YURTAO, la voie de la yourte.

25 mai 2015

Yourtes sous les étoiles

yourte cosmique

Tous les soirs, je m'assois devant la yourte sur mon vétuste petit fauteuil en rotin que j'ai du retresser et sangler plusieurs fois avec des chutes de store entrecroisées, tous les soirs d'hiver ou d'été, par moins cinq ou par trente, au crépuscule ou à minuit, j'honore mon rendez-vous sacré avec le ciel.

Soulagée de mes lourds paniers et godillots, agitation, soucis et préoccupations, j'oublie d'un coup, comme une amoureuse ravie de retrouver son amant après une journée bien remplie, tout ce que les charges du jour ont contracté, j'oublie ma pesanteur pour entrebâiller la porte des cieux et recevoir la grâce d'une caresse cosmique.

Dès que je lève la tête vers mon Noël permanent, mon épiphanie éternelle, dès que je me coule dans la cime des grands pins où les étoiles suspendues envoient sans se lasser leur jets d'espérance aux errants terrestres, l'embrouillamini des images et des émotions accumulées pendant la journée se dissipent comme par enchantement et le temps s'abolit.

Mes sens se dilatent pour embrasser l'environnement, mais ce n'est pas un mouvement spatial, c'est une immersion en profondeur qui revient au moyeu de l'existence d'où rayonne le vivant, et si je deviens grande, c'est parce que j'accepte de me diluer dans mon insignifiance.

Je laisse alors le silence intérieur écarter les frondaisons de ma forêt cellulaire, délayer les frontières de ma peau qui devient élastique et poreuse, je me liquéfie comme une sirène fendant l'onde et ma perception s'élargit telle une vielle passoire transformée magiquement en filet de pêche.

Plus je lève la tête vers le ciel, plus j'écoute les bruissements de la nuit, plus se dissolvent les murailles de l'esprit qui m'ont servi à construire le mythe quotidien de ma consistance personnelle.

le ciel dans la yourte

Elles sont là, immuables, à ravir mon âme solitaire si prompte à s'égarer dans les angoisses existentielles, elles sont là où je serais peut-être un jour après la fin du monde, transportée dans la danse céleste, étoiles innombrables dont j'ignore tout, sauf cette poésie miraculeuse et ce réconfort magnétique qui me saisissent quand je m'abandonne à elles, à cette joie plus forte que le découragement qui me convainc que s'ils peuvent tout gâcher sur terre, s'ils peuvent extraire et dilapider le sang de Gaïa, ils ne peuvent, ni ne pourront avant longtemps, décrocher les étoiles, ni tarir le flux sidéral.

Cette relation intime avec les étoiles, êtres énigmatiques dont la lumière signe une présence immuable, est probablement la plus stable qu'il me soit donner d'expérimenter avec des vivants qui me transcendent, au point qu'il me semble que cette révérence à l'inconnu et cette admiration suscitées par le mystère des astres imprègnent d'éternité les relations que je noue avec les parcelles les plus étranges de moi-même et de ceux que je côtoie.

Il m'arrive souvent de fabriquer mes propres étoiles,

arbre aux étoiles encore debout

comme si le processus créatif nécessitait régulièrement de répliquer le ciel

pour rafraîchir l'inspiration et se ressourcer.

étoile jaune

Étoiles de feuilles et de fleurs,

étoiles de cailloux et coquillages,

étoile de cailloux

de perles, de billes ou de boutons,

étoiles de branches, de tissu,

etoile tissu yurtao

  et de laine suspendues dans la bise,

petite étoile bleue

parsemant mes allées au détour d'une marche,

étoile à la grotte

étoiles sous la couronne de la yourte,

sous la couronne de la yourte

étoiles accrochées aux treillis de la yourte, 

P1110034

étoile réfractée de ma théière,

théière étoilée

c'est comme préparer le carrosse qui me déposera au grand bal de l'amour

quand il sera l'heure de partir.

Et tant pis si la tempête a réussi à renverser mon arbre aux étoiles

arbre aux étoiles tombé après la tempête

qui désormais pendouillent dans l'herbe entre les banières,

étoiles dans le prè

je ne doute pas un instant que la capsule éphémère où j'habite

entre ciel et terre sur le bord d'une falaise

appartient déjà au firmament dont le scintillement berce mes nuits,

yourte accrochée aux étoiles

et que c'est sans doute un avant goût du paradis.

ptit étoile ptit étoileptit étoileptit étoile

 

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19 mai 2015

Seringa, ma joie d'arriver

0 après les drapeaux

1 sur le chemin

2 je marche

3 et passe sous le seringa

4 d'où un parfum à défaillir de plaisir

5 s'exhale des petites fleurs blanches

6 qui m'entourent comme un arceau de marièe

7 alors que j'arrive à l'entrée de chez moi

8 où je me retroune pour voir le tapis blanc des pétales qui déjà tombent sur la terre

 

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13 mai 2015

Menus printaniers

Ces menus sans gluten, sans sucre, sans produits laitiers et sans céréales sont composés uniquement avec des produits locaux naturels ou biologiques. J'entends par naturels les produits de la nature non cultivés et non transformés. Je récolte les plantes sauvages dans un périmètre de quelques kilomètres autour de la yourte.

Ainsi sont naturels les végétaux, graines et fruits sauvages, et sont biologiques les farines, l'huile, les pommes de terre et les conserves achetés.

Chaque jour, j'alterne différentes tisanes de plantes locales récoltées alentour, dont les principales sont le thym, le romarin, la sauge, la menthe, la bruyère violette, le tilleul, la camomille, les cônes de houblon et le frêne. Je les choisis en fonction de leurs propriétés.

feuilles de frène

Les fruits, fraises et cerises, sont dégustés en dehors des repas.

Lundi midi

Salade de porcelle aux pousses de salsepareille.

porcelle belle

Ma salade sauvage préférée. Ses feuilles velues et épaisses sont délicieuses et très nourrissantes. Elle croit là où je remue la terre. Je coupe les feuilles du cœur et de nouvelles feuilles tendres repoussent. L'aire d'une prochaine yourte que j'ai aplani est ainsi devenue mon jardin sauvage où je me contente d'observer les nouveautés, d'admirer et cueillir en préservant soigneusement la ressource.

Beignets de consoude à la farine de riz et de sarrasin.

Je vais chercher la consoude en bord de rivière où elle forme des petites colonies de clochettes jaunes.

consoude sauvage à fleurs jaunes

Je colle sept ou huit feuilles vert émeraude entre elles avant de les plonger dans la pâte puis dans l'huile et de les déguster croustillantes, on dirait de la sole !

Figues sèches.

 Lundi soir :

Soupe d'ortie, évidement ! Un concentré de protéines végétales.

feuilles d'ortie

J'ajoute parfois un oignon aux orties et aux pommes de terres avant de tout passer à la moulinette. Je n'ai pas d'ortie chez moi, ma terre est trop pauvre et trop acide, mais je connais ses endroits de prédilection. Trop en bord de rivière, elle est souvent éliminée par les invasions d'armoise, il faut donc s'éloigner de la rive jusqu'au bas d'un talus pour la trouver, où elle profite de largages de déchets de jardins ou de gravats.

Asperges de pousses de houblon à la mayonnaise.

salade de pousses de houblon

J'adore ce plat là ! Il en faut beaucoup pour une assiette consistante, mais le houblon est facile à trouver, souvent dans les haies où il emberlificote ses voisines de ses étreintes sinueuses.

Amandes.

Mardi midi

Salade sauvage composée : ombilic et orpin,

nombrils de vénus

laiterons (le laiteron apre ne peut être consommé que jeune, après il pique! Par contre le laiteron lisse est d'une grande douceur de goût )

laiteron apre

alliaire, lampsane si elle est toute jeune, pissenlit, trèfles...

Tranche de sanglier offerte par un chasseur.

Beignets de fleurs d'acacia à la farine de châtaigne. Le sucre des fleurs allié à celui de la châtaigne est une gourmandise très délicate qui cale bien la fringale !

fleurs d'acacia

Mardi soir

Soupe de chénopodes.

Le chénopode est un épinard sauvage très doux que je mouline avec des pommes de terre.

chénopode      chénopode

Crosses de fougères à la mayonnaise. Il faut les couper quand les frondes sont encore très enroulées et donc bien tendres.

Galettes de farine de pois chiche à la confiture d'arbouses.

Mercredi midi:

Salade sauvage composée : pimprenelle,

pimprenelle

feuilles et fleurs de trèfles, d'alchemilles,

alchemille

de coquelicots et de pâquerettes.

coquelicot

Chapatis de pariétaires à l'ail. Un concentré de potassium. La râpeuse pariétaire est très commune mais a peu de goût, aussi peut-on allègrement y ajouter des condiments.

pariétaire

Sardines à l'huile et au fenouil.

Mercredi soir :

Velouté d'amarante.

Galettes de millet aux vesses.

Noix.

Jeudi midi :

Salade de jeunes feuilles de tilleul et d'aubépine avec bourgeons de pin. Acidulée, cette salade peut se passer de vinaigre.

Omelette aux pommes de terre et pousses de houblon.

Pruneaux.

Jeudi soir :

Soupe de feuilles de mauve et de laiteron.

Jeunes pousses de fragon à la vinaigrette.

Crêpes à la farine de millet et de riz avec de la confiture de framboises.

Vendredi midi :

Racines de bardane crues.

Il faut déjà s'enfouir sous les grandes feuilles pour extirper le pivot de la terre sans l'arracher.

bardane

Elles ne sont pas faciles à éplucher, mais quel régal quand elles sont tendres et pas trop fibreuses !

racines de bardane

Galettes de flocons de sarrasin aux vesses.

vesses

Fleurs de robinier.

fleurs d'acacia devant la yourte 

Vendredi soir :

Potage d'herbes. (porcelle, plantain, vesse, tilleul, laiteron, chenopode etc.) La feuille de tilleul libère du mucilage qui épaissit la soupe.

Pétioles de bardane sautés en sauce blanche. Ces tiges s'épluchent comme la rhubarbe et il faut les prendre jeunes.

pétioles de bardane

Chaussons de fleurs de sureau.

 sureau

 A force de déguster une si grande variété de plantes sauvages, le goût s'affine et il n'est plus guère possible de se régaler avec des légumes industriels, jugés désormais immangeables. Ces produits forcés sont non seulement insipides, mais de plus en plus repoussants à mesure que se develloppe le respect du plus petit végétal. Si d'aventure il m'arrive d'en manger, ma langue en fait des aphtes. Devant ces pauvres légumes maltraités, je ne ressens plus que la violence qu'ils ont subi. Alors qu'une herbe appréciée, ceuillie avec respect, s'offre à qui s'insère avec conscience dans la grande ronde de la chaîne alimentaire, cet équilibre formidable de l'écosystème que l'homme s'acharne à détruire.

 

 

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27 avril 2015

Balade Cevenole : Viens! Ne te lasse pas de mêler à ton âme la campagne, les bois...

tipi d'appel

Sors de ta ville et viens marcher sur les sentiers.

Déconnecte des écrans et connecte toi à la terre.

le vieux Lakota

Chausse de bonnes semelles et prépare ton pique-nique.

Le Samedi 9 Mai 2015, nous irons sur les crêtes

regarder besseges

contempler vallonner les Cévennes

vue cevenole

et traverserons châtaigneraies et chênaies ancestrales.

Nous partirons du camp de yourtes à Bessèges le matin

pour une balade d'une dizaine de kilomètres, la boucle du Ronc Rouge.

carte rando ronc rouge besseges

Nous nous sustenterons à la chapelle Saint Laurent,

avant de longer les hauts de Rochessadoule, entre thyms, buis et fragons,

et redescendre par une magnifique forêt de châtaigniers.

Petite halte à la grotte des fées, occupée par nos ancètres il y a des milliers d'années,

et à la capitelle qui servait d'abri aux bergers.

capitelle dans le bois yurtao

( Dessin de Sylvie, crayons de couleur et feutre)

Partage botanique, historique, minéralogique selon l'apport des participants.

Cette sortie est proposée dans le cadre des journées Conviviales

de chaque deuxième samedi du mois

au Cantoyourte de Sylvie.

soleil yourte

Rendez-vous à 10h au camp

pour un départ à 11H.

cantoyourte étoile du matin

N'oublie pas ta bouteille d'eau avec ton pique-nique

et éteins ton téléphone portable, mais s'il est connecté à internet ( G3/G4 ), mieux vaut le laisser chez toi ou dans ton véhicule.

«Savez-vous que j’ai souvent l’impression de ne pas être vraiment un être humain, mais un oiseau ou un autre animal qui a pris forme humaine ?»

Lettres de prison de Rosa Luxemburg, éditions Bélibaste, 1969.

 « Il me console de savoir que qui court ne pense pas. Ne pense que celui qui chemine ».

 Le philosophe Mario Tronti 

« Viens! Ne te lasse pas de mêler à ton âme la campagne, les bois, les ombrages charmants, les larges clairs de lune au bord des flots dormants, le sentier qui finit où le chemin commence. » 

Victor Hugo.

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Contact pour plus de renseignements :

yurtaoarobazeyahoopointefaire.

ou:  cantoyourte (arobaze) orange.fr

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18 avril 2015

Comme on nous trimballe

femme couleur

Demain, je vais en ville.

Je m'y prépare plusieurs jours à l'avance après avoir tout fait pour l'éviter.

faut que j'aille en ville

Patience et endurance sont impératives car le trajet en car dure une heure en moyenne pour atteindre un but situé à trente kilomètres.

J'ai le choix entre deux départs, pas plus, un le matin tôt et un à treize heures. Personne n'a le droit de sortir l'après-midi, ni le soir, et encore moins le week-end, de ce bourg abandonné des pouvoirs publics, s'il n'apporte généreusement, avec son tas de ferraille individuel, sa contribution au réchauffement climatique et un gros coup de pouce à la croissance des pétroliers pourvoyeurs de terroristes.

Ces abominables et nauséabonds caissons à roues ont beau être les principaux responsables de la menace d'apocalypse écologique, ils bénéficient toujours d'un prestige à la mesure de l'espace qu'ils asphyxient. Bien qu'un trajet en véhicule personnel soit beaucoup plus coûteux qu'un trajet collectif, la vertu du simple et le soulagement apporté à la planète ne récoltent aucune considération positive.

La société vous traite selon votre niveau d'appropriation matérielle et de destruction du bien commun, avec d'un coté, le citoyen lambda de l'anthropocène virulent fondé sur l'accumulation de véhicules,

autos caput

et de l'autre, une masse informe de parasites, barbares en insidieuses incursions ou bas peuple à trimballer en troupeaux, dont on peut tout au plus espérer un profit par accumulation de petites traînes de dernière zone.

Le blasphème économique du véhicule transportant plusieurs personnes pour une seule empreinte énergétique ne trouve sa relative rédemption que par l'entassement maximum.

train bondé

De plus en plus de bétail humain est ainsi livré pèle mêle aux rouages urbains et à la grande et insatiable hydre capitaliste. Il y a dix ans, les cars départementaux étaient quasiment vides en journée, fonctionnant principalement aux extrémités du jour pour les scolaires, subventionnés par le Conseil Général. Aujourd'hui, de pauvres hères, toujours les plus faibles qui n'ont pu joué des coudes, vieux et mal-portants, incapables de devancer les collégiens prenant d'assaut la porte d'entrée du bus vespéral, restent lamentablement sur le carreau, cabas ballants, mines hagardes, refoulés, méprisés de tous.

veille femme harrassée

Au moment où la crise commençait à bien remplir les cars, ils ont arrêté le train.

Il nous ont fait croire qu'ils allaient le remettre bientôt, juste le temps des travaux, mais c'était pour mieux nous couillonner, les travaux n'ont jamais commencé.

D'abord, ils l'avaient ralenti. Les dernières semaines, la micheline avançait à 25 à l'heure.

Le Moyen Age.

train pourri

On allait plus vite en vélo, malgré qu'ils ne feront jamais de piste cyclable.

vélo fleuri

Ensuite, comme ils n'entretenaient plus les abords et que la locomotive déglinguée se traînait sur les rails pourris en se faisant fouetter par des branches d'arbres, ils n'ont pas voulu débourser en emplois d'élagueurs et ont choisi une solution plus rapide et radicale :

des flots de Rond Up XXL sur toute la végétation exubérante le long de la voie ferrée.

Efficace : même les acacias, pourtant extraordinairement robustes et vivaces, sont devenus blafards, comme brûlés de l'intérieur, avant d'être couchés par une tempête. En contre-bas, la rivière abominablement polluée a torpillé les poissons et les oiseaux qui les mangeaient, et contaminé insidieusement riverains et baigneurs estivaux, sans que personne ose dénoncer les « efforts » de RFF ( Réseau Ferré de France) pour « sauver la ligne ».

Mais l'année d'après, les acacias ont repoussé. Pire que les ginkgos d'Hiroshima !

Alors ils ont arrêté le train, purement et simplement.

plus de train

Malgré que ces trente kilomètres de ligne aient un potentiel de voyageurs équivalent à la ligne reliant préfecture et sous préfecture, qui, elle, a bénéficié de gros chantiers de réhabilitation.

travaux sur la ligne

Au début, ils ont noyé le poisson dans l'eau par une desserte routière de cars SNCF, juste pour évacuer les derniers touristes. Ça a duré trois mois, et quand les gens ont commencé à moins râler, ils ont supprimé les cars.

Le néolithique.

Seule compensation pour les indigènes qui n'ont plus à disputer leur carré de serviette sur la berge de la rivière, les touristes ne sont plus revenus.

Puisqu'ils nous ont abandonné, on aurait pu se regrouper pour survivre en autarcie, il y a de quoi faire ici, avec toutes ces terres en friches. Mais non, ils nous obligent à aller pointer en ville en menaçant de supprimer nos subsides si on plante des légumes pour les manger au lieu de renchérir dans la surproduction industrielle en train de bousiller ce qui reste d'humus.

Il a donc fallu se rabattre sur les cars départementaux. D'un coup, entre crise et sales coups politiques, ça a été comme un raz de marée, les cars ont débordé.

débordement

Alors ils ont fait comme d'habitude, ils ont « rationalisé » : des « experts » ont calculé le coût le plus bas pour une rentabilité maximum. Les petites compagnies de cars locaux montées trente ans en arrière par de modestes entrepreneurs du coin habitués aux autochtones ont toutes été contraintes de se dessaisir de leur autonomie pour prêter allégeance à la multinationale Veolia, qui a « épuré » le trafic.

Fini les cartes gratuites pour les chômeurs, durcissement des conditions d'abonnements, menaces de sanctions affichées en gros sur les vitres contre les resquilleurs, contrôleurs parachutés par surprise, suppression des petits arrêts à la demande, allongement des lignes pour ramasser plus, suppression d'horaires le soir, absence de services le Dimanche, les vacances et les jours fériés, informatisations des paiements et pannes chroniques des poinçonneuses électroniques, sous-traitance des réductions, etc....

Les petits patrons dépossédés ont râlé, furieux de perdre la maîtrise de leur instrument de travail et de se soumettre à un consortium aveugle. Quelques écolos, gauchistes et décroissants ont soutenu leur résistance, mais aucun argument de proximité ne valant contre la rentabilité, on a tous abdiqué par force.

