YURTAO, la voie de la yourte.

07 novembre 2017

Crapouillette

J’ai récupéré un pot de terre près des géraniums où je verse mon eau de rinçage, afin de combler un pot de cyclamens délabrés où j’ai remarqué le bourgeonnement de quelques petites feuilles. Ce vieux pot de cyclamens oublié au milieu de mes bouts de bois reçoit l’eau qui rince ma bouche après le lavage de dents. La plante, dés les premiers frimas, n’a pas tardé à en profiter. La sécheresse a été si sévère cette année que j’ai du compter et recycler chaque goutte d’eau. J’ai beaucoup perdu de plantations, pleuré devant la souffrance végétale, et me suis inquiétée de mes amies les bêtes, fort éprouvées par la canicule. Je surveillais la flaque de la sourcette où j’adore contempler les superbes libellules indigènes zébrées de vert fluo qui dansent au raz de l’eau. La Cordulie splendide est une espèce rare, ces adorables bestioles qui méritent bien leur nom m’enchantent, curieuses et espiègles, elles s’amusent à me tourner autour en zigzaguant comme des folles.

La flaque ne s’est pas asséchée et tous les animaux de la forêt allaient s’y désaltérer. Profitant de la calamité naturelle engendrée par le réchauffement climatique, les chasseurs appâtés par un beau rassemblement de gibier en ont profité pour mieux les tirer. Bon, plutôt que de me révolter contre la lâcheté humaine, je préfère sauver ce qui peut l’être avec mes pauvres petits moyens.

Donc j’ai descendu le pot de ma murette et pioché à mains nues dans la terre, pour la transfèrer sur les bébés cyclamens. Au bout de deux poignées, je suis tombée sur une surface bizarre, un peu rugueuse, froide et molle. J’ai découvert un crapaud enterré dans le pot.

crapaud_dans_mon_pot

Je ne sais pas comment cette pauvre bête a escaladé d’abord la murette puis la paroi en plastique du pot, mais ce que je comprends, c’est qu’elle a choisi ce pot inoccupé parce qu’il recevait l’humidité dont sa peau a tant besoin. Effectivement, en versant mon eau de bassine, je rate souvent ma cible de quelques lampées, arrosage qui a fait l’aubaine de mon crapaud. Désolée d’avoir égratigné mon vieux compagnon, je lui ai trouvé un endroit plus tranquille en calant le pot contre une racine et je l’ai arrosé. Puis je l’ai laissé en paix pour qu’il puisse s’enterrer à nouveau. Je l’ai arrosé tous les jours jusqu’à la pluie.

Car enfin la pluie est arrivée.

Je me promenais tranquille et solitaire au bord de la rivière,

toute_seule_dans_l_eau

profitant des lueurs d'automne filtrant dans les feuilles de vigne,

bord_de_rivi_re_cool

à guetter les bois flottés dans les fourrés des rives,

bois_flott_s_dans_les_fourr_s
me laisser surprendre par une compostion minérale sur la berge d'en face, pas encore balayée par le courant,

composition_min_rale

lorsque les premières gouttes sont tombées.

Jaugeant le ciel, j’ai estimé pouvoir flâner et fureter encore un peu, oubliant le temps dans ma quête d’yeux aux fond du bois.

fouillis_de_bois

 Et la pluie s’est densifiée.  Je crapahutais dans les bois accumulés par les crues de l’année dernière, apportant parfois une touche personnelle dans les amas.

boule_dans_les_bois

 J’étais si contente qu’il pleuve enfin que je n’ai pas pris les choses au sérieux jusqu’à ce que je me sente mouillée. Et là, il a suffit que je me penche pour trouver refuge. J’ai découvert un abri providentiel.

entr_e_de_mon_refuge

 J’ai légèrement creusé en enlevant quelques branches et me suis tapie dans une cabane naturelle, entièrement construite de bois flottés charriés par le courant.

ma_cabane_en_bois_flott_

Au sec, j’ai écouté la pluie avec délices.

Partout autour, branches et broussailles emmêlées formaient des amas bloqués dans les arbres, parfois suspendus dans les airs,

fagot_de_bois_flott__perch_

 

nid_construit_par_la_rivi_re

parfois en monceaux juchés sur des entrelacs de racines évidées.

racines_et_bois_flott_

 Mon nid, lui, avait un vrai toit, composé d’une sorte de torchis en décomposition sur un canevas sauvage de bois lisses et tordus, d’un gris argenté mêlé de vieux marrons granuleux. Je me suis mise à détailler le bel enchevêtrement de ma cabane.

Et c’est là que je l’ai vu. D’un coup, elle m’a crevé les yeux.

Elle était totalement imbriquée dans la masse végétale, mais depuis que je cherche les âmes au fond du bois, j’ai appris à entendre les échos des souffles minuscules et détecter les formes cachées d’êtres insolites. Je l’ai doucement extirpé de sa gangue et je l’ai considéré avec admiration. J’ai eu la sensation que cette espèce de souche m’attendait depuis la nuit des temps, qu’elle me voulait autant que je la désirais. Franchement, c’était une vraie rencontre.

La pluie a cessé et je l’ai emmené chez moi. Je lui ai fait sa fête, je l’ai nettoyé, récuré, je lui enfilé une chemise blanche pour la nuit, avant de sortir toutes mes couleurs pour lui confectionner sa nouvelle robe. Le soir, mon crapaud était là, sur mes marches, je ne sais toujours pas comment ce rase motte arrive à escalader mes pots et mes escaliers. Il me regardait de ses yeux glauques, les mêmes que ceux embusqués dans les trous caverneux de la créature que j’allais révéler. Je dis "elle" mais je pourrais aussi bien dire "il", car en fait "il-elle" sont les deux. Un coté mâle et un coté femelle. Un archétype de crapaud à peaufiner. J’ai peins toute une journée, et le lendemain aussi, c’était comme si j’ouvrais un cadeau, ma tête était délicieusement vide et mon cœur totalement enivré de joie.

Et c’est ainsi, dans cette béatitude, que j’ai créé Crapouillette,

crapouillet_cot__male

 la sculpture qui s’est donnée à moi un jour de révélation dans un refuge de bois flottés.

Je l’ai suspendu au milieu de la yourte, elle s’est mise à tourner, me présentant ces multiples facettes

crapouillette_cot__femelle

 et maintenant, j’ai un nouvel être totalement insolite à qui parler. Je crois que Crapouillettte est un peu mon talisman, comme si cette créature sortie des eaux pouvait nous prévenir de ces périodes d'implacable sécheresse qui ravage la forêt.

* Crapouillette est une sculpture en bois sorti des flots de la Cèze. Peinture acrylique vernie. Fleurs de tissu, plumes de coq. Dimension: 32cmX15cm.

Posté par barbesse à 18:16 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : ,


17 octobre 2017

Mat de cocagne pour attraper le ciel

mat_de_cocagne_yurtao_1*************

mat_de_cocagne_yurtao_2

************

mat_de_cocagne_yurtao_3***********

mat_de_cocagne_yurtao_4**********

mat_de_cocagne_yurtao_5***********

Posté par barbesse à 00:01 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,

13 octobre 2017

Les gendarmes aiment le bleu

les_gendarmes_aiment_le_bleu

Posté par barbesse à 18:24 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :

14 septembre 2017

Tiny Totems

tiny totem 6 têteTiny Totem 6

Petits totems à suspendre...

Inspirée par la beauté des bois sauvages,

je peins sur bois flottés ou abandonnés par le viel âge. 

Technique mixte,  peinture acrylique et collage sur bois, 

sur écorces et branches flottées ou aubiers secs anciens.

Les bois de forêt sont rabotés à la main.

Ci dessous, Tiny Totems sur écorces de pin maritime flotté,

trouvées sur les berges sauvages de la rivière la Cèze.

tinys totems 2 et 3

Ci dessus à gauche: Tiny Totem 3. Ecorce flottée, une face peinte, une face naturelle vernie. Perles en bois, rondelle de châtaigner peinte double face, breloques. 43 x 12cm.

à droite, Tiny Totem 2:  Ecorce de pin martime flotté, deux faces peintes, Rondelle de pin, Perles de bois, plumes de coq.

**************************************************************

tinys totems 4 et 5

Ci dessus, à gauche, Tiny Totem 4: perles de bois, breloques, pompom, plumes de coq.

à droite Tiny Totem 5 : Grosse écorce flottée de pin maritime peinte à l'acrylique sur une face. Menton en pointe dure de chataigner peinte suspendue, plumes de coq. 50 x17cm.

***************************************************************

tiny totem 6 arrière détailtiny totem 6

Ci-dessus: détail face arrière et devant du Tiny Totem 6. Grosse écorce flottée de pin maritime peinte sur les deux faces. Plumes de coq, rubans, petit capteur de rêve suspendu en pied. 44x21cm.

