En ces temps électoraux, un peu de réflexion écoféministe :

réflexion écoféministe

la montée de l’extrême droite identitaire et de ce qu’on appelle le populisme n’est pas seulement une question de riches et de pauvres, d’exploitation et d’insécurité, de chômage et d’immigration. Les causes m’apparaissent plus profondes, plus structurelles.

Il me semble qu’elles naissent pour beaucoup de l’impuissance à résister à l’impérialisme technologique auxquels les gens sont contraints de s’adapter sans avoir été consultés sur les orientations imposées à tous.

Le traité européen, les gens ont dit non, ils l’ont fait quand même mais au moins la colère a filtré ; le Wifi et le Linky partout, le smog électromagnétique, la pollution, l’artificialisation massive des sols et des vies, les écrans généralisés, des centrales nucléaires et des décharges partout, du bruit en jets continus, là, on aura jamais de référendums : alors la colère s’enlise, se refoule dans les tréfonds, prêtes à s’exhumer en monstre n’importe quand. L’accélération des innovations techniques ont plus chamboulé nos vies que toutes les réformes politiques des gouvernements élus, toujours à la traîne derrière l’emballement productiviste.

Comme le dit Jacques Ellul, « les décisions raisonnables (qui ne sont pas des « solutions » rationnelles satisfaisantes) reposent sur une générosité, sur un sens spirituel ( et non pas économique) de la solidarité, un sens de l’économie (dans le sens d’économiser) dont nous ne sommes plus capables… »

L’insécurité, c’est de ne plus rien pouvoir choisir ni assumer de son mode de vie en dehors de chicanes de style. A force de devoir sans cesse s’adapter à de nouveaux usages sociaux et technologiques, on a plus le temps de digérer, de profiter d’un temps vacant et butinant, de réfléchir à sa vie, qui on est vraiment et ce qu’on désire, on court sans cesse derrière les machines, les challenges, l’adaptation multiple, jusqu’au « burn out ».

Comme le discours officiel s’incline à plate couture devant l’envahissement des écrans et des ondes sous prétexte de communication tous azimuts, fascinés, on courbe l’échine, on accumule les gadgets électroniques, on stocke des quantités indigestes d’informations, rarement analysées. On s’excite des nouveautés, puis on sature, on se vide en consommant n’importe quoi, on recommence à se gaver, mais au bout du compte, dans cette agitation frénétique de nos pauvres têtes cherchant à rattraper les prouesses de l’intelligence artificielle, on a plus jamais le temps de jouir de la vie en digérant tranquillement.

L’existence du vieux corps, basé sur de méprisables contingences naturelles, empêche la rationalité comptable et performante du futur, incarnée par des innovations techniques et cybernétiques rendant les organismes trafiquables à volonté. La croissance perpétuelle et le progrès sans bornes promis par l’ingénierie génétique, qu’on nous martèle inévitables en instrumentalisant l’histoire de l’évolution et de la sélection depuis au moins le néolithique, s’impose comme un impératif moral, économique et politique si puissant qu’il est devenu insidieusement anxiogène. Car là sont touchés les fondements de nos existences.

Cette angoisse, c’est, d’après moi, la première cause du besoin de refuge identitaire, un besoin vital de se reconstituer dans le flot accéléré des chamboulements de mœurs. Je ne parle pas de chamboulements politiques, car au fond, cet emballement de crises et de renchérissements dans la compétition jusqu’à l’absurde n’est que l’exacerbation logique et structurelle du capitalisme libéral.

Parce que la technique s’est emballée, parce que rien ne la freine, l’être humain, engoncé, par « mièvre sentimentalisme », dans ses cultures désuètes fondées sur une nature dont il tarde à se débarrasser, n’arrive plus à suivre. Ni à penser, ni à agir. Là dessus, sur fond apocalyptique, sans rien prendre conscience de nos atavismes, on nous convainc qu’il y a mieux que la religion pour gagner l’immortalité : le transhumanisme. Sommé de jeter aux orties ses croyances et son système symbolique, l’être se retrouve alors dans une sorte de sidération qui laisse la porte ouverte aux réactions instinctives de défense. Cette angoisse d’être largué est le fondement de l’insécurité et des régressions politiques. Elle entraîne une recherche réactionnelle de limites claires et un désir viscéral d’émettre une volonté personnelle, une résistance qui, si elle n’est pas analysée, peut facilement verser vers le fascisme.