Maintenant, d'impersonnels bureaux planqués à Petzouilleslesandouilles pressurent l'ensemble du transport routier collectif du département au profit de quelques actionnaires. Le Conseil Général a fait passer la pilule en régulant les tarifs par un prix unique à 1,50 Euro le trajet pour tous, ça a marché, tout le monde s'est écrasé.

on s'écrase

Pour moi, toute la tactique anticipatrice consiste à évaluer comment arriver au but dans un état pas trop délabré. Si la ruine est inévitable, que je ne peux proportionner positivement mes efforts en rapport au bénéfice attendu, que le bilan énergétique s'effondre parce qu'il me faut trois jours pour récupérer d'un déplacement, je révise mes buts, le plus souvent en assumant le retard de mes échéances.

Si je prends le car du matin, je m'immerge dans la jeunesse, si je prends celui d'une heure, je m'amalgame au quart monde. Ce n'est pas de la mixité sociale puisque aucun bourgeois ne se risque jamais dans ce guêpier.

train à deux niveaux

Avec les jeunes, le bain de jouvence est malheureusement contrarié par les coups de genoux, postillons giclés et chewing-gums collés, vociférations instrumentales et panorama exhaustif et tempétueux de leurs relations amicales et familiales via leurs portables toujours allumés. Telle cette gamine obligée de s'asseoir à coté de moi à cause du surpeuplement, qui ne cesse de téléphoner à sa copine montée dans le car précédent qui patine devant le nôtre. Ou ces adolescentes délurées qui crachent dans mes jupes des pépins de je ne sais quelle amalgame saccharosé en invectivant les boutonneux alentour pour qu'ils les alpaguent et m'éborgnent.

La deuxième immersion, celle du quart monde national, est certes plus calme malgré que désormais le moindre mendiant, trisomique ou marginal possède un portable où il fait semblant de n'être pas seul. Mais la promiscuité est beaucoup moins vivifiante. Il se trouve toujours un bougre profitant des transports publics pour coller ses fesses à celles d'une malheureuse qui n'a d'autre échappatoire que de réduire drastiquement ses dimensions charnelles, de colmater hermétiquement ses cinq sens et de pratiquer une apnée de nageuse professionnelle pendant toute la durée du trajet. Et si on échappe aux crachats des gamins, rien ne prémunit contre les toux, éternuements, poux, germes et virus de la gente populaire, ni de la bave, poils et puces de leurs chiens.

cabots

Les jours de pluie, ça complique. L'eau coule sur les porte-bagages et les bastingages avant de gicler sur les têtes et rouler sur le lino. C'est parfois amusant bien que des places soient perdues, mais quand un brave s'assoie innocemment sur ces strapontins royalement vides, le spectacle des trémoussements et des nuques affolées se terminant en mouchoirs trempés et fonds de pantalon impudiques s'ajoute sympathiquement au répertoire désordonné de la grande comédie sociale.

Les jours d'été, lorsque le car a stationné quelques minutes au soleil fenêtres bloquées, c'est le four avec déshydratation et malaises assurés. En hiver, avant que le chauffage fonctionne, on se gèle. Et tout le temps, ça vibre. Toute cette ferraille malmenée explose en une gamme tonitruante de sons saccadés inquiétants qui vrillent le cerveau. L'imparable matraquage vibratoire empêche le moindre assoupissement en fossilisant toute esquisse de protestation.

Si on peut opter entre fétidités séniles et bousculades adolescentes, on ne peut rien contre la torture électro-magnétique généreusement administrée par la connectivité généralisée, rien non plus contre le laminage des amortisseurs, des freins et de sa santé, et surtout, rien de rien contre l'incontournable constante à laquelle personne n'échappe, le despote qui détient les clefs de votre vie pendant toute la durée de votre martyre routier : le chauffeur.

Le Crétacé (époque des dinosaures…) .

roi chauffeur

Le chauffeur n'aime pas les pauvres.

Le chauffeur déteste son boulot.

Le chauffeur se venge en entrechoquant furieusement son bétail.

Le chauffeur conduit n'importe comment pourvu que ça déglingue un max de carlingue et de dingues.

Nids de poules et dos d'âne à fond, ronds-points enjambés par le milieu, coins de trottoirs loupés ou intentionnellement culbutés, flaques d'eau éclaboussées en panaches géants sur les passants, pilage à l'arrache sur la voiture de devant déboîtant les bassins traumatisés des ménopausées, absence totale de négociations des virages et coups de freins brutaux sans rétrogradation des vitesses, coups de klaxons en mitraillette, il adore, c'est sa revanche de ne pouvoir expurger racailles et zombis, ça apaise sa haine de chauffeur de pauvres.

Dés l'aurore, le chauffeur noie sa rage de déclassé en ouvrant les égouts sonores, Fun Radio et Énergie à fond dans les micros alignés au plafond jusqu'au fond du car, martelant les passagers de hurlements publicitaires et de pilonnages discos. Ce supplice cacophonique recroqueville sous hypnose profonde tous les vieux, les ménagères, les handicapés, les néo et les gentilles familles dont les bébés capricieux en restent tétanisés, jusqu'aux scolaires parfaitement abrutis au consumérisme inoculé de force, embarqués en fanfare dés le saut du lit dans leur calvaire « culturel ». Les moins impactés semblent être ces adolescents qui téléphonent à tue tête et s'esclaffent à gorges déployées tandis que d'autres s'accrochent désespérément à leurs propres sons dans l'oreillette. Évidement, les boules Quies s'avèrent incapables de filtrer ce vacarme.

Cinq minutes, c'est rigolo, il y a du spectacle, une heure, c'est l'enfer.

Mais le pire, c'est l'opinion du chauffeur.

Un jour, bien avant Charlie, j'ai pris le car à contre sens pour un petit trajet à une horaire par la suite supprimée, et me suis donc retrouvée, occurrence ultra rare, seule passagère. Jusqu'à ce qu'un vieux Monsieur un peu branlant mais propret monte à la station suivante, qui commence à discuter avec le chauffeur. Ignorant superbement ma présence, les deux hommes se sont mis à déplorer la fin du monde fomentée par tous ces tarés qui font chier, ces minables qui foutent rien et s'empiffrent dans la gamelle des honnêtes travailleurs obligés de se les farcir, tous ces branleurs qui complotent, salissent et pourrissent, des parasites à dégager aux travaux forcés ou en prison,

misérable

heureusement que Marine va changer tout ça, moi je vous le dis Monsieur, on va mettre un gros coup de pied dans toute cette vermine et on va voir ce qu'on va voir en 2017, le grand nettoyage, le salut de la France !!!!

Ça a duré neuf minutes jusqu'à ce que je descendes, neuf minutes infernales,

prisonnier

les plus irrespirables de mes incartades sur goudron depuis que je me suis débarrassée de ma voiture. N'ayant pas eu le courage d'intervenir de vive voix de peur de m'emballer moi aussi et me faire éjecter n'importe où en rase campagne, je me suis pourtant sentie le devoir d'aller protester au siège de la compagnie puis de prendre ma plume pour rédiger une réclamation non anonyme

réclamations

exigeant le respect de l'obligation de réserve dans l'exécution d'une mission de service public.

Et je continue à prendre CE car avec CE chauffeur... Ce qui m'oblige à le prévenir systématiquement à haute et intelligible voix lorsque je dois ouvrir le coffre latéral extérieur pour récupérer mes cabas, de peur qu'il fasse semblant de ne pas me voir et file en m'estropiant ou explosant mes courses sur le pavé. Mésaventure qui est arrivée à une de mes visiteuses, une petite dame âgée alourdie d'un gros caddy qui avait glissé tout au fond du coffre. Pour le récupérer, elle avait du s'allonger de tout son long dans la soute au milieu des bidons d'huile. Enduite d'un liquide de frein qui avait fui sur le lino et son bagage, elle ne put ressortir par ses propres forces. Le car a démarré et les petits pieds ont battu l'air quelques tragiques secondes avant que le chauffeur consente à piler, mais pas à descendre extirper la malheureuse. Celle-ci était tellement détrempée et sonnée que plus aucun son n'a pu échapper de sa bouche jusqu'à ce qu'on arrive à la yourte...

Durant l'année scolaire, les écoliers rapportant le gros des bénéfices, on a plus de chances que le service soit assuré. Pendant l'été, il faut avoir enregistré que toute fuite hors du bled par un moyen collectif est parfaitement aléatoire. Prévoir une date de vacances ou simplement une visite dans le village voisin a quasiment autant de chances de réussite que remplir un ticket de loto.

J'en ai fais l'expérience un matin où il ne me fallait louper absolument aucune correspondance entre cars et trains pour arriver à l'heure à l'aéroport où je devais restituer une petite Parisienne à sa famille.

Timing très serré. Le jour J, on attend à sept heures et demie devant la mairie avec valises et pique-nique, largement en avance pour juguler la légère angoisse de cette pénible journée de transport. On attend et le car ne vient pas. Et tout à coup, je vois le monstre de l'autre coté de la rivière, à l'arrêt du pont, à 500 mètres. Je comprends immédiatement que bien que la station où on attend soit l'incontournable point de départ et le terminus de la ligne, le car ne viendra pas jusqu'ici. Paniquée, je constate en même temps à la pendule que je n'aurais pas le temps de courir pour le rattraper. Tout s'écroule, on va rester sur le carreau et louper l'avion, implacable chaîne d'emmerdements que je refuse net.

Je me propulse alors au milieu de la route pour attraper le premier véhicule. C'est un vélo qui arrive à toute vitesse. Il s'arrête, je reconnais un copain, son vélo possède une assistance électrique, c'est jouable. Haletante, je lui demande d'aller choper le car pour qu'il vienne nous chercher. Il fonce, traverse le pont et crie au chauffeur en train de démarrer que des voyageurs attendent à la mairie. Je vois le car partir, disparaître, puis revenir, et enfin arriver devant nous. En constatant la difficulté du demi-tour et de la marche arrière, je comprends la situation. Le chauffeur est un jeune néophyte remplaçant et ne sait pas conduire un tel volume. Il n'est pas venu à cet arrêt simplement parce qu'il a voulu s'éviter une manœuvre un peu trop compliquée...

Un autre jour, levée à 5 heures pour le car de 6H45, j'ai attendu une heure à l'arrêt dans un froid glacial par moins trois degrés Celsius en plein vent et le car n'est jamais venu. J'ai renoncé à ce forum politique que j'attendais depuis un mois et suis rentrée chez moi me réchauffer, sans commentaires.

Au fil du temps, tous ces contre-temps ont nourri en moi une philosophie de non-acharnement

stoique

qui s'avère précieuse pour cultiver, non pas la résignation,

mais une forme de tempérance

proche de la sagesse de mes amies les petites bêtes sauvages :

transport écologique

 si la ville me refoule, c'est que je peux ou dois m'en passer.

Alors lentement, je deviens comme ces vieux sages de la forêt, mes amis les arbres,

impavide et immobile.

femme arbre

Immobile puisque je ne consomme plus d'espace,

mais pas statique puisque je marche au moins mes 5km en moyenne par jour.

je porte un croco

Je me demande toujours pourquoi les gens partent si loin en vacances alors qu'il suffit de s'enliser dans les turpitudes du sous-pays pour vivre des aventures palpitantes.

Je ne peux m'empêcher de considérer d'un air un peu blasé les copains qui racontent leurs déboires dans des cars bondés Asiatiques ou Indiens,

panne en plein désert

fiers d'avoir supporter des conditions précaires qu'ils vernissent du sceau de l'exotisme et de l'extravagance uniquement à cause de la distance.

Je me demande aussi pourquoi les gens partent si loin à l'étranger pour accomplir leur chemin initiatique alors qu'on a tout ce qu'il faut sur place comme aberrations pour se coltiner la véritable épaisseur du réel et bricoler son propre stoïcisme.

stoicisme

Finalement, demain, je ne vais pas en ville.

Je ne veux plus la ville. Je veux mes arbres.

femme qui aime les arbres

 

 

 

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08 avril 2015

Yourtes sur radio Larzac

A écouter:

http://www.radiolarzac.org/sons/vivre-en-yourtes

Bon, le Monsieur du CAUE au milieu de l'émission tient des propos franchement lourds, je suis certaine que sa bagnole roule au pétrole arabe, qu'il achète plein de sales trucs chinois obsolescents au supermarché, que sa maison est truffée de bois tropicaux et de tapis tissés par des enfants indiens misérables, qu'il mange des pizzas italiennes, des crevettes japonaises et de l'huile de palme malaisienne, mais ça fait rien, pour lui, les yourtes, c'est pas français, donc ça n'a rien à faire en France…

J'en ai franchement marre des arguments bidons, mais j'ai répondu très poliment quand même.

Comme quand, aux journées de l'écologie à Die l'année dernière, on m'a flanqué en contradicteur un gars de la LPO qui accusait les yourtes de gêner les oiseaux ! J'étais tellement stupéfaite que ça a failli me couper le sifflet. Presque autant que lorsque j'ai entendu il y a quelques semaines un journaliste de France Culture faire une remarque débile après l'info sur le comptage des oiseaux deux fois par an. Il était proposé aux gens de faire part de leurs observations dans leur jardin.

http://www.reporterre.net/Sauver-les-oiseaux-devant-son

Le journaliste, oubliant qu'une bonne partie de son auditoire est rural ou du moins provincial :

« Faut vraiment avoir rien à faire pour compter les oiseaux »

Ce Parisien en grève depuis trois semaines maintenant, a, je l'espère, le temps aujourd'hui, sinon de compter les oiseaux, du moins de se rendre compte qu'il y en a encore, malgré que son mode de vie autistique matraque la biodiversité.

colombe sur ma yourte yurtao

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01 avril 2015

Comment Besseges investit dans le septième continent

racines dénudées

Après les dégâts des tempêtes de l'automne,

arbre plié au milieu de la rivière

se promener le long des berges ravagées de la rivière réserve bien des surprises :

partout des amas de bois flottés aux formes fantastiques

racines arrachées

stationnent en équilibre précaire sur d'improbables suspensions.

amas racinaire

La Cèze est montée très haut, charriant et déracinant des monstres

échouage

apparemment ancrés solidement depuis des décennies,

souche arrachée 1

arrachant des montagnes de plantes et d'arbustes

enchevetrement racines

et les culbutant au gré du courant dans les près et jardins alentours.

Échafaudages insolites accrochés dans les cimes d'arbres penchés,

nids fortuits yurtao

nids d'aigles géants coincés dans les enchevêtrements aériens de bois flottés,

nid d'aigle

boules végétales accrochées aux branches délavées,

suspension d'amas végétaux

essaims d'ovnis en gestation,

amas de végétaux en l'air

guirlandes de racines,

racines sur le bord de la rivière

colliers de tiges éclatées,

land art yurtao sur la plage dévastée

statuaires de souches, troncs, fûts, bûches et branches,

souche arrachée 2

un démiurge artistique particulièrement rageur semble avoir profiter du chamboulement des saisons pour laisser libre cours à son impétueuse inspiration.

Partout des cabanes difformes disséminées sur les plages ravinées, des déchets plantés en tous sens dans les amoncellements, des loques déchiquettées entortillées aux branches,

débris de maillot

offrent l'image lunaire d'un village lacustre abandonné.

bord de cèze apèrs tempête

Après le choc de la découverte, je récolte quelques matériaux remarquables livrés par le déchaînement de la crue. Une grosse pierre ronde et blanche isolée au milieu des galets m'inspire un bouton de fleur à déployer.

2 land art yurtao bois flottés et renouée du japon

Je l'entoure de fines chaînes racinaires d'une belle couleur rouille tranchant sur la dominante grise des berges, de morceaux de bois lisses courbés d'une pâleur laiteuse, dispose en rayons des tronçons de tiges creuses de renouée du japon, arbuste généreux et solaire qui proliférait sur la plage au printemps avec ses grappes de petites fleurs translucides, maintenant presque éradiqué de la plage, et protége ma fleur des curiosités canines avec un cercle de pierres.

3 land art yurta bois flottés renouée et pierres

Après avoir marché et crapahuté le plus loin possible le long de la rivière, je m'assois au bord de l'eau pour déguster mon orange. Je l'épluche par petits bouts, et jette la peau pour les poissons.

Fascinée par les remous, je suis attentivement le parcours qu'entreprend le premier morceau jeté trop près du bord qui plane paisiblement entre deux ondes. Après quelques minutes, le morceau d'orange est happé dans un circuit invisible qui remonte à contre sens, entreprend lentement quelques détours incongrus avant de prendre un virage à 180 degrés et accélérer pour rejoindre le courant puissant du milieu de la rivière. Je contemple ces hésitations et batifolages avant que commence le long voyage qui mènera cette épluchure à sa décomposition ou dans la gueule d'un poisson. Je saupoudre mes dernières pelures sur l'eau, et toute une ribambelle de petits points oranges se rangent à la queue leu leu les uns derrière les autres comme sous l'effet d'un ordre disciplinaire. Ils enchaînent tranquillement le même parcours tortueux jusqu'à se faire happer dans le flux du courant. Dés qu'ils échappent à la portée de ma vue, je me mets à imaginer l'aventure fascinante qui attend mes petits radeaux jusqu'à l'embouchure de l'océan.

Malheureusement, ce voyage palpitant est partagé par une masse abominable de déchets qui polluent irrémédiablement la rivière et la mer. Car, dans cette eau aujourd'hui transparente et lavée où on peut se mirer à travers les gardons, se rejoignent, en plus des débris végétaux des collines, tous les détritus des humains. Les sacs plastiques déchiquetés suspendus dans les épines

plastique beu suspendu dans arbre

accrochent une drôle de lueur d'apocalypse partout sur les rives.

déchets plastique sur la plage

Mais le pire, c'est cette décharge sauvage à ciel ouvert

déchets sauvages besseges 2

située juste avant la passerelle verte enjambant la rivière.

Là, les immondices ne proviennent pas d'abandons et de négligences, mais directement des services de la commune. Le cimetière communal y déverse les fleurs artificielles dont se débarrassent les familles des défunts,

déchets sauvages besseges 3

 tandis que des centaines de gobelets en plastique fracassés provenant des poubelles de fêtes du Centre Culturel s'étalent an pied d'un vieux mur tagué.

déchets sauvages à besseges 1

Pourtant le bourg possède une déchetterie et un centre d'enfouissement à proximité !

Toutes ces ordures sont entraînées par les pluies et se retrouvent dans l'eau à vingt mètres, acheminant leur pourriture toxique vers la mer, où les courants, par la même force que celle qui fait tourbillonner mes petites épluchures d'orange, rassemblent des tonnes de saletés qui s'agglutinent et stagnent en vortexs plombés : les nouveaux continents de déchets créés par l'impéritie humaine, récemment découverts par des navigateurs éberlués.

Cette soupe de déchets d'une surface de six fois la France et de sept kilomètres de profondeur tourne au milieu du Pacifique, une autre est en cours de reconnaissance dans l'Atlantique Nord dans la mer des Sargasses, loin de tout regard humain et impossible à détecter par satellites. Comme une éponge monstrueuse, ces nappes de polymères dégradés et autres débris méphitiques fixent les polluants organiques persistants, les pesticides et les PCB, produits chimiques extrêmement toxiques qui se mélangent intimement au plancton absorbé par les animaux marins.

