11 mai 2008
Sons et lumières, festival diatonique aux yourtes
Aux longs mois d'hiver où tout est nu, uniforme,
immobile et givré, succède, chaque jour un peu plus,
la profusion de sons et de couleurs
qui font battre mes veines intensément à chaque printemps.
Dés Février, avec les mimosas et cognassiers du Japon,
je frémis d'impatience, à l'unisson des bulbes enfouis,
guettant l'échauffement d'un coin de terre
et l'échappatoire du soleil au dessus du trait noir de la colline.
Mais rien ne vaut l'émotion lumineuse
que me procure l'éclosion,
aprés les petites feuilles vertes acidulées,
des fleurs d'acacias.
Elles arrivent tout à coup sur la plus haute branche,
j'ai levé la tête aprés avoir trouvé sur mon paillasson,
à cause d'un brusque courant d'air,
quelques fleurs toutes dures,
encore embobinées sur elle-mémes.
Elles arrivent toutes blanches au milieu des piaillements
de milliers d'oiseaux en effervescence,
des centaines de chants qui, dés le lever du jour,
pénétrent avec une célérité joyeuse
l'enceinte amidonée de la yourte,
s'immisçant dans mes rêves et me réveillant
dans un enchantement symphonique.
Là, au seuil de ma conscience, chaque aurore plus matinale
fait jaillir de mon coeur un élan de reconnaissance,
une allégresse qui me soulève de ma couche pour saisir,
sans plus attendre, tous les cadeaux
que cette journée toute neuve m'a préparé.
La chouette, égosillée d'avoir hululé toute la nuit, s'est tue,
le rossignol, infatigable siffleur, vrille l'espace sonore
d'échelles tonales bondissantes, et je ne sais plus
où donner de l'oreille pour trouver une ligne harmonique,
car la montée du soleil les rend tous complétement dingues.
L'alouette et le merle précédent de peu le rouge gorge,
et, quand le soleil s'installe, le pinson et la mésange,
vite rattrapés par le pivert, inaugurent la journée
qui commence en fanfare, dominée par le roucoulement
du couple de tourterelle qui chaparde
mes graines de fleurs et le poulailler voisin.
En journée, les vols de canards sauvages
tirent mes yeux aux cieux,
et je me retrouve alors au comble de la béatitude,
car depuis que j'ai lu toute petite l'histoire de la princesse
et de ses frères les cygnes sauvages, et plus tard,
les poèmes chinois sur l'augure nuptial
des vols d'oies sauvages,
je ne peux m'empécher de planer avec elles par l'esprit,
m'imaginant sur un de ces cous puissants
en train d'être amenée vers mon prince.
Les chants des mâles me font tourner la tête,
je suppute les battements d'ailes
des petites femelles en vadrouille,
avec leurs envies de tisser leurs bouts de laine,
récoltés dans mes poubelles à tissus,
des petites femelles qui hésitent encore
sur le plumage le plus prometteur et le plus lustré,
ces grandes ailes qui les emmèneraient
vers des contrées magnifiques construire un nid douillet,
rond comme la yourte,
où déposer enfin les oeufs qui se pressent dans leur ventre.
Puis j'entends le shark rauque du geai,
et le cri limite désagréable de la corneille,
qui me rappellent comment les artistes japonais inspirés du Zen
laissent toujours, volontairement, dans leurs oeuvres,
une petite imperfection, une dissymétrie ou une erreur,
singularité échappée d'une esthétique trop accomplie,
afin de symboliser la réalité de notre humanité souffrante.
Chaque jour le camp se transforme et me trouve toute exitée,
incapable de m'en écarter, incapable de louper une phase
de cette métamorphose hallucinante
déployée en opéra symphonique gratuit dans mon jardin.
Plus je reste tranquille et plus mes sens s'affinent,
pressés de jouir de l'apaisement d'une sieste dans l'herbe,
à écouter le murmure d'un arbre bouillonnant de sève,
dont je sais que rien, sinon l'apocalypse,
n'arrétera la régénérescence perpétuelle.
Comment contenir dans sa vie toute cette beauté
et ces palpitations de volupté?