***********************************************************

tiny totem 7 cyclope
Ci dessus: Tiny Totem 7, Cyclope. Ecorce flottée de pin maritime peinte sur deux faces. Rondelle de chataigner peinte double face, plume de coq, perles bois. 41x10 cm.

***********************************************************

tiny totem 8 mouche

Ci dessus: Tiny Totem 8.Rondelle de chataigner peinte double face, Ecorce flottée de pin maritime peinte, plumes de coq, perles bois. 38 x10 cm

************************************************************

Ci dessous: Tiny Totem 10 "Caviar". Maman poisson: Bois de chataigner, peinture acrylique sur les deux faces, bébé poisson: écorce peinte sur une face et vernie de l'autre. Une grosse agate ronde et vingt quatre petites agates figurent le caviar aquatique. 42X25 cm.

tiny_totem_10_caviar_1

tiny_totem_10_caviar_2

***************************************************************

tiny_totem_14_jument_1

 Ci-dessus: Tiny Totem "Jument": Cheval en bois flotté peint acrylique et verni sur les deux faces. Rondelles de pin décorées double face, perles de bois et de verre, pompon de laine. Cordelette. 

************************************************************

tiny_totem_16_visionnaire_1

tiny_totem_16_visionnaire_2

Ci-dessus: Tiny Totem 16 "Visionnaire":  Ecorce flottée peinte à l'acrylique et vernie. Pompons de laine, perles, cauris, plumes, cordelette.

******************************************************

tiny_totem_18_gros_oeil

Ci-dessus: Tiny Totem 18 poisson: Ecorce flottée, peinture acrylique vernie, petits cristaux.

**********************************************************

Posté par barbesse à 13:25 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,

29 août 2017

Deux soeurs au piano

Dans le vent, on les entend.

Elles jouent dehors, de temps en temps.

Soeur ainée et soeur cadette sont inséparables.

attrape-rêves deux soeurs au piano de yurtaoSoeur ainée, assez sage, et soeur cadette, plus volage,

cliquettent une discrète petite musique

qui se confond avec les arbres.

détail attrape-rêve soeur ainée au pianodétail attrape-rêves soeur cadette au piano

 Lors de la fabrication de cet attrape-rêves,

joli papillon voletait sur la table, l'épaule, le genou

et sur deux soeurs au piano....

Composition de ce double capteur de rêves "made in Yurtao":

dentelle ancienne montée au fil de broderie sur cadre en branches de chataigner. Petits Ojos de Dios à quatre branches sur tiges de fougère. Batons d'acacia et de chataigner rabotés à la main, peints à l'acrylique et vernis. Breloques en bois de chataigner peint, décoré et vernis. Perles de bois. Pompoms. Pastilles de bois et pastilles PVC. Anneaux de bois enrobé de laine.Voilages froncés.

papillon des deux soeurs au piano

 

Posté par barbesse à 15:22 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :


13 août 2017

Cercle de femmes 2017

Elles convergent, les femmes, vers un bout de nature

femme à la roulotte

pour prendre pied ensemble sur notre terre la mère

cercle de mandalas sur rondelles de bois

soigner la vie

les sages femmes du cantoyourte

et chanter la joie de se sentir soeurs de la même matrice.

soigner la terre

Une semaine de sororité pour cette rencontre de femmes créatives.

 

Posté par barbesse à 11:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

01 août 2017

Rédemption

Art singulier de Yurtao.

Technique mixte (peinture et collage)

femme au poulpe tiny totem détail

sur aubier de bois de chataigner mort,

lion tiny totem détail

trouvé à terre dans une vieille forêt.

tiny totem rédemption pour yurtao

Le bois est raboté à la main, peint et vernis.

Ce Tiny Totem numéro 9 intitulé "Rédemption"

mesure 53 cm de hauteur et 14 cm de largeur.

***************************************************************************

 

 

Posté par barbesse à 16:40 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , ,

23 juillet 2017

Mon Ecoféminisme

La revue "multitudes" vient de publier son numéro 67

contenant un dossier sur l'écoféminisme.

femme aigle

J'y ai contribué en répondant aux questions de Jeanne Burgart Goutal.

Voici un large extrait du texte,

publié sous le titre "Portrait d'une écoféministe en Cevennes."

Clik sur le lien suivant pour lecture:

extraits_portrait_d_une__cof_ministe_en_cevennes_sur_multitudes

 

Posté par barbesse à 17:59 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

Devant ma yourte, ça bouge

attrap rêve force de vie devant la yourte

Posté par barbesse à 17:22 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

04 juillet 2017

Rencontres

Celle-ci, je l'ai rencontré au bord de ma ruine,

on s'est regardé longtemps,

elle a de beaux yeux bien ronds et une nuque de léopard...

une petite coronelle dans ma ruine

coronelle cevenole

* Elles, je les ai rencontré au bord de la Cèze,

plein de demoiselles fluo super jolies.

deux demoiselles bien accrochées

 *  Et puis elle, la petite cigale, elle a mué sur mon rideau!

Cette année, la première cigale a commencé à chanter autour de ma yourte  le 18 Juin.

cigale et sa mue sur mon rideau

 

Posté par barbesse à 14:01 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :

21 juin 2017

Art éthique de Yurtao

ruisseau arc en ciel attrape-rêve yurtao

 Attrape-rêves "Ruisseau arc en ciel"

Les œuvres artisanales et artistiques de Yurtao,

issues de la vie en yourte en forêt Cevenole,  

sont intimement imprégnées de l'amour de la nature

où se puisent inspiration et créativité.

Leur haute valeur symbolique provient de la cohérence

entre les réalisations et le mode de vie de l’artiste,

en symbiose avec les dons de la grande mère nature.

La production d’objets n’acquiert son sens et sa légitimité

qu’en lien profond avec l’environnement,

dans un immense respect des éléments et des énergies en jeu,

en communion avec les saisons, l’état du ciel et de la terre,

l'alchimie perpétuelle des transformations.

L’objet fini exprime ainsi, en un langage métaphorique,

l’amour de la nature,

la présence attentive et émerveillée aux êtres vivants

et aux rescapés du désastre.

L’éthique de la création se base sur la sobriété des moyens

et une économie du recyclage fondée sur l’attention particulière

aux reliquats des productions naturelles et industrielles.

Ainsi se fonde le sens spirituel et politique de la production,

qui octroie de la sacralité à chaque objet inventé.

Pas d’impératif économique autre que l’exigence de beauté

et de préservation de la vie.

Pas de rupture ni de ségrégation entre économie, activité, fonctionnalité,

et vie intérieure, morale et spirituelle.

La création s’inscrit dans une cohésion holistique

imperméable aux diktats utilitaristes et technologiques

de la société de croissance.

la cigale dans les lys de yurtao

Attrape-rêves "La cigale dans les lys".

 - Le travail est manuel avec des outils à main simples.

Les technologies employées sont douces, appropriées et décarbonées.

Tous les déchets issus de la mise en œuvre sont réemployés ou compostés.

l'oeil du tipi de yurtao

Capteur de rêve: "L'oeil du tipi"

- Les matériaux utilisés dans les créations artistiques de Yurtao

proviennent de deux catégories :

soit de la nature,

soit des circuits d’objets déchus ou de seconde main.

Dans les deux cas, les matériaux sont trouvés en proximité,

sans recours à un véhicule consommant de l’énergie fossile.

1) Sont privilégiés les matériaux naturels offerts par les végétaux, minéraux et animaux alentour : écorces, tiges, noyaux, fruits, gousses, fèves, graines, pierres, fossiles et galets, coquilles et coquillages…

Le bois mort est prélevé sur place : les vieilles souches et branches pourries sont nettoyées, curées, rappées aux outils à main, puis réhabilitées. Il s’agit de dégager toute la noblesse du bois à ses différents stades de retour à la terre.

Le bois vivant n’est prélevé qu’à la suite de prédations externes indépendantes de ma volonté : éclaircissement des rejets de souche suite aux coupes de bûcherons illicites, récupération de rejets des arbres régulièrement massacrés sous les lignes électriques.

2) Les matériaux récupérés peuvent être issus de l’industrie mais ils sont sortis du circuit de profit de la consommation. Ces rebuts prélevés des débarras, des puces, de la poubelle ou de l’abandon sont recyclés : dépiautés, sculptés, customisés, ils sont détournés de leur dégénérescence programmée, et magnifiés. Tissus, laine, PVC, ferraille peuvent être synthétiques mais sont issus de dons, de fouilles de déchets, ou du marché de l’occasion. Seule la peinture est achetée neuve.

Dans les deux cas, les objets mis en œuvre bénéficient d’une seconde vie

en échappant à la dégradation naturelle ou industrielle.