Si on comprend que certains pays n'ayant pas encore développé de système de gestion de leurs déchets soient les principaux cimentueurs de ces continents de l'horreur, comment expliquer qu'une commune dont le pays va accueillir cette année la grande conférence mondiale sur le climat apporte sa substantielle contribution aux 270 000 tonnes de déchets plastiques flottants dans les mers du monde dont la photodégradation bousille les poissons et ceux qui les consomment ??? Continents dont les scientifiques prévoient le décuplement dans les années à venir grâce à l'aveuglement généralisé, puisque le geste de celui qui largue ses rebuts sans se soucier de leur destin est identique à celui de tirer la chasse pour évacuer ses déjections, polluer consistant à ignorer volontairement ce que deviennent les résidus de nos orgies consuméristes.

« Septième continent », huitième et bientôt neuvième, jusqu'où ira-ton ? Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus la terre et la mer, mais la terre seulement, émergeant péniblement de la fange pestilentielle de nos immondices ?

En ce début de printemps, sur la décharge sauvage, les herbes vont repousser, cacher un peu la désolation.

Sur la plage, déjà, les souches de renouée du japon rougissent de bourgeons.

souche de renouée du japon bourgeonnat

Les ronces et les ambroisies émergent des cailloux. Les boules végétales s'ornent de fleurs de pêchers et cerisiers sauvages.

bourgeons fleuris après tempète

Combien de temps la nature supportera encore nos aberrations ?

arbre en fleur

N’avons nous rien appris des civilisations disparues, Île de Pâques, Groenland des Vikings, Mangareva, où j'ai failli m'installer sur la repousse d'une culture décimée par les limites qu'elle na pas su se donner, Incas et Mayas, Anasazis, dont les causes de la décadence et de la chute ont été si magistralement analysées par Jared Diamond dans son livre que je recommande fortement :

« Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie. » ?

« Les civilisations meurent de suicide, pas d'assassinat »

Tim Flannery dans Science : « Effondrement » est probablement le livre le plus important que vous lirez jamais »...

A la fin de cet ouvrage qui démontre que seulement cinq facteurs récurrents sont suffisants pour provoquer la fin d'une société ou d'une civilisation, le déni psychologique est évoqué pour expliquer l'échec de résolution d'un problème pourtant perçu par la majorité.

Ce déni est le plus intense exactement là et au moment

où le risque de catastrophe finale est le plus imminent.

 

 

 

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18 mars 2015

Infiltrations

Tu veux te reposer.

Tu crois que là où tu t'es mis, c'est plus tranquille.

Tu crois qu'avec ton pas de coté, ils vont pas t'écraser.

Tu te dis que tu as assez donné et que tu es fatiguée.

Tu ne veux plus monter au créneau, tu veux raser la terre, avec les pâquerettes.

Tous les combats que tu as menés ont dévoré ton énergie, broyé ton cœur, brisé tes rêves. Alors tu penses que ça suffit, que tu as bien mérité qu'on te fiche la paix. Tu sais bien que ta yourte ne te protège de rien et que la force que tu t'es construite dedans est fragile. Que tu as besoin de temps. De calme.

Depuis toujours, tu voulais contempler tes tulipes et maintenant qu'elle fleurissent devant ton seuil, tu vas pas te laisser voler d'elles. Ce bonheur que tu as dû différer, tu as le droit d'en profiter. Tu as ralenti, tu as condensé, tu as arrêté de faire ce que ta conscience refuse, tu t’occupes un peu de toi, de tes plantes, tu parles aux oiseaux, et tu n'as plus envie que ça recommence.

Tu veux te reposer, cultiver ton jardin. Coudre un nouveau toit pour les prochaines pluies, dégager le ruisseau et creuser une rigole pour y puiser une eau fraiche et pure. Entasser ton bois avant que tes os se débinent. Et soigner tes états d'âme en peignant ce mandala qui te démange sur la grande toile que tu viens d'enduire. Tu veux oublier la misère et planter des arbres. Tu t'es battue pour ne plus avoir à pointer, plus rendre de comptes, plus alimenter les rouages de l'aliénation. Tu t'es battue pour que ça ne recommence plus. Tu as l'âge de te reposer, de cultiver ton jardin.

Mais ça recommence.

En fait, ça ne s’arrête jamais vraiment. Le foutoir continue, avec ou sans toi.

Le saccage, les violents qui bousillent, ça continue. C'est juste toi qui arrives parfois à ne plus les entendre, ne plus les voir, ne plus leur servir d'exutoire. Mais tu n'es pas aveugle ni sourde, et il n'y a plus d'endroits sans eux. Tu as été tentée d'arrêter la vision. De te replier sur toi-même pour ne plus être accusée de fédérer au clan des sorcières. Tu soignes ton terrain, tu soignes ta carcasse, alors c'est plus l'heure d'en rajouter. Mais tu ne peux pas fermer les yeux. Ils sont partout, même là dans ce fourré de ronces où tu as planté les piquets de ta tente, ils surveillent, ils encerclent, ils grignotent, ils rognent, ils martyrisent, et tu vois les ravages tout autour qui se rapprochent. Tu encaisses un certain temps, tu fais semblant de t'en foutre. Tu justifies d'avoir plus important et plus urgent à t'occuper.

Mais tu ne t'en fous pas du tout.

Tu ne veux pas qu'on massacre la forêt.

arbres à défendre

Tu ne supportes pas qu'on se foute de la gueule des pauvres.

Tes tripes se retournent quand on insulte ou maltraite une femme, un enfant, un chien, un arbre, une fleur.

Tu veux voler au secours des méprisés, offrir ton aide aux victimes, tu veux rétablir l'équilibre quand tout penche d'un seul coté.

Ce n'est même pas une volonté. C'est une nécessité. Un réflexe de survie.

Tu n'arrives pas à te débarrasser de cette colère qui monte quand tu vois les petits et les sans- se faire rouler dans la farine et quand l'injustice déferle.

Oui, tu redresses sans pester ta Vénus renversée par des galopins et rencarde dignement ton djembé poignardé par un méchant, mais quand ton voisin vient te trouver pour te raconter dans quel merdier il patauge et qu'une copine vit un calvaire, vas-tu retourner à tes souchards et ton wigwam en décrétant que c'est bien triste mais que toi tu t'en es mieux sorti ou que tu as plus de chance et que tout bien réfléchi, c'est pas ton histoire ?

Ou qu'on peut pas prendre en charge tous les malheurs du monde et qu'il existe des institutions d'aide à la personne auxquelles tu renvoies en sachant pertinemment qu'elle va se faire ramasser et entuber une nouvelle fois ?

Ou que c'est pire ailleurs, surtout dans les pays maintenus en guerre et en famine, or nous, on est en paix, alors au lieu de se lamenter sur nos bobos ridicules, on ferait mieux de profiter des avantages du système ?!

Ou qu'après tout, chacun a son périple initiatique à accomplir, sa généalogie et son mystère, et que personne n'étant dans le secret des dieux, il faut remonter son karma pour dénicher la faute originelle et se trouver un gourou ou un bon psy...

Alors, tu as besoin de te reposer, mais est-ce que tu vas laisser passer ces saloperies sans broncher ?

Celles qui sont là sous tes yeux ?

Vas-tu te détourner comme tout le monde, laisser pisser et déménager encore s'il le faut,

déménager

ou partir t'aérer dans des pays où tu ne verras que ce qu'on voudra bien te montrer ?

s'amuser pendant que la terre est détruite

Est-ce que tu vas entonner le refrain des lâches qui croient que ceux qu'ils ont élu sauveront la planète ?

Tu as arrêté de fuir et tu as fait face, tu as gagné une petite place pour ne plus t'en prendre plein la tronche et reprendre des forces, mais pour préserver ta tranquillité si chèrement acquise, vas-tu t'écraser, rester collée à ton zafu en croyant plus spirituel de « maîtriser les énergies » ?

tigre méditant

De toutes façons, en vrai, tu n'as pas vraiment le choix. Tu bronches ou tu coules.

Tu recommences et tu te mets en danger, tu risques ta vie.

Tu ne recommences pas, tu ne te bats pas, tu n'encaisses plus et tu déprimes.

Et tu tombes malade de honte.

Et tu en crèves.

Donc, tu n'as pas le choix.

Te reposer, au fond, ça te fatigue.

Tu ne peux pas laisser ces abrutis tout foutre en l'air juste devant toi.

Tu ne peux pas laisser l'indignation te consumer.

Tu ne peux pas dire que c'est pas ton problème et que c'est trop compliqué, tu ne peux pas te débiner en prétextant qu'ils sont plus puissants et plus nombreux, et même si c'est vrai qu'ils sont soudés par leurs corruptions et que tu es seule, c'est pas une raison.

La pourriture s'infiltre jusqu'à ta tanière et il va falloir que tu sortes de ton trou.

sortir avec l'éléphant

 

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08 mars 2015

8 Mars: enfin la vérité sur la jalousie sexuelle

journée de la femme

le 8 mars c'est toute l'année

femme rose au cigare

On a assez vu et entendu ce dont les hommes sont capables.

il reste encore des enfants à écraser

Ils iront jusqu'au bout du massacre.

élimination

Les plus éclairés d'entre eux osent le constater et certains osent tirer la sonnette d'alarme et le frein.

Mais la seule solution de sauvetage, c'est de maintenant laisser les femmes s'occuper de ce qui reste.

femme arbre

« Premier pas sur la voie vraiment subversive (on arrête tout, on réfléchit et c'est pas triste) qui conduit à la résurrection de la biosphère par l'âge enfin post-industriel. Age vert est le slogan écoféministe »

Françoise d'Eaubonne : « Écologie et féminisme"

femme d'ethiopie

Pourtant, ce n'est pas du tout sûr qu'il soit encore temps d'intervenir, d'interrompre la glissade finale, car presque quarante ans après les avertissements de la fondatrice de l'écoféminisme, non seulement on ne s'est pas arrêté, mais en plus les prédictions les pires se sont réalisées, en particulier sur la démographie galopante.

S'il a fallu 5000 ans de la préhistoire au début de l'ère Chrétienne pour passer de 2 à 250 millions d'habitants sur la terre, une personne née en 1950 aura vu la population enfler de 2 milliard et demi à 7 milliards en soixante ans, ce qui est monstrueux et insoutenable. A part les Chinois qui ont restreint de force leur natalité, tous les pays développés, croyant contrer l'inflation démographique des peuples colonisés spoliés de leurs ressources, ont soumis leurs femmes à des politiques natalistes.

Cette alternative des femmes pour sauver la vie

femme de madagascar

n'est donc aujourd'hui qu'une utopie.

celles qui continuent à danser

Oser évoquer que les femmes puissent changer le désordre en paix et la démesure en tempérance est même une grave dissidence qui expose à de sombres menaces. Pas la moindre lueur à l'horizon pour espérer un retournement, un changement total de paradigme.

Le progrès nous promet le recours à l'innovation scientifique pour résoudre tous les problèmes de ressources, d'énergie et de climat, les banques nous promettent la richesse si on continue à s'endetter sous la cravache en détournant le regard de leurs pillages, mais pour l'instant, c'est bien la croissance, la finance, l'expansion démographique et le productivisme délirant du capitalisme, dernier stade du patriarcat, qui sont le problème.

magnifique femme

La réalité, c'est que les femmes du monde entier,

seins 99

seules capables d'infléchir positivement la marche du monde,

Spiritual-Perfection

sont disqualifiées, ridiculisées, insultées, manipulées, maltraitées,

violence quotidienne

expulsées,

veille espagnole expulsée de son domicile

violées et tuées, et que les hommes qui continuent à se prendre pour des héros vont les éliminer totalement quand ils n'auront plus besoin de leurs ventres pour procréer, ce qui est en train d'arriver.

Tout en continuant d'enlever les enfants aux mères pour les aliéner dans leurs guerres*, ils se gaussent maintenant d'enfin pouvoir confisquer cellules et gènes dans des frigos scellés aux labos pour s'approprier définitivement la reproduction. Ce qui leur permet d'enfin normaliser la décadence et institutionnaliser la sodomie pour jouir entre eux sans plus rien devoir au sexe féminin rendu bientôt obsolète. La guerre n'est plus alors que la mise à la ferraille de leurs productions industrielles d'objets et d'humains, un vomi de névrosé boulimique totalement aliéné à sa compulsion masturbatoire.

Les atrocités dont les femmes, les enfants et la nature sont victimes ont commencé quand les hommes à force de promiscuité avec leur bétail ont fait le lien entre sperme et procréation.

Avant, ils vénéraient la fécondité et la fertilité.

femme d'amazonie

Avant, bien avant que la concentration urbaine sépare la femme de son jardin, l'antique médecine contraceptive et potagère maintenait une population stable et équilibrée sur un territoire suffisant.

très chargée

Avant que les esclaves des patriarches retournent le rapport de force contre les maitres en se multipliant, l'expérience empirique des femmes libres protégeaient la coexistence de nombreuses espèces vivantes.

Après, la femme aliénée à la parturition sous le contrôle autoritaire des mâles est devenue une machine-outil corvéable à merci à user jusqu'à épuisement.

Après, les maitres du monde n'ont plus rien respecté, à part les images de leur phallus omnipotent projetées sur des dieux ou des savants, grâce auxquels ils ont minimisé et planqué leurs défauts, leur mauvaise foi, leurs dépits et leur insatiable volonté de puissance. Au fil du temps, ils ont accumulé les mensonges pour enfouir la vérité fondamentale sous les socles de leurs totems, de leurs buildings et de leurs cathédrales, vérité féminine piétinée dans les tréfonds du pire système d'exploitation universelle, le patriarcat.

Le plus efficace mensonge des temps modernes en Occident a été perpétué par Freud et ses affidés, persuadés que la tragique condition des femmes provient de leur absence de pénis.

Or la vérité, c'est que les femmes n'ont jamais eu envie naturellement du pénis.

sourire d'éthiopie

Pour la simple et évidente raison que la nature a bien mieux loti les femmes que les hommes.

femme du bouthan

Leur appareil sexuel, protégé dans sa cache interne contrairement à l'organe masculin qui pend sans défenses à l'extérieur, jouit d'une tranquillité existentielle.

fillet gardant bébé

Les femmes ne peuvent pas perdre leur sexe par accident.

Elles sont, de par ces organes secrets lovés dans leur intimité,

naturellement plus sereines, plus confiantes,

,fille d'ukraine

et donc plus pacifiques et plus ouvertes aux autres, qui ne sont pas perçus à priori comme des menaces ou des ennemis potentiels.

Aucune angoisse anticipatrice chez la fille qui se construit sur la sécurité de son intégrité intérieure.

fille touareg
Toutes les peurs sexuelles des femmes, toutes leurs mésestimes, n'ont aucun fondement biologique : les dévalorisations dont elles pâtissent sont uniquement des réactions acquises face aux agressions répétées des mâles, dont les dénigrements systématiques se sont organisés en culture totalitaire.

femme du nord de l'inde

Leur générosité et leur confiance spontanée ne sont pas le fruit d'un calcul

ni d'un conditionnement de genre, mais bien le résultat d'une prédisposition physique.

femme de tahiti

Le mâle, quand à lui, embarrassé de ce fragile bout de chair mou sans ossature et sans bouclier qui ne lui obéit en rien comme un membre normal, prend conscience lentement d'une inégalité flagrante devant le danger extérieur. Sous l'influence de la culture misogyne, il développe une psychologie d'avare et de peureux qui le pousse à soupçonner d'emblée autrui comme susceptible d'attenter à son pénis.

enfant pas content

Au lieu d'être rassuré sur le sein de sa mère, il est jeté le plus tôt possible dans l'arène sociale pour intérioriser le modèle machiste de virilité imposé par ceux qui ont le moins bien su dépasser leur obsession du pénis abimé ou coupé. A la base, cette anxiété de la blessure et de l'amputation éventuelles est totalement liée à la conformation physique du sexe masculin.

Ce n'est qu'après que cette fragilité somme toute facilement maitrisable est dévoyée. Démuni, inquiet, l'enfant mâle calque sa défense sur les méthodes brutales des héros se vantant d'avoir traverser les dures épreuves du doute avec succès. Malheureusement, ceux qui ont apparemment le mieux réussi puisqu'ils accaparent les postes de commandes et plastronnent en démonstrations martiales, sont ceux-la même qui ont noyé leur trouille en fantasmes revanchards. Les plus violents et les plus hallucinés, pas les plus doux et les plus lucides.

Ainsi la perception d'une sécurité féminine bénéfique à tous permettant l'expression de relations affectives désintéressées se mue en découverte désagréable de la supériorité fonctionnelle de l'appareil sexuel féminin que la nature a injustement favorisé au détriment du masculin. Sous la pression des pères ressassant depuis des siècles leur ressentiment, le petit homme prend alors pour outrage personnel cette inégalité qui le prive d'assurance au profit de sa sœur. Il copie et intègre la culture des dinosaures plénipotentiaires qui ont déchiqueté le pouvoir des ventres pour sur-valoriser celui des muscles, et résolu leur rancœur dans le sang de la vengeance. Surenchère vantarde compensant le vide intérieur, rancunes, manigances belliqueuses, carapaces phallocrates s'échafaudent sur le réflexe primaire, déclenché par la peur, de toujours projeter le mal sur l'autre. C'est ainsi que la phobie de la castration s'est transposée en pures inventions coutumières imposant l'ablation du clitoris et autres tortures abominables, allant jusqu'à l'assassinat pur et simple des filles.

Cette différence de l'exposition des organes sexuels à l'agression du dehors

qui génère hantise d'un coté et sécurité de l'autre,

femme éthiopie

est le véritable fondement des différences sexuelles.

Selon Freud, la trouille du garçon provient du fait qu'il ne voit pas de protubérance pubienne chez la fille et qu'il en déduit qu'elle a eu un pénis et qu'il a été coupé.

Si ce fantasme anxieux peut s'avérer justifié chez des garçons âgés déjà bien contaminés par le phallocratisme ambiant, pour de jeunes garçons, cette supposition est parfaitement débile, et ce, pour deux raisons :

Premièrement, parce que ça ne pourrait fonctionner que si les enfants étaient élevés de façon indifférenciée, ce qui est loin d'être le cas, et surtout si les enfants ne sont pas des enfants, mais des adultes vicieux et pervertis. En effet, le garçon, tout comme la fille, perçoit bien dés sa naissance que la société des humains est partagée en deux catégories d'êtres, avec des voix, des statures, des énergies, des touchers différents.

femme perse

Mais l'enfant n'ayant pas encore de jugement, ne compare pas les objets selon une hiérarchie que la culture s'acharnera à lui imprimer, il se contente de capter et constater la grande étendue et la grande diversité des choses et des êtres.

Ainsi l'enfant voyant un citron et une banane n'en déduit pas que le citron est une banane tronquée ou la banane un citron géant raté, comme Freud le postule. Il apprend à distinguer et nommer sans commentaires. Par contre, il se rendra vite compte qu'il est plus facile de couper en morceaux une banane qu'un citron, et donc plus évident de manger le fruit le plus long. Mais comme sa mère lui prépare de délicieux desserts à base de bananes écrasées dans le jus du citron , il en déduira normalement, avant d'être récupéré par le diable, que ces deux fruits délicieux sont complémentaires pour son plus grand plaisir.

Deuxièmement, ce que l'enfant voit avant l'absence de pénis,

c'est l'absence de seins.

groupe de femmes africaines

Pour la simple raison que quasiment partout les hommes protègent leur sexe d'un tissu ou d'un végétal mais que le sein lui s'exhibe au moins pour l'allaitement, d'une part, et d'autre part, parce que le bébé touche le sein de sa mère avant son sexe.

le yoga du sein

L'enfant se demande-t'il alors si le père est une mère à qui on a coupé les seins ???

Selon les esprits tordus, il déplorerait que son sexe à lui ne produise que du pipi qui est négligemment jeté alors que le lait des seins serait la manne universelle. La solution à ce dépit prônée par les durs ne consiste pas à rassurer ni consoler le petit homme mais à l'inviter à fusionner avec son père pour se liguer contre sa mère et ses sœurs, et d'endurcir sa révolte en refoulant ses larmes et fourbissant ses armes.

Poursuivant ce raisonnement paranoïaque, on en déduit que la femme doit détourner l'attention du jaloux après son sevrage, de peur qu'il s'en prenne à ce qu'il n'a plus et qui s'avère être ce qu'au fond il n'a jamais eu.

sein étoile

Et l'enfant en découvrant avec terreur sa dépendance au bon vouloir d'une femme en ressentirait pardessus le marché une profonde humiliation !

Cet extravagant scénario de persécution est pourtant bien celui qui prévaut, fruit des ruminations de pleutres et dépravés qui ont développé des conduites mégalomaniaques pour assouvir leurs fantasmes de vengeance contre la nature et les femmes.

du bois sur la tête

La culture étant imbibée de ces miasmes soupçonneux et répulsifs

qui ont génocidé des millions de filles et femmes innocentes,

femmes du tibet

les meilleurs esprits continuent à se gargariser de lutte des classes, de démocratie et de révolutions, en omettant de pousser la lucidité jusqu'à la racine de l'exploitation la plus universelle, celle de la domination masculine sur la nature et les femmes.

sin lutta

Celles-ci, encerclées par tant de méchanceté, n'ont plus que la ruse

femme pakistan

pour ne pas s'en prendre plein la tronche, avec au moins deux choix :

Soit faire disparaitre la prééminence du sein en se travestissant en homme, en quémandant son équipement de voleur, en singeant ses réflexes, ses ambitions et sa parano, en investissant ses carrières et sa psychologie hargneuse de prédateur, tout en faisant attention de ne pas l'irriter par des compétences trop compétitives et de bons résultats, c'est-à-dire en restant adroitement subalterne. La subtilité consistant à dénoncer quand même l'illégalité de traitement, histoire que les dictateurs se rassurent sur la fidèle collaboration des vaincues, c'est-à-dire sur leur dévoiement total, leur traitrise à leur sexe, prix de l'illusion de mieux parer les coups.

Soit détourner le sein de sa fonction nourricière primordiale en participant à son avilissement en vulgaire objet pornographique, s'abaissant à vendre son corps et son âme en tranches sanguinolentes pour stimuler la convoitise érotique et marchande, ou, si plus fayote, promouvant la prostitution généralisée de tout attribut corporel féminin et de toutes valeurs y afférant. La complicité avec la loi de la jungle profane ainsi l'amour en consommation d'organes et disqualifie définitivement les valeurs féminines de don, de générosité, de soin et de gratuité.

femme mexique

Cependant les hommes ne sont pas tout à fait dupes de ces tactiques qui ne peuvent qu'amortir leur rage ontologique de mâle dépourvu de sécurité, ils ont bien compris que les revendications des femmes à les égaler est une manœuvre pour les amadouer, pour pas qu'ils leur coupent les seins, pour pas qu'ils leur défoncent le vagin. C'est pourquoi ils consentent parfois, sous certaines conditions d'allégeance, à lâcher la pression. Ainsi, avec l'égalité,

égalité uniformitéle fric égalitaire

 tout le monde y trouve son compte à court terme : les hommes qui oublient un peu qu'ils ne peuvent nourrir, réchauffer et aimer personne, les femmes qui croient se libérer en les rejoignant sur le marché du travail où ils suent à grosses gouttes pour faire croire que c'est eux les nourriciers. Et avec eux, elles érigent des autels aux tyrans, ceux qui pourrissent le Vivant, ceux qui les embauchent dans les usines d'armes et intoxiquent la planète de poisons mortels, ce qui a pour minable effet de reculer à peine les effets de la vengeance et d'entériner le siphonage de leur être.

Ce marché de dupes qui n'est que louvoiement de perdantes, bute de plus belle sur la réalité de l'exercice débridé du despotisme viril responsable de l'effondrement écologique et de l'explosion démographique, purs avatars de la misogynie.

femme du nagaland

Pour détourner l'attention des générations sur la responsabilité du malheur, les hommes ont du créé de toutes pièces l'histoire du péché originel en projetant la responsabilité de leurs crimes sur la créature la plus proche.

gypsy girl

Mais la vengeance exercée sur les femmes et la nature ne change rien au fait que les femmes ont des seins qui nourrissent et des utérus qui produisent la vie, et que les hommes n'ont qu'un lance pierre de chair qu'ils peuvent juste transformer en arbalète ou en mitraillette pour se venger de cette horrible injustice de la nature qui n'a besoin que d'une seule éjaculation pour féconder des milliers de matrices.

Voilà pourquoi l'homme a inventé la bombe nucléaire, ultime et imparable vengeance,

Homme femme de tignous 1

afin qu'un seul lancer, un seul jet, anéantisse tout ce que les femmes et la nature se sont ingéniés à mettre au monde depuis le début de l'humanité.

Alors, comme les femmes, par le truchement abusif de la projection mâle, seront de toutes façons toujours désignées comme fautives de tous les maux,** il est inutile de se lamenter, inutile de se justifier, inutile même de revendiquer.

warrior woman

Car c'est à peu près comme si on suppliait les nazis d'être raisonnables et compatissants.

Désormais, il faut écouter l'intuition rembarrée tout au fond de soi depuis que nos maris, nos fils et nos frères ont lâchement refusé de supporter leur statut de simple auxiliaire à la reproduction, à savoir que les civilisations qui se construisent sur cette jalousie démoniaque pourvoyeuse de violences et de souffrances sans fin sont condamnées à leur perte.

Et la dessus, comme de toutes façons l'histoire écrite par les hommes n'est pas la nôtre,

femme francaise

par un sursaut de vie et de dignité,

bien plus que démystifier,

arréter de réparer leur système,

femme poussant camion

et cesser de collaborer.

 

* « La guerre n'est pas uniquement le résultat de rapport de force entre les propriétaires privés des différentes sources de production ; si elles s'accomplissent avec la complicité des victimes, c'est d'une part grâce au besoin de rompre avec l'intolérable quotidien de l'ennui qu'organise le pouvoir de profit, et de l'autre par la nécessité collectivement et obscurément ressentie de réprimer une démographie anarchique, absurde, dont le contrôle a échappé aux femmes.... »

Françoise d'Eaubonne « Écologie et féminisme »

vivement la fin de la journée de la femme

 ** Un gars, c’est un jeune homme. Une garce, c’est une pute.

Un courtisan, c’est un proche du roi. Une courtisane, c’est une pute.

Un masseur, c’est un kiné. Une masseuse, c’est une pute.

Un coureur, c’est un joggeur. Une coureuse, c’est une pute.

Un rouleur, c’est un cycliste. Une rouleuse, c’est une pute.

Un professionnel, c’est un sportif de haut niveau. Une professionnelle, c’est une pute.

Un homme sans moralité, c’est un politicien. Une femme sans moralité, c’est une pute.

Un entraîneur, c’est un homme qui entraîne une équipe sportive. Une entraîneuse, c’est une pute.

Un homme à femmes, c’est un séducteur. Une femme à hommes, c’est une pute.

Un homme public, c’est un homme connu. Une femme publique, c’est une pute.

Un homme facile, c’est un homme agréable à vivre. Une femme facile, c’est une pute.

Un homme qui fait le trottoir, c’est un paveur. Une femme qui fait le trottoir, c’est une pute….

laisse moi partir

 

 

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23 février 2015

Bug partout

Dimanche matin.

Allo ici les pompiers.

Bonjour Monsieur, je vous appelle parce que le système d'alarme du transformateur du quartier s'est déclenché ce matin à 6H30 et que pour l'instant personne n'est intervenu, c'est inquiétant.

Appelez EDF !

Heu, je ne dois pas avoir le bon numéro car je n'arrive pas à les joindre. Mais il me semble que si une alarme se déclenche c'est qu'il y a urgence, donc j'ai pensé que vous devriez savoir régler ce genre de problèmes.

Non, c'est pas notre domaine, mais ils sont sans doute déjà en route ou ils ont du juger que c'est pas si urgent.

Si c'est pas urgent, pourquoi alors imposer une sirène qui alerte tout le quartier comme si c'était la guerre?

Ça doit être un ordinateur qui dysfonctionne. Donnez moi votre nom.

Duschtruk.

Et il est où ce transfo ?

A Petaouchnok.

Oui, ben ici vous êtes à Nîmes alors je vois pas où c'est et c'est pas notre territoire. Faut voir avec EDF.

Est-ce que vous pouvez les appeler SVP Monsieur car là je n'ai pas leur contact ni accès à un bottin ?

Vous avez qu'à aller sur Internet.

Heu, j'ai pas de connexion.

Ben ici aussi, l'ordinateur est en panne.

Mais Monsieur, quand un système d'alarme public se met en route, c'est quand même parce qu'il signale une situation anormale, alors moi, Monsieur, je fais mon devoir de citoyenne, je préviens quand il y a un danger, et vous, vous êtes qualifiés pour intervenir en cas de péril.

Non, c'est EDF qui est qualifié.

Oui mais la dernière fois que je suis arrivée à les joindre, ils m'ont envoyé balader de bureaux en bureaux parce qu'ils m'ont dit que c'est pas eux qui s'occupent de ça, c'est ERDF, une autre entreprise, et j'ai eu droit à une engueulade de l'employé parce que je ne comprenais pas qu'ils n'étaient pas responsables. Pouvez vous les appeler SVP parce que je n'ai pas le numéro et que j'en ai marre de me faire engueuler ?

Écoutez Madame, calmez-vous, ils vont arriver, si c'est pas maintenant ça sera tout à l'heure, prenez un tranquillisant.

 

Mardi matin, à la banque.

Bonjour Monsieur, les deux machines pour tirer l'argent sont en panne, il me faudrait 50 euros en liquide de mon compte, s'il vous plaît.

Ha non, on le fait plus ça depuis longtemps.

Oups, comment ça ?

On a pas d'argent ici.

Heu... Pourtant il me semble que je suis bien dans une banque ?

Oui, mais là tout est en panne, tous les ordinateurs.

Ben, je peux remplir un bordereau à la main comme à mon agence. (à 10km...)

Ah, ils font encore ça chez vous ?

Ben des-fois oui, quand j'ai besoin et que le guichet est ouvert.

C'est qu'ils vous font des concessions mais ça se fait plus nulle part. Vous devez tirer l'argent avec votre carte.

Oui, j'ai essayé ce matin avec ma carte de retrait mais les machines sont hors service.

On y est pour rien, je vous dis qu'il y a une panne.

La dame derrière : C'est un attentat sur les pylônes.

Oups, il y a eu un attentat terroriste dans le coin ?!

Mais non, mais ça nous pend au nez.

N'empêche qu'il paraît que ça remarchera pas avant ce soir.

Alors sans machines, vous pouvez plus me donner mes sous ?

On peut pas vous donner ce qu'on a pas vu qu'on a pas les clefs du coffre.

Mais alors comment je fais mon marché ce matin ?!!

Vous payez en chèque.

J'ai pas de chèques et de toutes façons, les commerçants n'en veulent pas pour de petites sommes.

Vous avez qu'à vous mettre à la monnaie électronique !

C'est quoi ça ?

Un paiement sécurisé pour les petites courses.

Ça tombe jamais en panne ?

Jamais ! Sauf s'il y a des attentats.

La dame derrière : Les djihadistes sont partout !

C'est pas les djihadistes qui ont mon argent en tout cas, c'est vous, alors je veux bien signer un papier et vous donner ma carte d'identité pour quelques billets SVP.

Je vous dis, Madame, que les employés n'ont pas accès au coffre !

Mais on dirait bien, Monsieur, qu'ils font tout pour supprimer l'argent liquide !

Ça, c'est sûr ! On n'est plus à la préhistoire.

Oui, ben c'est pas juste, parce que déjà que je peux pas payer une carte bancaire 50 euros puisque je n'ai pas la capacité de l'amortir, je veux pas payer non plus pour de la monnaie courante.

Oui mais ça sera plus simple, vous l'aurez sous la peau et vous manquerez plus jamais d'argent.

Une puce sous la peau ??!!! Big Brother !!! Pas question ! Bon, là je veux juste mes 50 Euros pour faire mon marché, je me suis levée tôt exprès pour prendre le bus et venir faire mes courses de la semaine, je n'ai même pas pris mon petit déjeuner, je voudrais juste m'asseoir dans un café pour me réchauffer et siroter un bon petit thé, payé avec mon argent. Je veux pas repartir bredouille et perdre ma journée. Oups, et je ne sais même pas s'il me reste de quoi payer le car de retour !

Vous avez qu'à demander à quelqu'un dans la rue de vous avancer dix euros.

Si j'étais une mendiante, Monsieur, je n'aurais pas passé le seuil de votre banque où je vous ai confié mon argent !

 

 

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13 février 2015

Du bois pour mon feu

En ce froid matin de Février, j'aperçois de mon lit, à travers le carreau sous la sortie du tuyau d'évacuation, la boule rouge du soleil surgir sur la colline et embraser les pins.

soleil glacé

Aussitôt une immense gratitude lève en mon cœur et l'incendie du jour se répand dans mes membres. Vite debout dans la yourte glacée percée d'un jet radieux, je rentre une poignée d'aiguilles de pin dans le petit poêle, rajoute des brindilles, des rameaux, puis des branches de différents calibres, précieux petit bois ramassé par temps sec, trié par section et soigneusement empilé la veille dans une caissette contre le treillis. Je craque une allumette dans les aiguilles sèches et le feu prend immédiatement. La porte en fonte fermée, je règle la prise d'air et recule pour contempler, à travers la vitre du poêle, ma réponse au soleil, une boule de feu jumelle apprivoisée dans le petit cercle de la yourte.

soleil approvoisé

La flamme jaune bondissante produit rapidement des braises et la lueur devient rouge orangée, exactement de la même couleur que la boule solaire.

Alors une joie pure comme le feu s'installe en royauté dans mon petit espace.

Puis la lumière commence à frapper les objets

lumière dans la yourte yurtao

et c'est la symphonie des couleurs.

soleil sur rubans yurtao

Comment exprimer l'intensité que déclenchent de si simples gestes, une telle ivresse et une telle plénitude ?

Le feu d'hiver mitonné dans ma petite caisse en fonte, ce n'est pas seulement une lutte contre le froid, c'est un dialogue permanent avec le dehors, avec le vent mordant, les giboulées piquantes, le givre sur les pierres et les chemins, la glace dans les flaques, les rafales gelées, la neige parfois quand quelques flocons veulent bien honorer le toit de ma yourte de leur divine blancheur. C'est une attention constante aux températures qui ressemble à la modulation d'une chorégraphie, quand vers la tombée du jour, vingt minutes suffisent après l'allumage pour que mon thermomètre prenne 15 degrés de plus, quand j'ajoute du pin bien sec pour bouillir l'eau ou cuire mes lentilles, quand je choisis une bûche minutieusement calibrée pour m'assurer un confort tranquille le temps d'une séance d'écriture, quand il me faut une chaleur plus profonde avec du bois plus dense, châtaigner ou acacia, quand une erreur de dosage m'oblige à ouvrir grand la porte-fenêtre pour éviter le sauna, et quand, cessant d'alimenter mon foyer, je surveille chaque degré de perdition calorifique à l'aune de la sévérité du temps et des couches d'isolation.

J'ai besoin d'entendre la voix du feu, ses doux crépitements, son léger ronflement, ses pétarades quand il s'emballe ou que j'ai oublié d'écorcer, le cognement d'un morceau de bois roulant dans les cendres, ses ronronnements rassurants quand je m'assoupis sur un livre, et ses murmures et sifflements qui bercent mes soirées... J'apprends encore et encore à faire chanter mon feu en douceur, à domestiquer son ardeur, à lui offrir la juste ration qui n'endommagera pas la qualité de l'air, et je suis toujours admirative de la façon dont un élément d'une si violente nature est capable de produire tant de paix et de réconfort.

Cette amitié de la flamme dansant dans l'âtre, confidente précieuse qui réduit en cendres mes chagrins, rejoint dans mon cœur l'immense affection que m'inspire tous les êtres vivants non humains. Ce compagnonnage dynamique entre frissons et sueurs est une histoire d'amour avec l'hiver, l'atmosphère, le ciel cristallin, le dénuement végétatif, les dormances souterraines, les arbres figés en postures hiératiques, le bois mort qui m'attend dans la forêt, que j'ai repéré et qui sera tracté et remonté au gré de mon énergie, relation joyeuse consommée voluptueusement en moments de cocooning douillet à siroter une tisane de thym cueilli sur le versant en face lors d'une randonnée en plein vent.

Je ne perds jamais de vue cette flamme, la ravivant d'un petit tour de vis du clapet d'air, ouvrant et fermant la porte pour surveiller l'évolution de la calcination, titiller les bûches récalcitrantes qu'il faut parfois réveiller au soufflet, recharger, affaire de dosage que l'habitude cisèle comme un art. La dessus, j'attribue un ordre de passage au feu à chaque marmite, chaque bouilloire, afin d'obtenir des cuissons synchrones et disposer d'eaux à différents degrés.

A valser ainsi avec mon bois et mon feu, des relents de complicité atavique avec le petit peuple du Nord me rapprochent de ces veilles Babouchka vivant seules dans leur isba au milieu de la neige, petites bonnes femmes extraordinaires et si humbles, disparaissant presque entièrement dans de larges manteaux râpés et des bottines usées jusqu'à la trame, et qui, à des âges canoniques, affrontent tous les jours les fondrières pour aller scier en forêt le bois de leur survie ! Quelle profonde sororité je ressens pour ces femmes retirées, vivant en contrées hostiles loin de tout ! Bien qu'ici l'hiver soit si court et si doux qu'on a pas le temps d'en souffrir, je me sens reliée à cette solitude courageuse, à ce féminin robuste et modeste, dont l'acharnement domestique paraît le seul apte à sauver notre foyer planétaire de la gabegie des mâles.

Le dosage de mon feu dépend évidement de la quantité et la qualité du bois que je peux lui apporter. Rien n'est plus utile à mon équilibre homéostatique et écologique que de n'être pas équipée d'une grosse tronçonneuse. Ma petite scie basique m'empêche drastiquement d'abattre des arbres en pleine force de l'âge et d'empiler comme si une nouvelle ère glaciaire menaçait. Je n'abats d'ailleurs jamais d'arbres vivants hormis des pins qui sont ici invasifs (plantés au siècle dernier pour fournir des poutres aux galeries de mines) et stérilisent le sol par leur acidité, pour les remplacer par des feuillus enrichissant l'humus.