Mais ce fascisme là est un dinosaure, un archaïsme par rapport à celui contre lequel il proteste, car il traduit un retour du refoulé, un pressant besoin de savoir qui on est et dans quel milieu on vit, avec des repères clairs, alors que le totalitarisme techno-scientifique lui, s’insinue partout sous l’apparence du progrès et du bonheur, nous privant cruellement de ripostes.

Les premières victimes de ce fascisme technologique sont les femmes et la nature.

Au moment où Ellul sortait son livre « Le bluff technologique » dans les années 80, dénonçant l’absurdité, l’inhumanité et l’immense gâchis de l’escalade technologique, la féministe Donna Haraway publiait son Haraway_cyborg_manifeto« manifeste Cyborg », texte phare de la culture digitale, encensé par les cybernautes et autres hackers. Ce texte propose une nouvelle voie d’émancipation aux femmes : l’union consentie avec la machine. Puisque l’informatique, les sciences et les techniques convergent inéluctablement vers un mixage de l’humain avec les robots, Haraday, estimant désormais dérisoire toute critique de cette dérive anti-démocratique, invite les femmes à accepter la confusion des genres : c’est simple, pour en finir avec l’inégalité entre les sexes, il faut tout bêtement supprimer la différence des sexes ! Pareil d’ailleurs pour le racisme et la ségrégation de classe, il suffit, pour en finir avec les injustices, de supprimer les races, les classes et les espèces… genre solution finale.

Elle constate l’échec de réunir les femmes en un seul groupe unique capable de changer le monde (son groupe de femmes blanches dominantes n’a pas réussi à convaincre les femmes de couleurs et les femmes pauvres, traitées "d’essentialistes", à poursuivre la même idéologie libératrice...), donc il faut reconnaître l’échec de l’universalisme occidental et en déduire qu’il faut alors changer de paradigmes.

Cette mutation, déjà amorcée par les fulgurants progrès techno-scientistes, doit dissoudre le concept même de « femme », car le corps biologique, avec ses émotions et ses somatisations, bref, l’organisme, est désormais un format révolu dans un monde hyper rationnel devenu un code à décrypter. L’intelligence sensible qui mobilise l’art, la poésie et l’empathie, est désuète par rapport aux fonctions opératoires et combinatoires de l’intelligence artificielle. Il faut donc, pour conquérir une place respectable dans ce nouveau monde, se situer au cœur du monstre militaro-scientifique, s’immerger dans les arcanes codés du système. Puisque le « cyborg » est incontournable, alors les femmes doivent l’accepter et chercher à en tirer parti pour ne pas se laisser dominer par les nouvelles technologies. C’est le pari des cyberféministes qui s’exercent à maîtriser les codes cybernétiques en y inventant de nouvelles formes d’images, d’art et d’usages dits sociaux. Il s’agirait en fin de compte de brouiller les pistes et de tout rendre fluide et confus afin d’empêcher toute préhension capitaliste. Puisque la tare du capitalisme, c’est de tout accaparer, faisons en sorte qu’il n’y ait plus rien à prendre. Je sais que cette tactique est le sursaut désespéré de la proie car je l’ai éprouvé plus d’une fois dans ma quête de liberté et lors de mes rages contre l’oppression. C’est la tactique de l’otage, dont l’impuissance va finir par le faire pactiser avec son tortionnaire, en adoptant son système de pensée : l’asservissement et la fin seront-t’elles plus douces ?

Pour que l’indifférenciation soit en mesure de rendre toutes choses inappropriables, il faut donc dissoudre les frontières entre l’humain et le non humain, car l’interchangeabilité et la possibilité de tout manipuler induirait, selon Haraday, un élargissement de la liberté, par émancipation de cet artifice qu’est l’Ego personnel, source de tant de complications psychologiques et irrationnelles, alors qu’il n’est qu’une construction abstraite pouvant être défaite à volonté. Rejoignant par une voie inattendue le mysticisme de l’abolition de l’Ego cher à tant de religions orientales non dualistes, Haraday se situe bien là dans la filiation des ex-babas californiens devenus gourous milliardaires PDG des Gaffas et fanas de l’ultra libéralisme.