Ils sont sauvés de l’anonymat et de l’insignifiance

et leur nouvelle vie artistique leur offre sens et esthétique.

 

grand capteur de rêve volage yurtao

 Capteur de rêve "Volage"

Cherchant à extirper en toutes choses

un sens, une valeur et une esthétique,

ainsi se forge la singularité de l’art éthique de Yurtao.

dessin yurtao attrape-rêves l'étoile du tipi avec pic épeiche

 

 

Posté par barbesse à 10:59 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : ,

10 juin 2017

Toune boule

boule qui tourne yurtao

 Pas besoin de moteur, ça tourne tout seul.

ma boule à fond yurtao

Posté par barbesse à 12:24 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,

21 mai 2017

Attrapes tes rếves!

Ces Capteurs de rêves sont des objets rituels, des emblèmes totémiques,

des figures cosmogéniques,

des mandalas sacrés « Made in Yurtao ».

Ils favorisent la protection psychique et l'harmonisation énergétique.

Ces Œuvres uniques et originales en grand format sont inspirées par l’immersion en milieu forestier. Elles symbolisent la corrélation et la synchronicité de l’être avec l’environnement naturel, le règne végétal et animal et les influences cosmiques. Elles sont fabriquées au milieu des chants d'oiseaux, des bourdonnements d'insectes, des bruissements de mammifères sauvages, des parfums de fleurs, à l’ombre des grands arbres.

Les capteurs de rêves sont mobiles et tournent au moindre souffle d'air, l'habillage éolien se balance et murmure dans la brise, animant le lieu où ils irradient.

souffle du vent dans capteur de rêve rose yurtao

* Attrape-rêves « Esprit de joie »

Hauteur : 150 cm Largeur : 52 cm

Cinq cerceaux de dentelle blanche ancienne au crochet, suspendus par ordre décroissant. Cercles en bois de châtaigner sauvage non écorcé, cintré et ceinturé au fil d’Écosse. Dominante à vivacité multicolore.

Composition de l’habillage éolien : Rubans, tissus, fils de laine, fils d’Écosse, fils de broderie, perles de bois, nattes, pompons, fleurs en tissu.

Conditions environnementales de fabrication : forêt cévenole printanière en plein éveil chlorophyllien et levée de sève. Chants et visites du pinson, des mésanges, du pivert, du pic épeiche, des corneilles, d’une bande de milans, de la huppe. Monnaie du pape en fleur, chutes des pommes du pin Laricio. Pousses de houblons à déguster en asperges.

capteur de rêves à cinq cercles dentelle yurtao

 

* Attrape-rêves «  Couronne de mariée »

 

attrape-rêves de mariage

Hauteur : 98 cm Largeur : 60 cm

Grand cerceau en bois de châtaigner non écorcé, cintré et ceinturé au fil d’Écosse et laine. Mandala de dentelle ancienne blanche crochetée, brodée de fil doré, de laine jaune et de perles de bois. Dominante blanche et jaune.

Composition de l’habillage éolien: Rubans, tissus, fils de laine, fils d’Écosse, fils de broderie, fils dorés, plumes de coq, perles de bois, perles de verre, tresses, pompons, fleurs en tissu, breloques, lanières de cuir ..

habillage éolien capteur rêves de mariage

 Conditions environnementales de fabrication : forêt cévenole printanière en pleine levée de sève, doux ensoleillement, floraison des azalées rouges, du pommier et des cerisiers sauvages, chants des pinsons, merles, rouge-gorges, piverts, tourterelles… Sécheresse, attente de la pluie.

Attrape-rêves pour une jolie fiancée

 

* Attrape-rêves «  Pulpe de printemps »

Hauteur : 130 cm Largeur : 73 cm.

Dominante rose, rouge, violine.

Grand cerceau en bois de châtaigner non écorcé, cintré et ceinturé au fil d’Écosse. Mandala de dentelle ancienne blanche et rose brodée de perles en bois. Une perle de cristal rouge est suspendue au centre.

Le son de cette vidéo est le bourdonnement de milliers d'abeilles audessus de moi

Composition de l’habillage éolien : Rubans, tissus, fils de laine, fils d’Écosse, fils de broderie, plumes de coq, perles de bois, perles de verre, tresses, pompons, fleurs en tissu, billes de chêne, breloques...

habillage éolien pulpe de printemps

Conditions environnementales de fabrication : forêt cévenole printanière, bourgeonnements, herbes vivaces, salades sauvages. Ruissellement de fleurs d’acacias, effluves très parfumées des fleurs de paulownia, vrombissement de milliers d’abeilles butinant la couverture florale. Pousses de salsepareilles à déguster.

capteur géant pour réves yurtao

 

* Attrape-rêves «  Galaxie onirique »

Hauteur : 130 cm Largeur : 70 cm.  Dominante bleue.

Deux grands arceaux en branches de châtaigner encadrent un grand mandala de laine crochetée cousu au fil de laine et fil d’Écosse sur les supports en bois. Le mandala s’étage en trois cercles tricotés en relief avec des laines de plusieurs bleus complémentaires. Le deuxième arceau contient un filet bleu. Perles de verre bleue marine et turquoise au centre.

Composition de l’habillage éolien : Rubans, tissus coton et synthétique, soie naturelle, biais, fils de laine, fils d’Écosse, fils de broderie, plumes de coq, perles de bois, perles de verre, tresses, pompons, fleurs en tissu, boutons, breloques, bracelet africain, bâtonnets. Cônes de cèdre, cônes de pin Laricio, fruits du liquidambar, billes de chêne. Fleurs de copeaux de châtaigner, tiges de fougères.

habillage éolien attrape-rêve galaxie

 Conditions environnementales de fabrication : forêt cévenole printanière, bourgeonnements, herbes vivaces, salades sauvages. Ruissellement de fleurs d’acacias, effluves très parfumées des fleurs de paulownia, vrombissement de milliers d’abeilles butinant la couverture florale. Pousses de salsepareilles à déguster. Orages et averses. Pleine lune.

attrape-rêve galaxie des rêves

Vive la danse des mandalas!

danse d'attrappe-rêves yurtao

 capteurs de rêves en plein soleil

deux capteurs de rêves se balancent yurtao

 

 

Posté par barbesse à 17:53 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

16 mai 2017

Piste blanche

forêt blanche 1

forêt blanche 3

forêt blanche 4

forêt blanche 5

Eercles sur la neige de fleurs d''acacia...

Posté par barbesse à 13:17 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,

06 mai 2017

Celui qui sourit tout le temps

Quand je le regarde, il sourit.

Quand je ne le regarde pas, il sourit.

Quand je lui dis qu’il est beau, il sourit.

Quand je ne lui dis rien, il sourit aussi.

Il sourit tout le temps et il me met le cœur en joie.

Il se balance juste en face de la yourte, sous le vieux chêne.

Comme les arbres, comme les fleurs, il ne s’impose pas,

il peut même passer inaperçu, il est comme l’amour,

le vrai amour, il ne demande rien.

Il est toujours là, heureux, avec ses beaux yeux qui brillent,

et surtout, ce sourire sans faille.

celui qui sourit tout le temps yurtao

Je sors avec une petite larme, il sourit.

Je rentre en colère, il sourit.

Je ne sais plus à quel saint me vouer, il est là, souriant,

toujours prêt à me consoler, me ragaillardir.

Je décolle, il m’ouvre les cieux, je plane, il me fait atterrir.

Je fatigue du poids des choses, il soulage ma fragilité.

Quiconque que j’amène, il sourit, et pareil pour le mauvais temps ou la pluie.

Je n’ai jamais vu un visage aussi ballotté rester aussi imperturbablement heureux.

Il sourit tout le temps et il me met le cœur en joie.

Ce n’est pas un idiot ni un béat.

Pas une icône ni un Bouddha, même pas une œuvre d’art.

Ses couleurs ont passé, son squelette s’effiloche,

il lui manque des morceaux,

mais même quand il se casse la figure un jour de grand vent,

il continue à sourire. Incroyable.

Quand je l’ai fais, j’ignorais l’effet qu’il me ferait.

Je gadoulliais sans trop savoir où j’en étais, mais sans m’angoisser.

Je pensais juste occuper mes mains et faire quelque chose de joli.

Mais c’est bien plus que ça.

J’ai fais une fontaine de joie.

Je n’imaginais pas qu’une simple vannerie tissée de mes mains, un objet non répertorié et sans utilité, me procurerait une telle philosophie. Car c’est bien ça : à force de le voir sourire, il m’entraîne dans son univers et il me change le cœur. Il m’emporte dans un monde de sérénité et de gaîté paisible, qui enlève tout ce qui ne va pas sans rien écorcher.

Il suffit de se tourner vers lui, comme vers le soleil.