Le pin se décompose et brûle vite, encrasse les tuyaux, mais il est abondant en brindilles, en branches cassées par les bourrasques, et fournit un allumage inépuisable. Je ramasse ou coupe du bois mort de pin et de châtaigner dans la forêt dévastée en tout temps par les bûcherons sauvages et les politiques sylvestres capitalistes. C'est fou ce que je trouve comme branches décapitées, de diamètre parfaites pour ma piètre force, rejetées par les voleurs de bois qui ont emporté les troncs. Le plus dur est de les ramener, de les remonter jusqu'à ma falaise, ce qui garantit la sobriété de ma consommation.

Fascinée par les formes élancées et tarabiscotées du châtaigner, il m'arrive souvent de ne pouvoir me résoudre à sacrifier au feu des branches au port d'une élégance raffinée, à la texture si noble que j'en épargne des fagots entiers pour mes sculptures ou autres accrochages.

arbre aux gants yurtao

Ainsi, partout autour de la yourte, se dressent des tas de perches

en attente de polissage ou de cabane,

du bois en attente yurtao

que j'adore contempler en passant,

bois stocké yurtao

comme si leur seule présence pouvait me consoler des ravages d'où je les extrait.

J'utilise un petit tréteau en fer pour scier mes branches, et un billot de châtaigner pour fendre mes bûches. J'aime ce travail, même si je commence à ramer à cause du mal de dos. Le geste de lever le merlin résolument au-dessus de ma tête en restant bien droite et de l'abattre de toutes mes forces sur la bûche en pliant les genoux me procure une sensation proche de celle du tireur à l'arc décrit par Hérigel dans son ouvrage : « Le Zen dans le tir à l'arc ».

La sensation de taper juste au bon moment sans se prendre la tête.

La réussite déclenche un sentiment franchement jouissif. Pourtant, je suis toujours étonnée de voir la bûche éclater par le milieu alors que je n'ai pas l'impression d'avoir viser. Je me contente de caler ma cible bien en équilibre et de repérer les nœuds, mais après, je ne sais ce qui se passe car mon cerveau se vide de toute opération mentale, comme si ma cible s'incrustait quelque-part derrière mes orbites, se clouait au tréfonds de mes cellules et que celles-ci endossent automatiquement, sans me consulter, la responsabilité de l'atteindre. Depuis le jour où un cri guttural s'est expulsé spontanément de mon ventre en même temps que mon coup, je laisse le son accompagner le geste, comme s'il pouvait aider l'énergie libérée à moins me coûter.

C'est ainsi que j'ai remarqué qu'il n'y a pas de différence entre fendre du bois et tuer une mouche. Tout dépend du souffle. Le secret, c'est de simplement regarder la mouche ou la bûche, et au moment de la décision de trancher, inspirer profondément et bloquer la respiration. La capture de la mouche et l'éclatement de la bûche se font là, dans le vide du souffle suspendu.

Après, il suffit de laisser la main s'abattre en expulsant l'air d'un jet clair et net.

Radical. Aucune mouche osant circuler sur mes cuisses ne m'échappe.

J'entasse mon bois dans mon tout nouvel abri que je viens de bricoler le long d'une restanque.

abri bois avant yurtao

Un abri où s'aligne une jolie réserve de bois,

abri bois après yurtao

c'est comme un frigo bien rempli, on se sent à l'abri du besoin.

J'y ai accroché une mangeoire pour les oiseaux,

mangeoire pour mésanges gourmandes

tressée en rejets de châtaigner

et couverte d'un toit conique fabriqué avec des boudins d'aiguilles de pins.

mangeoire pour les oiseaux

Cette mangeoire est devenue la coqueluche des mésanges.

Elles adorent se poster et chahuter sur les perchoirs de branches de bruyères

enrobées de laines multicolores,

bruyère en chaussette

sur mes suspensions d'où elles se renversent dans des postures loufoques, et de là, foncer sur la mangeoire pour en ramener une graine de tournesol qu'elles décortiquent en martelant leur bec sur le bois. Du coup, entre marteaux piqueurs et quêtes de fibres pour les nids, la laine de mes arbres en chaussettes commence à pendouiller de partout...

branches de bruyères en chaussettes multicolores

Mais quels fous rires ces mignonnes m'offrent tout au long de la journée !

Avec les vols planés de vers de terre que je catapulte de plus en plus près du rouge gorge qui sautille en diagonale autour de la plate-bande où je bêche, mon hilarité devient contagieuse et je me retrouve à chanter comme un pinson toute la journée.

Je n'utilise même pas une demi stère de bois de chauffe pour tout l'hiver.

Premièrement, contrairement à ceux des maisons qui doivent griller des suies tout le temps même quand ils sont absents, je n'entretiens mon feu que quand je suis là.

Pas comme ces imprudents d'Argenton-les-Vallées qui, le 11 Février 2015, ont allumé leur poêle avant de partir et ont retrouvé leur yourte en cendres à leur retour… Une tente n'a pas ou peu d'inertie thermique, il est donc très facile de chauffer rapidement quand on arrive, alors qu'ignorer le BeaBa de la sécurité, en laissant un feu sans surveillance, peut coûter très cher.

A l'inverse, la sécurité du chauffage central des bâtiments conduit à la mise en danger du climat planétaire. Toute combustion a un prix à payer, voilà pourquoi s'impose la modération et la révision totale des modes de vie. Quel gâchis tous ces bureaux chauffés sans personne qui y dort et ces maisons chauffées sans personne pour y travailler ! Il est faux qu'il faille construire plus de logements parce qu'il en manque, comme le bêle un consensus stupide. Des habitats légers écologiques et renouvelables autonomiseraient bien des familles sans crever leur budget ni celui de la terre. Il n'y a plus de sable sur les plages pour continuer à couler du ciment mais largement assez de bâtiments inoccupés, puisque l'aberration énergétique du mode de vie occidental, entre logements surchauffés et flux furieux de véhicules, permet à certains de cumuler des bâtis à foison tandis que d'autres n'ont rien. Heureusement qu'avec la crise, outre les yourtes, certains remettent en cause ces inepties en occupant et réhabilitant plein de bâtiments vides.

Deuxièmement, en hiver, j'hiberne dans la plus petite yourte, la mieux exposée au soleil et abritée des vents du Nord, quatre mètres de diamètre qui offrent un volume réduit très économique. Suffisamment réduit pour que les flammes de deux bougies augmentent sensiblement la température ambiante,

bougie avec cirebougie au bout

mais suffisamment large pour ne pas se sentir à l'étroit. La température y grimpe aussi vite que dans une salle de bain où coule l'eau chaude du bain vespéral, et alors la yourte ressemble à une baignoire procurant une détente comparable à celle d'un bon bain relaxant.

Troisièmement, j'organise mon emploi du temps en fonction de la saison. Je vais en courses ou je couds quand il pleut et je réserve le beau temps aux travaux de plein air. J'ai réalisé tardivement combien j'avais souffert petite d'être cloîtrée à l'école quand le soleil brillait dehors, combien l'enfermement m'était intolérable, au point d'être ensuite incapable de tenir un boulot salarié. Parce que finalement, le soleil brille souvent.

Je n'ai pas de panneau solaire mais je sais utiliser la chaleur et les rayons au bon tempo, pour mijoter en particulier, et j'ai mes petits coins de nature en creux où se caler pour que mes activités profitent le plus longtemps possible de la lumière. Je sais de combien de degrés ma yourte va s'échauffer dans l'après-midi en fonction de la météo. Et combien j'aurais au matin, ce qui dépend de la température externe au plus profond de la nuit et du moment où je cesse d'alimenter le poêle, un peu avant l'heure du coucher. Chauffer pendant le sommeil alors qu'une bonne couette coûte moins cher à la planète me paraît stupide. Certes le petit déjeuner est frisquet si je dois partir après et n'allume donc pas de feu, mais le tonus matinal supporte aisément cette morsure qui prépare à la sortie extérieure.

Ceci dit, je ne suis pas au Canada. Heureusement, car là bas, ils cèdent aux sirènes pétrolières du plastique, au point de mettre leur vie en jeu. Ces yourtes hermétiques chauffées à fond toute la nuit ont mené quatre campeurs du parc de Gatineau aux urgences, à moitié morts par empoisonnement au gaz inodore et mortel de monoxyde de carbone. L'étanchéité parfaite de la couverture en PVC qui ne permet ni respiration ni évacuation au contraire des toiles textiles ou végétales (feutre), a failli leur être fatale .

Ma yourte dont le tissage ressemble aux pores de la peau est donc devenue une enveloppe thermique aussi vivante et sensible que ma chair, et depuis que je vis ainsi, avec thermostat viscéral intégré, je n'attrape plus de rhumes. Même quand je sors en chemise vider mon seau sous la lune.

Quatrièmement, c'est bête à dire, mais je m'habille sur la durée en conséquence. Loin de moi le temps où je privilégiais, par tradition familiale couturière, la mode ou le style au confort et à la solidité. Fini la soumission au diktat consumériste qui attise les névroses de renouvellement de garde robes débordantes, obligeant les demoiselles qui ne veulent pas grelotter au moindre courant d'air à se cantonner aux centres commerciaux loin de tout caprice climatique. Bien qu'il soit toujours aussi difficile de dégoter un sous vêtement ou un tee-shirt féminin en fibres naturelles sans décolleté qui expose le cou à tous vents, ou une paire de chaussettes en laine sans élastique broyant le mollet, j'arrive, en superposant les couches et à force de vivre dehors, à encaisser des températures de plus en plus basses.

Mais ça ne sert à rien puisqu'il fait de plus en plus chaud.

Sauf que je scie moins de bois …

Ce qui ne compensera jamais le massacre de la forêt Cévenole par les criminels de la multinationale Eon qui, à Gardanne, font cramer des montagnes d'arbres volés aux terroirs dans leur centrale à biomasse assassine. J'ai beau rester à distance des folies du monde, c'est toujours la même histoire qui se répète sous mes yeux, celle des gros qui cassent tout pendant que les petits, et surtout les petites, éparpillées ici et là dans des masures branlantes, s'échinent, avec leurs gestes minuscules et leur immense respect de la vie, à retarder l'échéance finale.

 

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03 février 2015

Sacré Wigwam

Il y a en moi un endroit, derrière, où habite en permanence quelque chose de limpide qui se moque d'être aimé ou admiré. Sur le devant, là où se déroule le bal des apparences, là où je m'identifie avec mes actes et mes perceptions, j'attends toujours de la reconnaissance. Je créé désespérément de beaux objets pour obtenir la confirmation de mon existence, des objets que je suis incapable de vendre, parce que ce que je réclame, c'est de l'amour, la gratuité de l'amour, pas de l'argent. Parce que je ne veux pas être aimée pour ce que je fais mais pour ce que je suis.

Mais je ne sais pas qui je suis.

wigwam yurtao 1

Je regarde comment mon corps obéit à mon cerveau, comment il se défile quand j'ai mal à mes os et mes yeux, comment je poursuis une image du bonheur, où je picore ma ration et jusqu'où vont mes pieds, mes capacités et mes talents, j'interroge mes besoins et mes habitudes, ma race, mon sexe et mon statut, j'explore ma généalogie, je compare les destinées, j'échafaude des mythes, j'adhère à des conceptions cosmologiques, j'emberlificote des histoires magiques, je force le trait, mais je tourne autour du pot jusqu'à ce que je me débarrasse de mes miroirs et que je pose la vraie question tournée vers l'intérieur : « Qui suis-je ? »

Là, un grand trou noir s'ouvre où ma pensée culbute.

Alors je me rattrape à n'importe quoi, un truc que je connais bien de préférence et facilement accessible, un truc lestant cette évanescence angoissante qui, chaque fois que j'entame une plongée dans l'exploration des profondeurs, sape le ciment de ce que je crois être mon identité et étiole mes fondements historiques.

Ce n'importe quoi vite manipulable, c'est souvent l'activité ou la production. Avant, ça pouvait être les conflits, avec victimisation et dénonciation, revendication et étayage de rébellion. Maintenant que j'ai créé mon propre monde, c'est la sécession, la poésie, la nature et la contemplation. J'ai longtemps cru que ce monde personnel gagné de haute lutte était plus favorable à la réalisation, mais aujourd'hui je n'en suis plus du tout certaine, parce que j'ai vu qu'on peut découvrir qui on est vraiment en plein chantier aussi bien qu'installé dans sa cabane, sauf qu'une fois arrivé où l'on voulait, on risque d'y rester englué par la satisfaction et la jouissance.

wigwam yurtao 2

La constante entre toutes les étapes de construction du moi qui m'est propre, c'est que, contrairement au pesant échafaudage comportemental destiné à agréger toute personne au corps social, à chaque fois que quelque chose s'est séparé de ce que je croyais être, je me suis retrouvée plus libre et plus légère. Ce détachement produit, de gré ou de force, par la vision claire de la permanence des transformations, arrive parfois après l'estourbissement d'une bonne claque, parfois par hasard, souvent par saturation ou désespoir, toujours par échec de saisir ce qui taraude, la racine du désir. Alors la cuirasse tombe, les fils du canevas se dénouent, et je me retrouve nue devant le puits de ma question : « Qui suis-je ? »

wigwam yurtao 3

Si j'ai le courage de rester là, de ne pas me rhabiller en catastrophe parce que j'ai un menhir urgent à livrer, que je prends le temps de pénétrer cette nudité pour en comprendre sa nature, alors je vais traverser chair et os, moelle et cellules, différents degrés de matière dans lesquels je pourrais facilement me berner en croyant trouver la solution au miracle de la vie, avec explication biologique, moléculaire, kantique ou cosmique, et hiérarchie des composants.

Mais si j'arrive à franchir cette exploration sans m'embrouiller et me perdre dans la physique et la métaphysique, je tombe sur un nouvel écueil, la confusion entre introspection et discernement, entre psychologie, anthropologie et spiritualité. Je ne peux finalement m'approcher de la compréhension finale qu'en expérimentant des voies sans issue qui me font revenir au point de départ.

Là, je tente de comprendre où pointent les aiguilles de la boussole en devenant moi-même boussole, où il me reste la possibilité de contrer l'agitation en m'ancrant au centre. Mais la stabilité de ce moyeu ne peut garantir aucune tranquillité, puisqu'il reste un objet ballotté dans les mains qui s'en servent.

A nouveau, le grand trou noir est là, où pensée et sécurité culbutent.

Alors, je pose des limites pour ne pas me perdre dans l'inconnu, dans l'abîme de mon ignorance.

wigwam yurtao 4

Pourtant, je suis irrésistiblement attirée par ce trou, aimantée comme tant d'autres à cause de ce pressentiment universel d'un au-delà commun inconnaissable où prend source le fleuve de la vie, mais aussi sans doute parce qu'une fois où j'ai failli mourir, je suis tombée dedans et que j'ai vu la lumière formidable briller derrière l'accueil au bout du couloir, et la chaleur, et la joie ineffable, et comment je n'ai pas été défaite mais emportée dans le noyau même de la création qui semble amour absolu.

Je me retiens souvent au bord du vide, au bord d'une puissance qui risque de tout emporter, tout ce que j'ai construit autour du corps que ma mère a couvé, que je croyais cohérent mais que je ne sais par quel bout prendre quand il faut se présenter, car j'en ai assez de toutes ces mises en scènes, et qu'à force de perdre le fil du scénario, je perds aussi tout intérêt pour mes personnages.

C'est pourquoi sans doute me faut-il marquer, quelque part de solide, au sol ou dans le bois, autre chose qu'une projection de mes miasmes, une simplicité qui fasse écho à ce que j'appelle doucement derrière le tintamarre de mes imaginations, des signes élémentaires ouverts vers le ciel, comme si la voûte céleste pouvait s'ouvrir à cet endroit précis où penchée sur la glèbe je reviens aux archétypes primordiaux, et qu'une percée de lumière fasse taire toutes ratiocinations.

wigwam yurtao 5

C'est ainsi que je trace des cercles où dedans je mets tout ce que je ne sais pas.

Il y a les yourtes où j'habite sur la colline au milieu des mésanges, et il y a aussi toujours quelque part autour de moi un mandala qui a besoin d'être avancé mais que je me garde bien de jamais finir.

La circonférence que je trace autour de ce que j'ignore et qui me gouverne, c'est comme une ceinture de chasteté : pour conserver le mystère, éloigner la violence des savoirs et des croyances, rendre un morceau de territoire impénétrable aux mécréants, aux violeurs et aux profanateurs, pour que les goulus spéculateurs, scientifiques, économistes et autres spécialistes du vol ne puissent disséquer les arcanes de la vie en morceaux de viande ou en barils de fuels à revendre aux plus offrants, pour que la guerre et l'appropriation s'arrêtent au seuil de ce qui pourrait être la paix.

Au milieu du cercle, je dessine le soleil, la lune et les étoiles, avec des cailloux, de la mousse, de l'écorce et des fleurs, puis je pose du silence, cette part de l'existence que les mots ne peuvent circonscrire, qui attire les esprits et vide les objets de leur bruit.

Le cercle que je construis autour du gouffre de mes lacunes, c'est la limite que je me donne pour accomplir mon humanité.

Je ne peux être chez moi à l'intérieur de ce cercle que si chaque être vivant désirant partager ce vénérable silence puisse y loger son intimité, du moins s'il accepte d'accrocher son drapeau à l'entrée.

wigwam yurtao 6

Après, qu'on porte un voile, un kimono, des babouches, un poncho ou une cravate, que la coupole qui rassemble soit un igloo, un dôme, un tipi, une yourte ou un wigwam, quelle importance...?

On a tous envie d'être reconnus, on veut tous être aimés, tout le monde s'efforce d'étoffer une identité forte, de se singulariser, et finalement au lieu des roucoulements, c'est la foire d'empoigne.

C'est pour ça que les humains depuis la nuit des temps tracent des lignes de conduite pour ne pas se bousculer, arrêter de se battre, des lignes à l'intérieur desquelles on peut se respecter à plusieurs même si on ne comprend rien et qu'on a peur de l'ailleurs et de l'étrange, des lignes qui protègent un espace où peut transparaître une autre réalité que celle des appartenances.

Un tel espace, une telle bulle hors du monde,

wigwam yurtao 8

n'est pas une terre d'exil mais un retour à la sagesse.

De là, de cette attention muette, naît la possibilité de l'unité.

Car rien ne se partage mieux que de ne pas savoir qui on est vraiment. C'est le socle des religions. Sauf qu'on est seul à faire le chemin vers soi. Ce Soi, l'Unique qui est source des multiples et des différences, auquel chacun aspire plus ou moins consciemment selon l'épaisseur de sa carapace, est la seule condition de l'unité.

C'est insolite, anachronique, dans un monde sans limites où la liberté confisquée par les athées nourrit l'impérialisme idéologique, l'accaparement des ressources et la caricature de toute vérité, soit-elle révélée ou discernée. Dans un monde où la pornographie et la dérision ont souillé tout représentation de la nudité de l'âme face à l'ultime Conscience.

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12 janvier 2015

Escapade bucolique

 

Pour accompagner mes vœux d'une année paisible et lucide, je vous propose une petite vadrouille buissonnière.

