés, les semences naturelles confisquées,
les eaux infestées, la faune exterminée,
résonne dans le ventre des femmes comme un viol collectif.
Alors, s'il apparaît que l'homme, qui n'arrive plus à trouver ses limites,
pèche par excès, la première des évidences
est de ne pas accompagner sa pulsion;
la seconde de l'aider à trouver le frein.
Et finalement, s'il ne veut rien savoir
et qu'un moratoire à l'extinction humaine s'avère objectivement urgent,
il reste une solution : la grève des ventres.
La pilule contraceptive renforce la suprématie technologique en étendant la domination scientifique sur le corps des femmes, en disqualifiant, au dépend de la complicité somatique et de l'écoute de soi, la vraie responsabilité personnelle.
Il est plus facile, pour avoir la paix vite fait, d'avaler un poison, qui profite aux actionnaires du désastre, que de dire non à son compagnon, lui expliquer l'abstinence quand on n'a pas envie, qu'on a ses règles, sa période ovulatoire ou son nouveau contrat moral envers soi-même et la terre.
Plus facile de toujours en rajouter, même quand il faut se reposer.
Pilules pour se réveiller, pilules pour s'exciter, pilules pour se calmer, pilules contre l'angoisse, pilules pour maigrir, pilules pour dormir, jamais s'arrêter d'avaler, alors que tout, en soi, a depuis longtemps commencé à vomir.
Il est plus facile de laisser les mâles continuer à nous sauter dessus comme des sauterelles sur un champ de maïs que d'exiger une chambre, une yourte à soi, pour écouter son corps, ses rythmes, ses accords lunaires, son ovulation, ses désirs profonds, ses rêves, apprendre à se respecter, se faire respecter.
Nous, les femmes, qui avons abandonné notre fertilité, la reproduction et la survie de l'espèce à la cupidité des despotes misogynes, aux labos capitalistes et aux industries productivistes, en payons de plus en plus le prix dans nos corps.
Mais quand nous relevons la tête de nos symptômes dégénératifs, ce que nous voyons, ce n'est pas seulement la pandémie qui nous castre de nos seins, nos utérus et nos ovaires, c'est l'immense et irrémédiable pollution de notre environnement,
que nos enfants payeront pour des siècles et des siècles.
Je ne crois pas que les femmes qui n'ont pas faim puissent s'offrir plus longtemps
le luxe d'éviter de prendre position.
Il est temps de refuser de coopérer à l'avilissement et la destruction programmés,
temps d'apprendre à aimer autrement qu'en rampant.
Nous avons toutes, au fond de nous, une lueur de vérité,
un éclair de lucidité, qui n'attendent qu'une pause, une fatigue,
un essoufflement, une saturation, parfois une maladie, pour se manifester.
Cet appel intérieur, ce plus profond en soi
qui patiente avec une insistance discrète, risque de disparaître
si nous cédons trop souvent aux injonctions extérieures,
engloutissant toute résurgence de bon sens.
Cette pause, cet espace à soi réapproprié entre deux agitations,
ce souffle puissant qui gît par delà les compromissions d'un monde emballé
c'est ce que craignent le plus les exploiteurs.
Quand on cesse d'ajouter à l'escalade,
le courage de résistance est stigmatisé comme une faute si ce n'est un crime
et déclenche la chasse au déserteur. Au moindre répit,
ils nous matraquent d'accusations pour que,
lors de ces silences si rares qu'on prend le temps de puiser en soi,
l'impression d'être des voleuses et d'échapper à ses devoirs
nous gâche l'envie de recommencer.
Là est la plus grande mystification.
Car, une chambre à soi,
une cabane à soi,
une yourte à soi,
est bien, pour les femmes,
en deçà de toute indignation, revendication, organisation,
une étape incontournable sur la Voie qui libère.
Encore un procès à Nimes contre une famille en yourte!
Voici un communiqué de Stéphanie et Amidou Chateau
La liberté, c’est choisir son mode de vie
Depuis longtemps, nous avions décidé de vivre en yourte dans la nature
pour offrir à nos enfants une vie plus saine.
Le 1er février 2010, nous nous sommes installés à Lagnes sur des terres privées dont nous sommes usufruitiers par bail agricole.
Nous sommes éleveurs enregistrés à la MSA et futurs agriculteurs. Nous produisons nous-même une grande partie de notre alimentation, notre électricité, utilisons l’eau du puits, des toilettes sèches et retraitons nos eaux grises par phyto-épuration, le tout dans un souci constant de l’écologie.
La législation étant confuse en matière d’habitat démontable, nous avons du nous contenter de l’accord verbal du Maire pour légitimer notre « ferme éco-nomade ».
Cependant, dès le 17 février 2010, nous avons fait l’objet de poursuites administratives de la part de la Mairie, puis de la DDT et enfin, du Parquet qui nous a intenté un procès en correctionnelle, le lundi 29 août 2011 à 14 heures au T.G.I d’Avignon, pour non-respect du permis de construire et du Plan d’Occupation des Sols.
Hors, une yourte n’est pas une construction mais bel et bien une tente.
Nous avons gagné le procès en première instance,
mais le Parquet a fait appel et nous sommes maintenant convoqués
le vendredi 9 mars 2012 à 8 h 30 à la Cour d’Appel de Nîmes.
De part la logique et le bon sens, notre installation est légitime : nous trouvons une solution à la précarité de l’habitat, devenu rare et cher, ainsi qu’à la catastrophe écologique liée à l’exploitation industrielle de la planète.
Nous réhabilitons des terres abandonnées, envahies par la pinède, et donc dangereuses.
Nous participons au retour à une économie locale et équitable.
Les installations comme la nôtre sont, pour l’instant, montrées du doigt et subissent des persécutions administratives.
Pourtant, nous sommes persuadés, comme beaucoup de gens aujourd’hui, que cela représente des solutions viables, écologiques, économiques et durables pour l’humanité.
Nous avons le devoir de laisser une Terre propre à nos enfants !