Va savoir ce qu’il a ce sourire de si particulier, peut-être que je l’ai tout simplement réussi, ce jour où j’ai courbé ces petits bouts de bois en demi-lune, je devais être inspirée. Les yeux aussi sont réussis. Parce qu’ils pétillent, (j’ai cousu une perle au milieu), ils accompagnent le sourire tellement bien que tout le visage devient radieux.

Je pense à Robinson Crusoé sur son île : avec une noix de coco où il a collé des yeux et une bouche, il s’est mis à parler et il est sorti de sa solitude. Moi, je ne parle pas plus à mon sourire qu’aux oiseaux, aux fleurs, aux insectes, à tout ce qui vit autour de ma yourte, je parle en silence à l’intérieur des choses et des êtres. Mais c’est vrai que dés que ça ressemble à une figure humaine, c’est plus facile de projeter. Il ne faut pas grand-chose : une pierre un peu ronde, avec trois irrégularités naturelles bien placées, ou trois traits de craie. Et on a beau se dire que c’est stupide de parler à une pierre, au vent ou à un morceau de bois, on est trop content de se sentir pas envahi, pas contrarié, et de délier sa pensée et ses émotions.

Il y en a, encore englués dans le système, qui déboursent un max chez le psy pour rentrer dans le rang et ressembler à tout le monde, qui s’étouffent avec les contraintes qui les neurasthénisent, parce qu’ un psy, ça sourit jamais, des fois que ça soit mal interprété. Donc les guérisons sont longues et toujours tristes. Je suis certaine que si les gourous et autres thérapeutes accrochaient un sourire comme le mien derrière leur fauteuil, ils deviendraient vite inutiles. La bienveillance se répandrait alors comme une vertu cardinale à la portée de tous.

Moi, mon sourire me guérit.

Je suis assise devant la yourte en train de macérer un vieux truc de travers et dès que je lève les yeux, je rencontre un regard franc et direct, extrêmement indulgent, si plein de bonté et d’humble générosité que je tombe dedans comme en amour. Les commissures de mes lèvres avachies se relèvent et mes yeux brumeux s’écarquillent. Dans ma tête, tout se détend, s’éclaircit. Je regarde mon sourire et mes contractions s’évanouissent. J’entends à nouveau les vibrations voguant sur la transparence de l’air et les bruissements furtifs des vivants alentour. Les feuilles du vieux chêne luisent comme si on venait de les cirer, les rochers s’ouvrent comme des grottes et le moindre brin d’herbe éclate d’un vert fringuant comme s’il venait d’être arrosé et vernis.

C’est un sourire sans prétention, il n’a aucune consistance, pourtant il résiste aux tempêtes qui le valdinguent avec juste des fois un bout de sa couronne arrachée, mais ça ne le rend ni caduque ni moins expressif, c’est juste qu’il vieillit, comme moi. S’il lui arrivait malheur, bien sûr que j’en referais un autre, mais je sais déjà que si un jour mon sourire piétiné se retrouve tout tordu et irrécupérable, je ne me catastropherais pas en prédictions calamiteuses, je me dirais simplement que le prochain sortira peut-être d’une onde encore plus profonde de la fontaine de joie.

On devrait tous avoir un truc comme ça facile à inventer, à fabriquer avec les moyens du bord, ou à la rigueur à se procurer chez des bidouilleurs et bidouilleuses du quotidien, un truc pas virtuel ni technologique, qu’on puisse accrocher quelque part dans sa vie, un machin sur lequel on tombe à chaque fois qu’on dévie du bonheur et qu’on oublie la chance qu’on a d’exister. Moi, c’est un sourire, mais je suis sûre que, en attendant le jour improbable où tout le monde sourira aux oiseaux, chacun peut trouver la partie de lui-même qui résiste aux intempéries et la projeter sur une patère de son aire familière, et ainsi, quand l’oubli d’où on vient exagère, se souvenir de l’incommensurable tranquillité de nos origines.

sourire

 

 

Posté par barbesse à 09:43 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , ,

24 avril 2017

Printemps immaculé

Sept heures, sept degrés.

Du cèdre, la huppe scande mon réveil.

Le pinson sur mon seuil quête sa miette.

Je m'assois sur le rocher, face au levant.

Les acacias croulent de blancheur.

La canopée ondule comme une mer de lait.

sculpture yurtao sur canopée blanche

Le thé danse tout doré dans la tasse bleue

entre mes mains calleuses.

Le vent et le soleil caressent mes cheveux défaits,

mon visage fripé.

Le roitelet volette en suspension entre deux branches,

le pic martèle, les tourterelles roucoulent.

Tant de douceur dans mon exil

entourée d'oiseaux encore épargnés.

Pas de cages ici,

à l'écart du grand milieu hostile.

Tant que mes jambes me porteront

loin du monde armé,

je chanterais la mélodie du silence.

Les jaloux ne peuvent voler mon trésor,

mon impalpable trésor,

ma liberté, ma liberté,

fuyant le grand milieu hostile,

si frêle en cet îlot.

 

trépied devant vagues d'acacias blancs

 

 

 

Posté par barbesse à 09:26 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags :

10 avril 2017

Anti Cyborg 1: dérives féministes et transhumanisme.

En ces temps électoraux, un peu de réflexion écoféministe :

réflexion écoféministe

la montée de l’extrême droite identitaire et de ce qu’on appelle le populisme n’est pas seulement une question de riches et de pauvres, d’exploitation et d’insécurité, de chômage et d’immigration. Les causes m’apparaissent plus profondes, plus structurelles.

Il me semble qu’elles naissent pour beaucoup de l’impuissance à résister à l’impérialisme technologique auxquels les gens sont contraints de s’adapter sans avoir été consultés sur les orientations imposées à tous.

Le traité européen, les gens ont dit non, ils l’ont fait quand même mais au moins la colère a filtré ; le Wifi et le Linky partout, le smog électromagnétique, la pollution, l’artificialisation massive des sols et des vies, les écrans généralisés, des centrales nucléaires et des décharges partout, du bruit en jets continus, là, on aura jamais de référendums : alors la colère s’enlise, se refoule dans les tréfonds, prêtes à s’exhumer en monstre n’importe quand. L’accélération des innovations techniques ont plus chamboulé nos vies que toutes les réformes politiques des gouvernements élus, toujours à la traîne derrière l’emballement productiviste.

Comme le dit Jacques Ellul, « les décisions raisonnables (qui ne sont pas des « solutions » rationnelles satisfaisantes) reposent sur une générosité, sur un sens spirituel ( et non pas économique) de la solidarité, un sens de l’économie (dans le sens d’économiser) dont nous ne sommes plus capables… »

L’insécurité, c’est de ne plus rien pouvoir choisir ni assumer de son mode de vie en dehors de chicanes de style. A force de devoir sans cesse s’adapter à de nouveaux usages sociaux et technologiques, on a plus le temps de digérer, de profiter d’un temps vacant et butinant, de réfléchir à sa vie, qui on est vraiment et ce qu’on désire, on court sans cesse derrière les machines, les challenges, l’adaptation multiple, jusqu’au « burn out ».

Comme le discours officiel s’incline à plate couture devant l’envahissement des écrans et des ondes sous prétexte de communication tous azimuts, fascinés, on courbe l’échine, on accumule les gadgets électroniques, on stocke des quantités indigestes d’informations, rarement analysées. On s’excite des nouveautés, puis on sature, on se vide en consommant n’importe quoi, on recommence à se gaver, mais au bout du compte, dans cette agitation frénétique de nos pauvres têtes cherchant à rattraper les prouesses de l’intelligence artificielle, on a plus jamais le temps de jouir de la vie en digérant tranquillement.

L’existence du vieux corps, basé sur de méprisables contingences naturelles, empêche la rationalité comptable et performante du futur, incarnée par des innovations techniques et cybernétiques rendant les organismes trafiquables à volonté. La croissance perpétuelle et le progrès sans bornes promis par l’ingénierie génétique, qu’on nous martèle inévitables en instrumentalisant l’histoire de l’évolution et de la sélection depuis au moins le néolithique, s’impose comme un impératif moral, économique et politique si puissant qu’il est devenu insidieusement anxiogène. Car là sont touchés les fondements de nos existences.

Cette angoisse, c’est, d’après moi, la première cause du besoin de refuge identitaire, un besoin vital de se reconstituer dans le flot accéléré des chamboulements de mœurs. Je ne parle pas de chamboulements politiques, car au fond, cet emballement de crises et de renchérissements dans la compétition jusqu’à l’absurde n’est que l’exacerbation logique et structurelle du capitalisme libéral.