Certainement n'est pas en tentant de prolonger sa vie,
en négociant quelques printemps de plus,
mais sans doute en infusant chaque instant
pour connaître la sensation d'achèvement du présent.
Je sais que demain est loin d'être acquis.
Trop de coucous cravatés, en costards et lunettes noires,
qu'on reconnaît à leur façon méprisante de vous ignorer,
arpentent les ruelles de mon village,
à la recherche de nids à détrousser.
Ils recensent les bâtisses et les terres à spéculer,
ils cherchent des pauvres à sortir ou à exproprier,
et des innocents à berner.
Pour avoir toute la place, ils n'hésitent pas
à jeter par dessus bord tous ceux qui les gènent.
Ils enjambent mes guirlandes de portes, arrogants et hâbleurs,
piétinent mes plates bandes et déclarent en me toisant
que le monde leur appartient.
Un de ceux là, descendu du marche pied hautain
de son 4X4 parisien pour arnaquer
quelques villageois de leur maison de famille,
s'est quand même fait serrer
à Nimes dernièrement,
en train de forçer un réseau
de petites perruches de l'Est
à forniquer:
neutralisé pour combien de temps?
Sur ce land que je cultive sans espoir de retour,
je n'ai d'autres alternatives
que d'ouvrir une jachère aux abeilles
et continuer à planter des fleurs,
continuer comme si chacun avait le droit à un lopin de terre.
La bagarre demain peut recommencer,
la traque, la loi du plus fort, l'injustice et la violence,
les menaces et la colère, oui demain tout peut arriver,
un bull dozer avec un préfet véreux
qui déboule pour tout casser,
demain, je le sais maintenant au plus profond de mes tripes,
je peux brusquement céder ma place,
parce que je suis trop bonne à éliminer.
Mais en soumettant mes heures aux saisons,
en traversant l'effroi innommable d'avoir du rendre
le corps de mon enfant à la terre avant le mien,
j'ai mis la fin dans chaque début,
j'ai apprivoisé cet endroit de lumière gardé par les anges
où elle m'a précédé,
mon enfant qui a l'âge d'un printemps éternel,
ma fille au sourire bleu et limpide comme un jardin d'Eden,
qui me rend si forte.
Je suis, dans la yourte, au milieu des oiseaux,
des herbes folles et des fleurs sauvages,
dans le jardin du Paradis.
Mais je suis aussi, à cet endroit précis,
une créature qui prend conscience de l'amour qu'il a fallu
pour créer tant de merveilles,
et de l'amour qu'il va falloir
pour transmettre ces cadeaux en bon état
à ceux que nous mettons au monde.
02 mai 2008
animal sauvage de compagnie
J'aime pas les chats, j'aime pas les chiens, même mignons.
Particulièrement en cette période
ou tant d'humains sont menacés de famine.
Je n'aime que mon petit lézard.
Mon petit lézard habite en colocation dans ma yourte.
Il acquitte son loyer en gobant insectes et mouches et,
comme baromètre, il est plus fiable
que tous les objets des hommes.
Ça fait plusieurs années que nous nous côtoyons,
ce qui crée quelques attaches,
même si je n'ai jamais caressé mon petit lézard,
encore moins baisé son cou.
Ça a pourtant failli un beau jour, mais point de mon initiative,
les femmes ne prennent jamais l'initiative
dans les rapports de rapprochement physique,
ce qui permet de ne pas mélanger les genres,
entre roulures
et bonnes à marier....
Mais c'est bien grâce à sa présomptuosité
que j'ai enfin connu le sexe de mon petit lézard.
Il grenouillait sur le cercle de la couronne
pendant que j'enfilais mes chaussons.
Il s'est loupé.
En jetant un oeil coquin sur mes orteils,
ses petites pattes ont dérapé sur le vernis rouge,
il a glissé et il a chuté.
Une chute de deux mètres cinquante pour un petit lézard
équivaut à tomber du World State Building pour un homme.
La différence étant l'amortissement:
moelleux tapis au lieu d'un dur ballast.