Amidou, Stéphanie et leurs enfants: 06.79.09.48.50 / 06.84.19.78.12.
L'association CHEYEN,
Coordination des Habitants en Yourte sur Espaces Naturels,
avec Marie et Thierry, des yourtes de Belvezet,
seront présents au tribunal de Nimes le 9 Mars afin de soutenir cette famille.
Nous vous invitons à nous rejoindre.
VIVE LES YOURTES !
Article sur Midi-Libre Nîmes sorti le 5 Mars
11 Mars, après l'audience, de la part de Stéphanie:
bonjour a tous! alors ca y est le procés est passé,
et ça c'est bien passé dans le sens ou nous avons pus expliquer
notre position et nos motivation,
tout c'est passé dans le respect de l'autre.
La parties adverse (ddt,procureur) avait evidement mieux preparé le dossier
que la derniere fois ... mais c'est le juge qui décidera .
LE DELIBERE SERA RENDU LE 13 AVRIL,
alors encore plein de pensés positves jusque là !!!
Merci a tous pour le soutien !
Article journal "La provence" du 11 Mars
Voir le compte rendu de l'audiencedu 9 Mars là
Référé gagné pour les yourtes au TGI de Nîmes!
Ordonnance de référé rendue le 15 Février 2012, Nîmes.
(Voir l'histoire de Marie et Thierry là:
http://yurtao.canalblog.com/archives/2012/01/31/23385716.html)
Débats tenus à l'audience du 1 Février 2012.
Par exploit d'huissier en date du 17 janvier 2012, la partie demanderesse la commune de Belvezet assignait Thierry Laurent et Marie Laurent devant le Juge des référés du Tribunal de grande Instance de Nîmes aux fins suivantes:
- Ordonner l'enlèvement de toutes les installations existantes et la remise eu l'état antérieur des parcelles cadastrées E 282 et E 285 des consorts LAURENT, sous astreinte.
- Autoriser en tant que de besoin cette remise en état par la commune aux frais et périls des défendeurs.
- Paiement de la somme de 1.000,00 euros sur le fondement des dispositions de l'article 700 du Gode ut Procédure Civile;
A l'audience ou l'affaire a été retenue, la partie défenderesse à comparu et conclu ainsi:
- Débouter la commune de Belvezet de ses prétentions,
- Paiement dé la somme de 1 000,00 Euros sur le fondement des dispositions de l'article 700 du Code de Procédure Civile;
SUR CE:
Attendu qu'il est reproché à la partie défenderesse d'avoir implanté sur deux parcelles sises en zone NC et ND du POS de Belvezet deux yourtes, une caravane pourvue d'un auvent, un véhicule Volkswagen sur cales, divers matériels et un cabanon à usage de toilettes sèches.
Attendu que la caravane est utilisée comme lieu de stockage de matériel à usage agricole et aucunement comme lieu d'habitation, ainsi qu'il ressort du constat d'huissier versé au débat.
Qu'aucune preuve n'est rapportée d'une destination à l'habitat.
Attendu que les consorts LAURENT soutiennent que le cabanon à usage de toilettes sèches occupe une surface inférieure à deux mètres carrés, et ne nécessite dès lors aucune autorisation administrative. Qu'aucune preuve contraire n'est rapportée, notamment aucune mesure de la surface.
Attendu que le véhicule Volkswagen est actuellement sur cales, mais qu'il n'est pas démontré qu'il ne puisse retrouver une mobilité suffisante simplement au remontage de ses roues.
Que les divers matériels décrits par l'huissier ( cuves...) ne sont pas des immeubles.
Attendu enfin qu'aucune définition juridique officielle de la yourte n'existe de façon incontestable.
Que le dictionnaire Larousse donne de la yourte la définition suivante :
"Tente en feutre, chez les Mongols".
Que BELVEZET n'est certes pas en Mongolie, mais qu'aucun élément de preuve ne vient combattre la définition de "tente" susvisée, ce d'autant qu'aucune installation fixe (toilettes, réseaux) ne vient arrimer cette yourte au sol de façon inamovible.
Attendu qu'il convient de rappeler que la qualité d'agriculteurs est reconnue par l'administration aux consorts LAURENT, et qu'aucune des installations susvisées ne surpasse les nécessités d'une exploitation agricole de faible rendement destinée à la vente directe sur le marché.
Qu'il y a donc lieu de débouter la Commune de BELVEZET de l'ensemble de ses prétentions.
Qu'il n'y a pas lieu de faire application à l'espèce des dispositions de l'article 700 du Gode de Procédure Civile, ni dans un sens ni dans l'autre;
Que les dépens doivent demeurer à la charge de la partie demanderesse.
Au principal, le Juge des Référés, statuant publiquement, par décision contradictoire et en premier ressort;
Déboute la Commune de BELVEZET de l'ensemble de ses prétentions à l'encontre de Thierry et Marie LAURENT.
Dit n'y avoir lieu à application des dispositions de l'article 700 du Code de Procédure Civile au profit de l'une ou l'autre partie.
Rejette toute prétention contraire ou plus ample.
Laisse les dépens des présentes à la charge de la partie demanderesse, la Commune de Belvezet;
Ainsi prononcé et signé du Président et du Greffier.
Appel à solidarité pour un yourteur expulsé!
Laurent, la cinquantaine, adepte du surf sur les côtes landaises, a posé deux yourtes (25 et 35 mètres carrés) sur son propre terrain d'un hectare entre Mont de Marsan et Dax, une région très cotée tenue par la maffia économico-politique.
Ayant vécu souvent à l'étranger dans des cabanes en bambous, comme au Mexique où il était pécheur au gros, une pèche très sportive qu'il a du abandonné sous la pression du racket des gangs, il a préféré, en revenant en France, continuer son mode de vie frugal en habitant dans ses yourtes.
Malheureusement son terrain est situé dans une enclave de la Safer et dans la zone des Barthes de la Dourre, très convoitée.
Extrêmement traumatisé par un très grave accident de voiture en 2009, survenu alors qu'il voyageait pour son activité de vente de produits gastronomiques dans les foires, où un semi-remorque, en pleine ligne droite, a tué sa compagne et collègue, il se considère comme un survivant.