Parce que la technique s’est emballée, parce que rien ne la freine, l’être humain, engoncé, par « mièvre sentimentalisme », dans ses cultures désuètes fondées sur une nature dont il tarde à se débarrasser, n’arrive plus à suivre. Ni à penser, ni à agir. Là dessus, sur fond apocalyptique, sans rien prendre conscience de nos atavismes, on nous convainc qu’il y a mieux que la religion pour gagner l’immortalité : le transhumanisme. Sommé de jeter aux orties ses croyances et son système symbolique, l’être se retrouve alors dans une sorte de sidération qui laisse la porte ouverte aux réactions instinctives de défense. Cette angoisse d’être largué est le fondement de l’insécurité et des régressions politiques. Elle entraîne une recherche réactionnelle de limites claires et un désir viscéral d’émettre une volonté personnelle, une résistance qui, si elle n’est pas analysée, peut facilement verser vers le fascisme.

Mais ce fascisme là est un dinosaure, un archaïsme par rapport à celui contre lequel il proteste, car il traduit un retour du refoulé, un pressant besoin de savoir qui on est et dans quel milieu on vit, avec des repères clairs, alors que le totalitarisme techno-scientifique lui, s’insinue partout sous l’apparence du progrès et du bonheur, nous privant cruellement de ripostes.

Les premières victimes de ce fascisme technologique sont les femmes et la nature.

Au moment où Ellul sortait son livre « Le bluff technologique » dans les années 80, dénonçant l’absurdité, l’inhumanité et l’immense gâchis de l’escalade technologique, la féministe Donna Haraway publiait son Haraway_cyborg_manifeto« manifeste Cyborg », texte phare de la culture digitale, encensé par les cybernautes et autres hackers. Ce texte propose une nouvelle voie d’émancipation aux femmes : l’union consentie avec la machine. Puisque l’informatique, les sciences et les techniques convergent inéluctablement vers un mixage de l’humain avec les robots, Haraday, estimant désormais dérisoire toute critique de cette dérive anti-démocratique, invite les femmes à accepter la confusion des genres : c’est simple, pour en finir avec l’inégalité entre les sexes, il faut tout bêtement supprimer la différence des sexes ! Pareil d’ailleurs pour le racisme et la ségrégation de classe, il suffit, pour en finir avec les injustices, de supprimer les races, les classes et les espèces… genre solution finale.

Elle constate l’échec de réunir les femmes en un seul groupe unique capable de changer le monde (son groupe de femmes blanches dominantes n’a pas réussi à convaincre les femmes de couleurs et les femmes pauvres, traitées "d’essentialistes", à poursuivre la même idéologie libératrice...), donc il faut reconnaître l’échec de l’universalisme occidental et en déduire qu’il faut alors changer de paradigmes.

Cette mutation, déjà amorcée par les fulgurants progrès techno-scientistes, doit dissoudre le concept même de « femme », car le corps biologique, avec ses émotions et ses somatisations, bref, l’organisme, est désormais un format révolu dans un monde hyper rationnel devenu un code à décrypter. L’intelligence sensible qui mobilise l’art, la poésie et l’empathie, est désuète par rapport aux fonctions opératoires et combinatoires de l’intelligence artificielle. Il faut donc, pour conquérir une place respectable dans ce nouveau monde, se situer au cœur du monstre militaro-scientifique, s’immerger dans les arcanes codés du système. Puisque le « cyborg » est incontournable, alors les femmes doivent l’accepter et chercher à en tirer parti pour ne pas se laisser dominer par les nouvelles technologies. C’est le pari des cyberféministes qui s’exercent à maîtriser les codes cybernétiques en y inventant de nouvelles formes d’images, d’art et d’usages dits sociaux. Il s’agirait en fin de compte de brouiller les pistes et de tout rendre fluide et confus afin d’empêcher toute préhension capitaliste. Puisque la tare du capitalisme, c’est de tout accaparer, faisons en sorte qu’il n’y ait plus rien à prendre. Je sais que cette tactique est le sursaut désespéré de la proie car je l’ai éprouvé plus d’une fois dans ma quête de liberté et lors de mes rages contre l’oppression. C’est la tactique de l’otage, dont l’impuissance va finir par le faire pactiser avec son tortionnaire, en adoptant son système de pensée : l’asservissement et la fin seront-t’elles plus douces ?

Pour que l’indifférenciation soit en mesure de rendre toutes choses inappropriables, il faut donc dissoudre les frontières entre l’humain et le non humain, car l’interchangeabilité et la possibilité de tout manipuler induirait, selon Haraday, un élargissement de la liberté, par émancipation de cet artifice qu’est l’Ego personnel, source de tant de complications psychologiques et irrationnelles, alors qu’il n’est qu’une construction abstraite pouvant être défaite à volonté. Rejoignant par une voie inattendue le mysticisme de l’abolition de l’Ego cher à tant de religions orientales non dualistes, Haraday se situe bien là dans la filiation des ex-babas californiens devenus gourous milliardaires PDG des Gaffas et fanas de l’ultra libéralisme.

Donc, pour que les femmes ne soient plus appropriables par les hommes, il ne faut pas remettre en cause les comportements prédateurs des hommes, c’est voué à l’échec, ils sont les plus forts, on n’y peut rien. Sans s’en rendre compte, Haraway convoque ainsi un super « essentialisme » inverse : les hommes sont congénitalement des brutes qui ne changeront jamais, contrairement à la machine intelligente…. Le mieux est donc de prendre la voie très efficace de l’élimination pure et simple des catégories « femme » et « homme ». Et tant qu’à faire, supprimons aussi toute dualité, désignée comme responsable de toutes les dichotomies qui ont hiérarchisé les sexes, les races, les classes, etc.…

Son postulat principal est de désigner comme ennemi à l’avenir radieux du trans-humain capable d’augmenter ses capacités à volonté, le DUALISME. Tous les opposés dits traditionnels seraient la base de nos erreurs et en particulier de la misogynie, symptôme du patriarcat. L’erreur la plus grave est de reconnaître qu’il y a deux sexes, car c’est ce dualisme qui a permis à un sexe de dévaloriser l’autre, c’est à dire à l’homme de dominer et exploiter la femme. C’est pourquoi il ne faut même plus employer le mot sexe mais se servir d’un euphémisme, le genre, qui montre clairement que les gens intelligents ne se laissent plus abuser par d’aussi archaïques pré-supposés…

Attaquer le « dualisme » comme responsable des hiérarchies, des inégalités et des dévalorisations me paraît un peu court. C’est comme si on accusait Dieu des guerres que les hommes se font entre eux sur terre. C’est stupide, car c’est attaquer non pas une interprétation ou un fait humain mais un archétype, en l’occurrence l’archétype du chiffre deux, ou de la dualité de toutes choses.

Il est vrai que reconnaître la dualité entraîne nécessairement la reconnaissance de l’unité, or c’est ce que les tenants de la dissolution ne peuvent supporter car il y projettent tout de suite un rapport de force, le Un étant obligatoirement le roi qui domine. L’archétype unitaire passe donc à la trappe pour les mêmes mauvaises raisons que le Deux. Le cyborg d’Haraday, en refusant le dualisme et ses dichotomies classiques, refuse aussi logiquement tout mythe de l’unité originelle, toute référence au Un, au dieu ou à la déesse, à l’unique, au souverain et même à la graine ! Tout ne peut commencer à exister qu’à partir du trois. Pas de filiation organique donc, comme Jésus né d’une vierge. Les racines, les parents, les anciens, la mémoire, ne peuvent que nous retenir de grandir, et nous engloutir. Le passé est forcement réactionnaire et le présent totalement ringard par rapport au futur. Tout ancrage, tout fondement ontologique nécessaire à l’existence, est dangereux, car aussitôt saisi par le dualisme, ogre diviseur obsolète, alors que le cyborg peut désormais émerger d’une éprouvette anonyme, dégagé de toute histoire située. Qui peut se dupliquer sans avoir à se justifier par des singularités exténuantes. Seul le multiple a droit de cité car une fois produit le Trois, on peut le répliquer à l’infini sans se soucier des sources. Ce refus, par les adeptes du techno-scientisme et du transhumanisme, de toute origine unique et de toute causalité repérable, au profit d’une relativité diffuse, attaque si fort les identités qu’il ne faut pas s’étonner que celles-ci se rebellent. Sans discuter philosophie, je dirais simplement que pourtant, d’après Zoroastre, le dualisme a un avantage certain : par la force de discrimination, il produit la sagesse.

Mais revenons aux élucubrations de Donna Haraway :

Créons donc une entité indéfinissable, assez floue et mouvante pour se noyer dans un multiple indénombrable, une créature suffisamment fuyante pour échapper à toute appropriation.