Voici donc un nouvel album de photos regroupées de façon aléatoire,

http://yurtao.canalblog.com/albums/barbesse_land_art_nature/index.html

par lequel j'espère transmettre et partager le bonheur du geste créatif, mouvement parfois à peine ébauché, d'autres fois plus achevé, qui surgit lors de moments de communion avec les éléments naturels les plus anodins.

Je me régale partout où la nature m'accueille, en découvrant couleurs, consistances, formes insoupçonnées, souvent mystérieuses et magiques, et si j'ai appris à ne plus toucher sans respect, si j'ai découvert la dévotion à tant de profusion et de complexité, j'ai osé ajouter, lors d'inspirations hasardeuses, une légère contribution aux matériaux offerts généreusement par la terre.

Il est si difficile à l'humain de ne pas laisser de traces, il est si commun de chercher à surseoir à la conscience de sa finitude, de poser sa marque en espérant qu'elle dure au delà du présent. Mais ici, le geste de récolte et de composition qui me vient à la rencontre d'êtres vivant une autre vie que la mienne, n'a d'autre prétention esthétique que la pure gratuité d'un élan d'adoration envers la beauté de la forêt, de la campagne, de la plage...

Land-art, art environnemental, bio-art, art naturel, art naïf, art fugace, art premier, art brut, architecture ou sculpture sauvage, sont des dénominations imparfaites pour qualifier l'immersion douce et précautionneuse dans le végétal, le minéral, les éléments, favorisée par un habitat perméable aux moindres variations saisonnières et climatiques.

Le fait que la yourte elle-même, par sa structure légère en faisceau, soit déjà une œuvre en nature à mi-chemin entre artisanat domestique et art vernaculaire, non seulement rompt le confinement habituel de l'artiste dans son atelier, mais aussi, grâce à la fluidité générée par la porosité du dehors et du dedans, décloisonne et désectorise la vie quotidienne. Cette harmonisation permet à la pensée de s'absorber dans la continuité d'un présent plus intense.

Une œuvre peut surgir au milieu d'une vaisselle, quand, en train de gratter une casserole avec une botte de fougères, les gouttes et les brindilles qui tombent au sol forment un dessin où soudain se devinent un aigle, un ours ou une étoile. La défragmentation des disciplines que favorise l'holisme de la yourte est un puissant agent de réunification de soi, d'où ce sentiment d'intégrité couronnant une libation accomplie.

Évidement, mes modifications sur le paysage sont minimes et procèdent de la proximité sensuelle avec la nature, elles n'ont rien à voir avec celles de ces artistes mégalos sponsorisés par des actionnaires repus, qui culbutent tout devant eux à coups de bulldozer pour remodeler entièrement un pan de géographie.

La plupart du temps, je récupère des matériaux en abondance ou en décomposition, auxquels j'octroie un sursit de vie en révélant un versant caché, réveillant une texture, une polychromie, une géométrie secrète, par un voisinage complémentaire ou une affinité insolite.

Il m'est arrivé, avant de les éliminer définitivement de mes habitudes, d'ajouter des capsules aux cailloux et du plastique aux branches mortes, expérimentant une forme ludique de recyclage des déchets industriels, tout en prenant conscience de l'impact destructeur des comportements consuméristes les plus banals. Qu'il s'agisse de rejets de manufacture humaine ou de déchets biodégradables, la réflexion sur tout ce qui passe entre les mains et sous les yeux à l'aune de l'empreinte écologique, permet de soupeser les conséquences à long terme de nos prédations et de mieux se situer dans l'écosystème.

L'attention et l'exigence de respect grandissent à mesure que les matériaux les plus ordinaires, souvent méprisés, livrent leurs trésors intimes, s'alliant les uns aux autres en combinaisons simples ou arbitraires, qui agissent comme des balises par lesquelles l'humain dispersé, désorienté, revient aux sources du Vivant.

Les formes délicates de la flore, des racines, des arborescences, révèle une harmonie extraordinaire dans les verticilles végétales, qui résonne profondément avec l'unicité de l'univers, cohésion que l'humain perceptif tente de reproduire en créant des mandalas. Là, gousses, grains et grappes s'ordonnent en une ronde tellurique comme un reflet du miroir des astres.

Aux moments sombres de décadence, de guerre, de souffrance occasionnée par la corrosion d'un système, qu'il soit personnel ou collectif, il est difficile d'envisager le renouveau qui surgira d'une mouture en ébullition. C'est pourquoi, par un phénomène compensatoire contre l'éparpillement individuel ou la menace d'éclatement d'une société, des figures concentriques apparaissent spontanément dans les rêves et dans l'art, comme pour surseoir aux tensions des conflits, au délitement des énergies et au démembrement des valeurs. Dans cette désagrégation nécessaire aux transformations se manifestent des symboles de recentrage qui sont la voix du Soi ou du Sens remontant de l'hiver de l'âme. L'ordre sous-jacent au chaos n'est jamais aboli car, au plus fort de l'obscurité et de la décomposition déjà s'activent des bulles d'atomes pulsant de nouvelles énergies dans l'atmosphère, afin de réorganiser, selon l'alchimie cellulaire, la génération suivante.

C'est pourquoi la simple observation, poétique et non scientifique, des processus vitaux, une contemplation ouverte et disponible, réveille au sein de la psyché des échos de nos origines, de nos liens à l'univers, de nos attaches utérines et fraternelles à toute forme de vie.

Cette immersion permet de développer une complicité, et parfois une synchronicité, avec les mutations perpétuelles qui sont le moteur du Tao.

En ceci, l'artiste en nature se rapproche beaucoup du chaman dont le pouvoir de guérison émane d'une fusion spirituelle avec les esprits de la nature. De même que le méditant œuvre à la paix en cessant d'ajouter au carnage, le poète en nature, foncièrement désintéressé de tout retour marchand, œuvre à un discret équilibre entre sensible et intelligible, entre nature et culture.

Culte léger aux charmes du monde naturel, fiançailles amoureuses de l'artiste, du promeneur et d'une palette en perpétuelle métamorphose, acupuncture poétique sur la peau de notre mère la terre, l'art en nature, quand il ne laisse d'autre trace de lui-même qu'un regain de grâce, ouvre, en accompagnant paradoxalement la vie en train de s'éterniser, un chemin praticable, soutenable, à la création personnelle.

Album land-art nature, photos de Sylvie Barbe.

 

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23 décembre 2014

Entrer dans le silence

J'ai franchi un cap de liberté. Il a fallu tout ce temps.

femme du vent et de la forêt

Tout ce temps à se chercher, à se fuir, se retrouver, se découvrir, se reconnaître, se jurer fidélité, se trahir, se battre contre les démons d'une déliquescence ontologique.

Tant d'années d'agitation, entre exaltations et macérations, à escamoter la confiante indépendance de son sexe creux pas coupable derrière les parades et propagandes phalliques, à mendier amour et compliment à des matraques, à se mirer dans le regard des sans-âme, dans le reflet des couteaux.

Décennies en montagnes russes, ponctuées d'angoisses, à se méfier, se berner, se tourmenter, compenser et sublimer, des temps morts à s'oublier, se détourner, s’abîmer, s'écarteler entre inconciliables, des temps rageurs à se détester, s'accuser, se mortifier, se rebeller, se cuirasser, et puis, après avoir hurlé aux charniers des innocents, renaître de ses cendres et comprendre que ça ne s'arrêtera jamais jusqu'à ce qu'on y laisse sa peau…

Tout ce temps perdu à se morfondre, se justifier, se verbaliser, se disculper, se blanchir, à refouler intrusions et invasions, à balayer la carpette d'indésirables ou déplier le tapis rouge, à compter les maillons de ses chaines et aiguiser la lime cachée sous le lit, tous ces combats contre ses conditionnements, ces défis contre des moulins à vent, pour des révolutions idéales et des causes incontournables, tout ce bois à enfourner dans l'athanor en croyant obtenir de l'or, et puis, un jour totalement improbable, un petit temps égaré lors d'une échappée, à s'affaler sur l'herbe hors du sentier tracé, à retrouver son souffle et découvrir autour, pas gâchées, une fleur, une coccinelle.

S'offrir alors du temps à grappiller une once de bonheur sur ces coteaux sauvages, loin des loupes et des notes, et enfin, finalement, près de la ligne d'arrivée, sur le bord de la piste où on campe parce qu'on a crevé, un jour sans challenge et sans performance, un jour sans chaud ni froid, ni doux ni dur, loin des miroirs et des micros, une après-midi banale au fond d'un coin perdu, aboutir à un seul instant, un tout petit instant, comme une virgule, comme un soupir sur la partition, un instant hors du temps, un instant de silence.

Suspendu. Creux. Vide.

Et franchir un cap d'éternité. A cause de ce silence. De ce qu'on pressent de ce silence. Une immensité radieuse. Là, on n'entend plus ce qu'il faut, ce qu'il aurait fallu et ce qu'il faudrait, plus de semonces, menaces et objurgations, plus de fils d'actualités ni de débats démocratiques, plus de mythes à embobiner pour exister, plus de productions à fournir au système pour sa rémunération ni à ma mère pour qu'elle m'aime, plus de rôles à jouer, de scènes à dramatiser, de dominants à séduire, dédaigner ou tromper, d'étrangers et d'exclus à plaindre et secourir, plus d'indignations ni de plans sur la comète, même plus de romances et de bons sentiments, juste rien de connu.

Suspendu. Creux. Vide. Extraordinaire.

Un tout petit instant détaché de la masse, une goutte d'eau transparente jaillie sur la crête d'un flot, qui comprend, en voyant la mer à l'infini, que le vent de surface n'a aucun pouvoir sur l'abyssal silence des profondeurs.

Pourtant, il n'y a pas rien dans ce qui arrive à cet instant. C'est autre chose. Je ne sais pas ce que c'est, matière ou éther, prémonition, vision, perception ou illumination.

C'est une sorte de voyage à l'envers, un retour d'exil.

Je parle arbitrairement d'années, parce que c'est difficile de ne pas mettre des limites temporelles à ce retournement, parce que la réalité physique et sociale se conjuguent à un moment de la vie avec la conscience aiguë d'avoir saisi la chance de sa génération, la possibilité d'échapper à l'esclavage.

Dans ce silence, le temps est aboli, suspendu, creux sans fond qui n'a pourtant rien d'une perdition, plutôt une sorte d'écho subtil s'évanouissant à l'infini en ricochant sur les étoiles d'atomes, ondulant d'un calme placentaire qui fait pousser des ailes, parce qu'on est certain tout à coup de retrouver son chemin, le chemin de la maison, qui est pour certaines, fées quotidiennes, et pour certains, pas vilains, le chemin du mandala habité, le chemin de la yourte.

J'ai pu m'abstraire de la coupe d'un mari, de la férule d'un patron, des affiliations d'église ou de partis, j'ai pu être pauvre sans être misérable, socialisée sans être aliénée, j'ai produit sans modèles, sans brevets et sans prostitution, j'ai pu m'abriter, me nourrir, me vêtir et me soigner sans dévaliser la planète, et je suis probablement une des dernières à pouvoir habiter la forêt, ce qui me vaut cette sensation, en regardant à rebours, d'être passée entre les mailles du filet, toujours de justesse. Au fil du rasoir. Comme ce soldat rescapé d'un massacre au dernier jour de la guerre. On ne m'a pas coupé la tête quand j'ai dû avorter, j'ai pu tenter une vie d'artiste quand la loi contre l'exclusion a été votée, j'ai fabriqué et posé ma yourte dans le bocage de France avant que soient instituées des réserves de sauvages, des ghettos pour contenir cette étrange horde barbare d'irréductibles improductifs qui croient encore aux esprits de la nature, je n'ai pas été brulée pour avoir défendu l'ortie et le pissenlit et je n'ai pas été vitriolée parce que je suis une femme. J'ai pu éprouver et m'installer dans la singularité de préférer l'Être à l'Avoir, cultiver la différence par une certaine distance, bien que souvent dans la fuite et la grande précarité, mais dans un contexte où la solitude et la liberté d'une femme, même vilipendées et méprisées par la meute mâle, ne sont pas interdites et punies par la loi ou les kalachnikovs. De cette grande chance ont pu naître des temps sans prescriptions, que la plupart utilisent en divertissements (quel gâchis...), dont j'ai fait des enclaves d'expérimentation, de réflexion et de méditation en dehors de tout embrigadement. C'est grâce à la gratuité de ces temps là, qui m'ont rapprochée des arbres et de la beauté, résistance farouche à l'effondrement du sens et de la nature, que lentement s'est préparé cet instant de grâce où le silence émerge comme une vérité absolue.

Ensuite, on le perd de vue, les tiraillements reviennent, car rien, et surtout pas l'éveil, n'est jamais acquis. Mais une fois que, sur la crête d'un instant immobile, on l'a rencontré, on sait l'origine et la perpétuité et on n'a plus peur. Si on veut le programmer, le faire revenir de force, il s'échappe. Il est totalement autre et totalement Soi, insaisissable et impossible à manipuler, à contrôler, sans suprématie et sans démonstration de puissance, et pourtant totalement pénétrant. Plus il est là et plus on devient vrai, transparent et miraculeusement ignorant, une absence de savoir et de jugement parfaitement reposante, une absence qui imprègne et relie à l'ensemble du vivant, avec une communication sans mots, qui plonge aux racines de tout ce qui respire.

Alors, au sein de cette vacuité, dans une tranquillité furtive, fugitive mais indélébile, je sais que j'en suis, que j'y étais déjà et que j'y serais toujours.

 

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08 décembre 2014

Guérison

La décision de ne pas prendre le traitement allopathique lourd prescrit par le dernier ophtalmo consulté m'a libéré des sueurs froides suscitées par ses menaces :

" Si vous ne prenez pas la cortisone pendant au moins six mois jusqu'à un an, et si vous arrétez le traitement, vous rechuterez à l'état du début de l'infection, qui est chronique."  C'est à dire un handicap sérieux de malvoyance.

Je n'ai pas pris la cortisone et j'ai guéri.

étoile à la yourte yurtao

Je me souviens de sa façon marabouteuse de me lancer, après l'énoncé de son dictât pharmacologique  : « Faites-moi confiance ! ». Ce docteur exigeait ainsi ma crédulité totale. Il voulait m'aliéner pieds et poings liés au système marchand qui exploite la santé comme une vache à traire en usine industrielle, au dépend des malades et de la sécu, pour l'enrichessement des labos et des fabricants de médicaments. Profitant de ma faiblesse et de mon angoisse, il a tenté de me dépouiller de ma responsabilité, de ma lucidité, de ma conscience et de ma liberté.

Mais j'ai résisté. Je ne serais pas le cobaye perfusé d'une firme de charlatans et de mafieux.

Je n'ai pas vendu mes yeux au diable.

J'ai choisi la voie de la guérison naturelle.

J'ai écouté et mis en action les bons conseils de mes chers lecteurs. Extranase, tisane de frêne, magnésium, eau de mer etc... et j'ai reçu un soin énergétique à distance.

Et surtout, j'ai mis en œuvre les pouvoirs de la terre.

Durant deux heures, chaque matin et chaque soir pendant six semaines, j'ai appliqué une couche d'argile sur mes yeux. Dans une solitude morale absolue. J'ai eu beau chercher sur le net, je n'ai trouvé aucun précédent d'une kératite guérie par l'argile. Ce traitement dont l'investissement financier est quasi nul ( j'ai quand même acheté de l'argile verte bien que j'ai près de chez moi de l'argile blanche à foison mais qu'il aurait fallu nettoyer ) est beaucoup plus contraignant qu'un collyre chimique administré trois fois par jour, puisque pendant quatre heures, puis deux vers la fin, je suis restée allongée quotidiennement dans le noir de la glèbe. Mais j'ai endossé la responsabilité de mon état sans la transférer sur un soi-disant expert ou un gourou.

La grande, l'énorme différence, c'est que mes yeux ont commencé à cicatriser et que j'ai retrouvé ma faculté de lecture bien avant les six mois prédits, sans aucun effet secondaire. 

Après la cure d'argile, je suis retournée voir mon ophtalmo d'origine, la dame à qui j'ai écrit la lettre publiée sur Yurtao, qui m'a reçu fort poliment, de même que sa secrétaire…

Le résultat, c'est que mon œil gauche est passé de 2/10 d'acuité visuelle à 6/10 , et l’œil droit, de 4/10 à 10/10 !

Ainsi, faire confiance à l'intuition, au bon sens, aux bonnes personnes et à la terre, a sauvé mes yeux. L’œil gauche, qui a été très atteint, est en cours de rétablissement, lentement mais sûrement. La doctoresse m'a simplement confirmé que la cortisone n'aurait servi à rien… Enfin un petit air de vérité dans un cabinet médical.

Si je publie aujourd'hui cette petite victoire personnelle, dont le résultat physique est concomitant d'une guérison intérieure, c'est que je souhaite vraiment que mon expérience réussie puisse servir à d'autres personnes.

Au plus fort de ma cécité, j'ai laissé mes mains fabriquer, avec des produits de la terre offerts autour de ma tente, le visage de cette vertu merveilleuse

esprit de joie yurtao

qu'est l'instinct de survie qui nous habite tous, qui est aussi et peut-être uniquement ce regard loin en nous qui voit la vérité derrière les formes les plus sombres, et qui murmure dans le silence du cœur. La maladie devient alors un cadeau, et la vie qui s'égarait revient alors dans le juste milieu.

J'ai suspendu le visage de ce sourire lumineux devant ma yourte, sur le vieux chêne où pépie une nuée de mésanges malicieuses.

grand sourire yurtao

Maintenant, ce visage de l’au-delà de la douleur, du tréfonds de soi, il se balance doucement par tous les temps, jouant avec le moindre rayon de soleil qui l'illumine comme un feu de joie, et il me décoche, à chaque réveil ou quand je passe devant lui, de ce rire si sain et ces yeux si limpides, un jet de cette énergie magique qui m'a fait traverser, une fois de plus, les grandes eaux.

 

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19 novembre 2014

Fabriquer du soleil

Après tant de pluie, après le déluge, enfin un rayon de soleil !

Un moment sans cesse repoussé arrive. Le moment où ce qui s'est couvé dans les tremblements du nid peut éclore.

Repliée dans ma petite yourte pendant des semaines de tourmentes, chaque jour à rester longtemps dedans, la couronne obstruée par un ciel plombé et l'univers sonore martelé jusqu'à saturation, j'ai fabriqué des soleilades.

soleilade jaune yurtao

Mes mains ont courbé, taillé et lié au fil de coton des rejets de châtaigner bien ressuyés, qui ont donné des anneaux de différentes tailles.

anneaux de chataigner yurtao

Ensuite, j'ai enroulé de la laine autour pour obtenir de beaux cercles de couleurs. Puis j'ai tissé et entrecroisé des multitudes de diamètres de laine pour remplir l'intérieur d'un canevas en étoile.

soleilade bleue yurtao

Assise sur mon zafu, genoux calés dans le moelleux de la carpette en tissu vietnamien que j'ai molletonné sur une couverture, avec d'un coté mes paniers de pelotes multicolores et de l'autre ma boite à couture, ne pouvant plus tricoter dehors,

pelotes de laine yurtao

j'ai creusé une enclave au déluge en improvisant,

sur deux mètres carrés entre le lit et la théière,

un petit atelier d'artisanat.

petite place de la laine yurtao

Radeau arrimé à quelques pierres délavées, frêle esquif au milieu des torrents d'eau martelant les toiles, glas affolé de vibrations ricochant en boucle dans la cloche de tissu, ce petit rectangle de yourte giflé de bourrasques est pourtant devenu, à la moindre suspension d'orage, l'atelier du bonheur, où le joyau du silence et du travail manuel m'ancraient au grand mât de l'esprit.

miniatelier du bonheur yurtao

Pensées et émotions se dévidant au long des brins de laine entortillés sur les baguettes, j'ai fabriqué au fil des heures dans la pénombre, à l'intuition, en me fiant surtout au toucher, des pupilles organiques en fibres végétales, petits yeux cosmiques accrochant la moindre lueur, à offrir, quand cessera l'ouragan, à la danse du vent et de la lumière.

