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Un jour, la sensation extraordinaire

d'appartenir à quelqu'un d'immense dans le ciel.

Je regarde, du giron céleste, la terre si petite dans le cosmos.

Et la joie monte.

Comme une marée, un lait qui bout, déborde.

Mon cœur s'ouvre, et tout à coup,

là toute seule dans la yourte, je comprend ce qui se passe.

Je ne suis pas seule, quelqu'un est vivant, installé là,

en train d'être.

Quelqu'un de palpable qui respire, au milieu de la yourte.

Mon souffle se suspend, et j'écoute, saisie, les vibrations de la Vie.

Elle est là, une source claire qui purifie les contingences,

il n'y a qu'Elle, absolument là.

Je découvre dans un bain de bonheur ce qu'est la Présence.

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Elle emplit la yourte de Son Etre sublime,

pétillante, palpitante, chaleureuse,

j'entends les pulsations de son sang,

les frémissements de sa peau épanouie en toutes directions,

son haleine introjectée..

A nouveau, à cet instant total,

je sais avec certitude que la mort n'existe pas.

Qu'il n'existe que cette source intarissable

qui épanche toutes les soifs, qui désaltère

jusqu'au plus profond des cellules, comblées.

Seul le présent existe pour la vie,

l'existence n'est que Présence.

Tout ce qui est ainsi vécu est immortel.

Il n'y a même pas de transition,

il y a un absolu du présent totalement donné

dans lequel tout se résout et se condense en même temps.

Maintenant, je ne veux plus que ça.

Et maintenant je sais que c'est toujours là, sans pertes.

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Assise en lotus sur mon zafu rond, les mains sur les genoux,

les genoux au sol, les yeux mi clos,

trois bougies brulant tranquillement sous la couronne de la yourte,

alors que d'habitude, à cette heure du soir,

les images de la journée défilent dans ma tête

comme des nuages poussés par le vent,

jusqu'à ce que la respiration les disperse,

jusqu'à la saveur profonde du silence mental

qui ouvre l'espace infini de la création,

me voilà prise par une vision,

sans transe, sans prière, sans rituels,

une histoire qui s'enchaine où je suis engouffrée,

aspirée par l'esprit.

Je vois devant moi les flots compacts de la mer

s'ouvrir par le milieu au fur et à mesure que j'avance.

Écartée à mon passage, sans fureur et sans éclats,

la mer offre un tapis royal à ma marche.

Remplie d'une confiance totale

sur le chemin rectiligne qui m'est octroyé,

je vois sous mes pieds un couloir se creuser entre les vagues,

les vagues s'ourler comme des pétales de roses sous la chaleur,

former des boucles de spirales légères,

s'enrouler comme un ruban cadeau

qu'on tire avec une lame pour le faire friser.

J'avance et la mer continue à s'ouvrir,

avec une telle évidence que soudain,

je prends conscience qu'elle obéit à une force sans nuances,

une force qui habite ma poitrine.

Comme si la radiance de mon cœur provoquait l'ouverture.

J'avance, et la mer continue à se retirer sous mes pas

en une absence totale de résistance.

J'arrive devant un trône où resplendit une femme

dardée de rayons translucides,

portant au-dessus de sa tête un diadème de douze étoiles.

Je tombe à genoux devant elle,

pénétrée de sa majesté et de sa beauté.

Je reconnais avec extase la Mère Universelle.

Alors elle me prend dans ses bras

et je me fonds en elle de bonheur.

Cette joie est si merveilleuse

qu'elle nous aspire dans un jardin magnifique

où poussent tous les fruits, tous les légumes,

toutes les fleurs et tous les arbres de la Terre.

Au milieu de ce jardin qui embaume de mille parfums délicieux,

une source vive dont on ne voit pas l'embouchure,

une source simple comme un petit ruisseau de montagne,

rebondit sur la mousse, chante sur les cailloux

et scintille dans l'air radieux.

Deux licornes sont en train de s'y désaltérer,

qui nous invitent à monter sur leur dos.

Aussitôt enfourchées, elles s'envolent.

Nous rencontrons alors un dragon qui fait mine de protester,

mais les licornes l'ignorent et le dragon s'efface.

Nous montons jusqu'à un trône majestueux

occupé par un homme extraordinairement imposant,

qui fait comme de l'ombre au ciel.

Je sais de suite que c'est le Roi de l'Univers.

Il nous regarde arriver sans sourciller,

son autorité s'étend comme une immense protection,

avec un potentiel de colère immensément proche.

Ce n'est pas un drôle, son sérieux est très impressionnant.

Il ne brille pas comme la reine,

il est beaucoup plus solide et plus matériel qu'elle,

il semble totalement étoffé, rempli d'une masse lourde

qu'il supporte pourtant royalement, alors qu'elle, sa femme,

transparente de lumière, semble légère

comme une danseuse éthérée, une funambule cosmique.

La Reine descend de la licorne et rejoint le Roi.

Elle s'assoit sur ses genoux.

Lui se penche doucement vers elle,

et ils commencent à s'embrasser.

Leur baiser est si intense et si limpide

qu'un extraordinaire mélange se produit,

fusée en ébullition visant les étoiles:

de la lumière compacte s'élève de leur union,

le couple est comme happé en quintessence

dans une incroyable lumière blanche.

La lumière s'étire au-dessus d'eux

et se transforme en diamant,

un fabuleux diamant ovale comme un œuf,

dont le centre laiteux éclate en mille facettes.

Et là, à mon grand étonnement, car je pensais que

le cristal allait continuer à monter pour se dissoudre dans le ciel,

je le vois se retourner dans ma direction,

descendre vers la terre

et venir se loger au milieu de mon front,dyn006_small150_150_223_jpeg_20002_caaf2a5b48ee42356ed5f26e00098ba3

entre mes deux yeux.

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Un peu secouée, je me retrouve sur mon zafu

en posture de méditation,

et lentement, le cristal se répand à l'intérieur,

enraciné au troisième œil.

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La yourte est calme, la nuit s'est installée,

et pourtant, je n'ai jamais autant ressenti

la luminescence et la palpitation de la Vie.

Le ravissement absolu que me procure cette vision

se calme lentement, je retrouve la normalité,

la banalité d'une soirée solitaire

à seulement respirer doucement.

Mais quelque chose a changé,

quelque chose qui ressemble à une sécurité sans fonds,

la certitude d'une joie ineffable,

offerte par une simplicité si nue, si extrême,

que les mots en deviennent inutiles …..

fff