Cette entité serait une sorte de mixe entre organismes et machines, la nature devenant une marque déposée dont le génome serait l’algorithme. L’organisme est vu comme dangereux car autonome et irrationnel, alors que la machine peut être programmée par des opérations mentales auxquelles les femmes excellent autant que les hommes, et commandée par simple opération manuelle ou téléguidée, ce qui élimine les différences naturelles de poids, de taille, de muscles et donc, la violence physique. L’autonomie de la machine ne peut être qu’un progrès débarrassant de « corvées futiles ».

L’argument reprend une des revendications majeures de celles qu’elle traite de ringardes et dépassées, ces « essentialistes » qui s’accrochent encore à la nature (qui est un leurre), à leur corps (inexistant) et à leur foyer (une prison)  : l’argument qu’il n’existe pas de différence ni de hiérarchie entre les hommes et les animaux, bases de l’animisme, du panthéisme, du chamanisme, de la sorcellerie, constat de l’anti-spécisme et de l'écoféminisme, est subverti pour assurer qu’il en est de même avec les machines. Pas de hiérarchie, pas de différence, ni avec les chats et les chiens ni avec les robots, donc pas de prise de pouvoir possible. Bien sûr, le saut de l’animal à la machine n’est pas questionné, puisque l’humain étant un animal capable de produire des machines, ça induit logiquement que tous les animaux sont liés intrinsèquement aux machines ...(bien que bizarrement, ils n’aient pas encore fabriqué de fusils ni de bombes pour se défendre de leur extermination par les humains… mais peut-être les virus ?...).

Bref, Haraday estime que la relation entre organisme et machine n’est qu’une guerre des frontières et que pour la surmonter, la solution révolutionnaire serait d’abolir toutes limites, car seule cette abolition pourrait briser l’anthropocentrisme responsable de la colonisation et la domination humaine sur les autres espèces, et de l’homme sur la femme. Cette abolition passe par la dissolution des corps organiques en simples composants biologiques façonnables à souhait (elle ne dit jamais qui décide et façonne) et l’avènement d’une ère d’hybridation généralisée : les fonctions naturelles seraient progressivement prises en charge et contrôlées par les machines avant d’être remplacées par des micro-puces, et la fonction de reproduction, jusqu’ici lamentablement binaire, serait remplacée par la fonction de réplication effaçant toutes frontières catégorielles, donc « discriminantes », au profit d’un multiple souverain mais insaisissable. Le monde symbolique doit être remplacé par un rationalisme quantitatif strict, dénué de tout sentimentalisme, l’intelligence artificielle n’a pas besoin de rire ou de pleurer pour bien nous débarrasser de nos viles besognes fonctionnelles, seules les techno-sciences seraient en mesure de nous garantir contre les inégalités et l’autorité arbitraire !

 

Je ne suis pas une universitaire et j’ai eu du mal à déchiffrer ce texte abscons, mais j’ai fini par comprendre, après avoir démêlé les idées maîtresses de ce jargon alambiqué, que j’avais affaire là à une caricature extrême de la traîtrise à son sexe, érigeant la collaboration avec les auteurs du désastre comme seule issue. Collaboration que je dénonce depuis que je me suis écartée du féminisme d’État, qui est au sexe ce que le développement durable est à l’écologie : une récupération par le pouvoir techno-scientiste capitaliste et patriarcal. Si ce manifeste n’avait été que confidentiel, je ne me serais pas alarmée. Mais il a eu pas mal de succès dans les milieux intellectuels et ses idées sont largement reprises par les allumés du transhumanisme. Et là, il y a vraiment de quoi se faire du souci. Parce que oui, les essais de ces gentes dames sont repris par les médias toujours friands de nouveautés, et leurs idées répandues comme inéluctables, comme tout ce que la techno-science nous impose.

Haraday ne vit pas dans la nature, c’est une intellectuelle qui vit de son mental mais qui, à coté de son écran, s’adresse comme à une congénère à sa chienne fidèlement couchée là. Pour elle, la nature, c’est sa chienne. Elle se contente amplement de cette dégénérescence absolue qu’est la prolifération des animaux domestiques au détriment des sauvages, et elle y contribue largement en légitimant par de fumeuses arabesques livresques son rapport fusionnel au chien. Son « égalité » à l’espèce animale se mesure non pas au dernier lion, aigle, ours ou loup pas encore massacré, mais à l’animal domestique le plus largement perverti par l’homme : un acteur essentiel de l’extermination du sauvage, hautement placé dans la chaîne économique très rationnelle du meurtre de masse, nourri de boites de déchets des industries carnassières, gavé de tripes et boyaux des martyrs assassinés dans les camps de concentration où finissent les pauvres bêtes que nous « aimons » tant.

Comme tant de gens seuls et humiliés qui, au grand profit de l’exploitation animale, comblent leur vide émotionnel avec un animal de compagnie, elle est incapable de faire la différence entre un animal aliéné et un animal sauvage. Ce qui la rend tout aussi incapable de différencier l’humain libre de l’humain aliéné. Elle est victime d’un anthropocentrisme pervers (qu’elle se targue de dénoncer par ailleurs) qui projette sur l’animal domestique, dont elle détient les droits de propriété, ses propres sentiments et émotions, ce qui est complètement différent que de reconnaître à tous les animaux, ceux sous notre coupe et ceux qui ne le sont pas encore, la capacité de sentir et d’éprouver, et le droit de n’appartenir à personne.

Car ce qui différencie un humain libre d’un humain aliéné, c’est que l’humain libre n’appartient à personne.

Cette absence de subordination est bien entendu un affront pour la plupart des gens qui veulent faire prospérer leurs intérêts sur le dos des autres, et on trouve donc toutes sortes de tactiques pour enfumer la réalité, particulièrement en expliquant que le summum de la liberté, c’est de pouvoir faire ce qu’on veut avec les autres, sans aucune limites, à commencer avec soi-même.

J’en profite pour dénoncer à ce sujet le délire «  libertarien » des informaticiens de la Silicon Valley qui défendent une idéologie de libéralisme total où tout peut s’acheter, en particulier ses propres composants personnels, afin que l’humain soit propriétaire de lui-même comme on l’est de son chien ou de sa voiture. L’humain libre serait alors celui qui s’est nanti au meilleur prix de tout ce qui le caractérise, dont les artifices biotechnologiques qui l’augmente. Ainsi on ne pourra plus jamais penser qu’un humain libre est celui qui n’appartient à personne, on dira que la liberté, c’est être propriétaire de soi. Voici le règne absolu de la propriété privée poussée à son extrême, nécessaire aux nantis pour tout annexer. Le plus libre est donc celui qui, après s’être débarrassé de son vieil Ego dans une secte d’« éveillés », s’appartient le plus, qui aura pu s’acheter le plus de composants robotisés, et qui aura le mieux réussi à agencer un moi morcelé à la carte, pour développer les tentacules exorbitantes nécessaires à s’accaparer tout ce qui s’invente sur le marché des transhumains. Marché appâté par les soi-disant bienfaits des fabuleux progrès de la technologie médicale. Évidement, cette notion de moi breveté englobe tout ce qui est humain et non humain en asservissant tout à la loi du marché, de l’offre et de la demande, et la loi de la personnalité mobile et insaisissable. (C’est là que les hackers gagnent leurs lettres de noblesse, en nous faisant croire que grâce à eux, nous échapperons à tout traçage répressif). Comme tout pourra se vendre et s’acheter, autant les corps que les machines, il n’y aura plus de frontières pour desceller la veille dichotomie maître et esclave, homme et femme, plus rien contre quoi se rebeller. Le totalitarisme technologique advient ainsi dans sa forme la plus inattaquable. Il applique son intégrisme sur ce qui nous est le plus intime, notre corps, notre intériorité.

Son pendant est la réaction désespérée de celui qui, conscient de cette démesure, de cette violation, ne peut rien faire d’autre que se ramasser sur ce qui reste de son intégrité, soit en se vouant à une nation qui le reconnaît comme citoyen unique, le nationalisme, soit en se sacrifiant à un Dieu qui le considère encore comme une personne méritant le paradis, le terrorisme religieux. Comme le disait déjà Ellul il y a presque quarante ans, l’occident démantelé doit faire face à « la force de mobilisation des idéologies unificatrice, mobilisatrice et combattante ». Donc de l’islam et/ou de la nation. « l’infiltration croissante des immigrés, avec la diffusion de l’islam en Europe, conduira sans aucun doute à l’effritement de la société occidentale entière, et cela aura été, à longue distance, l’effet de la technicisation... » (page 427, chapitre « la déraison »)

Mais revenons au chien d’Haraday. Ce qui est bien avec le chien, c’est qu’il ne parle pas et ne peut pas s’exprimer, et que donc on peut lui faire dire ce qu’on veut, comme aux ordinateurs et aux robots. On peut programmer les animaux domestiques pour qu’ils nous servent sans discuter. J’ai acheté ma chienne qui a de la chance avec moi qui la gâte, et voyez comme elle comprend tout, obéit et suit mes rythmes ! Puisqu’elle partage mon habitat sans problèmes, c’est qu’elle me ressemble. On a là, avec les animaux domestiques modernes, le processus inverse d’avec l’esclave : l’esclave, il fallait qu’il soit un sous-humain pour le mettre à distance et le maltraiter sans vergogne. Le chien, il faut qu’il soit un sur-animal pour le rapprocher du mode de vie humain dont il comble les lacunes émotionnelles et relationnelles, et l’intégrer à la société de consommation. De même, les robots m’obéissent et me servent à mieux fonctionner, ils sont donc un simple prolongement de mon humanité. Ce n’est pas que je respecte la différence et la liberté du chien ou du lion, c’est que je l’annexe à ce que je considère comme la liberté universelle, j’en fais un hybride de moi qui ne suis qu’un assemblage déposé, un objet que je peux émanciper à volonté.