Il se retire pour cuver son deuil en solitude sur ses terres.
Lorsqu'il est menacé par la mairie de Biarrot au sujet de son installation légère, il est encore abasourdi par cet enchainement de mauvais sort. Il tente de se défendre seul. Mais il sait qu'il a peu de chances contre les collusions d'intérêts entre mairie, chasseurs et propriétaires fonciers. Il se présente sans avocat au procès qui lui est intenté au Tribunal de Grande Instance de Dax.
Condamné le 14 Février 2012 à démonter ses yourtes dans les quatre mois sous peine d'amendes journalières par jours de retard, il renonce à se battre contre de trop gros adversaires et cherche donc un nouveau terrain dans une région moins soumise à pressions foncières et immobilières.
Il serait tenté aussi par intégrer un collectif d'habitants en yourtes.
CHEYEN, Coordination des Habitants En Yourte sur Espaces Naturels,
appelle tous ceux qui pourraient aider Laurent,
en lui proposant un emplacement, un terrain, un projet,
à répondre à cette annonce, en rédigeant un commentaire à la suite de ce message.
VIVE LES YOURTES !
.................................. !
PS: suite à plusieurs demandes,
j'ouvre une nouvelle catégorie de messages pour vos petites annonces.
Si vous voulez passer une annonce sur ce site,
il vous suffit de cliquer en bas à gauche sur "contacter l'auteur".
Il faut évidement que ça concerne tout ce qui touche aux yourtes et à l'installation.
Ce site est visité actuellement, en Février 2012, par environ cinq cent visiteurs par jour, et ce, sans aucune démarche lucrative, ni même de référencement.
Vous pouvez soutenir la cause des yourtes
en adhérant comme membre sympathisant à l'association CHEYEN.
Appel CHEYEN aux candidats à la présidentielle.
De plus en plus de personnes en difficulté de logement, d'emploi, de santé, inventent des solutions et de la résilience face à la crise économique et écologique grâce à de nouveaux modes de vie ruraux.
Par exemple, de nombreuses familles en quête de terres à cultiver sainement s'installent dans des habitats alternatifs, légers, mobiles ou démontables, parfois auto-construits.
Elles inaugurent un mode de vie sobre et cohérent et adoptent la simplicité volontaire en habitant dans des constructions ou des installations légères en matériaux naturels biodégradables et/ou recyclables. Elles développent une autonomie énergétique, innovent avec des techniques de culture respectueuses de la terre, des sols et de la nature, offrent des produits de terroirs de qualité dans des circuits de proximité. Elles se responsabilisent, s'intègrent dans les territoires, et ne veulent pas être assistées.
Malheureusement, cette réponse populaire spontanée à la crise, bien qu'exemplaire, est stigmatisée par les exécutifs de l'État, tels que les DDT en appelant abusivement à un code de l'urbanisme qui pourtant ne s'applique pas au camping, par des maires intolérants, diabolisant « la différence » pour manipuler leurs électeurs, par des procureurs chargés « d'en haut » « d'éradiquer ces gens-là », dixit un magistrat s'adressant à une bergère d'estive accusée de vivre en yourte...
Des campagnes de dénonciation et de délation ont été orchestrées à la limite de la légalité par des préfets et des élus locaux, pour mener une politique arbitraire de décabanisation, au profit de trusts immobiliers ou touristiques de luxe. Par exemple, une charte de bonne conduite publiée par le préfet de l'Ariège demande aux CAF, à EDF, aux notaires, de dénoncer systématiquement tous ceux qui habitent différemment, pendant que les hélicoptères sont envoyés traquer les réfugiés forestiers.
Les habitants sont soumis à de sévères discriminations : refus d'accès aux réseaux, du droit de vote, d'inscription à l'école, dénonciation abusives aux services sociaux pour retirer la garde des enfants. Certains sont poursuivis en justice pénale. Plusieurs ont été expulsés, allant grossir le rang des SDF, des chômeurs et des suicidés, alors qu'ils avaient trouvé une solution rationnelle et honnête, non seulement pour vivre dignement de leur travail, mais aussi pour dynamiser des régions oubliées.
Cette situation profondément injuste et absurde ne peut plus durer.
Nous demandons à tous les candidats à l'élection présidentielle de prendre en considération ces situations dans nos communes et de protéger les initiatives citoyennes au lieu d'envoyer les bulldozers et actionner le karsher.
Nous demandons que le prochain(e) président(e) envoie des directives claires dans les ministères et les exécutifs régionaux pour que les foyers des habitats modestes et légers ne soient plus exposés à la répression comme exutoires de la frustration sociale, et qu'ils puissent continuer à expérimenter une solidarité citoyenne engagée envers l'état du monde.
Nous avons évité le pire en 2011, grâce au conseil constitutionnel qui a rejeté l'article 32 ter A de Loppsi 2, voté sans sourciller par l'Assemblée Nationale et le Sénat pour évacuer tous les campements de France en 48 heures sans procès.
Nous ne voulons pas de nouvelles lois pour nous ghettoïser ou nous soumettre à un régime d'exception, mais un engagement ferme de l'État à soutenir toutes initiatives en installation légère respectueuses de l'environnement.
Nous demandons :
-
La cessation immédiate de toutes les poursuites judiciaires contre des habitants pour le seul fait de leur choix de mode d'habitat.
-
La simplification des procédures de récupération des terres vacantes et incultes.
-
Un quota de terrains mis à disposition dans chaque commune pour des projets d'installation en agriculture biologique, de subsistance prioritairement.
-
La gratuité du foncier pour les installations expérimentales autonomes à empreinte énergétique nulle.
-
Des terrains de transit décents aménagés pour des familles en cours de relogement et d'insertion.
-
L'intégration dans les plans locaux d'urbanisme de zones réservées à l'habitat léger écologique.