Sauf que mon petit lézard, en son audacieuse confiance,
a su visé juste, et m'est tombé sur l'épaule,
manquant le cou d'à peine deux centimètres.
Hé bien, vous me croirez si vous voulez,
mais mon petit lézard ne s'est pas démonté le moins du monde,
il m'a donné un petit coup de queue charmant
en continuant sa chute sur la lirette multicolore,
s'est arrêté d'un coup sur mon orteil scotché,
comme sonné mais ravi,
m'a regardé droit dans les yeux
pendant quelques longues secondes que je n'oublierais jamais,
tant son regard m'ouvrait la porte
d'un monde immense en arrière de ma conscience,
s'est retourné sans une miette d'hésitation
en direction de la porte et a filé droit vers la sortie,
comme s'il avait les plans de la yourte infusés dans les pattes.
J'en suis restée toute entière scotchée.
Non pas de peur, de dégout ,
ou tout autre sensation négative de trouillarde,
mais de saisissement et d'admiration....
Comme quand vous rencontrez une personne
que vous connaissez déjà,
mais que vous la voyez tout à coup vraiment
pour la première fois,
à cause d'un rayon de soleil,
d'une ouverture qui a mûri à votre insu,
et que d'un coup, vous savez que cette personne là,
qui se tient comme une révélation dans votre horizon,
elle vous plaît.
Elle vous plaît totalement, sans explications.
C'est pourquoi, depuis ce premier contact intense,
j'ai nommé mon petit lézard: « Samaskotché ».
J'avoue que depuis, il se fait plus pressant,
toujours à ma porte à surveiller quand je rentre:
c'est toujours comme ça quand vous tombez amoureux,
grave prise de risque sans remboursement d'investissement,
surtout aprés un coup de foudre réciproque dans une yourte,
un jour de tempéte de lézards, on commence à paniquer
quand l'autre s'absente un peu plus que prévu...
J'aurais bien voulu éviter cette maladie à « Samaskotché »,
lui qui m'a vu si souvent tenter d'attraper
l'impermanence, le détachement,
et l'agapé mystique sur mon coussin de méditation.
Pratiquement, cette idylle reptilienne
est un bon régulateur de naissance:
je ne suis pas envahie par la fécondité de sa petite queue,
et la sublimation dont je suis adepte
fertilise mon inspiration lyrique...
Sauf que « Samaskotché » vient de me ramener une fiancée,
et que maintenant deux petites queues
se disputent le pas de ma porte.
Au lieu de lui faire le sale coup de la jalousie,
je préferre me rappeler l'anecdote écrite
quelques années auparavant,
aprés une rencontre tombée de haut de ce type,
version mammifère:
page écrite avant que mon maître « Es Libération »
ne me porte les coups décisifs.
« Pauvre et marginale, je n'ai pas souvent les moyens
de me payer une aprés-midi chez le coiffeur.
Je n'y vais que pour les grandes occasions:
quand je quitte l'homme de ma vie,
quand je tombe amoureuse,
quand je divorçe ou me marie,
quand j'entame une période ascétique,
ou avant d'accoucher, ou, en dernier ressort, quand,
par révolte ou par provocation, je décide de refaire le monde
en jetant les hommes à mes pieds.
Donc, une fois, je vais chez le coiffeur,
en pleine période blanche,
pour dépouiller ma tête de ses derniers caprices mentaux
et parachever ma sobriété monastique.
Jamais je ne n'avais osé permettre
un rasage si intime de mon crâne.
Alors que je supportais héroiquement ma castration esthétique,
j'avisais derrière moi un bel homme aux yeux bleus
en train de se faire rafraîchir les tempes.
Ma nouvelle tonsure, mon nouvel ordre sexuel
m'interdisant toute appréciation, j'observais seulement,
dans le jeu de miroirs, le dégagement progressif de sa nuque.
Et soudain, quand la coiffeuse rabattit le col du viril cou,
il s'est levé, il est sorti,
il est revenu, et il a posé devant moi,
sur le bord du miroir, un énorme bouquet de fleurs.
Il n'a rien dit, il a souri et il est ressorti.