Donc, pour que les femmes ne soient plus appropriables par les hommes, il ne faut pas remettre en cause les comportements prédateurs des hommes, c’est voué à l’échec, ils sont les plus forts, on n’y peut rien. Sans s’en rendre compte, Haraway convoque ainsi un super « essentialisme » inverse : les hommes sont congénitalement des brutes qui ne changeront jamais, contrairement à la machine intelligente…. Le mieux est donc de prendre la voie très efficace de l’élimination pure et simple des catégories « femme » et « homme ». Et tant qu’à faire, supprimons aussi toute dualité, désignée comme responsable de toutes les dichotomies qui ont hiérarchisé les sexes, les races, les classes, etc.…

Son postulat principal est de désigner comme ennemi à l’avenir radieux du trans-humain capable d’augmenter ses capacités à volonté, le DUALISME. Tous les opposés dits traditionnels seraient la base de nos erreurs et en particulier de la misogynie, symptôme du patriarcat. L’erreur la plus grave est de reconnaître qu’il y a deux sexes, car c’est ce dualisme qui a permis à un sexe de dévaloriser l’autre, c’est à dire à l’homme de dominer et exploiter la femme. C’est pourquoi il ne faut même plus employer le mot sexe mais se servir d’un euphémisme, le genre, qui montre clairement que les gens intelligents ne se laissent plus abuser par d’aussi archaïques pré-supposés…

Attaquer le « dualisme » comme responsable des hiérarchies, des inégalités et des dévalorisations me paraît un peu court. C’est comme si on accusait Dieu des guerres que les hommes se font entre eux sur terre. C’est stupide, car c’est attaquer non pas une interprétation ou un fait humain mais un archétype, en l’occurrence l’archétype du chiffre deux, ou de la dualité de toutes choses.

Il est vrai que reconnaître la dualité entraîne nécessairement la reconnaissance de l’unité, or c’est ce que les tenants de la dissolution ne peuvent supporter car il y projettent tout de suite un rapport de force, le Un étant obligatoirement le roi qui domine. L’archétype unitaire passe donc à la trappe pour les mêmes mauvaises raisons que le Deux. Le cyborg d’Haraday, en refusant le dualisme et ses dichotomies classiques, refuse aussi logiquement tout mythe de l’unité originelle, toute référence au Un, au dieu ou à la déesse, à l’unique, au souverain et même à la graine ! Tout ne peut commencer à exister qu’à partir du trois. Pas de filiation organique donc, comme Jésus né d’une vierge. Les racines, les parents, les anciens, la mémoire, ne peuvent que nous retenir de grandir, et nous engloutir. Le passé est forcement réactionnaire et le présent totalement ringard par rapport au futur. Tout ancrage, tout fondement ontologique nécessaire à l’existence, est dangereux, car aussitôt saisi par le dualisme, ogre diviseur obsolète, alors que le cyborg peut désormais émerger d’une éprouvette anonyme, dégagé de toute histoire située. Qui peut se dupliquer sans avoir à se justifier par des singularités exténuantes. Seul le multiple a droit de cité car une fois produit le Trois, on peut le répliquer à l’infini sans se soucier des sources. Ce refus, par les adeptes du techno-scientisme et du transhumanisme, de toute origine unique et de toute causalité repérable, au profit d’une relativité diffuse, attaque si fort les identités qu’il ne faut pas s’étonner que celles-ci se rebellent. Sans discuter philosophie, je dirais simplement que pourtant, d’après Zoroastre, le dualisme a un avantage certain : par la force de discrimination, il produit la sagesse.

Mais revenons aux élucubrations de Donna Haraway :

Créons donc une entité indéfinissable, assez floue et mouvante pour se noyer dans un multiple indénombrable, une créature suffisamment fuyante pour échapper à toute appropriation.

Cette entité serait une sorte de mixe entre organismes et machines, la nature devenant une marque déposée dont le génome serait l’algorithme. L’organisme est vu comme dangereux car autonome et irrationnel, alors que la machine peut être programmée par des opérations mentales auxquelles les femmes excellent autant que les hommes, et commandée par simple opération manuelle ou téléguidée, ce qui élimine les différences naturelles de poids, de taille, de muscles et donc, la violence physique. L’autonomie de la machine ne peut être qu’un progrès débarrassant de « corvées futiles ».

L’argument reprend une des revendications majeures de celles qu’elle traite de ringardes et dépassées, ces « essentialistes » qui s’accrochent encore à la nature (qui est un leurre), à leur corps (inexistant) et à leur foyer (une prison)  : l’argument qu’il n’existe pas de différence ni de hiérarchie entre les hommes et les animaux, bases de l’animisme, du panthéisme, du chamanisme, de la sorcellerie, constat de l’anti-spécisme et de l'écoféminisme, est subverti pour assurer qu’il en est de même avec les machines. Pas de hiérarchie, pas de différence, ni avec les chats et les chiens ni avec les robots, donc pas de prise de pouvoir possible. Bien sûr, le saut de l’animal à la machine n’est pas questionné, puisque l’humain étant un animal capable de produire des machines, ça induit logiquement que tous les animaux sont liés intrinsèquement aux machines ...(bien que bizarrement, ils n’aient pas encore fabriqué de fusils ni de bombes pour se défendre de leur extermination par les humains… mais peut-être les virus ?...).

Bref, Haraday estime que la relation entre organisme et machine n’est qu’une guerre des frontières et que pour la surmonter, la solution révolutionnaire serait d’abolir toutes limites, car seule cette abolition pourrait briser l’anthropocentrisme responsable de la colonisation et la domination humaine sur les autres espèces, et de l’homme sur la femme. Cette abolition passe par la dissolution des corps organiques en simples composants biologiques façonnables à souhait (elle ne dit jamais qui décide et façonne) et l’avènement d’une ère d’hybridation généralisée : les fonctions naturelles seraient progressivement prises en charge et contrôlées par les machines avant d’être remplacées par des micro-puces, et la fonction de reproduction, jusqu’ici lamentablement binaire, serait remplacée par la fonction de réplication effaçant toutes frontières catégorielles, donc « discriminantes », au profit d’un multiple souverain mais insaisissable. Le monde symbolique doit être remplacé par un rationalisme quantitatif strict, dénué de tout sentimentalisme, l’intelligence artificielle n’a pas besoin de rire ou de pleurer pour bien nous débarrasser de nos viles besognes fonctionnelles, seules les techno-sciences seraient en mesure de nous garantir contre les inégalités et l’autorité arbitraire !

 

Je ne suis pas une universitaire et j’ai eu du mal à déchiffrer ce texte abscons, mais j’ai fini par comprendre, après avoir démêlé les idées maîtresses de ce jargon alambiqué, que j’avais affaire là à une caricature extrême de la traîtrise à son sexe, érigeant la collaboration avec les auteurs du désastre comme seule issue. Collaboration que je dénonce depuis que je me suis écartée du féminisme d’État, qui est au sexe ce que le développement durable est à l’écologie : une récupération par le pouvoir techno-scientiste capitaliste et patriarcal. Si ce manifeste n’avait été que confidentiel, je ne me serais pas alarmée. Mais il a eu pas mal de succès dans les milieux intellectuels et ses idées sont largement reprises par les allumés du transhumanisme. Et là, il y a vraiment de quoi se faire du souci. Parce que oui, les essais de ces gentes dames sont repris par les médias toujours friands de nouveautés, et leurs idées répandues comme inéluctables, comme tout ce que la techno-science nous impose.

Haraday ne vit pas dans la nature, c’est une intellectuelle qui vit de son mental mais qui, à coté de son écran, s’adresse comme à une congénère à sa chienne fidèlement couchée là. Pour elle, la nature, c’est sa chienne. Elle se contente amplement de cette dégénérescence absolue qu’est la prolifération des animaux domestiques au détriment des sauvages, et elle y contribue largement en légitimant par de fumeuses arabesques livresques son rapport fusionnel au chien. Son « égalité » à l’espèce animale se mesure non pas au dernier lion, aigle, ours ou loup pas encore massacré, mais à l’animal domestique le plus largement perverti par l’homme : un acteur essentiel de l’extermination du sauvage, hautement placé dans la chaîne économique très rationnelle du meurtre de masse, nourri de boites de déchets des industries carnassières, gavé de tripes et boyaux des martyrs assassinés dans les camps de concentration où finissent les pauvres bêtes que nous « aimons » tant.

Comme tant de gens seuls et humiliés qui, au grand profit de l’exploitation animale, comblent leur vide émotionnel avec un animal de compagnie, elle est incapable de faire la différence entre un animal aliéné et un animal sauvage. Ce qui la rend tout aussi incapable de différencier l’humain libre de l’humain aliéné. Elle est victime d’un anthropocentrisme pervers (qu’elle se targue de dénoncer par ailleurs) qui projette sur l’animal domestique, dont elle détient les droits de propriété, ses propres sentiments et émotions, ce qui est complètement différent que de reconnaître à tous les animaux, ceux sous notre coupe et ceux qui ne le sont pas encore, la capacité de sentir et d’éprouver, et le droit de n’appartenir à personne.

Car ce qui différencie un humain libre d’un humain aliéné, c’est que l’humain libre n’appartient à personne.

Cette absence de subordination est bien entendu un affront pour la plupart des gens qui veulent faire prospérer leurs intérêts sur le dos des autres, et on trouve donc toutes sortes de tactiques pour enfumer la réalité, particulièrement en expliquant que le summum de la liberté, c’est de pouvoir faire ce qu’on veut avec les autres, sans aucune limites, à commencer avec soi-même.

J’en profite pour dénoncer à ce sujet le délire «  libertarien » des informaticiens de la Silicon Valley qui défendent une idéologie de libéralisme total où tout peut s’acheter, en particulier ses propres composants personnels, afin que l’humain soit propriétaire de lui-même comme on l’est de son chien ou de sa voiture. L’humain libre serait alors celui qui s’est nanti au meilleur prix de tout ce qui le caractérise, dont les artifices biotechnologiques qui l’augmente. Ainsi on ne pourra plus jamais penser qu’un humain libre est celui qui n’appartient à personne, on dira que la liberté, c’est être propriétaire de soi. Voici le règne absolu de la propriété privée poussée à son extrême, nécessaire aux nantis pour tout annexer. Le plus libre est donc celui qui, après s’être débarrassé de son vieil Ego dans une secte d’« éveillés », s’appartient le plus, qui aura pu s’acheter le plus de composants robotisés, et qui aura le mieux réussi à agencer un moi morcelé à la carte, pour développer les tentacules exorbitantes nécessaires à s’accaparer tout ce qui s’invente sur le marché des transhumains. Marché appâté par les soi-disant bienfaits des fabuleux progrès de la technologie médicale. Évidement, cette notion de moi breveté englobe tout ce qui est humain et non humain en asservissant tout à la loi du marché, de l’offre et de la demande, et la loi de la personnalité mobile et insaisissable. (C’est là que les hackers gagnent leurs lettres de noblesse, en nous faisant croire que grâce à eux, nous échapperons à tout traçage répressif). Comme tout pourra se vendre et s’acheter, autant les corps que les machines, il n’y aura plus de frontières pour desceller la veille dichotomie maître et esclave, homme et femme, plus rien contre quoi se rebeller. Le totalitarisme technologique advient ainsi dans sa forme la plus inattaquable. Il applique son intégrisme sur ce qui nous est le plus intime, notre corps, notre intériorité.

Son pendant est la réaction désespérée de celui qui, conscient de cette démesure, de cette violation, ne peut rien faire d’autre que se ramasser sur ce qui reste de son intégrité, soit en se vouant à une nation qui le reconnaît comme citoyen unique, le nationalisme, soit en se sacrifiant à un Dieu qui le considère encore comme une personne méritant le paradis, le terrorisme religieux. Comme le disait déjà Ellul il y a presque quarante ans, l’occident démantelé doit faire face à « la force de mobilisation des idéologies unificatrice, mobilisatrice et combattante ». Donc de l’islam et/ou de la nation. « l’infiltration croissante des immigrés, avec la diffusion de l’islam en Europe, conduira sans aucun doute à l’effritement de la société occidentale entière, et cela aura été, à longue distance, l’effet de la technicisation... » (page 427, chapitre « la déraison »)

Mais revenons au chien d’Haraday. Ce qui est bien avec le chien, c’est qu’il ne parle pas et ne peut pas s’exprimer, et que donc on peut lui faire dire ce qu’on veut, comme aux ordinateurs et aux robots. On peut programmer les animaux domestiques pour qu’ils nous servent sans discuter. J’ai acheté ma chienne qui a de la chance avec moi qui la gâte, et voyez comme elle comprend tout, obéit et suit mes rythmes ! Puisqu’elle partage mon habitat sans problèmes, c’est qu’elle me ressemble. On a là, avec les animaux domestiques modernes, le processus inverse d’avec l’esclave : l’esclave, il fallait qu’il soit un sous-humain pour le mettre à distance et le maltraiter sans vergogne. Le chien, il faut qu’il soit un sur-animal pour le rapprocher du mode de vie humain dont il comble les lacunes émotionnelles et relationnelles, et l’intégrer à la société de consommation. De même, les robots m’obéissent et me servent à mieux fonctionner, ils sont donc un simple prolongement de mon humanité. Ce n’est pas que je respecte la différence et la liberté du chien ou du lion, c’est que je l’annexe à ce que je considère comme la liberté universelle, j’en fais un hybride de moi qui ne suis qu’un assemblage déposé, un objet que je peux émanciper à volonté.

Avec de telles bases, on comprend que le "cyborg" de Haraway n’est qu’une projection d’une volonté de toute puissance absolue. Le problème, c’est que ça sert de base aux délires actuels…. Tel celui, cité par Mathieu Terence, de Steven Pinker, qui poursuit des recherches sur l’embryon à Harvard, et a bien l’intention de mettre au point des méthodes reléguant «  la procréation naturelle au rang de loterie injuste et mal dotée ».

A suivre...

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