Avec de telles bases, on comprend que le "cyborg" de Haraway n’est qu’une projection d’une volonté de toute puissance absolue. Le problème, c’est que ça sert de base aux délires actuels…. Tel celui, cité par Mathieu Terence, de Steven Pinker, qui poursuit des recherches sur l’embryon à Harvard, et a bien l’intention de mettre au point des méthodes reléguant «  la procréation naturelle au rang de loterie injuste et mal dotée ».

A suivre...

bébé de femme félée

 

 

Posté par barbesse à 14:58 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

28 mars 2017

Chercheuse d'eau

Tous les jours, quand la forêt se déserte, j’y vais.

elle va chercher l'eau tous les jours

 Avec mes bouteilles vides, mon broc et un goulet découpé dans un morceau de plastique rigide.

Je vais au ruisseau ou à la source, ça dépend.

Je l’entends au son, surtout s’il a plu, j’entends le chant de l’eau, ce murmure éclaboussé que j’adore, qui me relie aux âmes des êtres visibles et invisibles tapis dans les bois. Sinon, quand il n’a pas plu depuis longtemps, je dois la chercher, remonter le ruisseau à sec, la débusquer où elle s’insinue. En été, elle se tarit parfois complètement, les pierres les plus enfoncées au creux du vallon sont à peine humides, et je dois alors compter sur mes réserves d’eau de pluie.

Mais cette année, mes cuves ont été empoisonnées.

J’ai beau les surveiller et en prendre soin régulièrement, je n’ai pu empêcher ce est arrivé.

Non, ce n’est pas un crapaud mort ou une invasion de limaces et mon eau n’a pas tourné à cause du vent mauvais. Ce n’est ni l’oxygène ni un cadavre ni des végétaux fermentés qui ont pourri mon eau et je n’ai pas oublié de fermer mes couvercles.

Cette flaque noire et gluante qui recouvre ma réserve, d’habitude si claire qu’on y voit le moindre dépôt de sable, cette nappe glauque qui se fendille en plaques et colle à la paroi, c’est l’acte de quelqu’un qui ne pense qu’à me nuire. Un acte de malfaisance au sommet de la hiérarchie ce que j’ai déjà eu et continue à subir. Je sais qui c’est, ce type qui est venu la nuit verser son huile de vidange dans ma réserve de cuisine, tout contre la yourte. Il ne s’en prend pas qu’à moi, il en a déjà bousillé au moins une autre, avec toujours les mêmes méthodes sournoises.

Je crois maintenant qu’il existe ce genre de type partout, qui s’en prennent aux femmes parce qu’ils sont lâches et obsédés. Avant que je m’occupe des êtres non humains, quand j’aidais des congénères, j’ai reçu tellement de témoignages de ce que la méchanceté peut tramer dans les villages, surtout contre les femmes seules et les personnes vulnérables, que par moments je n’en croyais pas mes oreilles, je me disais, ce n’est pas possible, car comment vivre dans un pays en paix avec tant de haine ?

Alors je comprends très bien que quand l’une d’entre nous arrive à se plaindre où à oser dénoncer le harcèlement, bien peu veulent nous croire. C’est tellement moins dérangeant de penser que les victimes sont hystériques ou paranoïaques, qu’elles l’ont cherché ou mérité, et c’est si pénible d’envisager la dose élevée de vice et l’enracinement de frustration qu’il faut pour ronger avec tant de perfidie et de constance la vie d’innocents.

portage

Il me faut marcher plus, plus loin, je deviens vraiment comme une africaine ou une indienne dont une grosse partie de la journée est dédiée à la quête et au transport de l’eau. Elles aussi sont obligées d’aller de plus en plus loin, à cause de la sécheresse, à cause de nos bagnoles et nos usines qui éjectent tellement de fumées que la planète devient une gigantesque serre. On pourrait penser de prime abord que ce n’est pas pour les mêmes raisons que ces femmes et moi trimons à ramener de l’eau sous la tente, mais en y réfléchissant, la cause commune apparaît assez vite. C’est toujours la même prédation effrénée, celle que je récuse en m’abstenant du superflu.

L’une des différences d’avec elles, c’est que je suis obligée de me cacher.

Pas sous une burqa ou un foulard.

femme voilée portant l'eau sur sa tête

Je me cache dans le vert et le brun, je m’habille en kaki, en beige et en marron, je me fonds dans les feuilles, et quand j’entends un bruit, je me jette dans les fourrés et je m’immobilise en souche. Toujours aux aguets comme une bête sauvage, je prends garde à ne pas laisser de traces, je fais des détours et rampe sous les bruyères et les ronces, comme les sangliers. Sauf qu’eux laissent des traînées de boue grise contre les troncs, surtout autour de la marre où ils se rabattent quand leur souille a été mitraillée par les chasseurs, alors que moi, j’efface l’empreinte de mes semelles et referme les bosquets par où je passe. J’emprunte souvent les coulées des sangliers pour me réfugier dans les broussailles quand un danger humain se profile. C’est comme ça que je rencontre plein d’oiseaux, d’insectes, de petits mammifères, de champignons et de salades sauvages. Au plus près du sol. Beaucoup d’oiseaux nichent dans les buissons, qui s’envolent en piaillant, c’est une cause non négligeable d’être repérée, alors j’apprends le déplacement silencieux. C’est plus compliqué en hiver quand les feuilles crissent sous les pieds au lieu de s’étaler autour en frondaisons protectrices. En hiver, l’eau est plus abondante, mais les taillis dénudés me laissent à découvert.

à la recherche de l'essentiel

Ma quête de l’eau subit donc deux contraintes :

le climat et la méchanceté.

monstre sur la porteuse d'eau

Pour ces deux raisons, je ne vais pas longtemps au même endroit me ravitailler.

Les crues d’automnes déménagent les circuits de fossés, renversent des rochers, des arbres, des branches, et des pans entiers de terre dans le lit des ruisseaux. Je dois improviser de nouveaux passages et de nouvelles rigoles. Inévitablement, surtout quand l’eau se raréfie, j’écarte des herbes, je creuse un sillon, je dégage des pierres, bref, je provoque un léger aménagement pour canaliser le filon vers mon broc. La moindre trace révélant où je remplis mes bouteilles m’expose soit à l’empoisonnement soit au détournement en amont, donc au tarissement de ma manne, les deux provoqués par un fanatique du mal ordinaire en permanence sur mes talons.

Mais quand je l’entends, quand je la trouve, c’est toujours la même magie.

femmes eau

Aucune musique ne peut m’apporter un tel réconfort, rien n’égale cette clarté de l’eau qui dilue tout en flux de joie, même et surtout quand je suis envasée dans mes chagrins.

Je m’accroupis sur la berge, les pieds léchés par les vaguelettes ou un délicieux crachin éjecté d’une anfractuosité, et là, pour un moment de pure communion, je me fonds dans le bruissement de la forêt, je remonte à l’oreille le trajet du filet ou de la cascade, j’apprends à lire l’onde comme une partition, traversée par la vision stimulante de toute cette eau suintant en filaments dans la terre de la colline et convergeant vers le ravin. Sans rien au-dessus pour la contaminer, du moins quand j’ai réussi à ne pas me faire remarquer. Je me laisse envahir par le clapotis purifiant, décanter par les embruns brumisants.

femme en cascade

Alors, chaque goutte qui pétille dans mon verre devient une perle de lumière.

Et si en plus, comme bien souvent, un oiseau tout proche répond à mon sifflet, alors c’est le nirvana.

Pour ne pas gâcher ce plaisir, j’évite de penser à cette phrase de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient » qui est devenue un credo féministe, car là, franchement, ça me met en colère.

C’est parce que je suis née femme, que je n’ai pas de tuteur masculin, et qu’en plus, j’ose m’écarter des sentiers battus, que je suis traquée, harcelée et perpétuellement emmerdée.