Je ne l'ai jamais revu.
J'ai rougi de surprise et de plaisir.
J'ai touché les fleurs pour m'assurer de leur réalité
et j'ai demandé au coiffeur:
« Qui est-ce? »
- « Un aviateur »
Et voilà!
Il a été comme un avion super sonique,
transperçant la barrière invisible qui tient les êtres à distance,
il a réveillé le monde comme la foudre qui libère l'eau du ciel,
et il a disparu, dans la vitesse, la fulgurance.
Si j'étais un homme,
j'aimerais être cet homme qui offre des fleurs à une inconnue
et s'en va sans rien demander. »
11 mars 2008
Acheter pas cher ou construire sa yourte
J'en ai assez des demandes de gens qui m'écrivent pour me demander
où ils peuvent trouver la yourte la moins chère possible.
Le surfeur qui a atterri sur ma petite île avec sa carte bancaire
et sa machine à calculer étanche s'est tout bonnement planté.
C'est pourtant marqué en titre: résistance à la marchandisation.
Bon, je reconnais qu'avec les pubs ciblées imposées
par l'hebergeur du blog, il peut y avoir embrouille.
J'en ai parlé là:
http://yurtao.canalblog.com/archives/2007/05/15/4957897.html
Alors je leur réponds une bonne fois pour toute ceci:
de même que l'année sabbatique que vous prendriez
pour construire votre maison serait sans aucun doute
la mieux payée de votre vie,
ce que savent tous les auto-constructeurs,
de même les quelques semaines que vous vous octroierez
pour construire votre yourte
seront les plus fructueuses de votre vie.
Si vous réfléchissez comme un consommateur ordinaire,
je n'ai rien à partager avec vous,
allez faire votre petit marché sur le net ou ailleurs,
et pinaillez sur votre acquisition ,
vous êtes dans l'arène du néolibéralisme dérégulé,
c'est la loi du plus fort, du plus menteur, du plus exploiteur etc....
Continuez à alimenter l'accumulation des biens
sur le dos des autres et ne venez pas me dire,
en chouinant et détournant les yeux
que c'est parce que vous n'avez pas le sou.
J'entends: « Oui, mais moi, c'est parce que je suis pauvre,
je peux rien m'acheter d'autre, ni louer
dans un parc immobilier devenu fou. »
Béni êtes vous de votre pauvreté qui vous donne l'occasion
de tout mettre à plat et de remettre toutes les pendules
à l'heure de votre besoin vital.
Vous êtes en avance sur tous ces riches qui, s'ils veulent diminuer,
doivent y consacrer l'essentiel de leur temps,
car aujourd'hui la construction d'une vie fondée sur la sobriété
demande plus d'énergie que l'abondance.
Quand on a pas d'argent, et qu'en plus on se plaint sans cesse
d'un monde pourri par le fric, mieux vaut le prendre
comme un défi formidable qui devrait vous donner
de l'imagination et un peu plus de débrouillardise.
Ça devrait vous faire réfléchir
sur vos vrais besoins et sur les moyens
que vous pouvez vraiment investir en temps et en argent.
Quand on a pas d'argent, on a bien souvent du temps, et ça,
c'est un trésor que la plupart des consommateurs
n'ont plus depuis belle lurette.
De l'argent, je n'en ai jamais eu plus que le minimum,
et c'est justement ce qui a réveillé ma créativité et mes capacités.
J'ai déjà expliqué par ailleurs que l'argent actuel n'était plus lié
ni à l'or ni aux richesses produites par le travail,
mais majoritairement spéculé par des lobbies financiers
qui n'ont qu'un seul intérét,
vous endetter à mort avec votre maison
pour qu'ils puissent continuer à piller la planête.
C'est ce systéme qu'il faut cesser de corroborer,
ces escrocs avec qui il faut refuser de collaborer.
Il suffit par exemple d'inspecter les poubelles
de Françe et de Navarre, et vous y trouverez largement
de quoi vous construire ce qu'il vous faut.
Bien sûr, il faudra se salir un peu les mains,
mais ça vous donnera une occasion non négligeable
de vous blanchir la conscience.
Si vraiment vous ne voulez pas vous mettre à la construction,
alors faites des économies,
ramez bien dans un boulot de merde pendant quelques mois,
mais au moins vous saurez pourquoi.
Et le jour où vous aurez enfin votre yourte,
achetée à un constructeur Français honnête,
vous en connaîtrez le prix
et ne la remiserez pas de sitôt dans votre cave.
Elle vous sera précieuse comme ce qu'elle est.
Car construire sa yourte, vouloir y habiter,
c'est comme faire un bébé:
c'est le résultat d'un désir, un vrai désir de fond,
puissant et personnel, ce désir qui vous fait ouvrir
votre coeur, vos bras, vos vies.
Si vous faites partie des gens qui acceptez
l'instrumentalisation des corps en ne bronchant pas plus
devant le phénomène technologique des mères porteuses
que devant celui de la prostitution,
c'est sûrement que vous avez déjà bien intériorisé le fait
que vous ne pouvez créer votre vie qu'en achetant sa gestation
à quelque marchand ravi de vous arnaquer
et vous assujettir durablement.
Vous êtes préts à acheter une yourte
que vous n'aurez en rien désiré en tant que sujet,
ni conceptualisé, avec tous les dérapages et les conflits
qui ne manqueront pas de se présenter au moindre courant d'air
ou à la moindre goutte d'eau filtrant sous votre toit.
Car de même que l'acte subversif de se simplifier
prendra une bonne partie de vos pensées
et de votre emploi du temps,
de même la construction de votre yourte focalisera
votre attention toute entière, comme vous couveriez un bébé
se formant dans le ventre de la femme que vous aimez.
Et ce bébé qui naîtra sous la forme de la yourte,
ça sera votre enfant intérieur,
ce nouvel être libre que vous aurez voulu de vous-même,
qui transformera toute votre approche existentielle.
Et de là, vous ne viendrez plus reprocher au vendeur
la précarité que vous avez choisi, et les détails matériels
qui vous rappelleront chaque jour que vous avez préferré
ne plus vous séparer de la réalité humaine et naturelle
que par une mince couche de coton.
Si vous êtes capable de mettre le prix qu'il faut
pour réaliser votre désir,
que ce soit en déléguant la fabrication
à un constructeur consciencieux,
à qui vous n'exigerez pas un service aprés-vente à la Darty,
parce que vous savez bien qu'une yourte ce n'est pas un bunker,
ou en vous lançant vous-même dans une fabrication
somme toute très abordable sans gros investissements,
alors vous découvrirez la joie la plus gratifiante,
celle d'assumer pleinement son désir
en sachant se contenter de ses propres limites,
tout en récoltant les fruits du courage
d'avoir rompu avec sa vie d'esclave.
Pour lire l'article "acheter une yourte mongole" cliquer sur le lien suivant:
http://yurtao.canalblog.com/archives/2008/01/27/7718203.html
06 mars 2008
yourtes à Paris, précarité revendiquée, pauvreté assumée!
Face aux systèmes féodaux et monarchiques
de l'ultralibéralisme qui fabriquent à la chaîne
des milliards de pauvres toujours plus endettés
pour payer des golfs et des yatchs à une oligarchie dépravée,
face aux braqueurs intronisés
dans les châteaux de la république,
amenons des yourtes!
Face aux capitales toujours plus polluées et engorgées,
ensevelies sous le clinquant et les vitrines de banques,
face aux cathédrales, aux hôtels particuliers,
aux palais présidentiels, aux basiliques de l'addiction
à la consommation de gadgets toxiques,
face aux salons et tours d'ivoires ou s'agitent
des nabots psychopathes injuriant le peuple
étendu sous l'estrade,
face aux délires monumentaux de promotueurs
engraissés au caviar des expulsions en masse,
fabriquons des yourtes et des cabanes!
Face à la bureaucratie kafkaïenne, à l'empire technologique,
au culte de la croissance,
aux boulevards médiatiques du vulgaire,
aux incantations à la délation et à la rapacité,
à l'amoncellement d'objets insipides,
amenons notre legereté et notre peu,
déployons nos yourtes!
Face à la Bourse, symbole du racket international
par la spéculation et le vol organisé sur le dos des travailleurs,
des femmes, des enfants, des pauvres et des vieux,
face aux colonnes du temple des marchands crapuleux,
face aux parachutes dorés des traîtres à l'humanité,
déployons ces parapluies de branchages et de tissus
que sont nos yourtes auto-construites,
sur nos vraies petites vies qui réclament
le droit d'exister sans piétiner son voisin!
Contre l'obédience à la vénalité,
face aux prisons ou croupissent claquemurés
tous les délits de pauvreté,
déployons nos ressources de fraternité,
rassemblons nos packetages plumes
pour des convois vers la liberté,
créons les bricolages inspirés de nos quotidiens,
revendiquons notre autonomie,
assumons une précarité solidaire,
installons une demeure du coeur et non de béton,
échangeons nos plans de yourtes
et revendiquons le droit à la cabane!
Communiqué suite aux journées des yourtes à Paris:
Dans un contexte législatif laissant de moins en moins de place aux initiatives autonomisantes, face à des pouvoirs publics qui ne répondent au besoin de chacun d’un lieu à partir duquel construire sa vie que par des solutions à court terme, nous demandons la reconnaissance légale d'une diversité de logements alternatifs, dont l’installation réversible et respectueuse de l’environnement sur des terrains non-constructibles.
Il est tout à fait contradictoire que les mêmes pouvoirs qui s’avèrent incapables d’assurer un logement et un revenu fiable à tou(te)s, empêchent les personnes qui le souhaitent d’y apporter leurs propres solutions.
Suite à ces journées, nous demandons à rencontrer les pouvoirs publics aussi bien au niveau national que régional et local pour préparer cette évolution de la législation, en passant par une période d’expérimentation et la mise en place d’un moratoire des poursuites sur les installations existantes.
La manifestation s'est terminée sur la décision d'organiser
des “Journées d'été de l'habitat choisi”
dans le centre de la France pour renforcer le mouvement et élargir le débat public.
Pour plus d'information :
Halém, 06 18 94 75 16, halemfrance@halemfrance.org, www.halemfrance.org
Ma Cabane, 04 68 05 69 40, contact@macabane.info, www.macabane.info
Inconduite nomade, 06 30 94 85 71, nomadinconduite@free.fr, http://katipik.free.fr/
Pour participer à l'organisation de ces "Journées d'été",
inscrivez-vous sur le groupe de discussion suivant :
http://groups.google.com/group/habitatchoisi/about?hl=fr
05 février 2008
l'âme de la yourte
Tous ces gens qui veulent maintenant
habiter dans une yourte,
au fond, ce que je crois, ce qu'ils veulent,
c'est rencontrer dans leur nudité, leur profondeur,
leur être le plus authentique.
Ce qu'ils cherchent, au fond, je le crois,
n'est-ce pas ce Soi en arrière des contingences
qui tient lieu de refuge et repaire
aux quéteurs de vérité?
Ces gens qui se mettent à désirer la yourte,
au fond, je le crois, ce qu'ils vont rencontrer
en tournant le dos aux vitrines,
en cisaillant leurs grilles,
pourrait être ce Tao silencieux et joyeux
qui ramène au milieu
ce dehors et ce dedans si écartelés
qu'ils ont failli éclater en mille morceaux.
Ce qu'il rêvent, au fond, n'est-ce pas, comme je le crois,
de s'extirper lucidement de la démesure
pour habiter sans fracas dans la simplicité?
Tous ces gens qui maintenant
refusent d'attendre le train de la conformité,
qui veulent quitter leur béton,
rendre leur chéquier et tailler les perches de leur toit,
ne sont ils pas, au fond, comme je le pressens,
en train de refuser de continuer
à se dérober d'eux-mêmes?
La yourte pourrait leur dire,
de la bouche d'Etty Hillesum:
« Ah! Laissez moi donc être la baraque- refuge
de la meilleure part de vous-même,
cette part certainement présente
en chacun de vous.
De ce corps, laissez moi donc être l'âme. »
31 décembre 2007
La yourte, ce Soi qui fait toit.
La Yourte, ce Soi qui fait toit.
Outre les conventionnels voeux,
je me trouve bien en peine d'en proférer d'authentiques.
Chaque fête, chaque anniversaire
qui marque l'écoulement du temps,
me jette dans la sidération d'avoir à franchir
les limites de l'impossible.
L'impossible franchissement d'avoir à survivre à mon enfant,
l'indicible sidération d'une succession rompue,
la perte de la jeune fille à qui la femme mûre
transmet le flambeau de la libération,
l'assourdissant cri de rappel d'une féminitude
dont on ne voit plus le bout.
Derrière moi tant de femmes meurtries,
et maintenant la tragédie de mon enfant sacrifiée,
offerte à la scrutation du non sens....
Puis je continuer à créer, dans l'ordinaire de la yourte,
le rêve d'un monde où l'on n'assassine plus les filles?
Car ce n'est pas seulement sa mort l'infranchissable,
c'est tout ce qu'ils lui ont fait,
ces douleurs absolues cumulées en si peu de temps,
tout ce qu'ils n'ont pas fait pour l'aider,
tout ce qu'on a laissé faire pour se garder soi-même,
tout ce qu'on accepte de ne pas voir
et qu'on finit par cautionner,
toutes ces raisons de vivre qu'on a pas défendu,
c'est toute cette indifférence et cette aliénation
qui font dormir devant les génocides
et se détourner devant les meurtres domestiques.
Sans la yourte, comment aurais je survécu à ma fille?
Ma fille assassinée dans un monde sauvage
de hordes manufacturées, robotisées,
par des prédateurs aveugles de plus en plus armés.
Ma fille tant exposée au pire, du foyer à la rue,
à qui je n'ai rien pu éviter,
rien de cette tragédie fulgurante dont il faudra bien que je parle.
J'entends résonner son rire,
son merveilleux rire de jeune fille heureuse,
à travers toutes mes pensées et tous mes réves,
ce rire qui n'imaginait rien de tant de haine contre l'innocence.
Elle est morte sous les coups de ceux
qui vivent dans un monde sans yourte,
un monde qui interdit les yourtes
et se débarrasse de ceux qui risquent d'y trouver,
en même temps qu'un toit, le droit de vivre et la liberté.
Qui refuse l'imagination au pouvoir,
pour qu'enfin, par nos propres mains,
nous gagnons notre véritable dignité d'être humain.
Qui déteste tout ce qui est différent, tout ce qui s'extrait,
par nature ou par force, de l'arasement du conformisme.
Qui tue les faibles, les fragiles, les plus humains,
qui muselle et piétine la vérité.
Elle s'est élevée contre les ricanements et les scénarios tordus
du théatre d'ombres où elle refusait de jouer un rôle,
assumant des violences inouïes, elle a tourné le dos
aux mensonges dans toutes les bouches relayés,
elle a révélé les failles et les inanités d'un système féroce
qui forge son identité sur le rejet, l'exclusion et la criminalisation des justes,
elle est la personne la plus courageuse
que j'ai rencontré dans ma vie.
C'est peu dire que je suis fière d'elle.
Elle est le joyau de mon coeur.
Alors ces yourtes, construites en marge du système,
dans cette floraison de l'esprit insurgé
contre la mercantilisation et la standardisation culturelle,
avec les rebuts et les chutes du gavage mondialisé,
cousues loin des usines avec des outils simples,
ces yourtes, à la précarité éternelle, m'ont servi de barques
pour surnager aux remous abyssaux d'un deuil impossible.
Car la yourte, c'est ce monde en avant
où les femmes sont reines,
dans cette peau tricotée de leurs méditations et leurs luttes,
ce cercle sacré qui nourrit leur intimité
et relie l'esprit à l'univers, cet espace si lèger où,
en étant protégées, les femmes ne sont pas claquemurées;
un espace qui, comme un arbre,
donne plus d'oxygène que de pollution,
un espace sur le seuil duquel on se déchausse et courbe la tête,
laissant tout l'orgueil du monde à la porte.
La yourte, c'est quelques branches entrelacées
et quelques bouts de chiffons assemblés,
qu'on peut prélever soi-même dans son environnement
en respectant le bâtisseur tapi en chacun,
ce morceau d'âme réveillé qui individualise
celui qui construit sa coquille matérielle
en dehors des impératifs de l'abondance obligatoire.
La yourte, lieu de l'utopie en marche,
laboratoire de l'autonomie,
athanor de la fécondation alchimique,
j'en ai fais cette matrice symbolique où les femmes du monde
fument ensemble le calumet de la paix,
un refuge où on ne les pourchasse plus, ne les insulte plus,
ne les mutile plus, ne les matraque plus, ne les viole plus
et ne les jette plus par la fenétre.
Une matrice accouchant sur l'herbe d'un flot de filles spirituelles.
Les châteaux forts édifiés par des rois,
des chevaliers et des guerriers, pour la thésaurisation
des butins de guerre et la soumission des vaincus,
les centre villes confisqués par des spéculatueurs financiers
qui ont pris en otage le libre échange et rakettent la planète,
nous n'en voulons plus,
nous voulons des yourtes pour des belles au bois charmant,
des bergères et des magiciennes,
des yourtes ouvertes sur des prairies sans clôtures,
pour troquer entre nous les richesses
que nous n'entreposerons plus jamais
dans les coffres des banques,
ces richesses que nous créons par le seul fait
d'être nous-mêmes, entières et mutuelles.
La yourte, la cabane autosuffisante,
c'est l'arme pacifique des pauvres contre la mondialisation
de la bétise, de la destruction et de l'aveuglement,
c'est une résistance active contre le pillage institutionnalisé,
c'est la vision d'un monde réconcilié
entre son passé et son avenir,
sa tradition et son inventivité,
entre ses excés et ses manques,
une vision qui donne de la place à tout le monde
sans pour autant niveler, enrégimenter et totalitariser,
une vision trop visionnaire et trop en avance
pour étre comprise aujourd'hui.
Alors le courage qu'il faut pour prendre la distance
nécessaire à cette vision,loin des écrans saturés,
une vision quasi originelle tendue vers un futur fraternel,
qui fonde le sens d'une vraie vie d'être humain,
cette vision qui est une rupture totale
avec la pensée unique et la lobotomisation des cerveaux,
un démarquage radical du vomi médiatique
et de l'hystérisation politique qui tiennent lieu
de culte dévotionnel de la démocratie,
c'est ce que je souhaite à ceux qui me lisent,
par hasard ou par connivence, en cette période de voeux.
Ni ma fille ni moi ne nous sommes soumises
à l'arbitraire des hommes ni à celui des hordes,
chacune à sa manière.
Cet échappatoire perpétuel, cette incapacité à être enfermée,
cette passion de la liberté chevillée
au plus profond de nos entrailles,
l'ont mené plus vite que moi à 'extrême charnière de la vie.
Mais je n'ai pas d'illusion: la liberté a tellement d'ennemis
que je suis assurée, si mon coeur tarde à craquer,
d'avoir une fin aussi brutale qu'elle.
Ne pas avoir peur de la mort,
craindre seulement de finir une journée
sans avoir contemplé sa brillance intérieure,
voilà ce qui fonde l'indomptabilité du combat contre l'injustice.
Nos vies ne sont-elles pas de toutes petites émergences,
comme l'écume sur la vague,
au milieu de l'océan des possibles?
Et toutes ces vies qui grondent dans les profondeurs
ne préparent elles pas le tsunami de la prochaine révolution?
Il suffirait d'une grève des loyers,
une sédition totalement pacifique,
pour faire éclater la bulle financière,
ce qui






































































