J'ai suspendu mes soleilades sur un petit sèche linge accroché aux perches du toit, sans les compter,

jolies soleilades dans yourte yurtao

mais comme la pluie continuait, elles se sont vite multipliées, tournicotant et se chevauchant, petites et grandes mélangées, merveilleux festival de couleur !

jolis soleilades dans la yourte

Alors que persistait le gris dehors, plombé, que les yourtes ruisselaient sans arrêt, trempées, mes soleils bien sages sous la petite tente criblée attendaient patiemment que les nuages et l'orage veuillent bien se calmer et s'en aller.

Entre deux tempêtes, j'ai pu quand même gratter et polir de longues branches mortes de châtaignier que j'avais préparé, pour obtenir ce beau jaune doré du bois décapé qui lui redonne toute sa noblesse. J'ai creusé facilement un trou dans la terre détrempée, entonnoir de glaise molle qui m'a servi de vase, et j'y ai composé un bouquet de branches prêt à recevoir mes soleils.

perches de chataigner en bouquet yurtao

Ce n'est pas seulement le mauvais temps qu'il a fallu traverser. C'est aussi la douleur, l'angoisse de mes yeux blessés et le charivari du quotidien quand rien ne va comme on veut.

Le soleil disparu, englouti, j'ai intériorisé sa puissance

jolie soleilades blanche yurtao

comme Perséphone dans le tunnel des enfers couvant sa grenade, comme la petite sœur des princes ensorcelés changés en cygnes s'acharnant humblement à tisser des capes d'ortie pour délivrer ses frères du mauvais sort, comme la petite sirène sacrifiant sa nageoire pour sortir de l'eau et marcher vers son prince.

J'ai découvert alors des territoires vierges et passionnants, parce que quand on ne peut plus passer par un chemin habituel, la nécessité d'en emprunter un autre ouvre l'inconnu. L'exploration d'une autre façon d'appréhender le monde, hors de l'impérialisme des images, le déploiement d'infimes perceptions et l'affinement des sens, ont ouvert à nouveau en grand les portes de la grande Vision.

Chaque soleilade naissait alors comme une prière muette, comme une ode à la beauté cachée, celle qu'on ne voit que de l'intérieur, une beauté habitée du dedans, pour qu'un jour bientôt, au terme de maintes grossesses alchimiques, tant de soupirs et d'extases se transforment en lumière éternelle.

Quand au bout de trois jours sans pluie, j'ai commencé à dénouer les bouts de laine de mes soleilades, ce n'était pas l'exaltation ni l'excitation. Je savais que l'étape marquait une victoire parce que j'avais pu accepter le mauvais temps et la perte de voir, et parce qu'après avoir compris le sens de l'épreuve, j'avais décidé de guérir. Il y avait en même temps la légèreté de l'inquiétude tarie et la gravité de toutes ces méditations et ce travail intérieur offerts par la maladie.

Il y avait aussi un brin de nostalgie de me séparer de mon ouvrage, comme la femme qui accouche et qui, bien que percluse du bonheur de découvrir son enfant, doit faire le deuil des sensations utérines, l'émoi d'exposer mes fragiles lumignons aux intempéries, aux lessivages des saisons, aux vents valdinguants qui peut-être les arracheront. C'est pourquoi j'ai pris soin de les placer en contrebas de mon seuil, là où dés l'aube, je ne pourrais louper les premiers rayons chatoyant les couleurs.

Alors, la danse a commencé : exhumer les soleils de la yourte quatre par quatre, les balancer dans la lumière diaphane, choisir un emplacement en les espaçant harmonieusement,

bouquet bas soleilades

les attacher au bois,

accrochage soleilades

sculpter en relief, sur le vert de la forêt, l'allégorie d'une renaissance.

S’asseoir sur le rocher pour prendre le temps de les contempler

et s'adonner au ravissement.

bouquet final de soleilades yurtao

Alors le bouquet s'est transformé en viatique pour traverser les jours de plus en plus courts et l'hiver qui approche.

automen qui vient yurtao

Ainsi un nouvel arbre de Vie est né du fond de ce temps d'épreuve,

un arbre aux fruits étranges qui ressemblent à des yeux,

des yeux nés de ma cécité,

soleilades en bouquet yurtao

ouverts sur la beauté et la force de renouveau de la nature.

Des yeux qui voient d'ailleurs,

d'un continent caché où se trament les métamorphoses

et la poésie qui sauve.

soleilades au soleil yurtao

Car enfin, comme le moindre bout de laine déchu peut être révélé et magnifié par la façon de le disposer et de le regarder, chaque seconde de vie est, en dépit de tout, envers et contre tout, malgré le mauvais temps qui revient,

arc en ciel soleilades yurtao

le germe d'un jaillissement de lumière d'où puissent se déployer

l'arc en ciel des couleurs et la puissance des émotions.

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04 novembre 2014

Yourte sur les flots

 

yourte sur les flots yurtao

Si un peu plus vivait comme moi, le GIEC n'aurait pas besoin de crier.

 

Rechauffement-Mers-141103

 

Mais je n'en connais pas beaucoup capables de passer des nuits de tempête assis stoïquement sur un zafu sous une simple tente même pas tendue de piquets, à endurer la folie des temps, la folie des hommes.

Ici, pas besoin de salles de sports, pas besoin de treks ni de thrillers pour se procurer des émotions, pour toucher ses limites, pour se dépasser.

Cinq épisodes Cévenols en un mois, du pur délire ! Et ça recommence. Ça n’arrête pas d'accrocher les wagons au train de l'enfer.

Des trombes d'eau, un grondement continu, des éclairs sans arrêts. L'orage coincé dans la vallée, qui tourne comme un fou en cellule d'isolement, comme un lion en cage. Pas une demi-journée, pas une nuit, mais plusieurs jours et plusieurs nuits d'affilée.

Des semaines cataclysmiques qui se succèdent, où se réveille le lien ancestral avec les milliers de générations qui se sont construites sur la confrontation aux éléments naturels.

Au fond, je crois que c'est ce que je voulais, ne pas oublier.

La pluie drue, violente, martelant le toit de la yourte,  gîtant comme un bateau secoué sans pitié par des flots déchaînés.

Les éclairs fouillant la yourte sans discontinuer, comme un mirador traquant un évadé.

yourte sous éclairs yurtao

Et cette toute petite chose que j'ai fabriqué de mes mains avec les moyens du bord, qui encaisse la houle, qui tient sous la tornade. Sans que ça soit jamais acquis.

Toutes voiles baissées, figée sous le toono comme le marin sur sa barre, il n'y a plus rien à faire.

Petite bulle ballottée dans la tempête, je m'attends à toute minute à une déchirure de toile, le chapeau arraché, un arbre chutant, la foudre s'abattant. Je regrette les travaux repoussés et liste dans ma tête ce qu'il faudra impérativement coudre après. Si j'avais un double toit avec un espace entre deux, ça amortirait ; une double tranchée, ça dévierait les cascades. Et puis, je ne pense plus, à cause du bruit.

Le cerveau pressurisé se répète que ça ne peut pas durer, que ça va s'arrêter, ça finit toujours par finir, on n'a jamais vu des orages rester, s'installer, ça n'existe pas, ce n'est pas possible.

Mais si, ça continue, tonnerre en boucle, courts circuits en chaîne, explosions en série. Les vieux disent qu'ils n'ont jamais vu ça, je le dis aussi, depuis le temps que je vis dehors, je n'ai jamais vu autant de démesure, comme si la météo piquait sa bouffée délirante. Ce déchaînement monstrueux qui déborde de tout cadre, de tout concept, de toute expérience, pousse à bout les résistances physiques et psychiques. Il n'y a plus d'espaces entre les coups, l'orage ne fait que hurler, c'est la guerre du ciel contre la terre, c'est insoutenable.

Pour la première fois de ma vie, je n'aime plus l'orage. L'étau des hallebardes s'obstinant à percer la toile, l'eau sous pression giclant d'un karsher diabolique, toute cette mitraille tirée à bout portant sur mon esquif titubant ont raison de mes forces.

yourte sous les flots yurtao

Je déteste cet interminable et monstrueux orage et je le fuis.

Je ne fuis pas parce que la yourte est inondée ou que j'ai peur, mais parce que le vacarme est insupportable. Il casse la tête au sens propre du terme. Je finis par halluciner, par croire que l'heure du déluge est arrivée, que c'est la fin du monde. Je craque, je me réfugie dans du dur. Je me cache derrière des briques, ça ne m'empêche pas d'entendre, mais je ne suis plus prisonnière du dément.

Heures de répit et puis, j'y retourne.

On ne peut pas s'empêcher de retourner chez soi quand chez soi a pris la dimension du ciel. Même si ce ciel cruel hurle une colère démoniaque, interminable.

Dos droit, respiration maîtrisée, en posture de méditation, comme Ulysse pendu à son mat, j'entends tomber les branches arrachées, les bourrasques s'acharnant à claquer les toiles, mes cloches chahutées dansant la gigue, et lentement, je me rappelle une nouvelle fois qu'Ithaque est au centre de moi-même et que l'Odyssée la plus aventureuse peut se vivre sans bouger.

ithaque yourte

Au marché, tout le monde ne parle que de ça. Enfin, surtout les jardiniers, les paysans, et tous ceux qui déballent dans des conditions pénibles.

J'y mets mon grain de sel, je crie au dérèglement climatique et là, voilàti pas qu'un brave me lance :

«  Quand même, faut pas exagérer, c'est pas pire que les autres années !»

J'argumente le contraire et le brave, tout renfrogné, se bute.

« Non, c'est comme ça tous les automnes, c'est tout à fait normal, faut pas en faire un plat ! »

Interloquée, je pense au vieil oncle de mon oncle qui a du évacuer son mas séculaire inondé, je pense aux campeuses écrasées sous un arbre, me demandant si ce brave joue la provocation quand toute la région sans dessus dessous est aux abois. Alors je proteste que ça fait vingt ans que je vis dehors en yourte et qu'avant, au bout de trois jours, au pire cinq, ça s'arrêtait, le soleil et la chaleur de Septembre ou Octobre revenaient et tout séchait rapidement.

yourte séchante yurtao

Mais cette année, ça ne sèche pas, ça dure trop.

Ma résistance semble énerver le brave climato-septique qui se remet à grommeler que tout ça, c'est des conneries.

Et tout à coup, je comprends. J'ai affaire à un de ces motorisés informatisés qui ne savent plus marcher, cloués devant leurs écrans à zapper sur les catastrophes du globe, mais qui ne possèdent même pas de ciré ni de bottes en caoutchouc pour aller vérifier le niveau de la rivière ou aider un voisin à écoper. Je rétorque illico, un peu énervée par cette arrogance :

« C'est sûr, l'orage devant l'ordi et la télé, c'est pépère, on ne l'entend pas, derrière les volets, on ne le voit pas, et la pluie, dans les murs, ça ne mouille pas... »

Silence vexé, coup d'œil furibard et embourbement définitif de ma réputation de chieuse.

Certes, je suis nulle en jeux vidéos aux scénarios dantesques qui déboulent toujours ailleurs, mais moi, quand il pleut, je connais l'heure exacte de la première et la dernière goutte.

petite pluie arrivant sur la yourte yurtao

J'entends la pluie arriver de l'autre bout de la vallée et je sais exactement combien de temps il me reste pour m'abriter.

Les différents niveaux des creux naturels et des récipients laissés dehors m'indiquent sans mesure la force des précipitations. Si je ne vide pas mes bassines, les moustiques attaqueront sans vergogne. Je surveille mes cuves que l'eau remplit par des petits trous ménagés dans les couvercles retournés, celles pour donner à boire aux plantes et celles pour ma boisson. Je bénis cette manne et remercie pour tous ces litres gratuits car ils sont mon autonomie et ma liberté. Je passe beaucoup de temps à imaginer des systèmes de bâches repliables pour décupler ma récupération de pluie. Je sais à l'intuition la taille de tissu et le genre de mauvais temps qu'il faut pour remplir rapidement une réserve. Je sais pourquoi il faut se procurer des bottes en caoutchouc naturel et pas en synthétique, matière chimique tout juste bonne à traverser une flaque mais incapable de résister à un mois diluvien de grimpettes boueuses.

Au fil des saisons, j'ai récupéré des imperméables de plus en plus couvrants. Aujourd'hui, je suis équipée comme un matelot et sors par tous les temps. J'aime les bruits de moteurs noyés dans celui de la pluie et marcher seule au milieu des rues désertes. J'adore patauger dans les ruisseaux et observer les méandres de l'eau, les geysers giclant des rochers, voir comment l'humus absorbe, et où les piétinements ouvrent une cascade. Je surveille mes restanques et s'il le faut, dés que possible, je soulève quelques pierres et relève une terrasse.

Partout dans les Cévennes pendant des siècles, la gestion des écoulements était au cœur des stratégies de subsistance. Il ne reste quasiment plus rien de ce grand savoir et les Cévennes désertées de ses autochtones, ses vallées de plus en plus bétonnées, ne font plus face aux pluies torrentielles. D'anciens villages soigneusement situés connaissent leurs premières inondations parce qu'autour, rien n'a été respecté et que les évacuations ont été cimentées. Le goudronnage, la vénalité et la bêtise enkystées, malgré des milliers d'experts en colloques au quatre coins de l'hexagonne, s'allient au réchauffement climatique pour provoquer des drames. Dont les victimes, comme toujours, sont les pauvres.

Car, pendant que, sur de luxueux paquebots, les riches discourent doctement sur l'état du monde en se régalant de festins au-dessus du cimetière marin Méditerranéen où sombrent des centaines de misérables naufragés, pendant que les nantis se prélassent de plus en plus tard en saison dans un océan de plus en plus moite, des nuages de chaleur exhalés de leurs croisières et des vapeurs de leurs bains montent vers les Cévennes cogner des masses d'air froid et exploser en déluge sur les damnés des collines.

Là, accrochés aux pentes, les réfugiés économiques, environnementaux et existentiels qui osent remettre le gouvernement central et la civilisation du progrès en question, slaloment entre les seaux sous les gouttières de leurs cabanes, pendant que leurs maigres réserves alimentaires se piquettent de champignons et de moisissures.

Pourtant, elle tient, ma yourte.

Au milieu de mes arbres reconstitués.

arbre aux étiles sous la pluie yurtao

Elle flotte sur les eaux.

Pas d'infiltrations, pas de voies d'eau. Elle n'est pas inondée. La serpillière et les tapis sont indemnes.

Pas inondée, mais imbibée.

IMBIBEE. Comme une éponge.

Malgré les trois couches de store et les trois couches de laine.

Je suis certaine que si ça dure encore un peu plus, l'humidité suintera et tout commencera à pourrir, lentement mais surement.

En attendant, le galopage dans ma tête porte ses fruits. Je sais comment je vais palier à tout ça, parce que je ne peux pas compter sur une amélioration climatique, au contraire. Donc, il faut s'adapter.

J'ai trouvé le truc.

Je vais me procurer des billes de liège à fourrer dans des boudins de toile étanche et respirante que je vais enrouler autour du toit de la yourte. Certes ça va faire des kilomètres de boudins à coudre, mais quel confort thermique et phonique !

Par dessus, je poserais une autre toile créant un petit vide d'air. Donc, déjà, j'ai demandé à des restaurateurs locaux de me garder leurs bouchons de liège. Ça risque de prendre du temps vu l'impérialisme du cubilot, voilà pourquoi je lorgne sur les gros sacs de billes d'écorces vendues en magasins de bricolage.

Cependant, si mes chers lecteurs s'avisent de me garder leurs bouchons, ça serait une occasion sympathique de leur offrir un petit tchaï au sec... Si d'ici là, je n'ai pas fait naufrage...

 

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23 octobre 2014

Michael Kohlhaas* avait deux bons chevaux, moi j'avais deux bons yeux.

Lettre à mon ophtalmo.

Madame,

En Janvier 2014, j'ai pris RV à votre secrétariat pour une consultation d'ajustement de lunettes de lecture. Un RV m'a été accordé pour six mois plus tard, le 8 Juillet.

Au printemps, au cours de travaux extérieurs, ayant reçu une branche dans un œil, j'ai téléphoné pour demander l'avance de ce RV. Un refus m'a été opposé. J'ai donc patiemment attendu Juillet pour faire vérifier et éventuellement soigner mon traumatisme oculaire.

Le 8 Juillet, la secrétaire m'annonce que mon RV est noté pour le 9 Juillet et qu'elle ne peut pas me recevoir. Je lui explique que je viens de loin à pied et en car et qu'il m'est impossible de revenir le lendemain. Quand je lui demande de bien vouloir essayer me faire passer quand même, la secrétaire m'ordonne de ne pas insister, sans envisager que c'est peut-être elle qui s'est trompée. Devant mon désarroi, elle ajoute que je n'ai qu'à revenir en fin de matinée mais qu'elle ne peut rien m'assurer. Ne pouvant me permettre de louper mon car de retour à 11H, j'essaye d'attirer son attention sur ma situation d'éloignement. Peine perdue, ma demande angoissée est mal perçue, la secrétaire me rembarre. Désespérée, je dois repartir sans avoir pu consulter.

Je cherche alors une autre possibilité de consultation sur Alès qui ne prenne pas six mois de plus et obtiens RV chez le Docteur Raimbaud. Funeste détour, puisque, ce 8 Août, lors d'une consultation expéditive, je suis contaminée pendant l'examen par un virus qui pénètre dans mon œil gauche fragilisé par le micro-traumatisme datant de plusieurs mois. En une semaine, ma santé dégénère en conjonctivite virale aiguë aux deux yeux. Envoyée aux urgences ophtalmiques du CHU Nîmois par mon généraliste, je ne peux m'y rendre car je ne suis pas motorisée et que ma souffrance aiguë rend in-envisageable un fastidieux voyage en transports publics.

Le 19 Août, je retourne donc chez le docteur Raimbault, le seul à pouvoir localement me recevoir rapidement en période estivale. Les symptômes inflammatoires de la conjonctivite sont alors soignés massivement par un collyre à la cortisone qui entraîne immédiatement l'accélération de la réplication du virus et déclenche un ulcère de cornée, la kératite attaquant les deux yeux. En quelques jours de grandes douleurs, ma vue se dégrade et je perds la capacité de supporter la lumière, ne pouvant plus sortir sans lunettes noires. Je ne peux plus lire, plus coudre, mon travail de de rédactrice et écrivain est compromis, je ne déchiffre plus les étiquettes, les prix ni les notices, tout devient flou. Ma vie quotidienne qui implique forme physique et vigilance puisque j'habite sur une colline dans une yourte auto-construite, sans eau, sans électricité et sans accès routier, est bouleversée. L'effondrement brutal de mon acuité visuelle de 10/10 à 3/10, c'est à dire la perte de sept dixième, n'est accompagnée d'aucun diagnostique et encore moins de pronostique. Le docteur Raimbault ne me parle jamais de contagion et répond avec irritation à mes questions par oui ou non.

Au bout de quinze jours de traitement agressif, je ne supporte plus tous les collyres antibiotiques et anti-inflammatoires. Je reprends alors RV avec vous. Le 1° Septembre, vous me confirmez que les antibiotiques n'agissent pas sur le virus et me prescrivez des gouttes froides pour soulager la douleur. Cependant, je ne reçois toujours pas de diagnostique ni de pronostique. Je dois me renseigner sur internet en multipliant l'affichage sur écran au maximum et effectuer des recherches dans le brouillard et la douleur. C'est ainsi que je trouve la description exacte de ma maladie, avec sa chronologie standard qui correspond parfaitement aux dates d'apparition de mes symptômes, une kérato-conjonctivite à Adenovirus. Cette maladie est réputée, d'après nombres de sites médicaux, en particulier dans les enseignements infirmiers sur la prévention des maladies nosocomiales, se transmettre par contacts, majoritairement en cabinets médicaux. Je comprends enfin que j'ai été contaminée au lieu même censé me soigner, puisque dans les quelques jours autour de l'origine de l'incubation, je n'ai rencontré personne de malade, ni personne du tout d'ailleurs, puisque je me trouvais en retraite solitaire.

Je découvre aussi que la prescription de cortisone au moment de la multiplication du parasite et de la réponse immunitaire est une erreur médicale qui provoque l'activation des nodules défensifs dans la cornée et donc de graves séquelles. Mon terrain sensible n'a jamais été pris en considération. J'accuse alors le docteur Raimbault sur son manque de prophylaxie. Celui-ci, bien entendu, n'accepte pas mes arguments, nie toute responsabilité, me déclare handicapée sans pouvoir me donner aucun délai de guérison et me prescrit à nouveau de la cortisone ! Traumatisée par l'avalanche de déboires en chaîne et une perte de confiance cuisante en la médecine, je m'avère incapable de prendre cette médication.

Comme vous m'aviez dit de revenir vous voir au bout de quinze jours sans amélioration, j'obtiens un RV pour le 23 Septembre. Mais ce jour là, quand à 10H la secrétaire m'annonce qu'il y aura encore une bonne heure et demie d'attente, je lui explique à nouveau que je ne peux pas louper mon car de onze heures et qu'il me faudrait un RV plus matinal. Sur ce, vous arrivez derrière moi et me jetez qu'ici les patients attendent six mois leur RV et que je n'ai pas à bénéficier de privilèges. Cette remarque particulièrement cruelle et injuste m'a beaucoup choqué. Je suis une nouvelle fois repartie bredouille avec une sensation blessante de malentendu, de mépris et même, de maltraitance.

J'ai alors suivi le conseil de mon généraliste et pris un RV avec un ophtalmologiste à l'hôpital de Nîmes. Le 6 Octobre, j'ai heureusement trouvé une conductrice pour m'accompagner au RV car, malgré ma demi-cécité, je n'ai pas droit à une ambulance. Le docteur Nîmois confirme la kérato-conjonctivite à Adenovirus, constate la conjonctivite chronique auto-immune, la photophobie violente et les nombreuses cicatrices cornéennes sous épithéliales responsables du handicap visuel. Il me prescrit de la cortisone sur six mois en me promettant une amélioration rapide si je m'y tiens sans interruption, sans s'inquiéter de mes antécédents et de mes réticences, requérant de ma part un acte de foi aveugle alors que j'ai besoin d'informations et de clarifications, indispensables pour collaborer à une thérapeutique chimique que j'accuse de l'aggravation de mon état. Je lui signale que je ne pourrais pas revenir à Nîmes à cause des conditions très éprouvantes de transport, à pied, car départemental, train et bus urbain, l'hôpital se trouvant éloigné de la gare. Je ne fais pas allusion à mon électrosensibilité qui provoque un stress intense pendant les douze heures de voyage de mon domicile à la métropole départementale, car en France fort peu de médecins reconnaissent cette pathologie. Or tous les espaces publics sont envahis par une prolifération incontrôlée de nuisances éléctro-magnétiques auxquelles il est quasi impossible d'échapper autrement que par un repli stratégique de survie. Les pollutions chimiques et environnementales qui m'ont déjà provoqué un cancer ont ainsi un rôle déterminant dans mon choix de vivre à l'écart dans la nature, en grande simplicité.

Le docteur du CHU de Nîmes m'a donc conseillé de vous revoir pour un suivi. Entendant que je n'arrive pas à obtenir de RV qui convienne à ma situation, il vous a rédigé une lettre.

Je me trouve incapable de suivre sa prescription de cortisone. Actuellement, j'applique sur mes yeux des cataplasmes d'argile**, l'argile étant exempte de la longue liste des risques d'effets secondaires néfastes de la cortisone, qui vont de la cataracte à la perforation du globe oculaire, en passant par le glaucome, les allergies et la prolifération fongique. La réaction de défiance des victimes de maladies contractées en milieu médical devrait logiquement être prise en considération avant de rédiger une ordonnance aussi dangereuse. La thérapeutique naturelle à l'argile**, bien plus contraignante qu'un collyre, me permet de contenir l'inflammation, mais pour l'instant, ma vision est toujours très dégradée, ma photophobie handicapante, cependant la douleur est en voie de modération.

Je déplore l'injustice sociale qui discrimine les habitants ruraux éloignés des centres urbains ainsi que les personnes privées de véhicules ou dans l'impossibilité de conduire, car dans ces cas là, particulièrement si les ressources financières ne permettent pas les frais de taxi, l'accès à des soins médicaux est un parcours du combattant, qui se solde souvent par du renoncement.

Dans mon cas, cette difficulté d'accès aux soins non prise en compte s'est soldée tragiquement par un accident médical, une maladie iatrogène et un handicap durable, sans que je puisse obtenir de la part des trois médecins consultés la moindre explication sur ma maladie.

C'est pourquoi je me permets de vous demander ce que vous pensez des responsabilités de chacun dans ce parcours médical d'une grande violence qui m'a invalidé sans m'assurer de guérison, ni même de correction, les taies qui provoquent un voile oculaire ne pouvant être corrigées par des lunettes tant les nodules sont irréguliers et dispersés. Je n'ai pas non plus la moindre lueur d'espoir d'obtenir réparation du préjudice subi.

Je voudrais savoir s'il est de votre ressort et de votre bon vouloir de m'apporter assistance selon les principes hippocratiques d'absence de nuisances, et de me rassurer sur les mesures sanitaires de précaution prises à votre cabinet pour éviter la contagion des virus et autres infections ophtalmiques. Auquel cas, seriez-vous disposée à me témoigner de la compréhension en me recevant en consultation assez tôt le matin pour que je puisse repartir par le car de 11H ?

Dans l'attente de votre réponse, je vous prie d'agréer, Madame, l'expression de mes sentiments distingués.

Sylvie Barbe.

 

* Écouter sur France-Culture la pièce adaptée du roman Michael Kohlhaas (1810) de Heinrich von Kleist  d’après la traduction de Louis Koch publiée chez Mille et une nuits

http://www.franceculture.fr/emission-fictions-theatre-et-cie-michael-kohlhaas-2014-09-21

*Présentation du film, tourné en partie dans les Cévennes à coté de chez moi, au château d'Aujac, château-fort des XIIe-XVIIe siècle.. http://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Kohlhaas_%28film,_2013%29

 

** Thèse de doctorat en médecine de Jade Allègre, 2012.

LES SILICATES D’ALUMINE (ARGILES) EN THERAPEUTIQUE

http://lhomme.et.largile.free.fr/actualites/These_Jade_Allegre.pdf

 

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11 août 2014

Art de la pauvreté

 

soleil toilé yurtao

De temps en temps, c'est rangement.

papillon épinglé yurtao

Le ménage à la maison et en soi, soin sanitaire primordial, il semble que la société consumériste, engloutie dans une trépidation insatiable d'activités nocives, débordée par l'accumulation d'objets et de produits pathogènes, n'en soit plus capable.

Les règles les mieux suivies sont celles de la duplicité et de la vénalité, tandis que la compétition généralisée détourne et corrompt toute éthique de vie.

La terre ressemble à un logis mal tenu, nauséabond, envahi de poubelles que le locataire n'arrive plus à cacher, affalé sur un canapé mou à mater des écrans brouillés, jetant sous lui les emballages déchirés des saletés dont il s'empiffre.

sacs plastiques

Ici, au camp de yourtes, frugalité et lenteur ordonnent une économie circulaire lubrifiée par les tâches domestiques, à l'image d'un écosystème qui traite ses pourritures et ses tares sans délais. Non que règne le désordre,

portant yurtao

puisque l'habitat rond vernaculaire impose la conscience que toute pagaille matérielle traduit ou entraîne un charivari cosmique.

Juste traînent des travaux en cours, des traces d'activités en pause,

des empilements à modifier, quelques couleurs à plier,

hamac aux vétements yurtao

entre lesquelles bivouaque le quotidien.

essai fleurs couture

Ranger sa yourte n'a rien à voir avec le grand ménage d'un appartement, meubles en pyramide, aspirateur, détergents, serpillière et stress.

pompoms ouzbeks yurtao

Camper en légèreté et en autogestion, détaché des réseaux,

rapproche des éléments, de l'essentiel et de soi-même.

Vivre beaucoup dehors dénude l'intérieur,

les arbres frémissantsbizarre-tree-

étant plus considérés que les meubles statiques.

Quand la vie s'harmonise avec la nature, la synchronisation des rythmes

et l'homéostasie couplée sur les saisons purifie l'âme

en la vidant du superflu.

Le besoin d'objets s'estompe,

se dilue dans l'agrandissement des frontières de l'être.

arbre d'amour

De même que le travail ménager devient

accomplissement de la voie ordinaire,

l'ameublement et l'équipement se soustraient aux diktats technico-commerciaux au profit de la sacralisation de gestes simples et éternels.

Contestant à la quête de l'eau ou du bois, le statut avilissant de corvée, on se désaliène des chèques en blanc signés sous pression, sous prétexte de confort, aux multinationales qui confisquent notre autonomie. Ces gestes deviennent des rituels s’emboîtant harmonieusement dans les limites d'une liberté acquise grâce à la sobriété. L'usuel accompli de façon quasi cérémonielle fait échapper aux hachures autoritaires du temps. Quand la vie n'est plus coupée en tranches, alors on retrouve cette fluidité si précieuse au sens et à la santé.

sourcette

La yourte brise enfin ce méchant statut de « ménagère » inepte aux indiens, sorte de harpie maugréante et tentaculaire de la modernité dévorée de besoins factices, maquillée en fluette et lisse sirène fanatique du productivisme marchand.

En tente, les ustensiles se raréfient et les vaisselles passent souvent à la trappe au profit d'un thé remué au doigt dans le bol ayant accueilli le repas.

Quand il pleut, l'eau du ciel s'occupe de nettoyer ce qui est exposé sur un lit de fougères.

Le frigo n'est jamais à dégivrer quand un peu de sable mouillé entre deux pots suffit à rafraîchir les légumes, le gaz n'est plus à surveiller quand la cocotte placée bouillante sous la couette fait office de marmite norvégienne.

La table n'est plus à débarrasser quand on grignote sa galette cuite au feu de bois sur les genoux ou sur une natte, aucun aspirateur n'entame la terre battue du tipi ni ne révulse les oreilles, tous les objets obsolescents à brancher au nucléaire ont été remplacés par leurs ancêtres manuels de mécanique robuste,

les balais et les brosses par des bouquets de fougères ou de bruyères,

la centrifugeuse par le moulin, la perceuse par la chignole,

les séchoirs par le soleil.

jupe séchant

Un jour de rangement ici,

ce sont des épluchures d'une belle branche de châtaigner

épluchure d'écorce de chataigner yurtao

à ramasser, puis à suspendre,

écorces suspendues yurtao

une planche sur le seuil à remplacer, un outil à réparer,

une couette à finir de broder,

la couette à sylvain

des aiguilles et des bobines à réintégrer dans la boite à couture,

les bougeoirs à évider, uns sculpture à redresser,

bois paufinés croisés yurtao

des animaux sortis du bois à apprivoiser,

lapinus yurtao

à rapprocher de la sphère privée,

animal de bois yurtao

et toujours des drapeaux à recoudre ou détortiller.

drapeaux cantoyourte yurtao

Bouilloires et poêles à récurer, litières végétales à renouveler, boites à provisions à renforcer contre les rongeurs, bois de différents calibres à fagoter, courroies à resserrer,

noeud de couronne yurtao

adventices envahissantes à désherber, cairns à remonter,

épluchures à valoriser,

iris orange

toilettes à composter, mandala à redessiner au sol,

cailloux à trier pour les mosaïques champêtres,

fleur de roche yurtao

tout devient danse, et, quand je commence à avoir le tournis,

c'est là que ça commence.

Les étincelles qui annoncent l'absorption.

Un état quasi céleste qui arrive en méditation ou en création.

Au lieu de jeter, d'abord, j'entrepose.

Pas question de sous-traiter le recyclage des déchets.

Le destin d'un objet déchu relève d'une alchimie passionnante qui n'a rien à voir avec le fourbi des garages bondés des débordements consuméristes. J'entrepose sous un coin de tente jusqu'au moment où, regardant le rebut à l'envers avec une disposition d'esprit vierge, je lui découvre un nouveau visage. Ce retournement fait germer la possibilité d'une fonction inédite.

Voilà pourquoi un rangement se termine immanquablement par une œuvre d'art brut,

oiseau biscornu yurtao

et que du coup, ce qui aurait pu durer une heure en prend quatre

et qu'une matinée peut se prolonger sur trois jours.

A la fin, les pommes de pin sont rangées,

suspension pommes de pins yurtao

et un mandala,

petit mandala aux feuilles d'érable yurtao

ou un épouvantail, ou une suspension,

 étoile sur la vallée yurtao

ou un nouveau nid, ou une bordure protégeant un jeune arbre,

chène protégé yurtao

ou une cabane, ou un arbre-statue, est né...

Oh ! Rien de formidable ni de spectaculaire, juste une réhabilitation spontanée de matières viles, invisibles à l'état isolé. Non qu'il faille extraire absolument une œuvre du réajustement de l'environnement, mais ça surgit tout seul en cherchant où placer des trucs périmés qui ne servent plus à rien.

Par exemple, j'ai rangé les veilles pelles cassées et rouillées trouvées aux alentours sur un squelette de pin planté dans un souchard stabilisé, et l'espèce de sentinelle qui s'en est dégagé

l'appel de la forêt

a redonné vie d'un coup à une restanque un peu abandonnée.

De même, en triant les vieux bouts de ferraille déformés

au pied de la dame de fer yurtao

que je renâcle à descendre au container, s'est présentée une tige de fer

que j'ai planté en terre pour les y enfiler.

demoiselle ferrée

Afin que l'amas dévarié tienne debout, un équilibre doit être trouvé en répartissant les poids, ce qui entraîne une concentration proche de la composition d'une sculpture.

la dame de fer

Donc, le nœud de la créativité domestique, c'est l'attention et le tri.

Récolter et rassembler ce qui d'ordinaire ne provoque que mépris et rejet.

D'un coup d'œil, déshabiller la bouteille ou l'emballage qui passe encore entre les mains, discriminer les consistances et les tailles, étiquettes, bouchons, verres, plastiques, textures, envisager le détournement, dépiauter les éléments, leur attribuer une boite.

Promettre à chaque broutille une élection nouvelle, comme le potiron qui devient carrosse.

sur le bord du chemin yurtao

Outre que c'est très écologique de s'occuper de tout ce qui nous échoie, on peut se constituer gratis une bonne palette de couleurs et de textures sans dépendre du moindre fournisseur toxique.

C'est ainsi que j'en suis arrivée à récupérer des petites choses parfaitement insignifiantes, genre capuchons, capsules, noyaux, pépins, coques, allumettes, boutons, lacets, écorces, carcasses, os, brindilles, cailloux, épluchures séchées, coquilles d'œufs, coquilles d'escargot, coquillages, en passant par toutes sortes de pétales séchés, de graines, de bouts de cuir, de laine, de carton, de fil de fer et autres croûtes pour ma pitance imaginative. Nul ne sait où cette récolte hétéroclite peut mener. C'est une surprise permanente.

Il existe ainsi une brave dame de 78 ans qui a construit sa maison avec des bouchons en plastique.
Et une autre aussi, de l'autre coté du globe, en taiga sibérienne.

Voilà exactement le génie des pauvres.

On peut avec trois fois rien construire son abri, comme elles les bouchons ou moi les bouts de tissus, et se sortir des pires situations avec l'humble virtuosité d'un artiste naïf.

Ou simplement, un jour de ménage, au lieu de râler parce qu'on reste à la maison pendant que le chéri au bistrot mate le foot en hurlant, on peut transformer

la cacophonie du dehors en silence intérieur,

l'absence de l'autre en présence à soi,

on peut faire du beau avec du laid,

de tout avec rien, du cosmique à partir du minuscule,

du génial avec du minable, et au lieu de la tarte-tatin fumante,

l'invité, le passager ou le compagnon trouvera sur la table

un gâteau de l'âme

gateau de l'ame yurtao

qui n'a d'autre utilité que de rendre la vie

un peu moins aliénée, simple, sage et délicieuse.

Et tant pis si l'enthousiasme créatif n'est pas partagé,

du moment qu'au lieu d'une ménagère ronchonne jamais contente plombant l'atmosphère, le foyer rayonne d'une fée pas figée qui fait la nique au banquier et chante sur un air improvisé le bonheur du temps réapproprié.

 

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01 août 2014

Une histoire de tentes : La BD (bande dessinée) de la Tribu Vivace

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Ça bouillonne sous les tentes !

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Ça chante en festivalant,

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 ça danse en bossant,

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ça yourte,

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ça cabanise,

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ça coud,

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ça pédale, 

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ça nomadise,

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ça herborise

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ça résiste

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aux empécheurs de camper en rond,

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et ça dessine bien joliment.

Même que ça devient une bande dessinée,

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où l'on peut voir des yourtes,

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des inventions légères pour habiter autrement,

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des tipis, des radeaux, des cabanes en toile,

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des feux de bois,

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de belles personnes pleines de joie,

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et des histoires d'amour.

C'est Gilbert, l'homme qui marche avec sa jument,

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qui l'a dessiné.

Il a planché à la Tribu Vivace tout l'hiver

pour terminer un travail débuté il y a deux ans,

et n'a pas lâché son crayon et ses couleurs malgré les imprévus.

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Alain, qui a conçu le scénario,

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l'a déposé chez un imprimeur et bientôt,

on va s'arracher cet album.

 En avant-première, les illustrations de ce message

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sont extraites de cette bande dessinée

que les amateurs pourront se procurer bientôt, 

il faut se renseigner là :

Gilbert Crescente: 06.48.58.87.9O.

Alain de la tribu Vivace: 06.19.42.18.69.

 

 

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