-
Des normes de salubrité prenant acte de la diversification des modes d'habitat: pas d'obligation à la consommation d'équipements lourds et sophistiqués, mais prise en compte, par un impôt ajusté notamment, de la dette écologique et de l'utilité durable de la sobriété pour le bien commun.
-
La protection de la liberté du camping hors des terrains réglementés.
-
L'accès de tous aux droits civiques sans discrimination du mode d'habitat.
CHEYEN : Coordination Des habitants En Yourtes sur Espaces Naturels
Télécharger l'appel:
Appel_cheyen_aux_candidats___la_pr_sidentielle
Victoire pour les yourtes paysannes de Belvezet!
Suite au procès intenté par la mairesse de Belvezet contre Marie et Thierry,
habitants sur leur propre terrain dans deux yourtes,
nous avons la joie de partager avec vous la bonne nouvelle:
le juge a approuvé les arguments de la défense des habitants des yourtes.
Ce procès est donc gagné pour la cause de ce couple de maraichers,
la mairessse ne fera pas appel,
et pour la cause de l'ensemble du peuple des yourtes.
C'est un grand soulagement!
Voir l'ordonnance de jugement là
Vive les YOURTES!
Yourtes d'hiver
Habiter dans une yourte ou une cabane quand il fait beau et chaud, c'est facile.
Quand il gèle, qu'il neige, qu'il vente ou que la tempête se déchaine,
c'est une autre paire de manches.
Pourtant, ce n'est pas moins bien où plus dur que dans une maison ou un appartement.
C'est simplement une question d'organisation.
Si ce mode de vie est un choix, alors on s'est forcement organisé un minimum.
On a pas tout délégué aux assurances, aux banques et aux spéculateurs.
On s'est réservé une part d'imprévu mais on a pas oublié qu'il y a encore des saisons.
Pendant que le pouvoir claironne dans les médias et les lieux publics
des avertissements débilitants entretenant la terreur contre le dernier ennemi national, le froid ;
pendant qu'on nous serine des pléonasmes hypocrites,
du genre « si vous voyez un SDF en difficulté, appelez le 115 »
alors que le simple état de SDF en hiver est en soi-même une difficulté majeure,
et qu'un SDF en difficulté n'est vraisemblablement déjà plus qu'un cadavre encombrant ;
pendant que la France entière relègue aux gémonies ses protestations antinucléaires en tremblant de trouille qu'EDF sature,
les habitants des yourtes, eux, se contentent de mettre en œuvre ce qu'il ont prévu pendant les beaux jours.
Déjà, ils restreignent leur espace vital.
Ils n'ont pas de chambres gelées au fin fond d'un couloir glacial à réchauffer.
S'ils sont plusieurs, en famille ou en collectif,
ils savourent les joies archaïques de se pelotonner au coin du feu en se racontant des histoires.
Et le petit garçon habitué à pianoter sa solitude sur son ordi dans sa chambre fermée
attend avec impatience, mais en secret, de crainte de sombrer dans une honteuse « différence »,
le jour de sa visite non virtuelle à sa grand-mère,
la dingue obstiné, qu'en d'autres siécles on consultait cérémonieusement sur la marche du temps,
qui barjotte au fond de sa yourte là-haut sur la colline,
alors que tous ceux qui lui veulent du bien lui ont interdit de vivre comme ça,
en plus sans portable, c'est de la provocation.
Le môme et la vielle folle, ils chantent ensemble les merveilles d'une balade dans la neige,
étalés côte à côte près du poêle, et ils s'endorment là, sur les miettes d'un éternel pique-nique,
bien au chaud dans leurs duvets, à contempler les lueurs des flammes dansantes.
Car forcement, dans la yourte, on a un bon petit poêle,
compagnon le plus indispensable pour traverser l'hiver. On l'a ramoné, récuré, réajusté.
On a récolté du bois, on a abattu un ou deux arbres, on a scié, fendu, entassé.
On a stocké épines et pommes de pin, brindilles et branchettes,
et on en a couvert une partie si on a pas d'appentis.
Sur le poêle, on fait tout : on cuisine, on mitonne, on marmite,
tout ce qui sur le réchaud coûterait la peau des fesses
et une collaboration honteuse au massacre du peuple syrien
malencontreusement placé sur la route de nos approvisionnements en gaz,
les pois chiches, la potée de choux, les lentilles, la guen maï, le pot au feu.
On maintient thé et tisanes toujours dispos pour un passager ou un invité.
On fait chauffer l'eau de la toilette,
on fait sécher le linge sur une cordelette courant entre deux perches,
on brûle ses déchets, on fait fondre la neige ou la glace,
on décongèle ce qu'on a laissé dehors dans le frigo naturel.
On récupère les cendres pour la lessive et le récurage des casseroles,
on en répand sur la terre acide.
On peut s'être construit en été une réserve d'eau de pluie en pierres, bétonnée,
mais c'est souvent un luxe. Alors on casse la glace pour puiser son eau,
dans le ruisseau si on a la chance d'en avoir un accessible,
ou dans la cuve de récupération en-dessous de la yourte.
En se demandant comment font les oiseaux pour boire en ce moment.
Du coup, on leur offre une soucoupe à l'abri, pas loin des graines mélangées à la graisse
qu'on a suspendu en face de la fenêtre.
On stocke son eau filtrée dans des bidons au chaud dans la yourte et on rationne sa consommation.
Un bol suffit au débarbouillage. Deux carafes pour le décrassage hebdomadaire.
On fait sa vaisselle en trempant le doigt dans son thé.
L'heure du grand nettoyage viendra avec le printemps.
La chaleur est précieuse, l'eau est précieuse.
Le feu est vivant, on apprend à contrôler ses humeurs, on comprend l'énergie, le bois, la lumière.
L'eau est vivante, elle se transforme au grè des fluctuations de l'air, du soleil, des températures,
la neige est merveilleuse, elle isole du grand froid, elle réduit au silence tout ce qui bouge,
elle amortit la vie, elle incite au repos, à la méditation, à l'éblouissement.
On fait son trésor des choses simples et vitales et on est content.
Le froid n'est pas un terroriste, pas une pandémie, pas un complot,
c'est un allié qui réintroduit une hiérarchie naturelle dans l'ordre des choses.
Il suffit de le prendre très au sérieux, très en considération, de ne jamais l'ignorer, le mépriser, le provoquer.
Il faut l'aimer, l'écouter et apprécier à quoi il sert.
Rien des gestes élémentaires qu'il suscite n'est une corvée.
Ce n'est pas parce que les travaux domestiques sont vitaux, imposés par les lois de la survie,
qu'ils sont dégradants et aliénants. Au contraire :
le travail qu'on accorde à ses véritables besoins prend tout son sens,
et le sens retrouvé de la vie rend heureux. On est son propre patron,
et si on commet une erreur, on en paye le prix sans protester, en rectifiant le tir la prochaine fois.
Si on a mal monté sa yourte, mal cousu les jointures de la toile, mal isolé son toit,
oublié de lester la structure, laissé la moindre prise d'air,
voulu faire des économies sur la quantité des perches ou l'épaisseur de la couronne,
on ne sera pas sanctionné par les agences de notation.
On est seul démiurge de ses obsolescences, ses mal-façons, ses évaluations foireuses,
simplement parce qu'on a choisi l'auto-construction et l'autonomie,
et que, sans argent, ça signifie revenir à l'essentiel, au basique.
On risque de se retrouver à poil en pleine nuit sur son lit avec la yourte envolée
en train de tourbillonner en bas du champ dont on a mal estimé l'exposition.
Mais on ne descendra pas dans la rue pour protester contre ceux qui nous volent nos vies,
on descendra en bas du pré récupérer les lambeaux de sa maison de tissu qu'on a pas bien arrimée.
Et on ne trouvera plus superflu de se tailler de bons piquets en châtaigner ou en acacia.
On réfléchira à ce qui n'a pas fonctionné, qu'on a sous-estimé,
au lieu de râler contre les vendeurs pourris, tous pareils,
et avec un peu de persévérance, on recommencera en ravalant ses reproches.
On se laissera gentiment éduquer gratis en auto-formation sur le tas,
la nature est une formidable maîtresse.
Elle sait dénuder sans humilier.
Elle ne vous désape pas pour vous jeter en pâture aux prédateurs du capitalisme.
Elle prévient, elle impose des lois beaucoup moins torturées
que celles des despotes en tout genre du fascisme et de la démocratie productiviste.
Alors, au lieu de s'endurcir contre cette société de merde,
on deviendra moins arrogant et moins prétentieux, parce qu'on aura compris,
avec l'ampleur de sa vulnérabilité, ses limites, et les moyens personnels dont on peut,
en pays riche au climat tempéré, disposer pour changer sa propre existence.
De plus, par sa sobriété et sa frugalité,
on contribuera à ne pas amplifier le dérèglement climatique, économique et politique.
D'avoir pris le risque de goûter à la liberté qu'engendre une leçon d'humilité bien acquise,
on se sentira proche de tous ceux qui, depuis des millénaires,
ont appris à se protéger des extrêmes climatiques avec les moyens du bord et un mode de vie équilibré,
tous ces « primitifs » que nous spolions de leurs ressources
et exterminons grâce à notre idéologie meurtrière du progrès,
ces indigènes amoureux de leur terre qui savent exister
sans mettre en danger de disparition la planète et l'espèce humaine toute entière.
De qui nous avons hérité de la yourte,
et à qui nous devons, pour cette imperturbable sagesse, le plus profond respect.
Ce qui me paraît un bon début pour la révolution.
Chronique d'un référé expulsion au tribunal de Nîmes contre des agriculteurs bio en yourtes.
Ils étaient citadins, ils sont campagnards.
Ils étaient bouquinistes, ils sont devenus maraichers biologiques.
Ils étaient locataires en dur, ils sont habitants en yourtes.
Voici l'histoire de Marie et Thierry, un couple de quadras courageux, menacés de démolition, victimes d'abus de pouvoir d'une mairesse ultra procèdurière. Un modèle de machiavélisme et de mauvaise foi pour tous les opposants aux yourtes.
Mais ce couple est combatif et n'entend pas baisser les bras.
Ils ont la pêche des débuts, et n'iront pas enfler les abominables statistiques dénombrant 400 suicides de paysans l'année dernière en France, passés honteusement sous silence.
Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789:
Article 5 - La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.
Article 12 - La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.
Ils ont habité la banlieue, les cités, ils étaient salariés, vendeurs, éducateurs, chauffeurs. Dynamiques, adorant la vitalité et la mixité sociale de leur quartier à Sarcelle, ils ont fondé une association pour monter un carrefour culturel et une salle de musique. Grâce à leur travail bénévole acharné et enthousiaste, le projet a remporté un franc succès et une certaine notoriété. Les élus ont reconnu sa viabilité, son sérieux et son utilité et ont promis un gros budget pour agrandir les locaux. La perspective de l'argent a excité des partenaires et déclenché des conflits de pouvoir, jusqu'à miner les relations et faire exploser l'équipe. Dégoutés, le couple a préféré partir et changer de vie.
En l'an 2000, ils sont revenus au pays natal de Marie, aux confins oriental du Gard, dans la belle plaine de l'Uzège.
Débarquant avec presque rien, ils ont vécu dans un camping puis dans une ruine, avant de trouver un appartement en location. Ils ont dû déménager plusieurs fois : fins de bail, congés pour revente du logement, jusqu'à ce qu'ayant tissé amitiés et relations dans le village de Belvezet, une voisine Anglaise choisissant de rentrer au pays leur loue son mas. Ravis, ils s'installent, confiants sur la durée. Ils continuent ardemment leur activité de bouquinistes, se lèvent tôt, chinent, déballent, revendent sur les foires et marchés. Une autre voisine, désireuse de proximité pour son projet d'horticulture, les informe de la vente de quelques ares de terres agricoles près de chez elle. Thierry et Marie achètent quelques arpents et commencent à défricher leur terrain tout en continuant les marchés, aidant leur voisine quinquagénaire à planter des centaines de fleurs.
Puis la propriétaire de leur mas décide de rentabiliser son mas par location saisonnière, et leur donne préavis de congé. Contraints de déménager une nouvelle fois, c'est un coup dur. Ils ne trouvent rien à louer, ou à des prix inaccessibles, et ils ne veulent pas quitter leur région. Ils adoptent alors la seule solution possible : ils décident de s'installer sur leur propre terrain.
Ils confient leur projet à la mairesse, qui autorise provisoirement, du bout des lèvres, une caravane. Ils suivent des stages de formation en agriculture biodynamique, et en Juin 2010, commencent à préparer leurs terres en partie défrichées, vierges de tout traitement, pour la culture en bio. Le froid arrivant, la vie en caravane étant trop frustre, le couple acquiert, grâce à un prêt familial, deux yourtes, beaucoup plus confortables et salubres.
Cotisants solidaires, la loi les autorise à loger sur leur exploitation.
Ils savent que la tente, qui a un caractère purement mobilier, n'est pas une construction et n’est soumise à aucune condition d’utilisation, qu'en l'absence de législation répressive, on a entière liberté de planter sa tente sur un terrain non constructible.
Au printemps, ils sèment et plantent, et dés le mois de Mai, ils récoltent leurs premières productions. Sur le marché d'Uzès, ils épatent et régalent copains et clients avec leurs légumes. A dix heures, déjà plus rien sur l'étal. Normal, c'est la première année, ils ont commencé petit sur quelques arpents, ils apprennent. Un voisin, vieux paysan à la retraite, témoin de leur acharnement à la tâche, leur prète alors une surface de terre adjacente pour qu'ils puissent tripler leur production.
Tout va bien, sauf qu'à Belvezet, 243 habitants, regroupement de quatre hameaux en région d'Uzège très cotée, la mairesse s'ennuie ferme en hiver, sa commune étant constituée pour moitié de résidences secondaires. En été, les 4/4 de luxe voisinent les Porsches et les Mercédés, mais en hiver, le seul engin motorisé reste le tracteur du dernier paysan en activité du coin, vestige insolite au milieu des belles et hiératiques pierres de taille des demeures cossues.
Ce qui explique la conclusion surprenante de la mairesse à l'éditorial du journal municipal qu'elle a photocopié et relié durant le morne hiver, qui souhaite à ses administrés une bonne villégiature. Et qui explique aussi sans doute que ça soit au moment du désœuvrement le plus profond de l'année que les ennuis en provenance de la mairie commencent à déferler sur nos habitants des yourtes.
Leur campement, invisible de la route, sur laquelle d'ailleurs la circulation est inexistante en morte saison, s'abrite sous de vieux chênes délestés de leurs branches mortes et des lianes parasites, au milieu d'une végétation d'arbustes, de buis, de chênes verts, de fourrés et genets. Le couple occupe en hiver la petite yourte, facile à chauffer, et en été, la grande, plus aérée. La veille caravane abrite les petits pots de semis, les outils de jardin, les cartons de livres. Un ruisseau coule au pied de la colline, qui leur procure l'eau de boisson, de cuisson et d'arrosage. Ils n'ont pas d'électricité, se chauffent au bois, s'éclairent à la bougie, ont des toilettes sèches et recyclent leurs déchets. Pas de machines à labourer, que des outils à main. Pas d'eaux polluées puisque pas de produits détergents nocifs, les eaux usées arrosent les plantes. Une phytoépuration est en projet car ils envisagent un petit élevage de poules.
Les yourtes de Marie et Thierry étant des tentes non équipées, (cuisinière à gaz non encastrée, évier non raccordé), elles ne nécessitent pas de permis de construire.
Le jugement de relaxe de la famille Château à Avignon stipule pour la première fois la nature des équipements fixes :
« Il n'existe pas de définition d'équipements intérieurs dans le code de l'urbanisme. L'article 1792 du code civil et la jurisprudence définissent les éléments d'équipements comme ceux affectés à la destination de l'ouvrage (la yourte est un ouvrage, un meuble et non un immeuble) et qui font corps avec l'ouvrage, ne pouvant être enlevés sans destruction de celui-ci. »
Le couple est donc parfaitement légal à vivre et travailler sur sa propriété.
Des dizaines d'autres couples, en particulier des jeunes, travaillent et habitent désormais de cette façon depuis que la yourte est devenue récemment une réponse populaire à la crise immobilière, écologique et économique, sans que ça soulève dans tous les villages de la France profonde d'irréductibles passions ni que ça vire au drame.
Bien au contraire, la plupart du temps, tout le monde est content d'accueillir de jeunes travailleurs motivés, de nouveaux paysans prêts à achalander en aliments de bonne qualité la population locale.
Sauf dans certains fiefs où quelques mals-embouchés obstinés cherchent noise à tout ce qui ne leur ressemble pas. Qui en appellent à une soi-disant légalité qu'ils trafiquent à leur sauce, satisfaisant tous ceux qui bénéficient de la prolifération des contentieux.
C'est malheureusement le cas à Belvezet, où malgré l'accueil chaleureux de la population à nos yourteurs, la mairesse, extraite du marasme de son désert de pierre par un hasardeux coup du sort électoral, focalise soudainement, en Décembre 2010, sur nos apprentis paysans. Il semble que le pouvoir soit fiévreusement monté à la tête de cette dame, qui multiplie les procédures abusives. Elle a pris soin de se faire déléguer par son conseil le pouvoir d'ester en justice. Elle a fait virer une malheureuse de son propre terrain, qui a eu l'audace de s'abriter sous son parasol sans construire de maison.
Des conseillers municipaux, écœurés par son autoritatisme, ont jeté l'éponge. En peu de temps, le conseil municipal s'est vidé de six conseillers sur onze, des élus qui ont tout bonnement préféré démissionné, exédés par les abus de pouvoir.
Le 1°Janvier 2011, des rumeurs d'expulsion s'étant répandues,
les habitants de Belvezet, spontanément, sans même en parler au couple visé, rédigent en leur faveur une lettre pétition, paraphée d'une quarantaine de signatures, qu'ils déposent en mairie.
« Nous vous demandons d'agir en faveur de Marie et Thierry vivant dans une yourte installée sur leurs terrains, où ils comptent procéder à l'implantation de cultures biodynamiques dans le respect et la préservation de la nature... Ils n'ont jamais fait l'objet d'aucune nuisance et œuvrent dans l'intérêt de la commune... Aidez-les de toutes vos compétences juridiques pour qu'ils puissent rester parmi nous ! Nous qui sommes dans nos maisons bien au chaud quand il fait froid, qu'avons-nous encore de disponibilités humaines pour peser des existences contre des lois parfois trop rigides qui conduisent à l'exclusion? »
Enfin, l'hiver sort de sa torpeur à Belvezet!
La mairesse répond à certains signataires arbitrairement choisis en niant son intention d'expulsion et convoque à une réunion protagonistes et conseillers.
Le 18 Février 2011, l'ensemble des participants défend le couple de yourteurs et, au bout de trois heures tonitruantes, la mairesse est déconfite.
Elle se ressaisit rapidement. L'hiver est chaud, enfin, elle règne.
Un mystérieux « arrêté » est promulgué le 22 Février 2010, accordant au couple un moratoire de trois mois « pour tout mettre en œuvre afin de trouver une solution de logement ». La mairesse en personne, mielleuse, le leur fait signer, se gardant bien de leur en donner un double. En effet, il ne s'agit pas d'un arrêté comme elle le clame, mais d'un simple extrait du registre des délibérations du conseil. La menace n'y tient que sur un mensonge : soi-disant que le code de l'urbanisme, qui a toujours bon dos pour emmerder les braves, interdit d'habiter en zone naturelle et agricole, même avec un projet de maraichage !
Le 1° Juin, le fameux et fumeux moratoire arrive à « exécution » sans que les yourteurs, en plein boulot dans les sillons, n'aient empaqueté le moindre carton.
Le 29 Aout 2011, la mairesse met ses menaces à exécution et enclenche une procédure judiciaire pour « régulariser » la situation des époux.
Et là, afin de frapper fort et légitimer son arbitraire, elle procède à une mesure inédite et particulièrement violente, du jamais vu dans la nomenclature des poursuites judiciaire contre des résidents en yourtes en France, les poursuites étant en général du ressort des DDE.
Or bizarement, dans cette affaire, la DDE est visiblement évincée. Dommage, on commençait, sinon à les apprécier, du moins à les reconnaitre comme interlocuteurs, car pour les installations de yourtes, ils sont réguliers en attaquant sur le fond, on a donc le temps de se retourner.
Les articles 123-10 et 123-1-5 du code de l'urbanisme stipulent pourtant bien que, s'il appartient au maire, responsable de l'ordre public sur le territoire de sa commune, de prendre les mesures de police générale nécessaires au bon ordre, à la sureté, à la sécurité et à la salubrité publiques, le maire ne saurait s'immiscer dans l'exercice de cette police de l'urbanisme qu'en cas de péril imminent. Or, en Octobre 2011, le tribunal administratif de Limoges donne raison aux habitants des yourtes de Bussière-Boffy, en dénonçant des mesures excessives de la part du maire:
« Le maire ne saurait s'immiscer dans l'exercice de cette police spéciale de l'urbanisme qu'en cas de péril imminent... La seule circonstance qu'environ une dizaine de familles se soient installées dans des constructions pouvant relever du régime, soit du permis de construire, soit de la déclaration préalable, sans accomplir les formalités nécessaires, ne suffit pas à démontrer que les caractéristiques de ces installations sont telles que leur présence et leur occupation présentent un danger immédiat pour la sécurité, la santé ou la salubrité publique. »
Peu importe qu'elle ne soit pas compétente sur ce dossier, la mairesse dépose « une requête à fin d'autorisation de constat » au Président du tribunal de Nîmes pour obtenir une ordonnance lui permettant de dévier la violation de domicile et pénétrer légalement chez le couple. Ceci sous prétexte de décrire la situation délinquante. Le président du tribunal, qui n'a pas dû y regarder à deux fois, consent, dans les termes exacts proposés par la requérante.
Normalement, la « requête pour constat » est de facto utilisée par les propriétaires d'immeubles voulant récupérer leur bien occupé par des squatteurs. L'« ordonnance sur requête » est une ordonnance d'urgence qui permet de demander le concours de la force publique sans aucun procès, sans explications, sans débat contradictoire. Elle n'est normalement possible que si les circonstances imposent l'absence de contradiction, par exemple pour empêcher un ex-conjoint violent de revenir au domicile familial tuer son ex-épouse, lorsqu'un mari suspecte une infidélité et demande une constatation d'adultère, lorsqu'un bailleur soupçonne une sous-location, ou si une personne blessée en chutant dans un escalier redoute la réparation des marches glissantes avant le procès.
Autrement dit, la mairesse, surexcitée par l'urgence d'un grave péril public, considérant à tort les yourteurs illégaux sur leurs propres terres, bafoue non seulement le droit de propriété, mais aussi l'interdiction générale de pénétrer chez un tiers, interdiction qui, prise au sens large, empêche même de se pencher sur un fond privé, d’y faire passer un objet aux fins d’observation ou de mesure, ou de constater un élément matériel situé sur un fonds voisin.
De même qu'afin de réserver l'effet de surprise, un compte bancaire peut être saisi par le créancier sans que ladite ordonnance n'ait été signifiée préalablement au débiteur, la copie de la requête et de l'ordonnance sur requête ne sont portées à la connaissance de l'adversaire qu'au moment de l'exécution !
C'est ainsi que, le 27 Octobre 2011, sans aucune notification préalable, Marie et Thierry sont catapultés devant le fait accompli.
Ils voient débarquer à neuf du matin deux huissiers, un serrurier et quatre gendarmes pour perquisition et photographie de toutes leurs possessions !
Intimidés et abusés par l'urgence invoquée et les termes de l'ordonnance qu'on leur balance sous le nez, stipulant que l'huissier peut se faire assister par un serrurier et la force publique, alors que le terrain n'est pas clôturé et les yourtes ne sont pas fermées à clef, ils se soumettent, en tentant gentiment de se justifier.
Mais, même si Thierry arrive sans faux-semblant à discuter et même rigoler avec les gendarmes, Marie ressent à juste titre cette intrusion comme une violation de vie privée.
Obligée de montrer à sept hommes inconnus comment elle dort, fait pipi, s'habille, cuisine et se débarbouille,
elle le vit très mal et se sent profondément humiliée.
Finalement, le constat, détaillant minutieusement leurs habitations, leur mode de vie et leurs biens, jusqu'aux cuves de récupération d'eau de pluie et la petite pompe qui remonte l'eau du ruisseau, est accompagné d'une vingtaine de photos en gros plan sur les brosses à dents, les casseroles et les oreillers. Une honte.
Marie et Thierry auraient été pourtant dans leur droit de refuser l'accès à l'intérieur de leurs yourtes d'habitation, car le constat n'était censé viser que les installations sur le terrain. Les intervenants ont profité de leur saisissement et de leur ignorance pour envahir leur domicile.
Rappelons la définition du Domicile :
« Lieu où, que l’intéressé y habite ou non, a le droit de se dire chez lui, quel que soit le titre juridique de son occupation et l’affectation donnée aux locaux » .
S’agissant du domicile d’une personne physique, il correspond à une habitation quelconque et ses dépendances, telles qu’une terrasse, ou une cave. En revanche, si cette protection s'étend aux domiciles provisoirement inoccupés, elle ne couvre ni un véhicule automobile, ni un terrain non clos.
L'article 432-8 du Code pénal stipule que le fait, par une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public, agissant dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions ou de sa mission, de s'introduire ou de tenter de s'introduire dans le domicile d'autrui contre le gré de celui-ci hors les cas prévus par la loi est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30000 euros d'amende.
L'article 226-4 sanctionne l'introduction ou le maintien dans le domicile d'autrui à l'aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte, hors les cas où la loi le permet, d'un an d'emprisonnement et d'une amende…
Par ailleurs l'article 76 rappelle que les perquisitions, visites domiciliaires et saisies de pièces à conviction ne peuvent être effectuées sans l'assentiment exprès de la personne chez laquelle l'opération a lieu. Cet assentiment doit faire l'objet d'une déclaration écrite de la main de l'intéressé.
Donc, pour résumer, il suffit de refuser pour que l'intrusion se transforme en violation de domicile.
La Cour européenne des droits de l'homme s'est prononcée en 2008 sur le principe de la proportionnalité des moyens procéduraux par rapport au but visé. Une visite domiciliaire fondée sur un soupçon d'infraction est contraire à l'article 8 de la convention des droits de l'homme, la déclaration d'un soupçon n'étant pas en elle même « une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. »
CHEYEN se propose d'approfondir nos connaissances sur ce genre de procédure abusive, afin que ces actes inconstitutionnels à la limite de la légalité, qui dénotent des méthodes particulièrement douteuses, ne se reproduisent plus, en particulier à l'encontre de yourteurs surpris et démunis.
Forte de ce désapage public, la mairesse enjoint son avocat à poursuivre au tribunal notre couple de yourteurs. Un bon avocat, qui connait par cœur le code de l'urbanisme, car l'urbanisme, sur ces coteaux bénis de soleil, c'est la racine de l'opulence.
Et, même si ces yourteurs paysans n'ont rien de hippies ou autres dangereux marginaux ou allumés chroniques dont sont friands les imaginaires des réactionnaires paranoïaques, on doit réquisitionner tout ce qu'il faut pour virer la racaille des tentes illico, d'un coup de râteau. L'acte d'accusation long d'une douzaine de pages se trouve donc miraculeusement enrichi de pléthore de références à la loi.
Tant pis pour ceux qui se réjouissent que la vie revienne joyeusement depuis quelques temps dans ce petit coin de nature, entre tulipes, salades, betteraves et les trois vaches rustiques à poils longs que le paysan fait brouter juste à coté, tant pis pour les artistes, les intellos, les libéraux et les citadins en villégiature de Belvezet et alentours, qui viennent siroter leur café aux yourtes, en se réjouissant de l'insolite et si chaleureuse ambiance que ce couple sait faire partager. Tant pis aussi pour ceux qui apprécient de s'achalander en patates bio sur place. Et tant pis pour la mixité sociale si chère à nos tourteraux en yourtes.
Le 25 Janvier 2012, le couple reçoit une assignation en référé devant le tribunal de grande instance de Nîmes, les obligeant à se présenter devant un juge des référés ce Mercredi 1 Février.
Ils encourent la démolition immédiate de toutes leurs installations !
Encore une fois, l'urgence est invoquée pour faire passer l'ignominie !
CHEYEN, Coordination des Habitants En Yourte sur Espaces Naturels, s'est immédiatement mobilisé pour informer et soutenir les accusés, ainsi que pour fournir à l'avocat choisi par les époux Laurent documentations juridiques et jurisprudences, rassemblées grâce à la bonne volonté des yourteurs précédemment mis en cause.
Des habitants de la commune de Belvezet ont spontanement apporté leur contribution financière pour aider le couple à financer leur défense.
Le résultat de ce procès sera connu le 15 Février.











































































































































































































