Si j’étais née homme, je ne serais pas obligée de prendre tant de risques à chaque fois que je vais chercher l’eau de ma survie, car au moins, en cas de carrure peu convaincante, je serais armée et je l’assumerais sans vergogne.

J’invite donc des survivalistes aguerris et bien équipés, en quête de frissons gratuits dans une mise en situation authentique, à venir faire un stage d’immersion par ici, car j’aimerais assez peaufiner mes combines si on veut bien m'expliquer comment accéder à l’eau quand celle-ci devient plus précieuse que tout l’or du monde.

Car si l’apocalypse est encore une fiction,

l’eau dont je parle n’est pas symbolique,

ce n’est pas une lubie,

j’ai vraiment besoin de la boire.

de l'eau pour tous les jours

Posté par barbesse à 10:07 - - Commentaires [25] - Permalien [#]
Tags : ,

17 mars 2017

Le temps des amours

Séduction solaire.

Elle est passée sans s'intéresser à lui,alors il s'est tourné vers moi.

Il est vraiment beau.

Finalement, il est parti lui courir après.

 

Posté par barbesse à 18:05 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :

28 février 2017

Ma boule à fond

 Je fais des boules.

Je ne sais pas vraiment pourquoi je fais toujours des boules, et des cercles et des ronds, des astres en miniatures, des cellules en grand. Des ronds sortent de moi que j’applique au réel et tout devient magique.

J’ai souvent l’impression que mon instinct cherche un contrepoids pour rétablir l’équilibre. Je fais des boules depuis longtemps, et quand je n’en faisais pas, avant, que j’avais les boules qui ne sortaient pas, plus rien ne tournait rond et je tombais malade.

C’est plus fort que moi, j’ai des boules à l’intérieur qui gémissent pour sortir, je suis pleine de bulles et de balles qui se pressent dans mon cœur, et surgissent soudain au bout de mes doigts.

A l’école de décoration où j’ai échoué un jour de désorientation, pendant que les autres graphistes rivalisaient de séduction publicitaire, j’encadrais des AUM irradiant au centre de figures symétriques, sans savoir que c’étaient des mandalas. Je récoltais forcement des zéros bien ronds qui, comme une boussole, m’ont remis dans le droit chemin.

Je fais des boules qui roulent, que j’arrête sur un coin de chez moi

où je tisonne le ciel.

Dehors est ma cuisine alchimique où je triture ce qui vient du dedans, je fais des boules comme des pupilles, des yeux sans jugement qui me guérissent de la méchanceté et de la médiocrité.

Que je pétrisse de la glaise ou vanne des tiges, tisse de la laine ou brode des lianes, amasse des cailloux ou des coques, arrange des fleurs en guirlande ou des noix en médaillon, peigne des mandalas ou fabrique des yourtes, ce sont toujours des boules qui naissent sous ma main.

Comme si mon geste pouvait retenir l’éclatement du monde.

Comme si là-haut le firmament, content de se refléter dans mes boules, empêcherait le ciel de s’effondrer.

Je barbouille de fils les boules de bois que j’ai tressé, comme si tous ces liens pouvaient contenir la brisure de mon cœur.

Je sculpte des boules en relief dans le charnu de la vie pour les serrer dans mes bras comme si je portais encore un enfant, un enfant qui ne mourrait jamais. Un petit enfant joyeux jouant au ballon pour l’éternité, un ballon qui partout révélerait aux humains comment rebondir en souplesse sans rien casser.

Pas un mois sans qu’un cercle ne vienne se faire bidouiller en mon jardin, où je l’expose au soleil, au vent, à la pluie, aux rigueurs et aux extases, pas un jour sans qu’une boule ne m’appelle sur le chemin, un galet, une perle de lumière, une coquille, une baie, un calice, un bouton, un trou dans le bois, une goutte sur une toile d’araignée, et je sens que tous ces ronds cachés dans la nature sont mes complices. Comme moi, ils résistent au macadam, aux briques et aux bâtiments, à tous ces legos qui nous enfournent dans des boites, nous empilent dans des hangars et nous aliènent aux écrans. Pourtant, il m’est arrivé de dessiner des cercles avec une règle, c’est d’ailleurs comme ça que j’ai compris que ma boule exprime, avec un génie de la forme particulièrement concis, la béatitude de la géométrie.

Parce que toutes les lignes, un jour, mènent au point.

Il n’y a rien de droit chez moi et pourtant mon chemin ne dévie pas du rêve intérieur qui me guide, ce rêve qui génère des chapelets de grâces quand il s’accomplit dans un cercle.

J’ai fais une boule aujourd’hui, elle a surgi de mes entrailles sans que je sache pourquoi ni comment, je l’ai tout de suite adopté, je l’ai habillé et elle m’a entraîné là où elle voulait être.

Je l’ai déposé sur des pots de fleurs retournés à l’envers au milieu d’un grand cercle de terre gagné sur le chaos rocheux,

mimosa mandala 2

et j’ai continué à la draper de fils dans l’air vif d’un matin d’hiver rutilant. Chaque instant s’inscrivait au sol comme sur un cadran solaire, l’ombre de la boule s’étirant comme un œuf en parcourant toutes les directions.

Je ne sais pas si mon utérus est tout à fait rond mais j’ai tissé comme un bébé s’enveloppe de placenta, et quand j’ai terminé la troisième pelote, j’ai entouré ma boule d’une spirale de feuilles cousues bout à bout, à la façon dont Adam et Eve ont acquis la pudeur.

mimosa mandala 3

Puis j’ai caché les pots dans une litière de fougères et j’ai suspendu un cristal au milieu de la boule.

C'est devenu tout de suite un diamant où s'est jeté le premier rayon de soleil surgissant du fond de la vallée.

mimosa mandala 5

Je crois que Février est mon mois préféré, justement à cause de cette énergie solaire que la nature toute entière pressent dans ses tréfonds, à cause de cette vibration fébrile qui monte imperceptiblement de la terre, que les bulbes expriment en premier : les jonquilles ouvrent leurs tubes d’un jaune enchanteur,

crocus au soleil

les crocus percent les feuilles de châtaigner fripées de leur délicatesse diaphane, pendant que les premières violettes, timidement, embaument le sous-bois.

J’ai savouré et le soleil s’est mis à enfler, à rayonner.

J’ai ramassé alors des matières autour, qui puissent tramer l’extension de ma boule, figurer ces pulsations souterraines sourdant d’un cratère cherchant son embouchure terrestre. D’abord, des fagots de branchettes pour entourer la base, puis un premier cercle d’écorces de pin, et un deuxième avec des pommes de pin. Un troisième avec des épis de maïs du jardin d’une amie qui séchaient sur une pierre, entre lesquels j’ai calé une flopée de douilles rouges trouvées dans la cabane abandonnée d’un vieux chasseur. Après un quatrième tour avec des fleurs récupérées à la poubelle du cimetière, je me suis un peu reposée, j'ai pris du recul et là, face au soleil levant, j’ai bien vu que ma boule,

c’est un enfant du soleil.

mimosa mandala 4

Puis je suis allée chercher de la terre bien noire du crassier pour dessiner vingt quatre cuvettes d’où élancer les rayons.

mimosa mandala 6

mimosa mandala 7

Je savais bien que la terre allait sécher et perdre ce noir d'ébène des profondeurs alors j'ai tout de suite coupé des tiges de fougères séchées pour figurer les premiers rayons, mais il me fallait du marron plus souligné, alors je suis partie récupérer plein d’écorces de mimosa pas loin de là, dans un bosquet gelé quelques années auparavant.

mimosa mandala 8

Puis j’ai coupé quarante huit rameaux de pin encore verts aux branches cassées sous le poids de la neige de janvier, ainsi que vingt quatre grosses feuilles de lierre. Enfin, j’ai parsemé la figure de boules de fleurs de mimosa d’un jaune citron éclatant avant d’en déposer une vingt cinquième, plus grosse, sur le sommet de la boule originelle.

mimosa mandala 9

C’est ainsi qu’est advenu, à la fin de la danse, le nom de cette œuvre :

Mimosa Mandala !

mimosa mandala 10

J’entends déjà scander Mimosa Mandala sur mon tambour chamanique...

mimosa mandala 11

Ingrédients:

Rejets de chataigner/Ficelle/Pelotes de laine/Pots de fleurs/Fougères sèches/ Fagots de branchettes/ Ecorces de pin/ Pommes de pin/ Epis de maïs séchés/ Douilles de fusil de chasse/ Pétales dépiautés de fleurs de cimetière/ Tiges de fougères/ Ecorces de mimosa/ Tiges de phytolacas/ feurs de mimosa/ Rameaux de pins/ Feuilles de lierre/ Joie.

Posté par barbesse à 00:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : ,