Yourtes : les textes en cours du projet de loi Duflot
Voici les textes à méditer pour ceux qui croient encore au Père-Noel :
On commence par le Dossier de Presse de la partie du projet de loi concernant l'habitat participatif et alternatif :
130617_DP_projet_loi_Duflot_II_habitats_alternatifs
http://www.territoires.gouv.fr/spip.php?article3413
Ce document fait 9 pages, aller directement à la page 7 qui concerne les yourtes, sous le titre :
REPRIMER ENCADRER LE DÉVELOPPEMENT DE FORMES D’HABITAT ALTERNATIVES.
Attention, c'est plein de vipères à chaque mot.
La seule solution, c'est s'asseoir très calmement au milieu du piège et de respirer profondément.
Après, si on veut comprendre d'où vient ce sac de venins noeuds et tenter de maîtriser un peu la situation,
faire ses gammes sur le pipeau ( instrument des charmeurs de serpents),
c'est à dire plonger dans les 216 pages d' EXPOSÉ DES MOTIFS du projet de loi, titré :
"Pour l’accès au logement et un urbanisme encore plus pétainiste rénové."
A lire là :
http://logement.blogs.liberation.fr/files/ts-projet-de-loi-duflot.pdf
Ce document est divisé en deux parties :
Une première partie de la page 1 à 63 comprend 84 articles subdivisés comme suit :
* pages 2 à 22 : 22 articles sous le Titre : Favoriser l’accès de tous à un logement digne et abordable.
* pages 22 à 37, les articles 23 à 46 sous le Titre : Lutter contre l'habitat indigne et les copropriétés dégradées.
* pages 37 à 44, les articles 47 à 57 sous le Titre : Améliorer la lisibilité et l'efficacité des politiques publiques du logement.
* pages 44 à 63, les articles 58 à 84 sous le Titre : Moderniser les documents de planification et d'urbanisme.
Une deuxième partie, de la page 64 à la fin du document page 216, reprend les 84 articles et liste dans le détail les modifications que les objectifs visés dans la première partie entraînent sur les articles actuellement en vigueur dans le code de l'urbanisme.
Les passages concernant les yourtes sont les suivants : articles 66, 73 et 75.
D'autres, plus mineurs sont susceptibles d'influencer aussi la situation, à voir plus tard.
I) Voici ces trois articles extraits de la première partie :
Page 53. Article 66 :
L’article L.111-1-2, introduit par la loi de décentralisation de 1983, pose le principe de l'inconstructibilité dans les communes qui ne sont pas dotées d’un plan local d’urbanisme ou d’une carte communale à l'exception des parties déjà urbanisées, en prévoyant toutefois certaines dérogations limitativement énumérées. L'une de ces dérogations (le 4° de l’article L.111-1-2) prévoit la possibilité d'autoriser des constructions par délibération de la commune, notamment en cas de risque de diminution de la population. La commune, si elle le souhaite, peut alors autoriser les constructions et installations hors des parties urbanisées. Ce dispositif est théoriquement très encadré. Toutefois, dans les faits, les conditions de sa mise en œuvre sont peu respectées. Afin de remédier à cette situation, l’article 66 supprime la possibilité de recourir à une délibération motivée du conseil municipal prévue au 4° de l’article L.111-1-2 du code de l’urbanisme. Cet article supprime également le c) de l’article L. 145-3 du code de l’urbanisme relatif à la loi montagne qui renvoie à cette possibilité de dérogation. Par ailleurs, cet article élargit le champ d'intervention de la CDCEA créée par la loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche du 27 juillet 2010 dans les communes non dotées de document d'urbanisme. L’avis de la CDCEA est désormais requis à tous les cas de dérogation, exception faite de celle permettant l'adaptation, le changement de destination, la réfection, et l'extension des constructions existantes.
Page 57. Article 73 :
L’article 73 vise également à encadrer la possibilité prévue par le deuxième alinéa du 14° de l’article L.123-1-5 du code de l’urbanisme de délimiter en zones agricoles ou naturelles des PLU des secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées (« pastilles » ou « stecal ») dans lesquels des constructions peuvent être autorisées en la soumettant à un accord du préfet et à l’avis de la commission de commission départementale de consommation des espaces agricoles (CDCEA). L’article 73 prévoit donc que ces secteurs ne doivent être délimités qu’à titre exceptionnel, avec l’accord du préfet de département et après avis de la commission de commission départementale de consommation des espaces agricoles (CDCEA).
Par ailleurs, ces modifications sont complétées par une disposition qui précise que les constructions existantes situées en dehors de ces secteurs et dans des zones naturelles, agricoles ou forestières, peuvent faire l’objet d’une adaptation ou d’une réfection, à l’exclusion de tout changement de destination. Cette possibilité permettra l’entretien du bâti existant sans imposer le recours au pastillage. Cette disposition ne sera toutefois pas applicable aux constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, à des équipements collectifs ou à des services publics, ce qui aurait abouti à restreindre leurs possibilités de construction ou d’extension qui sont d’ores et déjà plus étendues. En outre, l’implantation de terrains familiaux locatifs et d’aires d’accueil des gens du voyage ainsi que de résidence démontables dans les pastilles définies au sein des zones A ou N est rendu possible.
Page 58. Article 75 :
L'article 75 comporte des dispositions relatives à l'installation des résidences mobiles ou démontables. Les dispositions de l'article L.444-1 du code de l'urbanisme sont clarifiées. Il n'est ainsi plus fait référence aux caravanes mais aux résidences mobiles qui constituent l'habitat traditionnel des gens du voyage. Il est par ailleurs précisé que ces résidences mobiles ou les résidences démontables qui constituent l’habitat permanent de leurs utilisateurs (les yourtes par exemple) peuvent être autorisées dans des secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées délimités par le règlement du PLU.
II) Pour les détails opérationnels de la deuxième partie, voici l'application sur le code de l'urbanisme de l'article 75 :
Page 205. Article 75. ( Où le boeuf accouche d'une vipère)
I. - L'intitulé du chapitre IV du titre IV du Livre IV du code de l'urbanisme est modifié comme suit : Le mot : « caravanes » est remplacé par les mots : « résidences mobiles ou démontables ».
II. - L'article L.444-1 du code de l'urbanisme est ainsi modifié :
1° A la première phrase, les mots : « caravanes constituant l’habitat permanent de leurs utilisateurs » sont remplacés par les mots : « résidences démontables constituant l’habitat permanent de leurs utilisateurs ou de résidences mobiles au sens de l'article 1er de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage » ;
2° Il est complété par une phrase ainsi rédigée : « Ils peuvent ainsi être autorisés dans des secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées, dans les conditions prévues au 6° du I de l'article L. 123-1-5. »
III. – L’article L. 111-4 du code de l’urbanisme est ainsi modifié :
Après le troisième alinéa, il est inséré un alinéa ainsi rédigé : « Les deux premiers alinéas ne s’appliquent pas au projet de résidences démontables constituant l’habitat permanent de leurs utilisateurs, sous réserve qu’il garantisse les bonnes conditions d’hygiène et de sécurité, tant pour les occupants que pour les riverains.»
Le texte du projet de loi doit être présenté en Conseil des ministres le 26 juin prochain.
Interprétations et débats juridiques : sur un prochain message.
Commentaires à chaud : abstention.
Je signale seulement que je n'ai pas corrigé les abondantes et consternantes fautes d'ortographe et de grammaire des fonctionnaires de l'Etat...
Commentaires à froid : prochainement, après méditation.
Conseils : bien s'impregner des textes avant d'ajouter des crabes dans le panier, et se procurer rapidement un anti-venin.
Mon livre : " Vivre en yourte, un choix de liberté."
Je suis heureuse de vous annoncer la parution de mon livre :
« Vivre en yourte : un choix de liberté »
sous-titré: « Hymne à la sobriété heureuse »
publié aux Éditions Yves Michel, éditeur engagé.
Yves Michel :
" J'ai le plaisir de vous présenter un témoignage poignant et inspirant de la pionnière des yourtes en France, Sylvie BARBE. C’est un parcours jalonné de nombreuses difficultés pour une femme qui n’a jamais voulu abdiquer de sa liberté face aux hommes, et un vibrant plaidoyer pour un mode de vie léger, simple, en contact avec la nature, ce que permet la yourte comme habitat. C’est bien écrit, plein de rebondissements, ce livre se lit comme un roman, et en même temps il nous interroge sur nos choix de modes de vie, sobriété ou confort consommateur, sur notre législation, sur nos liens sociaux…
Un livre d’une brûlante actualité !"
Ce récit imagé et dense raconte mon histoire de vie
commencée dans les années soixante-dix avec une communauté de babas cool
en partance pour une île déserte du Pacifique,
jusqu'à l'auto-construction de yourtes dans les Cévennes à partir du milieu des années quatre-vingt dix.
Il relate le combat que j'ai du mener sur plusieurs fronts, comme femme et mère dans ma vie privée, comme dissidente écoféministe et Objectrice de croissance dans ma vie sociale et politique, libre de tout parti et tout embrigadement, comme précurseure et rebelle à l'aliénation dans ma vie publique.
Défricheuse autodidacte de la Voie de la yourte, confrontée aux expulsions, à l'incompréhension et l'intolérance, j'ai du affirmer radicalement mes engagements pour une société plus juste, plus humaine. Ce radicalisme, né d'une vision holistique en résistance à la pensée unique, orchestre vie domestique et philosophique en adéquation avec une utopie très pragmatique, qui s'avère être source de sens, de cohérence et finalement, de bonheur.
La vie d'une femme, avec ses tribulations, ses épreuves, ses choix, ses résiliences, est en elle-même un acte politique, hors tout discours lénifiant. Car toute transformation vitale de la société passera par l'avènement de la libération de toutes les femmes, en paix avec la terre et la nature.
On peut télécharger et diffuser le communiqué de presse en clikant sur le lien suivant :
yourte_cp
Cet ouvrage de trois cent pages devrait être présent à partir du 19 Avril 2013 dans toutes les bonnes librairies.
N’hésitez pas à le demander à votre libraire si vous ne le voyez pas en comptoir.
Ceux qui désirent une dédicace de l'auteur peuvent envoyer leur règlement par chèque (ordre au nom de l'association Demeures Nomades) de 20 euros+ 4 euros de frais de port à l'adresse suivante : Demeures Nomades. 186, la Cantonade 30160 Bessèges, il vous sera envoyé dédicacé par la poste.
Avec un petit cadeau dessiné par l'auteur :
Les lecteurs peuvent aussi se procurer
5 de ces marque-pages originaux pour 3 Euros, qui seront joints au livre.
Sang de micocoulier
Ils débarquent tôt, vers six heures, à peine le jour levé, armés de tronçonneuses et de casques, des sangles dans le dos. Quand ils commencent, on croirait la guerre. Le vrombissement des machines retentit dans toute la vallée, les villageois inquiets lèvent un regard scrutateur vers la colline.
Un bruit terrible avance dans la forêt, un bruit d'envahisseurs fous. On ne voit rien, on entend que les moteurs déchainés et les arbres qui se fracassent. Une hécatombe. Les escadrons de bucherons débarquent normalement tous les deux ou trois ans pour entretenir le couloir sous la ligne haute tension qui traverse nos pentes cévenoles. Employés sous-traités par ERDF, le réseau qui achemine l'électricité des centrales nucléaires vers chaque citoyen, ils arasent facile en une journée un demi-kilomètre, sous le vrombisseemnt hystérique des hélicos. Je me suis approchée d'eux plus d'une fois, j'ai cherché le contact, pour comprendre. Pas un ne parle Français. Ils viennent du centre de l'Europe, Roumanie le plus. On parle avec les mains, par signe, ils aiment bien rigoler, fumer une clop vite fait, mais ils n'ont pas le temps, ils sont toujours à la bourre. Cette fois, ils sont en gros troupeau, inapprochables, avec un chef patibulaire, et horriblement arnachés. Les casques ont doublé de volume, le boucan aussi. L'armada éjecte un raffut si énorme qu'on ne pense qu'à fuir. Je me réfugie sur la terre que je préserve,
où il y a des arbres amoureux qui s'embrassent et que je protège,
et je me bouche les oreilles.
Cette fois, ils ne se contentent pas de couper les dernières repousses, rejets de robiniers et châtaigniers, broussailles et jeunes pins. Ils multiplient par deux la largeur du couloir. Ils coupent tout sans distinction, broyant et avalant la végétation comme une énorme chenille d'acier, les bois jeunes et les vétérans. Sans doute de nouvelles consignes qu'on ne discute pas. Aucun contact avec les propriétaires des terrains concernés.
Là, à deux pas de chez moi, c'est un verger sauvage, depuis longtemps abandonné, avec de vieux arbres malingres, pas plus de trois ou quatre mètres de haut, rabougris, secs et voutés. Sous la ligne végètent figuiers, noisetiers, abricotiers, cerisiers, pruniers, et même un petit palmier. Tous incapables de menacer les câbles au dessus. On peut y picorer quelques cerises oubliées, un abricot solitaire sur une branche vermoulue, de juteuses figues, et, par terre, dans l'herbe et les ronces, de minuscules fraises sauvages oblongues et carminées à la saveur renversante. Sur les bords, les arbres non régulièrement attaqués prospèrent. Un magnifique tilleul, bruissant d'abeilles affolées par la suavité des fleurs délicates, des micocouliers majestueux largement ramifiés.
La horde passe, la poussière retombe.
J'hésite à m'approcher tant je redoute le spectacle.
Mais il faut bien que je passe, c'est mon chemin.
Et le désert et la désolation me sautent aux yeux.
C'est un massacre.
Une dévastation sans nom.
Yeux écarquillés, je contemple les tronçons, stupéfaite, consternée.
En plus d'avoir rasé le verger, ils ont décapité les centenaires des bordures. Ces arbres qui ont poussé plus d'un siècle assez loin de la ligne électrique pour devenir vénérables, les brutes les ont débité en morceaux chaotiques. Le tilleul, les micocouliers, les deux grands cèdres, les châtaigniers résistants, et tous les fruitiers.
Un col blanc a du décider dans un bureau à Paris d'élargir le périmètre de coupe pour des questions sécuritaires et budgétaires. Ou d'appliquer une nouvelle réglementation capable de justifier encore et toujours des emplois de fonctionnaires zélés, au dépend de la nature. Ils ont donc massacré les plus beaux arbres du village, des arbres respectables et tranquilles qui ne gênaient personne, qui abritaient une faune et une flore unique,
tressaillantes de vie.
Il ne reste que quelques vignes rachitiques et tordues, quelques cuves rouillées,
révélant les résidus d'un travail jardinier ancestral,
et le soleil qui va darder sur la terre dénudée,
qui va tuer tout ce qui n'a plus ni cache ni abri pour nicher, pour fouiner.
Maintenant, je regarde, fascinée, les souches d'arbres décapitées
en train de saigner, de pleurer.
Je savais que les arbres souffraient,
mais jamais je n'ai vu tant de sang et de larmes arboricoles.
Ni remarqué cette différence : eux, dans leur sang,
il y a tellement de lumière qu'il n'est pas rouge, mais orange.
Sur ce ravage, tout de suite après, quelques hommes furtifs aux aguets errent en catamini pour se disputer les buches. Après eux, je viens ramasser quelques branches argentées de ce beau gris vespéral du micocoulier, dont les décrochages aériens aspirent l'âme au ciel.
Alors, médusée, je découvre par terre les corps démembrés.
Des corps de femmes.
Des ventres, des sexes, des nombrils,
des cuisses, des jambes coupées.
Sans bras, sans mains, sans pieds, sans figures.
Seulement ces corps écartelés comme après un viol,
un viol collectif suivi d'un génocide sylvestre.
Exposés, livrés pêle-mêle à la décomposition.
Carré blanc.
Émue par tout ce que je vois derrière les fagots, je n'ose y toucher.
Je brasse seulement quelques branches étranges, en dégage quelques unes aux arabesques fantasques pour les ramener chez moi. Là, je voudrais les réunir à nouveau, même si rien d'humain ne peut reproduire la magie de la nature. Recoller des bras, des pieds. Redresser des membres disloqués.
Les rassembler en chapelles. Dérisoire.
Nouer par leurs angles naturels des bouquets de bois se vidant de leur sève,
comme pour retarder le pourrissement.
Ériger des huttes primitives contre la fatalité de l'abattement inutile,
sculpter la mémoire du sang et des larmes des micocouliers,
pour qu'au moins il reste quelque chose d'autre que ce cimetière
où hurlent les sèves écarlates
et les ventres martyrisés.
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Ga-Ja. Du commencement à la fin.
Au début, il n'y avait personne.
Je ne sais pas si j'étais la première, parce que s'il y en avait d'autres, ils se cachaient.
On nous ignorait parce qu'on choisissait des endroits reculés.
On bricolait nos vies.
On ne le criait pas sur les toits,
personne ne nous talonnait, c'était une démarche personnelle intime et mûrie.
Pas une orientation professionnelle ou une vocation, plutôt une inspiration.
Une solution parfois à une situation compliquée, à trop d'embarras et d'absurdités, une réponse limpide comme un haïku qui s'impose lors d'un voyage à pied, loin des tracas de ce qui ne correspondait plus à rien.
Je ne connaissais personne d'autre avec ce genre de dispositions, cette ligne d'horizon.
La solitude de démarrer quelque chose qui n'a jamais existé avant, dans cette culture où je suis née, je sais maintenant qu'elle germait comme une touffe de crocus en sortie d'hiver, la même variété dans des jardins séparés, aux quatre coins des campagnes d'Occident.
Je n'ai rien demandé, puisqu'il fallait tout inventer.
Personne ne m'a aidé parce que personne n'y connaissait rien. Je n'ai pas cherché chez les gens, seulement dans les rares livres où se décrivent les belles mœurs, et dans ma tête, où s'imaginent les bonnes histoires. Je voulais trouver quelque chose de nouveau avec de grosses racines ancrées dans le passé,
quelque chose de très éprouvé chez les anciens mais inédit ici,
une veille sagesse capable d'irriguer l'insipidité de l'impérialisme technologique.
Je n'ai pas cherché de maître, de toutes façons il n'y en avait pas, même chez les spécialistes du domaine pour qui c'était l'ignorance totale.
Alors je l'ai réalisé sans mesures, au pif, au jugé, à l'intuition.
J'ai cru accoucher d'un escargot, ou d'une tortue, mais en vrai,
c'est un éléphant.
A cause de la prudence et de la sagesse.
A cause de l'immuabilité, et toute cette fragilité et cette pudeur forgée en stabilité.
A cause de l'assise que ça a donné à ma vie et de la force qui m'est venue.
Si je me suis cachée, c'est pour des raisons privées, pour fuir du trop plein, pour survivre, pas parce que j'étais illégale et encore moins parce que c'était interdit. Ça ne pouvait pas être interdit puisque ça n'existait pas dans ce pays, les gens ne savaient même pas ce que c'était. Et jusqu'à aujourd'hui, je n'ai jamais été illégale, malgré qu'ils ont plusieurs fois essayé en s'y mettant à plusieurs dans les hautes sphères du pouvoir. Je me cachais pour ne plus les subir, mais ça n'a duré que quelques années de havre, jusqu'à ces hordes d'hélicos partout pour débusquer et piéger.
Cette ère de l'inconnu, de l'invisible, d'habiter dans l'inconnu incognito,
c'était vraiment la meilleure.
On ne pouvait savourer ce défrichage consciemment que si on était déjà habitué à prendre son temps.
Quand je montais mon barda tout en haut sur un pic isolé,
j'en entendais glousser :
cette femme est dingue, elle a une énergie de dingue.
Certains qui fumaient beaucoup sans doute.
Je ne prenais pas de photos, je ne publiais rien sur Internet qui était encore confidentiel, je n'en parlais qu'aux intimes qui côtoyaient ma concentration, à ma famille du bout des lèvres, et je n'invitais personne. Je voulais seulement la tranquillité. Je n'allais en faire ni de l'argent ni un métier, ça ne m'est jamais passé par la tête que ça puisse être autre chose qu'un art de vivre heureux, comme l'enchantement de retrouvailles d'amoureux.
Au début, on n'en voyait nulle part.
Même pas à la télé, que je n'ai jamais eu. Seulement dans des livres d'explorateurs. Ça venait de loin, de très loin, des confins, et pourtant c'était déjà comme infusé dans mes mains. C'était une incongruité et une évidence en même temps, un vase magique pour contenir sa vie qu'on pouvait fabriquer soi-même.
Comme il n'y en avait pas d'autres autour, créer de rien, de zéro, du vide, coulait de source. Pas moyen de copier, de voler des infos, d'acheter des plans, de solliciter des conseils, de surfer sur forums spécialisés. Pas d'experts, pas de tuyaux sous la manche. Personne ne savait. Je me consultais moi-même, dans la débrouille, ne pouvant grappiller de ressources qu'en soi. Je traduisais dans le vif de la matière, avec mes dix doigts, des formes surgies de visions hypnagogiques et de rêves éveillés.
Mais s'il était facile de projeter le rêve dans la texture du vivant, jamais je n'aurais pu imaginer à ce moment là ce qui arrive aujourd'hui, comment tout est en train de dégénérer.
Même si mon troisième oeil s'est ouvert depuis, je n'avais pas l'intuition extra-fine des éléphants qui, le 26 décembre 2004, à l'approche du raz-de-marée, se sont libérés de leurs chaînes pour charier leurs dresseurs dans les forêts hautes de l'île de Pucket...
Et je ne voulais pas supputer cette violence et cette guerre qui fait couler désormais l'encre des médias, au détriment de gens simples déshabillés dans les tribunaux pour avoir oser la différence.
Je ne me suis sentie menacée du viol de mon dernier refuge que lors du déballage sans décence dans un prétoire, et à chaque fois que j'ai consolé les rictus épuisés des accusés que j'accompagnais. Les premières années non, heureusement, car si absorbée que je ne voulais pas savoir comment le système, dés qu'il détecte un fuyard, déploie ses tentacules ; ni de quelle pression impitoyable il est capable pour broyer cette petite chose que j'ai trouvé si pure et si belle il y a presque vingt ans.
Il y a eu à peu prés cinq années de grâce.
Après, en seulement quinze années, l'escalade vers le pourrissement.
Quinze années pour que le dévoilement attire les marchands et que tout soit corrompu jusqu'à la moelle.
Quinze années pour orchestrer le sabotage de ce qui aurait pu nous sauver.
J'ai vécu toutes les étapes.
D'abord les étonnés, puis les curieux, puis les charmés, puis les conquis, puis les copieurs, puis les calculateurs, puis les récupérateurs, puis les jaloux, puis les empoisonneurs, puis les procureurs, puis les expulseurs, puis les législateurs à la solde des lobbies et bientôt, la terreur, qui fait déjà retourner les justes profondément dans des tanières dissimulées le plus loin possible des journalistes.
Un cycle court, très court par rapport aux trois mille ans d'histoire derrière.
Maintenant, tout le monde sait ce que c'est, il y en a partout.
Les justes qui pratiquaient la discrétion se replient plus loin,
mais les vendus s'étalent sans vergogne pour capter le plus offrant.
C'est l'effet de la mondialisation, ce que le mensonge nomme démocratisation.
C'est à dire confisquer aux pauvres ce qu'ils ont inventé de mieux pour continuer sur terre,
le raréfier pour en faire un objet de luxe excitant les convoitises,
puis l'industrialiser et le revendre standardisé et aseptisé aux bourgeois,
à la classe moyenne salivante et suante.
On ne pourra pas revenir en arrière.
Au temps de la paix et de la liberté, des terres ouvertes.
Cette toute petite paix et cette toute petite liberté arrachées quelques toutes petites années au fanatisme des prescripteurs de démolition, qu'on s'est offert loin d'eux en cachette, quand ils étaient tellement occupés à saturer le peuple disséminé devant une foule d'écrans neufs plein de clignotants lumineux.
On ne pourra pas recommencer comme au temps de la découverte et de l'enthousiasme.
On va devoir, comme d'habitude, constater les dégâts.
Et la façon toujours aussi perverse dont les gros s'y prennent pour briser la vie des sans-.
Et comment, par le règne contaminatoire de la quantité et de l'avidité,
leur cancer gangrène le corps social.
On a cette vision,
on voit la mécanique en jeu, les épouvantails en action, on comprend le processus de désossement de la carcasse, mais on ne tient ni le marteau, ni le couteau, on n'accompagne pas le chaos. Pas par réaction, ni même par rébellion. Par simple penchant atavique à la salade sauvage au bord d'un sentier embroussaillé. Penchant non négociable.
Ensuite, on peut regarder un peu plus loin que cette corruption et deviner qu'après la défaite,
quand seront prostitués les restes d'innocences et d'espoirs dans les tripots du matérialisme, viendra l'heure de prendre soin du travail accompli dehors et de le replier, de le soustraire au visible, afin que sa dimension cosmique puisse se déployer à partir du dedans.
Dans le secret du cœur, là où personne n'ira débusquer son trésor pour en faire une hache de discorde. Contre l'acharnement à écrabouiller toute forme émergente repérée, à rendre illégales toutes résiliences populaires, à interdire tout ce qui ne peut être emballé dans une boite numérotée, il restera la fidélité aux débuts : un rêve de liberté très profond que rien n'empêchera, car sa source vient de loin, très loin, des confins.
Ces confins là, ce n'est pas l'envers de la mappemonde, c'est le tréfonds immuable de l'humain.
Un endroit où le mandala fondamental est son propre abri, qui surgit comme un soleil dans les ténèbres de la psyché quand tout doit être guéri. Un endroit où personne ne pénètre sans que l'être ne s'ouvre.
Un creuset où est nichée la yourte intérieure,
l'inviolable espace qui sert à respirer et à rire.
Un diamant dans le front de l'éléphant,
qui éclaire la Voie quand je suis sur son dos,
délivrée de l'angoisse des temps.
SORTIR DE LA ZONE!
P'tit slam dédié aux filles des yourtes.
J' sais pas pourquoi on se tamponne
Comme des requins dans un bassin,
Comme des crétins dans un ramequin,
Il faut qu'on sorte de la zone !
C'est le printemps dans le jardin !
Y a plein de ramures qui bourgeonnent
Et plein de fraisiers qui drageonnent !
Les germes percent leurs écrins,
Et toutes les fleurs se téléphonent !
Les champs et les près se ballonnent,
Les humains fâchés se pardonnent,
Et les vagins s'décongestionnent.
Mes grands draps blancs, je les savonne
Mes vieux refrains, je les dégomme.
J' me débarrasse de mes venins,
Je fais sauter ce qui m' retient.
J'ai fini d' chercher le surhomme,
Je n'attends plus qu'on me couronne,
Magicienne, sirène ou baronne,
J' demande plus rien à ma médium.
Descendue en bas de mon trône,
A peu, enfin, je me cantonne,
A moins de fric, je me rationne,
Le dépouillement, maint' nant, je prône.
Si les fantassins me pilonnent,
Et qu'ils piétinent mes géraniums,
Que plus personne ne me cautionne,
Ca suffit pas pour que j' démissionne.
Si l'étalon me désarçonne,
Même si je sais qu'il déraisonne,
C'est pas pour ça que j' le soupçonne
De bousiller mon harmonium.
J'ai pas d' rancune et ça m'étonne
D'être aussi neuve et si synchrone.
J'ai des ennuis au magasin,
Quand l'épicier fait son radin,
Que trop longtemps, je me questionne
Sur tout c' que j'ai fait qui déconne.
Alors qu' un p'tit rien me bidonne,
Et qu'à fond, la vie me passionne !
Alors j' veux pas qu'on se frictionne
Comme des putains mises au tapin.
Y a pas d' raisons pour qu'on s'espionne
Comme des clampins dans leurs turbins!
Pas de raisons pour qu'on s' tamponne
Comme des sauriens dans un bassin,
Pas de raisons qu'on s'époumone
Comme des chauvins en aquarium !
Fini d' ramer comme des poltronnes !
Que les mutins sortent de la zone !
J' suis plus bobonne, j' suis amazone,
J' suis pas laronne, j' suis autonome !
Liberté pour les sauvageonnes !
Hors zone, on s' purge de Babylone!
J'entends plus le grand métronome,
Que l'hélice sur l'aérodrome.
Si mes quatrains, tu les fredonnes,
Si t'as un copain musicien,
Si ma p' tite chanson, tu entonnes,
Prends-la, chantes-la, je te la donne.
Hier avant la pluie
Noyau d'avocat consommé et foetus de pins avortés.
Ecorces de robiniers suspendues.
Tipi en gestation...
Fleurs de silène sur coeurs de vénus montés en graines.
Fleurs de boutons d'or dans coques de paulownia, entourés de feuilles de sureau.
Queues de pins dans tronc de chataigner mort.
Relique de chataigner atteint de la maladie de l'encre.
Colliers de fleurs de seringa et de fleurs d'acacia sur bois mort.
Couronne de fleurs d'acacia sur crassier d'anthracite.
Mutation pour les amis de Yurtao
Yurtao évolue au fil des années, à mesure que la vie en yourte se démocratise, à mesure que le pouvoir nous poursuit de sa répression, à mesure de labeur, méditations et bonheurs installés sous les tentes, mais aussi de sombres présages planant sur notre avenir terrestre.
Yurtao a crée Cheyen, et Cheyen devient, par putsch dictatorial autocratique hyper-autoritaire anti-démocratique totalitaire tyrannique et despotique : « Les amis de Yurtao ».
Une nouvelle étape, un tournant se prend, au moment où dans les forteresses cliquettent les mitraillettes dirigées contre le petit peuple des yourtes. Ce tournant est le résultat d'une maturation et d'une diversification des stratégies de défense des yourteurs.
Le temps des précurseurs est terminé. La yourte en occident est désormais bien récupérée par le système capitaliste, par ses maquereaux stipendiés par les requins de l'immobilier, du bâtiment et de l'urbanisme, qui l'ont perverti en un objet marchand insipide et déculturé. La valeureuse tente séculaire investie par quelques jardiniers au cœur tendre se transforme irrémédiablement en une nouvelle poule aux œufs d'or spéculative, un avatar de cette vénalité puante régnant en putain sacrée sur le culte idolâtre de la religion économique.
Cet habitat de liberté, émergé sur un brin d'herbe échappé aux rouages écrabouilleurs de la normalisation globalitaire, déjà prostitué juteusement dans les réserves à touristes aseptisées, va maintenant être minutieusement délabré et cloué au pilori par le viol systématique de nos vies privées, de nos intimités. Et la clique des vampires qui se sucrent sur le marché du logement, de la pauvreté et de la croissance verte étoufferont, par de fallacieuses justifications démagogiques d'égalité sociale, le dernier cri de résistance d'une faction acculée de gardiens de la terre. Et les échappés qui continueront à jeter leur confort aux orties pour privilégier leur liberté de conscience en habitant dans des yourtes, aux confins des cambrousses desertiques, devront faire face aux juges et aux bulldozers après avoir été dénoncés par des zélés de la République hurlant à la salubrité publique.
En voie de se faire réprimer par la loi, l'habitat en yourte modeste se doit maintenant de démontrer qu'il n'est pas seulement adoption d'une tente miraculeuse capable d'offrir un havre de résurrection aux familles alternatives, mais une Voie spirituelle et politique que rien ne pourra démolir. Car la Voie de la Yourte, ce n'est pas seulement habiter dans une tente ronde auto-construite qu'on dépose avec circonspection sur une friche à anthropiser, c'est surtout cultiver son mandala intérieur, un espace radiant et radieux dans le nid du cœur dont la yourte est l'incarnation symbolique.
C'est aussi un vrai projet politique, celui de la décroissance,
en rupture avec la politique d'accompagnement du capitalisme vert
et le mensonge éhonté du Developpement Durable.
Après avoir rassemblé et formé pendant ces trois dernières années un collectif de yourteurs pour faire cause commune, je reviens donc, en ces temps d'acharnement répressif, à l'approfondissement et au recentrage de la Voie de la Yourte.
Un Chemin initiatique.
Parralélement, un collectif anonyme issu de Yurtao,
capable désormais de déployer ses ailes dans le vaste monde et de mener la lutte temporelle selon sa propre stratégie, se constitue en brigade masquée.
Vive le collectif collégial coopératif convivial et consensuel, la convergence confédérale, collaborative, co-participante et concertée qui, incognito, sans controverses et sans concessions, a catapulté Cheyen aux catacombes !
A l'inverse de ce stimulant commando cosmopolite qui a cuit Cheyen au court-bouillon avant de la cramer au crématoire, résistant à ce déploiement un chouilla cathartique, s'affirme la nécessité, par putch dictatorial anti-démocratique hyper-autoritaire et très despotique, de recentrage sous la couronne de la yourte, à respirer calmement sur son coussin de méditation, à diluer le monde tracassier et infernal de la multitude des formes dans le grand vide souverain.
Dans le chaudron de l'athanor des mutations se redéfinissent alors quelques principes non négociables de la Voie de la Yourte. Principes qui ont fondé l'altérité et l'identité de Cheyen et avaient déjà été appliqués lors de l'alerte de 32terA de Loppsi 2.
Deux sortes de stratégies perdurent chez les Indiens confrontés au massacre de leur peuple par les envahisseurs : ceux qui négocient leur parcage ou leur reniement contre un fusil et un tonneau de whisky, et ceux qui savent que toutes les promesses seront trahies et resteront fidèles à leurs valeurs. La différence, c'est que les uns dureront peut-être plus longtemps, au prix de leur identité ravagée, et que les autres mourront entiers au combat, dans la forêt, devant leurs tipis. Le résultat sera le même, à quelques semaines prés : l'éradication du peuple des yourtes.
Une alternative pour un but implacable. C'est un choix et il est majeur.
Il ne s'agit pas de tout faire pour obtenir une trêve ou un moratoire ou de ne rien faire du tout, mais de continuer à faire ce qui a du sens pour nous sans marchander un pied de liberté, ou retourner au bagne tourner en rond sous les fenêtres des matons pour négocier sa permission sous bracelet électronique.
Je convie donc les afficionados du recours aux coteries politiciennes, les partisans de l'activisme frénétique collégial consensuel hyper démocratique, convivial et coopératif, à rejoindre les habitués du pavé pour y danser très consensuellement la carmagnole, et se faire balader très collégialement par ces militants urbains empêtrés dans les chaines ficelles des oligarchies privilèges qu'ils prétendent dénouer.
Et les autres, de ne pas tenter de rivaliser avec ce que nous avons quitté par radicalité assumée, et de garder droiture et intégrité. Radicalement.
La radicalité n'est pas le consensus mou. La radicalité est rupture avec le modèle et les conduites du système contesté. Pas seulement dans les déclamations d'intention, mais dans l'action au jour le jour, dans sa cuisine, son jardin, sur son canapé et dans son atelier.
Sans valser dans tous les sens comme une girouette en signant un chèque en blanc au dernier discours populiste.
Pas question donc de monter à la capitale jouer des coudes pour traquer un élu qui n'a pas le temps, s'en fout et s'en remet aux lobbyes. Ni de s'aligner sur les couloirs marathoniens des militants patentés, dont aucun ne vit en yourte, qui réclament toujours plus de barres HLM et de nucléaire pour l'équipement rentable des ghettos urbains. Ni de sprinter derrière les grands chefs, les mafieux, et tous les sergents et caporaux payés pour nous débusquer, nous traquer et nous « normaliser », qui ne manqueront pas d’apprécier de nous voir accourir dans la souricière, leur épargnant la chasse aux yourtes trop distantes de leurs débits de camelotes.
Pas question de céder à la panique donc, parce que sous la yourte, ça fait longtemps qu'on a vaincu la peur, et qu'il n'y a aucune raison, quelle que soit la menace, pour commencer à trembler maintenant. Pas question de travailler en urgence sur des textes argumentaires qui saccageront nos nuits alors qu'ils seront jetés à la poubelle sans avoir été lus.
Pas de lobbying, cette manœuvre des menteurs, des soudoyeurs. La vérité n'a pas besoin de lobbying, la vérité n'a pas besoin de séduire, de convaincre, de matraquer, encore moins de manipuler, parce que justement, c'est la vérité. Refuser la course aux lobbyes est donc simplement rester honnête avec soi-même, rester fidèle à ce refus de la corruption publicitaire et médiatique, de l'oubli de soi dans les divertissements et l'urgence informationnelle, de toutes ces techniques psychologiques de manipulation de masse qui ont si bien empoisonné les imaginaires contemporains. Refuser le lobbying, c'est accorder à l'autre la responsabilité de ses choix en respectant sa liberté. Un ministre se doit d'être informé, surtout quand il va pondre une loi qui concerne ceux qui l'ont élu. Or dans la tradition taoïste qui m'est chère, lorqu'un monarque règne avec justice, il ne manque jamais d'aller s'incliner devant le vieux sage perdu au fin fond de la forêt dans sa cabane.
Quand c'est un tyran qui règne, il s'emploie avec ardeur à persécuter les sages.
Non que Yurtao s'arroge de détenir une part de sagesse, mais au moins, je suis certaine que la multiplication d'installations de personnes en yourte ces dernières années exprime une résilience sociale basée sur le bon sens, cette sorte d'irrépressible sagesse populaire qui a, jusqu’à récemment, permis à l'espèce humaine sa perpétuation.
Aucune collaboration donc avec le bras qui tient la hache qui va s'abattre sur nous, avec le pouvoir de l'argent, de la pensée unique, des méthodes pourries et tous leurs jeux de massacre.
Refus viscéral d'adopter leur langue de menteurs en validant leur oxymore de développement durable largué à toutes les sauces et érigé en ministère pour nous faire avaler des cobras. Refus de se ridiculiser en implorant Mme Duflot de faire la différence entre une simple tente et cette dérive moderne et mercantile de la yourte dont des bâtisseurs suréquipés se disputent le brevet. Le site d'EELV, parti de la ministre, censure systématiquement tous les commentaires concernant les yourtes, mais les rapporteurs de la grande écologiste qui va décimer nos rangs suivent Yurtao depuis que j'y livre publiquement quelques vérités qui auraient du rester cachées. Ces fonctionnaires savent parfaitement que des milliers d'insolents braves, et souvent des bravardes, ont choisi la petite yourte toute simple pour refaire le monde en fonction de leur petitesse et de leur sobriété, inventant de nouvelles façons de vivre décemment, à leur mesure minuscule, sans rien attendre d'en haut. Et ils savent aussi parfaitement que jusqu'à présent, malgré tous les procès intentés, nous sommes légaux. C'est précisément ce qu'ils veulent nous faire payer, cette impardonnable capacité à se passer de leurs programmes administratifs hautement technicisés censés sauver la planète par ceux-la même qui l'ont planté, parce que la légalité, pour eux, ç'est le droit des nantis et banquer à vie.
Nous n'avons pas choisi d'habiter en yourte pour que le planning, la carrière, les profits et les agressions des notables et des violents gouvernent notre emploi du temps. Nous n'avons pas choisi d'habiter en yourte pour collaborer à l'étouffement de toute velléité citoyenne de vivre en accord avec les solutions émanant de notre lucidité et de notre écoute.
Nous n'avons pas à disputer aux rouges et aux verts se chamaillant les boulevards parisiens le monopole de l'action de rue, car nous sommes des ruraux, pas des citadins. Notre mode de contestation sociale s'improvise autrement, à commencer par la frugalité assumée dans tous les postes de nos vies, en particulier en résistant à la mobilité pulsionnelle enrichissant les rois du pétrole. Nous sommes des résistants à la colonisation impérialiste et occidentaliste du monde, des rebelles à la destruction organisée, en première ligne là où se massacrent les forêts, la faune sauvage, la biodiversité et l'humus, pas dans les troquets des mégapoles. Nous vivons la décroissance et la pauvreté conviviale en action, nous avons tourné le dos aux soudards et nous sommes éloignés des ogres de ce monde pour cesser de râler, réclamer, revendiquer toujours plus en dénonçant son voisin. Nous avons appris à vivre avec trois fois rien, toujours moins, un bonheur sans tapage sur lequel ils n'ont et n'auront aucune prise. Et quand à causer, expliquer et se justifier, on s'est toujours adressé aux humbles et aux proches, pas aux puissants et aux intouchables.
Leur loi d'éradication des yourtes pour nous expulser de la terre, déjà écrite, sera promulguée sans une once de notre aval. On pourra remplir des baignoires de larmes avant de s'immoler dans nos yourtes, mais ça ne fera pas une ligne à la une, car il y a des gens plus importants que nous qui accaparent le micro depuis toujours et ne le lâcheront pas pour une poignée de gueux rétrogrades arrimés à leurs piquets de tente.
Notre vocation, quand sonne l'heure grave d'une guerre d'élimination, n'est-elle pas de nous préserver de l'emballement généralisé, et de continuer calmement, par un certain recul et recueillement, à approfondir cette vision,
ce rêve réalisé qui nous a rendu notre dignité,
d'une Voie exigente qui sait parfaitement, comme le dit Vivekananda, que
« Plus les circonstances seront contre toi, plus ta force intérieure sera éclatante » ?
Restons calmes là où nous sommes, dans les campagnes, loin d'eux.
A nous recentrer sur notre propre pouvoir intérieur, c'est-à-dire la force du vide.
La Voie de la Yourte a besoin des « amis de Yurtao » pour soutenir cette vision, heureusement de plus en plus largement partagée, une vision qui s'allaite aux sources des tréfonds de l'être, dans la rencontre avec le divin, la nature, et cet imperturbable fond humain qui sait que la vie ne se monnaye pas, pour franchir ensemble les obstacles à ce qui nous relie par delà les formes.
Pour assumer la Voie de la lenteur, de la simplicité, de la retraite au maquis et, sans doute, très prochainement, puisque les autorités s’acharnent à rendre illégales nos yourtes et nos modes de vie, celle de la désobéissance civile.
Mais cette désobéissance n'a aucun caractère revendicatif et provocateur, puisqu'il s'agit non pas de défendre une idéologie, une opinion ni même une différence culturelle, mais du droit primordial d'exister dans nos propres tentes sur les terrains qu'ils nous ont forcé à acheter.
Désobéissance domestique fondée sur le droit existentiel au foyer et à la vie privée qui s'exprime par la nécessité de continuer imperturbablement ce mode de vie humble que nous considérons juste, profondément cohérent et profondément juste.
Car le seul pouvoir que nous ayons vraiment est de ne pas vendre notre âme et de garder intact notre bien le plus précieux, notre tranquillité d'esprit.
Sylvie Barbe, pour "Yurtao, la Voie de la Yourte" Mai 2013.
Auteur de "Vivre en Yourte, un choix de liberté"
sous-titré " Hymne à la sobriété heureuse"
publié aux Editions Yves Michel le 19 Avril 2013.
Soutien à YURTAO
Ce blog personnel gratuit, ouvert en Janvier 2007, est l'expression d'une défricheuse, auto-constructrice et habitante en yourte depuis 1995, en lutte pour faire reconnaître la légitimité de cet habitat et cet art de vivre.
Site pionnier du peuple des yourtes né au milieu des années 90 en France, ce blog défend le droit d'habiter en accord avec ses convictions intimes, de façon modeste, écologique et solidaire, liant art, poésie, politique et spiritualité comme forme d'engagement dans la ronde des transformations du monde.
Ce mode d'habitat partagé par de plus en plus de personnes a aboutit à la création en Janvier 2010 de l'association CHEYEN,
Coordination des Habitants En Yourte sur Espaces Naturels
Après plus de trois années d'existence,
cette association que j'ai fondé, impulsé et géré, se transforme comme le phoenix.
Une partie de ses membres crée un collectif de défense indépendant,
prêt à négocier avec les autorités préparant une loi,
tandis qu'une autre partie revient sur les fondamentaux spirituels et politiques de Yurtao,
l'Objection de conscience et de croissance,
ne collaborant pas avec le système capitaliste consumériste,
en particulier le système législatif productiviste.
On peut consulter les travaux et rassemblements de l'association Cheyen
dans la catégorie " le peuple des yourtes."
Le soutien et la sympathie
à l'art de vivre publié sur " Yurtao, la Voie de la Yourte" par Barbe.S
peut s'exprimer par une adhésion à : "Les Amis de Yurtao."
Je renvoie tous ceux, très nombreux,
qui posent des questions techniques, juridiques, sur les yourtes,
à qui il ne m'est plus possible de répondre individuellement,
à la foire aux questions prochainement mise en place sur le blog.
J'invite les lecteurs à s'y exercer à se répondre mutellement par l'entraide
en utilisant les nombreuses informations disponibles sur le site.
Tout ce qui se rapporte au juridique ( réglementation, menaces et procès)
est visible en vrac, du message le plus récent au plus ancien
dans la catégorie « Histoire et droit des yourtes»,
ou sous forme de témoignage dans la catégorie "Peuple des yourtes".
Une synthèse juridique de la situation des yourtes en France est téléchargeable là:
http://yurtao.canalblog.com/archives/2010/05/15/17899687.html
De nombreux témoignages d'habitants en yourtes sont lisibles
en vrac dans la catégorie «Le peuple des Yurtaoistes », listé dans « Le peuple des yourtes».
Les gens du peuple des yourtes publiant sur un site ou un blog sont répertoriés de façon non exhaustive
dans la rubrique à gauche intitulée « sites d'habitants et auto-constructeurs".
Bienvenue parmi les Amis de YURTAO !
Cécile Duflot, la fossoyeuse des yourtes ? !
Une nouvelle réponse ministérielle est tombée début Avril qui a sidéré les habitants des yourtes.
Texte à imprimer là : r_ponse_minist_rielle_Avril_2013
Cette réponse ministérielle a été publiée sur le site d'Europe Ecologie Les Verts,
sous le titre : " Vivre dans une yourte, une infraction ? "
J'ai répondu à ce texte sur le site d'EELV, mais mon intervention a été censurée, de même que des témoignages d'autres yourteurs.
http://eelv.fr/2013/04/08/cecile-duflot-sergio-coronado-et-les-yourtes/
Voici donc le texte censuré par EELV :
Nous n'osons croire que Mme Duflot est l'auteur de cette réponse au député Coronado.
Nous savons que les hauts fonctionnaires des Ministères du DD et de l'écologie, de l'égalité des territoires et du logement, qui matraquent les habitants des yourtes depuis plusieurs années en les faisant condamner par les tribunaux, sont probablement ceux qui ont concocté cette réponse ministérielle assassine, en particulier la DHUP ( Direction de l'Habitat Urbanisme et Paysages) dont la spécialité est de nous suivre à la trace pour tendre un piège juridique infernal contre les habitants des yourtes.
La situation ubuesque et cauchemardesque où nous place cette nouvelle réponse ministérielle d'Avril 2013 est comparable à la situation désespérée d'un condamné à mort qui comprend que ses bourreaux, c'est à dire ceux qui vont le tuer, sont sa propre famille. Alors nous comprenons que non seulement nous sommes en guerre, mais qu'en plus il s'agit d'une guerre civile, la pire, celle où plus aucune valeur ne subsiste.
En effet, le phénomène de l'émergence de l'habitat en yourte est une réponse populaire écologique extrêmement efficace en matière de protection de l'environnement et de réponse sociale. Or nous voici dans la situation incroyablement paradoxale que l’habitat le plus sobre énergétiquement et le plus écologique est poursuivi et condamné par ceux-là même qui devraient faire la promotion de cette résilience citoyenne, le ministère de l'écologie !!!
Depuis 2006, plusieurs réponses ministérielles ont été publiées au JO (Journal Officiel) concernant les yourtes. Il est particulièrement instructif d’analyser l’évolution de ces réponses. Plus les années passent et plus la répression s'accentue, pour finalement en arriver à aujourd'hui, où la yourte est une cible de choix à réprimer par le système normalisateur du code urbanistique asservi à la marchandisation du monde. Jamais, depuis que Hollande est au gouvernement, il n'y a eu autant de poursuites contre des habitants en yourte sur tout le territoire national. Lorsque les poursuites aboutissent dans les tribunaux, les juges étant a priori libres, en première instance, généralement, ils relaxent. Ce n'est plus le cas depuis 2012, car le parquet et les ministères concernés semblent trouver pénible la mansuétude des juges : d'une part les parquets attaquent désormais directement en première instance, et d'autre part manipulent les pouvoirs publics pour obtenir des condamnations. Malgré l'affiche morale d'un gouvernement qui se targue de ne plus influencer la justice et de respecter son indépendance, les directeurs de cabinets et des services ministériels, eux, n'ont pas ces scrupules, et encore moins cette moralité. Et s'ils n'osent plus influer sur un procureur, ils s'adressent directement au préfet.
C'est exactement ce qui est arrivé en 2012 à l'occasion du procès de la famille Chateau cité en référence dans cette réponse ministérielle d'Avril 2013.
Cette jeune famille d'agriculteurs habitant avec leurs deux jeunes enfants sous leurs yourtes ont gagné leur procès en première instance à Avignon, ils ont été relaxés. Réplique immédiate du ministère du DD ( Développement Durable) et de l'écologie : une lettre, signée par Mr Etienne Crépon, le directeur de la DHUP ( Direction de l'Habitat Urbanisme et Paysages) et Me Frédéric Lénica, directeur des affaires juridiques, datée du 13 Avril 2012, adressée au préfet d'Avignon, recommandant de faire poursuivre cette famille jusqu’en cassation si nécessaire. La DHUP développe dans cette directive au préfet, ensuite répercutée dans toutes les administrations concernées, un piège juridique qui n'est autre qu'une interprétation très restrictive de la loi, le tout sous des airs très documentés. Derrière un rideau argumentaire très bien ficelé, et apparemment imparable, de lois tirées du code de l'urbanisme, se cache habilement l'argument sans fondement qu'une tente habitée à l'année nécessite un PC. Exactement comme la réponse ministérielle à Mr Coronado qui n’allègue aucune loi pour avancer qu'une tente habitée à l'année doit obtenir un PC. Normal puisqu'il n'y a pas de loi en France interdisant le camping à l'année. C'est ainsi qu'arrive au bout de cette lettre de 2012 une conclusion extrêmement répressive se terminant en recommandation au préfet. La dernière phrase ne laisse aucun doute sur la façon dont ce service entend influer sur la justice : « Le parquet devrait se pourvoir en cassation si la cour d'appel de Nîmes jugeait que malgré leurs caractéristiques, les deux yourtes en cause n'étaient pas soumises au régime du Permis de Construire en application des articles L et R 421-1 du code l'urbanisme. »
Il suffit de comparer avec l'avant-dernière réponse ministérielle, celle répondant à Mr Masson en 2011, (voir le texte en clikant sur le lien suivant: r_ponse_JO_s_nat_2011) pour constater que cette réponse de 2011 est entièrement basée sur des textes de loi et qu'elle a certainement requis de la part de la DHUP un effort maximal pour aller au bout de ses arguments juridiques. Mais ils ont beau encercler les yourtes de leur réglementation qui correspond à des maisons en dur et autres bâtiments, il reste encore et encore un tout petit espace où respire la vraie démocratie par initiatives populaires, un peu d'oxygène libre qui échappe à l'étouffoir législatif, puisque, effectivement, les yourtes sont dans un vide juridique. Car personne jusqu'au début de ce millénaire n'a pensé que des citoyens normaux allaient se ruer sur des tentes pour déjouer par leurs propres solutions éminemment sensées la crise immobilière, capitaliste et écologique.
Dépitée que l'arsenal de lois déployé ne puisse achever la liberté de l’habitat en yourte, la DHUP en arrive à inventer sa propre loi en décrétant de son propre chef que : « La yourte destinée à de l’habitation principale est soumise au droit commun des constructions : déclaration préalable jusqu’à 20 m2 de surface de plancher et au permis de construire au-delà ». Elle invente le fait qu'une tente reliée à des panneaux solaires relève d'un PC, et dans la foulée, pour se justifier d'avoir épuisé ses arguments juridiquement fondés et de n'avoir plus rien de légal à nous mettre sous la dent, et puisque les lois qui existent déjà à foison aujourd'hui n'arrivent pas à éradiquer définitivement les yourtes, promet une nouvelle loi. On nous a déjà fait le coup en 2009 avec le projet de loi Mamert dont le moins qu'on puisse dire est qu'il a démontré une grave ignorance du dossier des yourtes.
Mais enfin, le tour est joué, cette nouvelle réponse ministérielle qui vient de tomber est envoyée dans les préfectures, les mairies et DDT, avec l'ordre de débusquer, inspecter et poursuivre toutes les yourtes et contribuer à l'explosion des condamnations et des expulsions.
Où l'on voit la force du vice exercé par les détenteurs du pouvoir : la DHUP manipule le préfet par un piège juridique pour obtenir une condamnation de yourteurs et se sert ensuite de cette condamnation transformée en jurisprudence pour en faire force de loi !
Et toute cette lamentable manipulation est publiée sous couvert de Cécile Duflot à qui je voudrais bien demander face à face si elle a la moindre idée des conséquences réelles sur les habitants des yourtes qu'elle a certainement la louable intention de protéger.
Personne jusqu'à présent ne s'est préoccupé de prendre l'avis des habitants des yourtes. C'est ça la démocratie ?
Que tous ceux qui croient que cette nouvelle loi qui nous pend au nez va ouvrir la liberté et la protection d'installation des yourtes ouvrent les yeux et commencent à se mobiliser !
Sylvie Barbe, Avril 2013
Auteur de "Vivre en Yourte, un choix de liberté"
sous-titré " Hymne à la sobriété heureuse"
publié aux Editions Yves Michel le 19 Avril 2013.
Convergence de toiles au forum de Villeneuve de Berg.
Au Premier Forum citoyen de
La transition énergétique et écologique
le 13 et 14 Avril en Ardèche à Villeneuve de Berg en Ardéche
CHEYEN a animé un atelier débat le Dimanche 14 Avril à 14H.
« Écologie, autonomie et simplicité : les yourtes. »
Atelier débat sur le Droit pour les yourtes.
Le mouvement social et écologique vers l'habitat léger est en pleine émergence dans les marges des territoires ruraux. Mouvement populaire proposant des solutions concrètes et économes contre les méfaits de la crise immobilière et environnementale, il remet en question la politique urbanistique aliénée par la volonté de profit des spéculateurs, du marché du bâtiment et de l'énergie. Quel droit pour les yourtes ? Panorama de la situation d'une alternative à la pensée unique en matière de logement, portée par de plus en plus de jeunes familles.
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le SALON DE THE
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Le grand ZOME ARC EN CIEL
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CUISINE ARC EN CIEL
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Le petit Zome ARC en Ciel, avec Violette, la couturière nomade.
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La TENTE de La ZAD
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La TRIBU VIVACE.
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l'Association CHEYEN et DEMEURES NOMADES
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La ROULOTTE BIBLIOTHEQUE, la toile des mots.
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JOIE TOUT LE WEEK-END !
La Fête des yourtes !
Invitation du peuple des Yourtes!
Programme Assemblée Générale festive de CHEYEN
Coordination des Habitants En Yourte sur Espaces Naturels.
20 et 21 Avril 2013
au Centre Culturel de Bessèges, 30160. (Gard)
Samedi 20 Avril 2013
9 Heures: réunion des bénévoles pour la cuisine
10 Heures: Assemblée Générale CHEYEN, réservée aux adhérents.
Rapport moral, rapport financier, relations externes, élections bureau, projets, problèmes juridiques.
Suivie d'un pique-nique tiré du sac.
15H00: Projection vidéo tout public:
« Les yourtes de la discorde».
Un excellent documentaire sur les yourtes de Bussière-Boffy, suivi du témoignage d'habitants des yourtes de Bu-Bo.
Goûter. Nous vous appelons à contribuer de vos dons en nature : gâteaux, pains et tartes maison, pots de confiture, tous produits et douceurs à partager.
Débat : « Droit pour les yourtes »
sur le thème de la recrudescence des poursuites juridiques contre les installations en yourte.
19H : Restauration, buvette.
Nos amis de la tribu Arc-En-Ciel nous offriront leur cuisine vivante biologique à prix libre.
Une buvette étanchera les soifs non alcoolisées.
21H: Grand Bal FOLK
avec Cevenniks, une dizaine de musiciens formidables.
Entrée: 5 Euros pour tous, gratuit pour les petits.
Un espace chaleureux est réservé aux enfants. Pensez à prendre couvertures et oreillers pour la sieste!
Le bal est suivi d'un bœuf musical, amenez vos instruments.
Hébergement :
Sur place pour les couche-tard. Amener son duvet.
Dans les camps de yourtes du canton :
Au Cantoyourte, à Bessèges, à 10minutes du Centre Culturel à pied. Les véhicules habités peuvent stationner à l'entrée du camp en passant par la piste. Sous la yourte, réservation nécessaire. Emplacements pour bivouaquer sur le terrain. Merci de prévenir Sylvie : 04.66.54.84.77.
Au Savel à Gagnières, au camp de yourtes (7km de Bessèges) places en caravane, maison et emplacements de camping. Voir avec Églantine au 06.85.99.87.85.
A la Tribu Vivace, à Peyremale, à trois km du Centre Culturel, à la sortie de Bessèges. Places en yourtes, emplacements de camping. Contacter Alain : 06.19.42.18.69.
Dimanche 21 Avril 2013
10H: Petit-déjeuner convivial.
Ménage des salles avant une petite randonnée botanique vers les camps de yourtes locaux.
Pour venir :
Pensez au covoiturage!
Déposez votre proposition de trajet dans les commentaires qui suivent ce message, sans oublier d'y noter votre contact.
Sinon, SNCF jusqu'à Alès. Puis car départemental à 1,50 E le trajet Alès -Besseges : départ 11H20 et 17H20 d'Alès tous les jours sauf Dimanche.
Un stand de Cheyen dans la grande salle acceuillera les adhérents et le public.
J'y dédicacerais mon livre « Vivre en yourte : un choix de liberté »
édité aux Éditions Yves Michel qui sort le 19 Avril en librairie.
VIVE LA FETE DES YOURTES !
Négociation avec mon dragon
- Bon alors, tu fais quoi aujourd'hui ?
- Heu, ya pas le feu.
- C'est que tu dois écrire la lettre au préfet et réparer la douche.
- Oh, la lettre au préfet, je l'ai bien dans la tête, ça mûrit.
- Faut tout expliquer dans les détails sans ratures et bien tourné. En plus, tu vas vouloir passer une nuit dessus, alors ça retarde, donc décides-toi rapido.
- Ça retarde pas, ça se bonifie.
- Oui, mais tu dois aussi la montrer à ton avocat qui n'est pas facile à joindre.
- Faut juste que je l'appelle pas le matin quand il est en audience.
- C'est bien que ce que je dis, quand il est joignable, toi tu l'es pas.
- Je programmerais une exception sur mon planning, voilà tout.
- N'oublie pas que la secrétaire du préfet part en congé bientôt, elle t'a dit de lui apporter la lettre en personne presto.
- Non, j'irais pas en ville.
- Tu peux prendre le car demain et faire la lettre aujourd'hui.
- Deux heures de car pour porter une lettre, je préfère aller à la poste à pied et payer un recommandé.
- Un recommandé, c'est cinq euros et t'as plus un rond.
- Oui, mais si je prends le car aller-retour pour aller en ville, ça fait trois euros ; plus la fatigue et le temps perdu, deux heures de trajet ajoutées à deux heures d'attente pour le retour ; alors, pour deux euros de différence, je gagne quatre heures. Et de toutes façons, les pissenlits et plein de rosettes commencent à sortir et il me reste des patates.
- Non, les patates, tu les as passé dans la soupe à la courge la dernière fois.
- Ah mince ! J'irais avec ma voisine à la ferme bio dès que possible. Bon alors, je ferais des galettes à la farine de pois chiche, ça je suis sûre qu'il m'en reste.
- Et tu as révisé le code de l'urbanisme pour ta conférence ?
- Heu, j'ai encore dix jours, ça le fait.
- Ça le fait pas, tu dois t'enfiler tous les articles sur le camping et ceux sur les infractions, et tu devais te renseigner sur les procès verbaux.
- Ben, c'est juste une question de tri car les articles, je les ai déjà compilé, sinon, pour les PV, en attendant que je potasse sérieux le sujet, je peux faire une impasse, comme au bac.
- Et tu l'as eu facile ton bac comme ça ?
- Oui, j'ai même eu une mention.
- C'est nul, tu t'en es toujours foutu des diplômes. Alors le soir, au lieu de lire Walden, tu ferais mieux de t'enfiler le code de l'urbanisme.
- Je lis Walden parce que c'est mon rituel soporifique. Vingt pages sur l'esthétique des bulles d'air dans la glace du lac de Walden, ça m'épate.
- Oui, mais ça t'apprend rien.
- Mauvaise langue ! C'est le seul bouquin où j'ai trouvé une leçon basique sur la façon de couper son bois. Alors que le code de l'urbanisme, rien que d'imaginer des gens capables de rédiger trois mille pages de règles et de lois sur feuillets de missel, ça m'épouvante !
- Peut-être, mais si tu sais pas comment ces fonctionnaires quadrillent le territoire, tu sauras jamais ce qu'ils magouillent contre toi et tes potes.
- Oui, mais à la bougie, leurs caractères minuscules, ça passe pas du tout, et le soir, je suis nase, alors je me détends.
- Pour te détendre, tu dois avoir chaud, et pour avoir chaud, tu dois avoir du bois, et tu n'en as presque plus. Et ils annoncent un coup de froid. Il te faut du petit et du moyen pour la cuisson, et du gros pour le soir.
- J'en ai en réserve sous la yourte.
- Tu rigoles, la réserve, c'est pour les jours de pluie, t'y touches pas tant qu'il fait beau et que tout est sec. Faut ramener les coupes du figuier avec la brouette et descendre le merlin pour fendre les dernières grosses bûches de pin.
- Oh, mais C. le fera ! Quand il vient, il adore faire mon bois.
- Oui, mais là, il vient pas et il va faire froid.
- Bon, OK, ce matin, je fais la lettre au préfet et cette aprème, je fends mon bois.
- Ben non, tu vas à la poste.
- Non, j'irais demain, faut que je passe une nuit dessus au moins.
- Et la douche, tu vas passer la nuit dessus aussi ?
- C'est pas urgent.
- Depuis le temps que ça traîne, tu perds beaucoup d'eau l'air de rien.
- C'est leur came qui vaut rien, ils sont pas foutus de vendre un truc qui dure plus d'un mois, je suis dégoûtée. Faut que je rachète un tuyau mais yen a pas au village.
- Tu peux l'acheter sur internet chez ceux qui t'ont vendu ton filtre à eau, leur système de micro-gouttes est économe, ça mouille pareil avec moins d'eau.
- Oui, mais leurs frais de port sont balèzes, et là, je suis obligée d'attendre.
- Tu peux au moins démonter le tuyau.
- Ah non, si j'ai pas vite le nouveau, je fais comment entre-temps ?
- Tu vois, tu te débrouilles toujours pour différer.
- Je diffère pas, je m'adapte !
- Et ta lampe de poche cassée, tu l'as réparé ?
- Elle est pas cassée, c'est le fil plastok de la recharge manuelle qui a pété.
- T'as qu'à démonter la lampe et renouer le fil.
- Je l'ai ouverte, mais je suis pas arrivée à attaquer le mécanisme embobineur.
- Parce que tu n'as pas le bon tournevis.
- S. fouille toujours dans ma boite à brico pour son vélo et après, je retrouve plus rien.
- Tu as bien des petits tournevis dans ta machine à coudre.
- Heu oui, mais bon, elle est pas foutue la lampe, tant pis pour la manivelle puisque que je peux encore la recharger au soleil, faut juste que je l'expose plein Sud.
- Bon ben, si tu acceptes une lampe handicapée, au moins, change la pile de ton thermomètre digital !
- Normalement il est solaire mon thermomètre, alors pourquoi il s'est arrêté ?
- Faut une pile pour l'écran d'affichage.
- J'ai pas le bon tournevis pour ouvrir le clapet.
- C'est bien ce que je dis, tu es mal équipée, sans outils, tu fais rien.
- Des outils, j'en rachèterais quand j'aurais construis une cabane pour les entreposer au sec.
- Bon, ben, avant la cabane, finis l'intérieur du tipi, depuis le temps que tu l'as commencé !
- Ouais, mais j'ai encore un problème de fil. Je vais pas en racheter, j'ai encore deux grosses bobines à passer, mais le fil est trop gros et ça casse tout le temps, je passe plus de temps à tritouiller qu'à coudre.
- Ça casse aussi parce que tu n'as pas huilé ta machine, faut la huiler régulièrement la machine, normalement tous les jours.
- Oui mais la couture, j'en fais que les jours de pluie, et aujourd'hui, va faire beau.
- Oui mais tes invités arrivent bientôt, et yen a qui vont vouloir dormir dans le tipi et ça sera pas prêt.
- J'en ai déjà cousu la moitié, reste que l'autre moitié et l'assemblage, faudrait qu'il pleuve trois jours d'affilée et j'y arriverais.
- Tant de pluie c'est pas prévu, m'enfin en attendant, tu peux enlever les pierres sur la terrasse en haut, tu pourras y caser deux petites tentes ou une grande.
- J'aurais préféré que ça soit C. qui s'y colle, à cause de mon dos.
- Oui, mais s'il fait les pierres, il fera pas le bois.
- S'il fait pas le bois, je le ferais, je t'ai dit, cet aprème.
- Non, tu vas à la poste.
- Non, la lettre sera pas prête.
- Et le code de l'urbanisme, il est pas prêt lui !?!?!!!!!!!
Tenue d'hiver
Cinq heures, la chouette hulule sur la yourte.
Je me réveille doucement, ravie de la fidélité de l'oiseau, malgré la sale vie que lui mènent les riverains, avec leurs engins et leurs chiens. La lune s'est décalée, les étoiles scintillent dans la couronne. Le ciel est dégagé, il va faire beau,
donc froid.
Le poêle s'est éteint vers vingt trois heures, depuis, la température intérieure chute inexorablement.
Entre cinq et sept, au moment où j'émerge des limbes, dans le grand silence délicieux de la nuit, le thermomètre affiche au plus bas. Immobile, j'écoute la hulotte, qui circule entre quelques arbres sans que je comprenne la motivation de son trajet, en même temps que remontent les images de rêves.
Je voudrais bien écrire, une grande disponibilité d'esprit conjointe à une pêche onirique fructueuse me pousse à cette heure vers mon stylo, mais il fait trop froid pour sortir un bras. Normalement, en évaluant la force du feu de la veille, l'heure à laquelle j'ai cessé de l'alimenter, l'éclat du ciel, la densité de mon haleine, la fraicheur aux joues, l'hygrométrie ambiante, j'arrive à deviner la température de la yourte. Et donc, celle du dehors. Ce matin, c'est confortable, j'estime entre trois et cinq degrés dedans, donc un peu moins de zéro à l'extérieur.
Si j'avais fermé le chapeau de toile, j'aurais gagné deux degrés. Si j'avais rajouté la calotte en laine, encore deux degrés. J'atteindrais alors presque dix, un seuil confortable pour le matin. Mais je ne peux me priver des cieux sur mon pieu. Je ne suis séparée d'eux que par un millimètre de pétrole et de sel polymérisés en couche de PVC transparent, une de mes meilleures concessions à l'industrie chimique.
Je sais maintenant, après tant d'années à combiner mon isolation, le nombre de couches de vielles couvrantes dont il faut enrober la yourte pour renforcer sa résistance au gel. Je n'ai rien calculé, juste observé. De même que je suis attentive à l'amélioration que chaque épaisseur de tissu apporte à mon corps, dans un juste compromis toujours révisé entre esthétique et bien-être, de même j'habille la yourte, sensible à toutes les variations internes de l'atmosphère dans l'habitacle.
Maintenant bien réveillée, je renonce à retenir mes résidus oniriques et commence à préparer l'action de la journée. Le plus souvent, le travail nocturne inconscient a déblayé le terrain : les murmures sont devenus transmissions, les interprétations, clarifications, les gestations, résolutions. Il ne reste qu'à tout accorder avec le temps. La saison détermine les heures de lumière disponibles, la météo impose dehors ou dedans, la température étalonne la quantité d'énergie à prévoir. Tête à peine sortie de l'édredon, j'aperçois alors le dragon du productivisme sur le seuil qui attend sa pitance matinale.
Il ne m'ouvrira la porte que si je m'engage à réaliser au moins une tâche effective ce jour là.
Certains possèdent cabots et canins, je me cantonne avec délectation au sang froid de mon petit lézard, de mon laid crapaud et de mon insatiable dragon, que finalement je préfère à mon agenda électronique. Lui, le goulu dragon, je l'apprivoise au fil de tractations très philosophiques sur les bienfaits de la lenteur, de la promenade, de la non-rentabilité, je lui vante les joies de l'inutile et du manque d'ambition, qui seules permettent la vraie tranquillité. J'éduque insidieusement mon dragon toujours impérieux à concéder son obole à la décroissance, c'est ainsi que j'obtiens, sans le vexer et surtout pas le fâcher, de plus en plus de jours vacants, des jours évadés où il me lâche les baskets.
Alors je peux commencer à préparer mon corps à la sortie du lit. Je n'allume pas le poêle les matins de semaine, vu qu'ensuite, je descends travailler.
Le lever est donc plutôt sportif.
Sur moi, allongée, huit couches textiles : un drap de lin, une couette en fibres de cellulose et une couette en duvet d'oie, chacune enrobée d'une housse de coton, plus une couverture de laine tricotée main en patchwork. Un échafaudage douillet et efficace qu'il faut quitter. La transition, selon la qualité du repos, peut varier entre cinq et trente minutes. Première étape, attraper les vêtements. Ils sont boulottés en ordre de rhabillement sur le petit fauteuil entre poêle et matelas, à un jet de bras. J'extrais donc main, bras et épaule pour rapatrier sur les couvertures ce qui va vêtir le haut du corps, plaçant la première chemise sur le dessus. Et je remballe vivement dans la chaleur ma chair pincée au vif, pour un bon moment. Quand j'ai récupéré le bon niveau de chaleur, seconde étape : enlever la chemise de nuit. Facile, à condition de s'y prendre en deux fois : d'abord en remontant le tissu sur les reins, pause frileuse, ensuite, par-dessus la tête, ce qui oblige à se soulever, et donc à laisser filtrer un courant d'air glacial dans le nid moelleux. Première grande vulnérabilité, premier acte de courage de la journée. Ensuite, trouver l'encolure et le devant, remonter le bassin, reculer l'oreiller, et si bien visé, enfiler. Il m'arrive de rater, enfilant la tête dans la manche si j'ai compté sur le clair de lune, sans allumer ma bougie. Secondes en trop offertes au froid qui en profite pour s'engouffrer dans cet imprudent bâillement. Mes rêves sont maintenant bien envolés, je suis totalement investie à négocier avec la rudesse du nouveau jour, point encore levé. Justement, j'ai horreur qu'il me devance.
Le premier tee-shirt enfilé est si gelé qu'il provoque instantanément un choc réactionnel du thermostat interne : la peau se rétracte, les cellules superficielles protestent et ameutent les copines, je frissonne un bon coup. L'arrière-garde nerveuse s'agglutine sur le front épidermique et décoche des flammes rageuses. En deux petites minutes, le corps compense les degrés manquants au tissu. La réaction de chaleur est jouissive. Le plus dur est fait. Au fil du temps, j'ai appris à privilégier les sous-vêtements molletonnés dont les fibres contiennent de la laine, car le coton gelé flanqué sur un épiderme endormi est aussi agréable qu'une lame de métal. Si je préfère toujours le blanc pour la première chemise qui colle aux formes, la deuxième, plus épaisse et plus large, couvrant confortablement les reins, entame la dominante de couleur du jour. Toujours basée sur un symbolisme profond, la couleur de ma tenue évolue à mon insu dans l'écoulement du temps, traduisant mes états d'âme.
Quand j'ai porté une couleur suffisamment longtemps, elle s'efface d'elle-même et la suivante survient. S'il fait beau dans l'après-midi et que je bosse dehors, il est possible que j'enlève des couches jusque là, et j'aime alors rester dans le ton qui s'est imposé. La récupération thermique de la deuxième épaisseur est plus rapide, ou alors, c'est moi qui suis plus pressée. A ce stade, je me redresse sur mon céans pour enfiler plus consistant : les tricots de laine, soit un pull et un gilet. J'ai abandonné depuis longtemps les vêtements de midinette qui laissent toujours le ventre ou le haut des fesses à l'air au moindre coup de reins, je préfère désormais mon long gilet d'ouvrier à fermeture éclair, ample et pourvu d'un bon col en fourrure, que je serre sur un foulard tout doux enroulé deux fois autour du cou et dont les pendants se croisent sur la gorge. Dés que j'entends le bruit du zip fougueux que je stoppe au menton, je me sens en sécurité. Mazette, pourtant, il fait vraiment froid !
Mais je suis prête, j'ai ménagé mon moteur qui, bien reposé, apprécie maintenant la dynamique du démarrage. Après avoir vaguement discipliné ma longue tignasse dans un peigne à ressort et glissé les livres de la soirée sous la tablette, je déclenche le starter, car voici le moment décisif, l'expulsion du bassin hors de la capsule d'hibernation, avec pivotement sur le tapis, et précipitation dans culotte et collant abandonnés sur la lirette. C'est le seul moment où une surface conséquente de peau est exposée brièvement à l'air glacé. A force de petits matins frileux, le timing est devenu olympique. Ensuite, je chausse mes guêtres, que je fabrique moi-même en récupérant des manches pendouillardes de vieux pulls, auxquelles j'ajoute un élastique pour empêcher la glissade sous les genoux. Je ne réserve les accordéons entre mollets et chevilles qu'aux exhibitions de coquetterie. La guêtre étant par définition un bas ouvert autant en haut qu'en bas, je rajoute une paire de chaussettes sur le collant où la rabattre, et un jupon qui rejoint le genou. Enfin debout, je peux attraper ma jupe suspendue au hamac, jupe basique mi-longue qui, suivant ma résistance, sera en lin, en laine ou en velours. Dument couverte, sans trainer, je plonge alors ma figure dans l'eau de la bassine. Sursaut garanti. Puis je me tamponne à toute allure avant d'enrouler une écharpe moelleuse autour du cou, couvrant menton et oreilles, passer l'anorak, enfoncer mon bonnet tibétain sur la tête ( le seul qui accepte des barrettes dans ma chevelure), lacer mes chaussures de marche dont les coutures lacérées commencent à bailler, et enfin, enfiler mes mitaines. Je secoue et borde mon lit dans le même élan et me voici fin prête pour déjeuner, sachant qu'à peine avalée ma tisane de sauge ou de bruyère, préparée la veille sur le poêle et conservée en thermos, j'aurais déjà trop chaud dans mes cinq couches de vêtements, malgré les trois ou quatre degrés ambiants !
Avant, il y a longtemps, quand j'étais encore une urbaine entravée oscillant entre neurasthénie et hystérie, je n'aurais jamais imaginé pouvoir vivre tranquillement ma vie à des degrés si bas.
Je croyais comme le peuple de chez moi qu'il faut au moins 18 degrés constants sans interruption pour un minimum de confort chez soi. La yourte, la vie dehors, le contact avec la nature et les saisons, ont tout changé. Progressivement, j'ai supporté des températures de plus en plus basses. Sauf le soir. Avec la fatigue, c'est différent. Le soir, j'allume mon tas d'aiguilles de pins et de brindilles et le feu bondit immédiatement. Dans la petite yourte, en dix minutes, l'air prend dix degrés de plus. Au bout d'une demi-heure, j'ai enlevé trois couches, au bout de trois quarts d'heure, je n'ai plus rien sur moi, et là, vraiment, j'apprécie la chaleur comme un bon bain relaxant. J'ai appris à doser la vivacité des flammes pour éviter l'étuve tout en cuisant ma soupe. Tout un art ! Je considère le feu comme un compagnon, pas comme un dû, démarquée de la masse moderne qui appuie mécaniquement sur des boutons neutralisant toutes différences de températures et toute allusion à l'origine de l'électricité. Chaque degré gagné vient d'un arbre que j'ai débité, chaque vêtement enlevé d'une bûche que j'ai scié. Ou mon petit chéri.
Et si vraiment je rentre trop tard pour allumer mon feu, alors il me reste la bouée des naufragés, la coqueluche des paillasses : la très rustique et très efficace bouillotte. Une île de chaleur au milieu d'un océan de glace.
Finalement, c'est facile d'être heureux.
De mettre du sens entre bois mort et confort, entre pieds qui grelottent, bouillotte et arrêt de tremblotte.
Ça n'a rien à voir avec l'argent, mais alors vraiment rien de rien.
Je sais bien que cette façon d'apprécier des insignifiances dédaignées et de tisser ma vie avec des liens de rien me vaut le mépris des « winners » de la performance et de l'innovation hightech perpétuelle, les sarcasmes des poly-consommateurs dopés aux psychocracks hypnotiques et anxiolytiques, mais c'est ma vie et je l'aime, je ne sais pas le dire autrement qu'en la regardant avec attention, percluse d'admiration pour ces cadeaux magnifiques d'une simplicité confondante déposés à chaque instant aux portes de ma perception.
Il fait froid oui, mais en sortant de ma yourte, je devine les boutons jaunes des crocus qui n'attendent qu'un rayon de soleil pour s'épanouir, et au bout de la restanque, le camélia adossé au rocher qui n'a jamais donné autant de fleurs.
Au bout du sentier, je m'arrête pour converser avec le rossignol qui, perché sur une haute branche, chante ses premiers trémolos, fluets et suaves.
Et lui, le petit rossignol qui n'a que ses plumes et son sifflet magique, et moi, la grande gourde engoncée d'habits, on se répond, toniques et intimes comme des amoureux à peine déclarés,
dans la belle aurore qui sent déjà le printemps.
(dessin de Sylvie, gouache et feutres sur papier.)
Demander un Permis de Construire pour sa yourte est rendu impossible.
CHEYEN défend la yourte comme tente non soumise à Permis de Construire, mais se doit de préciser ce qui suit pour tous ceux qui envisagent de faire une demande de PC pour une yourte ne correspondant pas aux critères que nous défendons.
Critères explicités ici: http://yurtao.canalblog.com/archives/2012/11/23/25640784.html
Dans le cadre du Grenelle 2 de l'Environnement, le gouvernement a pris des engagements pour baisser la consommation énergétique de tous les logements et bâtiments publics et privés dans les années à venir.
C'est ainsi que de nouvelles normes viennent rendre quasi impossible une autorisation administrative d'urbanisme pour les yourtes, qui, tout en étant l'habitat le plus écologique qui soit, ne rentrent toujours dans aucune case, ni architecturale, ni juridique. Ce qui peut être apprécié comme un avantage, mais rend les choses particulierement difficiles dans un contexte réglementaire et normatif de plus en plus complexe et restrictif.
Les attaques viennent donc nous prendre en sandwich :
si on est en tente,
on est accusés de ne pas être salubre ou en infraction au PC,
et si on est classé en construction ou bâtiment et qu'on demande un PC,
on est accusé de ne pas être aux normes thermiques.
Dans tous les cas, on est jamais pris en considération
dans notre singularité et notre "performance" écologique autonome,
et étouffés dans un étau,
censé faire renoncer à toute initiative alternative en matière de logement non conventionnel.
Mais on est quand même contents d'apprendre que ces dispositions ne s'appliquent pas aux bâtiments et parties de bâtiment dont la température normale d'utilisation est inférieure ou égale à 12° c et aux constructions provisoires prévues pour une durée d'utilisation de moins de deux ans, ce qui signifie que la seule façon d'échapper à cette réglementation est d'habiter dans un igloo !
Ou dans un nid d'oiseau, un peu adapté quand même...
Le décret n° 2010-1269 du 26 octobre 2010 relatif aux caractéristiques thermiques et à la performance énergétique des constructions, complété par l’arrêté de décembre 2012 promulgué par le ministère de l’égalité des territoires et du logement , sont appliqués et exécutés par le ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat.
Ces décrets énoncent les exigences de performance énergétique des bâtiments nouveaux et des parties nouvelles de bâtiments : limitation de la consommation d’énergie primaire ; optimisation de la conception du bâti, indépendamment des systèmes énergétiques mis en œuvre ; limitation des surchauffes dans le bâtiment en période estivale. Ces arrêtés qui concernent les maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre, constructeurs et promoteurs, architectes, bureaux d’études thermiques, contrôleurs techniques, diagnostiqueurs, organismes de certification, entreprises du bâtiment, de matériaux de construction et de systèmes techniques du bâtiment, fournisseurs d’énergie sont actuellement applicables.
Selon Cédric, porteur de projet de résidence en yourte en habitat groupé urbain, adhérent de CHEYEN :
« Les tests thermiques et de perméabilité à l'air sont les véritables murs infranchissables pour l'obtention d'un permis de construire pour une yourte. La situation actuelle est qu'une yourte peut obtenir un permis de construire si elle est équipée de VMC et de tout un équipement technique vendu par des commerçants sans scrupules de la "croissance verte". Cet équipement pourrait être aussi important que le prix de la yourte elle-même. L'avantage que l'on peut tirer de cet état de fait, c'est que la yourte traditionnelle ayant un faible impact énergétique sur son environnement (à partir de matériaux biodégradables, ne laissant guère de déchets que les générations futures ne sauront gérer) se retrouve dans l'impossibilité d'obtenir dorénavant un permis de construire selon la RT 2012, ( Régulation Thermique 2012) car les logiciels de calcul pour établir le coefficient thermique ont été conçu pour des bâtiments parallélépipédiques, que les éléments "biosourcés" ne sont pas du tout pris en compte, etc. En conclusion, pour s'installer en yourte il devient nécessaire de faire l'impasse sur le permis de construire : le permis de construire s'est lui-même d'une certaine manière exclu d'un certain type d'habitat,
dont les yourtes.
Précisions selon : http://www.forumconstruire.com/guides/voir-gid_92,rt_2012.php: La RT 2012 est appliquée depuis le 28 octobre 2011 pour les bâtiments publics d'enseignement, d'accueil de la petite enfance et les bâtiments tertiaires, elle est généralisée le 1er janvier 2013 pour les bâtiments résidentiels. La RT2012 oblige les habitations neuves à consommer au maximum 50kWhep/m²/an. Cette valeur change en fonction de la région et de l'altitude à laquelle l'habitation se situe. Cette consommation maximale définit le bâtiment basse consommation. Elle impose aussi d’autres contraintes : La perméabilité à l’air du bâtiment doit être inférieure à 0,6 m3/h/m². Cela définit l'étanchéité du bâtiment. Il doit perdre moins de 0.6m3 en 1 heure pour une surface de 1m². Pour cela, il est obligatoire de pratiquer un test d’infiltrométrie lorsque le bâtiment est terminé. Ce test consiste à mettre la maison en surpression (ou dépression) et mesurer les fuites grâce à un logiciel. Pour cela, toutes les bouches d’aérations sont fermées ainsi que toutes autres aérations prévues (portes, fenêtres, etc.) et un ventilateur (nommée blowdoor) est placé à l'entrée du bâtiment. C'est lui qui va gérer la pression dans le bâtiment. -La surface de baie vitrée doit être égale au minimum à 1/6 de la surface de parois extérieure. La surface de baie vitrée doit être orientée au Sud le plus possible et le moins possible (voir pas du tout) au Nord. - Une maison individuelle doit posséder une énergie renouvelable pour la production d’eau chaude sanitaire ou chauffage.
Bon voilà pour aujourd'hui,
on est désolés pour toutes les gentilles petites familles écolos
qui cherchent à se mettre au vert
en toute modestie et en règle avec la loi....
Radeau intérieur
Un long temps dans le lit serré contre la roche, je savoure la chaleur sous les draps,
m'étonnant de ne pas exhaler d'haleine fumante dans l'air matinal.
Hier, une neige verglacée a répandu sur terre et goudron une pellicule éphémère d'un blanc pas franc, juste assez pour projeter le véhicule de mon voisin dans le fossé d'un virage en pente. Puis il a plu, d'une pluie dure lestée de cristaux déliquescents, martelée d'un ciel bas, uniformément gris. Ça et là sur les hauteurs, des nuages de vapeur grise plombaient la forêt. Il a plu très fort dans la soirée, si fort qu'assourdie d'extérieur, j'ai commencé à chercher au plus profond de mon ventre à temporiser les forces en cours.
Le son a commencé par le bas, du hara qu'on fait gonfler en zazen en poussant la respiration vers le périnée. Il s'est étendu, étiré gravement sur une ligne droite horizontale, avant de chuter en caracole légère dans une torsade de dièses et mineures. Un son long et guttural, mi animal, mi monacal, un « om » spontané porté par sa propre pulsion vers une extension maximale du souffle, perpétué sur le fil des cordes vocales comme un marin pousse avec obstination sur sa rame. Forte de cette prestance caverneuse pareille à celle émanée d'un monastère tibétain, j'ai laissé le son remonter lentement au plexus. La tessiture rauque s'est métallisée, la vague a perlé puis s'est fendue, j'ai désiré un tambour de peau. J'entendais l'écho d'un chant sacré de femmes antiques scandant des destins tragiques, matrones invoquant les esprits, vierges implorant l'avenir. Du tenor j'étais passée au contre-alto, étonnée de la plasticité de mes cordes vocales. Mais comment articuler ces deux niveaux sans crapahutements impromptus, sans rupture ?
Et ça continuait à monter, le fil improvisé de ma voix s'originant au plus creux des viscères. Les sons, expatriés d'émotions contenues, tissaient lacets et volutes en une sorte de bouclier sonore brandi contre le choc des éléments. Pour déboucher, comme à l'issue d'un tunnel, sur une résonance soprano s'envolant en drilles cristallines. Ma gorge s'est ouverte, libérant une arrière salle limpide, d'où des tridents clairs d'aigus s'évadaient en mélodie suave. Le chant, après avoir escaladé une nouvelle amplitude de tonalités, a envahi jusqu'aux contours de la yourte, se dressant contre la pluie, rond, spiralé et cascadant.
Je finis toujours par chanter quand la yourte n'est plus qu'un grand chahut, car alors je sais que personne, même pas les oiseaux, n'entendront ma voix. Et ce chant qui ose défier le martèlement de la pluie se fond au diapason avec le feu dansant dans le poêle. Ce petit feu et cette petite yourte, si chichement circonscrits, perdus dans la forêt rugissante dans un tel déluge, un tel vacarme, et ce chant qui monte, qui lutte contre la noyade et l'ensevelissement, devient comme un fil de lumière, une chaîne d'or s'enroulant au grand mât du tonoo, et résister, résister contre les ruades de la tempête, résister contre la peur d'être emportée par une lame déferlante. Ma voix devient alors un pont, un arc-en-ciel entre feu et eau. Lentement, la lutte cède, et l'harmonie, la complicité viennent. Alors, entre ma voix et la matière, au-delà de la passion exaltée, s'arrange une médiation, se conclue une alliance. L'eau concède au feu une boule d'espace, un sanctuaire, dont je goûte triomphalement d'avoir posé les limites avec seulement quelques trames de tissu. Le feu répond qu'il peut se contenter de se contenir, et je relâche ma surveillance, je lui autorise ses plus belles flammes, sans m'inquiéter de ses débordements. Et je chante, je chante à gorge déployée, sans cris, sans trémolos, un râle profond rapant les racines des tripes, un raclement d'ancre touchant les fonds marins, jusqu'à ce que mon radeau se soulève sur les flots et que j'aperçoive, ravie, l'œil du dauphin qui m'a pris sur son dos.
Dans la nuit, le vent s'est levé, la pluie énervée claquait les toiles avec fureur. Mais les bourrasques ont fini par chasser les grosses outres vers l'Est, et, au petit matin, les étoiles brillaient sous la couronne. J'ai écouté les rafales, émerveillée d'être encore une fois épargnée d'une chute d'arbre, d'un arrachage de toile, de ne pas m'être retrouvée nue dans la tourmente d'une yourte décapitée, une cuisse coincée sous une branche. Je sais tous les dangers, je les ai accepté. C'est le risque de la liberté, la loterie divine qui octroie sens et saveur.
Au matin, je m'étonne de la douceur dans la yourte. Hier, à la même heure, moins deux, aujourd'hui, douze. Hier, respirer dégageait de la fumée glacée. Maintenant, il fait presque chaud. Alors je prends le temps, je ne me précipite pas dans mes collants. Évidemment toujours autant de choses sont à faire, mais aucune de plus importante que de réaliser les rêves de la nuit, ces rêves éparpillés récupérés grâce aux réveils multiples. Je pourrais décréter que j'ai mal dormi et râler de cette langueur matinale, de ce ralentissement avant même le démarrage. Mais non, c'était avant, dans le monde des fous. J'ai dormi comme sur un bateau en pleine mer affrontant un gros grain. J'ai vécu l'aventure élémentaire, celle que j'ai choisi avec la yourte. Si j'avais encore un métier, un mari, des enfants, je me rebifferais du contretemps. Mais j'ai vidé la place pour des matins comme celui-là, des matins d'accalmie où tout semble rescapé, où la nature respire de soulagement.
Oui, je profite du mauvais temps, du ciel plombé, de cette eau qui a gonflé la terre et rempli mes bassines, qui n'est autre que l'émotion brute du ciel, à laquelle il est si émouvant de s'agréger.
Un état de totale disponibilité s'ouvre où s'introduit le nouveau jour.
Un espace d'absorption où je peux me délecter de l'amant perpétuel. Car c'est comme si j'avais fait l'amour toute la nuit, prise en tous sens, juste pour goûter ce moment du matin, la satiété et une immense affection. Si immense qu'avant même d'être debout, je tombe à genoux, et que, lentement, l'eau monte du feu du cœur et se répande sur mes joues. Une douce marée qui dure. Figée dans l'extase d'une union opérée dans ma poitrine entre, de nouveau et encore, ignescence et ressac. L'eau coule de mes yeux au fur et à mesure que chauffent mes entrailles. C'est un amour, un grand amour qui n'est pas né du désir, mais de la rencontre fondamentale où s'unissent les particules éparpillées. Un amour fusionnel où l'être se confond dans les principes de la nature, un amour qui guérit tout ce qui a souffert de se croire seule au monde comme une pierre qui chute dans l'abîme. Il ne reste que rédemption et réconciliation.
J'ai tout mon temps, sous la yourte, à laisser s'opérer fusions et effusions, à laisser bouillir l'athanor du cœur.
Ce cœur qui, un jour encore si proche, palpitait, nu, sanguinolent, sur la table du boucher, qui l'avait jeté là après me l'avoir arraché. Des années sont passées sans le dessécher, il est resté là pantelant sur le billard, abandonné dans son humidité violette, attendant que le soleil, doucement, vienne le réchauffer, bien que cela n'ait plus d'importance. Non, le chagrin des pertes, ni la dessiccation ni la putréfaction n'ont eu raison de ce coeur, c'est un miracle du soleil.
Il est resté là sur la planche du boucher parti à d'autres échafauds, abandonné dans son humidité violette, devant la fenêtre ouverte d'une baraque en ruine, et le soleil d'hiver, oblique, s'est penché sur lui. Quelques hivers succédés entre cœur brisé et lumière éternelle, et la lumière a tamisé son feu pour infiltrer lentement les cellules figées. Alors lentement, ce cœur de chair meurtri s'est transformé en cœur d'or.
Voilà pourquoi toute ma vie est là, dans cette petite yourte sans envergure,
avec ce cœur de feu et ces larmes,
car il n'y a que là, dans cette étroitesse,
que peut s'installer tant d'amplitude et de souveraineté.
( Dessins de Sylvie et Crésus, crayons de couleur et feutres sur papier.)
Yourtes emportées par le vent
Une maison ne s'envole pas lors d'une bourrasque, même grosse.
Une yourte, oui, ça arrive.
Une yourte sous le vent peut se transformer en montgolfière, en cerf-volant,
ou en masse informe déchirée.
Pas une maison.
Une maison tient dans la tempête, une yourte pas toujours.
Une yourte peut s'envoler car c'est une tente !
Voici donc la preuve, avec ces quelques témoignages renversants,
que nos yourtes modestes ne sont pas des bâtiments,
mais de simples objets sur lesquels le grand méchant loup peut souffler
pour manger ceux qui s'y réfugient!
* * *
Camille, en Ardèche, a subi dernièrement le vent du Nord qui arrivait par l'Est sur le flanc de sa yourte .
La veille de la tempête, Camille a bien amarré sa yourte en accrochant au toit une dizaine de sangles qu'elle a arrimé à des pieux plantés à un mètre de profondeur dans le sol. Rien n'a cédé à part la couture du toit. Le treillis était fixé au plancher par des petites cales et des ficelles, tandis que les piliers du toono étaient vissés au plancher. La yourte ne s'est pas décalée. C'est le treillis qui a cédé sous le coup d'une grosse rafale qui a tapé comme un coup de poing. De là, la yourte s'est effondrée. Deux treillis et quasiment toutes les perches sont cassées, et le toit a été transpercé.
Camille était dans son lit cette nuit là !
Elle est maintenant en train de réparer sa yourte.
* * *
Voici un autre cas où la yourte a subi la même avarie, mais en moins violent et moins grave,
probablement à cause de dimensions plus modestes.
On voit bien où le vent a poussé sur le treillis,
créant une dépression d'un coté et bombant l'autre.
Renversée, mais pas tombée et pas cassée!
* * *
Pareil pour la yourte installée à Loudéac en Vendée qui, juste avant Noël,
dans la nuit du 23 Dec 2012, s'est renversée.
Après neuf années de nomadisme culturel sans problème matériel, avec des représentations sous une yourte de 49 places assises, les membres de la compagnie "Les Arts paisibles", de Meslan, sont un peu sonnés. Un vent pas du tout paisible a eu raison de leur yourte qu’ils ont mis plus de trois heures à monter. Deux des cinq treillis de la yourte sont sérieusement endommagés.
« Nous avons dû nous résoudre à démonter », déplore le comédien Lionel Epaillard, co-fondateur de la compagnie. Et le spectacle « Les fantaisies papillotes » a du se délocaliser dans une salle en dur.
* * *
Un jeune couple d'auto-constructeur auvergnat ayant subi une mésaventure en automne 2011 m'a demandé de l'aide pour analyser leur déconvenue et réparer leur yourte dans les meilleurs conditions. Ils n'excluent pas une erreur de conception.
Ils m'ont décrit la situation suivante : d'ordinaire, le vent dominant vient du nord-ouest, donc les yourteurs avaient laissé lors du défrichage des arbustes en protection. Mais ce jour là, les rafales venaient du plein ouest à 140km/h ! Après une nuit très secouée, la yourte a craqué.
Deux cordes sanglaient les murs et une bloquait la toile au plancher. Les drisses du chapeau descendaient au sol. La structure n'était pas solidaire au plancher sauf le cadre de porte vissé au seuil. Or c'est le cadre qui a cassé en premier et immédiatement, la yourte s'est écroulée.
Le couple est sorti indemne et n'a pu que regarder désolé les rafales successives renverser la yourte jusqu'à écrabouillement. A la fin, l'anneau central était brisé en deux, plusieurs perches, quelques lattes du treillis, et le cadre de porte étaient cassés. La toile était entière.
J'ai donc examiné les photos suivantes :
(photos prises le dos du photographe à l'est.)
J'en ai conclu quelques observations non exhaustives :
Les murs sont un peu trop hauts, défaut de la grande majorité des yourtes occidentales, et les perches des treillis sont trop minces et pas assez nombreuses. L'écartement interne du treillis déployé devrait correspondre à un carré et non à un losange, le carré étant la base de la stabilité. Du coup, il y a peut-être trop d'écartement en haut des treillis et pas assez de perches du toit, qui paraissent aussi bien minces, et de plus, fragilisées par des nœuds dans le bois.
La ceinture de compression est mal montée : ce cordage supporte toute la pression de la yourte, empêchant qu'elle s'écarte et s'écroule vers l'extérieur. Cette ceinture ne devrait pas passer dans les perches, ni dans les losanges, ne pas s'enrouler dans les treillis. Elle doit se positionner plus bas sur la circonférence et rester à l'extérieur de la structure sans s'entremêler à quoi que ce soit.
La couronne ne semble pas assez solide, faite de couches de bois superposées. Perso, j'utilise du contreplaqué marine en 8 cm d'épaisseur, deux couches de 4cm superposées, collées et vissées. Myriam, qui a une cinquantaine de yourtes au compteur, en a fait l'expérience : dés qu'elle a diminué l'épaisseur de la couronne pour faire des économies, ça a cassé.
Pour les toiles, le bourrelet du toit sur les treillis est visiblement insuffisant, un retour plus large sur les perches et les murs s'avère nécessaire. Il est utile de coudre des attaches sur tout le pourtour du retour de la toile afin d'arrimer par des cordes le toit au sol, sur des piquets ou à des grosses pierres.
Par ailleurs, il ne faut jamais laisser passer de l'air sous la yourte. Quand elle est sur pilotis, il faut enclore par une bâche solide et hermétique, de la terre ou des pierres en dessous pour empêcher toute circulation d'air.
* * *
La Yourte aux fondues est un restaurant d'hiver où l'on peut tremper son quignon de pain dans du fromage coulant. L'entreprise a pour but social de favoriser l'intégration de personnes exclues ou handicapées.
La yourte installée sur la Place du Rhône au centre de Genève le 1er novembre 2012 a bien failli s'envoler un mois après sous les coups de boutoir d'un zef farouche pointant à 90 km/h. En plein après-midi, une dizaine de pompiers a déboulé, ainsi qu'une douzaine de volontaires de la Ville de Genève. Quatre patrouilles de gendarmerie ont fermé la rue du Rhône durant plus d'une heure. La grande échelle a été déployée, bien que dangereusement valdinguée. Pour éviter la destruction de la structure, les toiles menaçant de s'envoler ont dû être lacérées. Les deux yourtes réservées à la clientèle ont donc été complètement dénudées, ne laissant indemne que la yourte-cuisine.
* * *
Le 10 février 2009, en Charente,
la tempête a renversé deux yourtes
dans un centre d'hébergement touristique.
http://www.yourtescharentaises.com/tempete/tempete.html
Les fabricants, l’Atelier de la Frênaie, les ont renforcé lors du remontage avec des cordages reliant les treillis au sol, des amarres extérieures, et en solidarisant les mats portant les couronnes avec le plancher.
Ensuite, en plus de ces précautions d'arrimage, lorsque la tempête Xynthia a été annoncée avec des vents d’une violence inouïe, la propriétaire a empilé matelas et sommiers contre les murs côté ouest pour contrebalancer la pression du vent sur les treillis. Système rudimentaire qui semble avoir épargné ses trois yourtes.
* * *
Guillaume, fabricant de yourtes de l'équipe super sympa de la Frenaie dans le Marais Poitevin ( www.lafrenaie.org), qui est aussi un inventeur génial de petite structures rondes recouvertes d'écorces, qu'on peut voir là : http://chevaldebout.canalblog.com/
propose un petit bilan suite à la tempête qui a renversé quatre yourtes dans sa région.
Que fait un grand vent sur une yourte?
- Le vent butte d'abord sur les cotés et exerce une forte pression qui peut aller jusqu'à casser en deux les treillis s'ils sont trop frêles, ou les faire glisser sur le plancher s'ils ne sont pas fixés. Une dépression se forme dans le treillis défoncé et le vent aspire la couronne vers le haut. C'est le plus dangereux. Manu agrippé à un de ses poteaux s'est vu soulevé du sol de 50cm...Le vent fait battre les toiles, les détend et peut s'engouffrer dedans.
Que faire ?
-Tout d'abord s'assurer que les treillis ne peuvent pas glisser ni vers l'intérieur de la yourte, ni vers l'extérieur : les fixer sur le plancher solidement. On peut aussi poser du mobilier lourd contre les murs du côté du vent. Remettre les deux mâts s'ils ont été enlevés, les fixer solidement à la couronne et les visser au sol avec des équerres. En Mongolie, on amène une grosse pierre au milieu de la yourte à laquelle on attache la couronne sur deux côtés. On peut aussi utiliser des bidons d'eau (plus facile à transporter). Dans tous les cas, cette attache doit être tendue. Retendre les cordes du chapeau et les attacher sur des pieux ou des pierres au sol (plutôt que sur les cordes/sangles qui font le tour). Rajouter des cordes par dessus le chapeau et autour pour empêcher les toiles de battre.
En cas de tempête au delà de 150km, démonter semblerait incontournable. La charpente de type mongol avec des murs très bas est un peu boudée par les auto-constructeurs et fabricants locaux au profit de murs plus hauts. L'expérience de la tempête montre pourtant que ces petits murs offrent beaucoup moins de prise au vent.
* * *
De ma propre expérience d'avoir vécu la tempête de 1999 dans ma première yourte,
je me rappelle surtout comment le chapeau mal arrimé était devenu spinaker ! Et la nuit blanche dont je suis sortie indemne, fière d'avoir survécu comme un capitaine de navire ayant frolé le naufrage. Accrochée aux haubans de la calotte bombée et tendue à craquer par un vent démentiel, décidée à ne pas lâcher, j'ai bien cru finir la nuit de l'autre coté de la vallée après un vol plané.
Finalement, la yourte s'est simplement décalée de 20 centimètres vers l'intérieur sur le coté où tapait le vent, sans que cela cause le moindre dégat. Je n'avais planté aucun piquet. Je crois que je dois mon salut aux dimensions modestes de la yourte à la façon mongole, les treillis ne dépassant pas 1,20 mètres de hauteur.
Une grosse branche de chêne était tombée juste à coté de la yourte, qui aurait pu être fatale à la structure. Mais dans l'ensemble, par rapport à la violence et aux dégats engendrés par cette tempête mémorable, je m'en suis très bien sortie, essentiellement parce que j'étudie toujours attentivement mes emplacements. Je n'ai jamais choisi d'exposition en plaine, ni dans une vallée, toujours sur des collines, le Nord derrière moi et le plus souvent abritée par un promontoire, une falaise, un tertre, un enclavement, une butte ou un monticule. Par ailleurs, il est vrai que les Cevennes, de par leur conformation en vallées tortueuses, ne laissent pas rentrer facilement les queues de mistral venant de la vallée du Rhône.
Pour la fameuse hécatombe du 9 Septembre 2002, ma yourte, installée sur un autre coteau cevenol, n'a pas bougé d'un centimètre malgré la violence des éléments, la yourte étant quasiment collée à flanc de colline.
Mais elle a été trempée par un inexorable martèlement de hallebardes, ininterrompu pendant trois jours. Depuis, je couds systématiquement deux couches de toit que je superpose audessus de l'isolation.
* * *
Jeff qui a vécu plusieurs années dans sa yourte dans le Lot et Garonne m'a raconté lui aussi une nuit de folie passée tout nu à tourner autour de la yourte pour tenter d'agripper et retenir les toiles qui s'envolaient. Quand il arrivait à en rattrapper un bout, ça décollait de l'autre !
Marie, elle, a eu une chance inouïe, car les deux arbres qui sont tombés sur sa yourte se sont arrétès à quelques centimètres du chapeau !
Pierre a eu une yourte en Normandie dans laquelle il ne vivait pas à l'année. Inquiétude de la laisser seule dans son prè aux prises avec les éléments. Quand il a pu coudre ensemble les deux bouts de sa couverture en feutre, très lourde quand elle est est humide ou carrément mouillée, il a résolu pas mal de problème d'envol intempestif : http://ecrit.canalblog.com/archives/2006/05/29/1978654.html
Ici, une famille un peu dégoutée par la fureur des éléments raconte ses déboires, mais la yourte était pour eux un pis aller temporaire, en attendant la construction de leur maison: http://pailleetpoutre.wordpress.com/2011/03/01/oh-une-yourte-avec-de-vrais-morceaux-dedans/
Là, une jeune Allemande se sent plus en sécurité dans sa roulotte que dans la tente commune qui s'est envolée: http://blog.eichhoernchen.fr/post/Oser-la-vie-en-roulotte
D'autres témoignages tout aussi épiques m'ont été rapportés, mais pour rassurer tout le monde, je n'ai pas eu jusqu'à ce jour de retour concernant des blessures.
Voilà donc un petit tour d'horizon des risques et des joies du camping en yourte.
En fait, la yourte est un vaisseau de terre
où l'on essuie des grains comme les marins en pleine mer.
Les Occidentaux n'ont pas l'expérience millénaire des Mongols
à qui ce genre d'aventure n'arrive plus.
Si vous aussi, vous avez vécu une péripétie trépidante entre ciel, vent, pluie, feu, terre et yourte, n'hésitez pas à témoigner en contactant l'association CHEYEN. (Cliker en bas de la colonne de gauche).
Quand aux Messieurs de la DDT qui nous poursuivent pour absence de permis de construire,
invitons-les à passer trois jours en hiver
dans nos conditions de vie spartiates et exentriques.
A l'issue de ce séjour, leurs doutes sur la nature de tente de nos yourtes
seront totalement évanouis.
Ils bénéficieront en sus, gratuitement, par un copieux réajustement au réel,
d'une formation accélérée à l'Eveil,
qu'il est vain de chercher dans des salles surchauffées au nucléaire,
car il n'y a pas mieux qu'une tempête vécue sous la yourte
pour vous cheviller le compas dans l'oeil et les pieds sur terre !
Formation juridique pour la yourte
Sous la yourte,
CHEYEN, Coordination des Habitants En Yourte sur Espaces Naturels,
propose une journée d'auto-formation juridique
sur le statut de la yourte
le Dimanche 17 Février de 9H30 à 18H à Bessèges (Gard).
Nous ferons le point de la situation juridique de la yourte en France
et analyserons les jurisprudences jalonnant ces dix dernières années.
Nous récapitulerons nos arguments juridiques
et tâcherons de répondre aux questions le plus souvent posées
concernant l'installation en yourte.
Apporter son pique-nique et de quoi écrire.
Les personnes intéressées devront être adhérentes à l'association et s'inscrire préalablement.
Clik là pour le bulletin d'adhésion : bulletin_d_adh_sion_seul
Habitat insolite, habitat délirant.
Pour stimuler, à l'orée de cette année 2013,
l'imagination des auto-constructeurs, utopistes, cooconistes,
architectes, batisseurs, urbanistes,
visionnaires, pionniers, inventeurs, virtuoses des matières ou simples artisans premiers,
et de tous ceux qui cherchent à se loger hors normes, hors moule, hors conformisme,
hors sentiers battus de la grande consommation,
qui aiment les visions pas du tout orthodoxes et très déconcertantes,
en révant d'un droit à la différence vraiment démocratique,
voici un diaporama ( clik sur le mot en rouge)
d'habitats bizarres, extravagants, saugrenus, baroques,
exentriques, biscornus, fantastiques, hallucinés, hétéroclites,
qui rassemble une palette de maisons originales, écologiques, psychadéliques,
sauvages, futuristes, basiques, minimalistes, grandioses,
loufoques, fonctionnelles ou carrement délirantes !
http://yurtao.canalblog.com/albums/insolites_habitats/index.html
Lucidité minérale
C'est dur, aiguisé, inexorable, mais néanmoins sans douleur.
Ce n'est pas jouissif non plus, à cause de l'absence d'émotion, d'excitation, de processus.
Ce quelque chose de dardé n'a aucune intention, aucune direction, ni vers la vie, ni vers la mort.
Une présence lustrale est installée sur mon front, massive, impalpable, incontournable, totalement désincarnée.
Sans substance, et pourtant impérieusement manifeste.
Une sorte de pierre sans masse et sans poids, opaque et lumineuse, mate et transparente, légère et ramassée. Sa puissance, comme dissoute en elle-même, se propage à la ronde, et pourtant personne alentour ne la voit. Je suis seule témoin, seule intronisée par une réalité inconnue, installée entre mon front et mon nez.
Effilée comme une lame, large comme un firmament, elle semblerait de couleur blanche, ou au moins laiteuse, mais il n'y a ni surface, ni profondeur, aucune obscurité qui puisse cristalliser un corps ou une nuance même infime. Les perceptions s'évanouissent, s'effondrent comme dans un trou noir et pourtant, je ne ressens que lumière.
La plus proche entité pourrait être le cristal, mais cette comparaison ne se justifie que par une incroyable et invulnérable sensation minérale. En cherchant à palper, à repérer, je me rends compte qu'il n'y a aucune ligne, aucun tracé, aucun pixel, et même aucun reflet, que cette chose intense et insaisissable ne donne matière à aucune image. Dés que je cherche à y attribuer une texture, une odeur, une hiérarchie de valeurs, ou à y rattacher une émotion, une pensée, un concept, tout échappe, il ne reste que cette incroyable imperturbabilité inorganique. Je tente de prendre de la distance, en cherchant mots et qualificatifs, je manipule l'image de la licorne avec sa corne sur son front, l'image du Graal sous forme d'une coupe irradiante, l'image d'une Excalibur magique, mais chaque fois, je comprends que je m'éloigne. Bien que ce truc impalpable dénué de consistance émane de mes arcades sourcilières, il n'est rattaché à aucun poids que je puisse peser, aucune ancre que je puisse lever, aucune racine que je puisse arracher.
Une chose cependant est certaine : sa capacité de pénétration. Et pourtant, là encore, à vouloir cerner cet incisivité, cet affûtement, immédiatement surviennent en synchronicité les propriétés contraires : la tranchante acuité possède une large capacité d'embrassement, d'inclusion et d'intégration. De cette paisible clarté émanent simultanément gerbe rayonnante et étreinte. Convergence et dispersion s'expriment en concomitance, sans cycles, sans choix, hors du temps, dans une subtile connexion de tous les contraires. Je suis une personne somatique, et pourtant je fais l'expérience incongrue d'une essence impersonnelle, totalement vide de ressenti.
En fait, c'est un œil. Un œil sans chair, sans espace, sans reliefs et sans contenu, un œil en dehors de mon corps posté entre mes orbites, un œil qui n'observe rien en particulier mais voit tout.
D'ailleurs, ce n'est pas voir, parce qu'il n'y a ni regard ni objet, c'est un œil qui n'est pas un organe, pas une fonction, un œil qui est la vue absolue. Quand l'œil s'impose, tout sentiment s'efface, les évènements s'alignent dans une évidence indiscutable et implacable, purifiés de toute appréciation.
Quand la lucidité plonge au sein d'une circonstance, alors, la pierre clairvoyante agit comme un grand nettoyage : tout ce qui n'est pas juste autour est détecté et dévoilé, et je suis comme contrainte d'aligner mes actes sur cette vision. Ce qui peut paraître assez violent pour tout environnement englué dans l'ombre. Il y a une telle intransigeance dans cet œil ! Sa nature intangible et limpide ne supporte aucun mensonge, aucune concession. Il avance, l'horizon s'étale et tout s'ordonne.
Je ne suis pas sûre qu'il soit possible de vivre avec ça en permanence. Pas dans la normalité de ce monde.
Plus tard, après cette expérience conscientisée dans ma yourte, je me suis souvenue qu'un ami m'a offert dernièrement, à un moment de décapage et limogeage social, une pierre qu'il dotait d'un pouvoir de protection.
Ovale, lisse, grise avec des reflets bleus dans les nervures opalines, je l'ai trouvé belle. Dans ma main, j'ai ressenti une attirance déroutante pour ce que je ne pouvais qualifier d'objet, car en dehors de l'acte du don qui me touchait, la pierre elle-même me sensibilisait très loin en arrière de ma conscience. Encore plus loin et plus mystérieux que le contact insondable avec mon crapaud ou mon lézard. J'ai noté son nom compliqué sur une feuille et je l'ai mise dans ma poche.
Depuis longtemps, j'ai remballé ma médiumnité au profit d'une rationalité bien tempérée, et si j'ai parfois des envolées mystiques, c'est uniquement basé sur l'empirisme intime vécu dans ma yourte ou dans la nature. Je ne connais rien aux pierres et je ne cherche pas à déléguer ma protection à des objets. Je ne convoite pas de pouvoir personnel et n'ai d'autre ambition que de continuer à vivre tranquillement dans ma yourte jusqu'au bout de mon temps. Si j'ai eu ma grande période ésotérique, je m'en suis détachée comme la graine tombe de l'arbre pour mûrir sa prochaine saison. Mais quand, lors d'un moment de grande tranquillité dans ma yourte, j'ai découvert l'oeil minéral installé comme un pont lumineux entre ma vue du dedans et ma vue du dehors, j'ai regardé la pierre avec étonnement. C'était comme si elle me parlait. Sans aucun son.
Alors j'ai tapé le nom de la pierre sur internet. J'ai lancé une petite recherche.
Et j'ai trouvé, stupéfaite, que ma pierre, une labradorite, était réputée réveiller le troisième œil !
Depuis, ce n'est plus pareil. Je ne marche plus sur la terre de la même façon.
Il y a des cailloux partout. Chacun a sa résonance.
Je pourrais m'affoler face à cette cacophonie potentielle.
Mais non, les minéraux, les végétaux, tous les êtres animés, c'est comme les rencontres :
on peut lier connaissance avec beaucoup de gens,
mais on ne tombe en amitié ou en amour que peu de fois dans une vie.
Je ne comprends toujours rien à la puissance de la lumière,
ni à sa façon de nous habiter, ni à sa façon de nous guider,
mais ça n'a aucune importance.
Je sais seulement que la Vie est partout.
Et ça me remplit d'un respect et d'une admiration sans bornes.
( dessin de Sylvie, crayons de couleurs et feutres.)
Mauvaise nouvelle pour les habitants de Bussière-Boffy
NOUS AVONS L'IMMENSE REGRET DE VOUS ANNONCER
QUE LE PARQUET DE LIMOGES FAIT APPEL
DU JUGEMENT DE RELAXE du 11 décembre 2012
DES HABITANTS DES YOURTES DE BUSSIERE-BOFFY.
(pour la relaxe voir là: http://yurtao.canalblog.com/archives/2012/12/12/25801380.html)
La politique et le harcèlement du maire pratiqués depuis 4 ans à notre encontre peuvent donc continuer...
Et nous assistons aujourd'hui à un cautionnement de ces pratiques par l'Etat, via la Préfecture et le Parquet, même lorsqu'un vide juridique rend la situation absurde. Mais il est à noter que le Tribunal nous a donné raison, ce qui renforce notre légitimité.
Nous sommes dans une petite commune rurale où les rares jeunes nés ici s'en vont, où seuls quelques retraités viennent s'installer.
Pourtant, le maire ne supporte pas l'idée de notre présence, nous qui avons fait le choix de vivre ici et d'y élever nos enfants, de développer des règles de vie respectueuses de l'environnement et de la différence, et d'innover (assainissement naturel). Après avoir rendu nos terrains inconstructibles, il cherche aujourd'hui à les faire classer en zone naturelle pour nous empêcher d'y vivre. C'est l'unique but poursuivi par le PLU en cours, qui coûte à l'Etat la modique somme de 20 000 €. Alors que le tribunal propose à l'audience d'utiliser ce PLU pour que nous puissions construire, le maire menace d'en bloquer l'élaboration.
Il est clair que Jean-Paul Barrière, maire de Bussiere-Boffy (certainement l'un des seuls élus de France a avoir demandé la fermeture de l'école de son village) fait une affaire personnelle de notre expulsion de la commune (aux frais des contribuables), ce qui relève de l'abus de pouvoir.
Qui va donc faire cesser cet acharnement stupide, destructeur et inutile qui dure depuis 4 ans ?Combien d'argent cet affaire a-t-elle déjà coûté à l'Etat et la collectivité ? Il semble que les 50 000 € de frais soit atteints.
Plus grave encore, combien cela coûte-t-il à une petite commune de détruire son tissu associatif, d'expulser sa jeunesse et d'anéantir ses forces vives ?
Nous avons besoin de votre soutien, mais aussi de votre aide concrète en conseils, en actes, en mobilisation, et de tout le poids politique et social dont vous disposez. Que chacun interpelle les institutions (nos élus, les services de l'État) sur cette affaire.
Merci de faire circuler cette information, les habitants de Bussière-Boffy.
Notre blog : http://yourtesbussiere-boffy.info/
Pétition de soutien : http://www.mesopinions.com/petition/social/soutien-aux-yourtes-bussiere-boffy/9306
Et pour finir, voici une émission télé sur ces yourtes de Bussières-Boffy:
http://www.telim.tv/videos/finissez-dentrer-les-yourtes-de-la-discorde












































































































































































































































