11 avril 2008
Ecotourisme en Cevennes
Voici un texte juste écrit par "un collectif des Cevennes"
aprés le deuxième salon de l'écotourisme de Lozére.
Je me permets de l'illustrer de quelques photos
sur le printemps jaillissant tranquillement sous la pluie cevenole.
Ecotourisme durable :
la turista du vingt et uniéme siècle.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire de prime abord,
il existe une industrie de masse en Lozere : c'est le tourisme.
Elle fleurit sur l'exploitation d'un capital ;
la « nature sauvage » ou «nature préservée »,
avec comme principale vitrine le parc national des Cévennes.
Son offre est d'autant plus concurrencielle qu'elle s'appuie
sur une main d'oeuvre bon marché composée de petits artisans,
de petits agriculteurs, de petits propriétaires de gites,
et d'un milieu associatif et culturel pour une bonne part bénévole et subventionné.
Comme toutes les autres, cette industrie génère de nombreuses nuisances :
pollutions diverses, pillage des ressources naturelles ( notamment l'eau )
occupation du foncier quand une bonne part de la population galère
pour s'installer, se loger,
développer des projets d'autosubsistance et d'activité paysanne.
Elle est en outre fortemement consommatrice de terres agricoles.
Elle se déploie sur un marché ;
celui des loisirs des populations issues des pays industrialisés,
c'est à dire récoltant les fruits du système d'exploitation mondial
et de ses effets désastreux : travail forcé, famines, désastres écologiques durables...
Repeindre le tourisme aux couleurs consensuelles de l'écologie et de l'équité
ne change rien à sa nature ; cela s'apparente plutôt à une volonté de manipulation
en vue d'obtenir l'adhésion de tous ou, tout au moins, la neutralisation de la critique.
A travers la charte européenne pour le développement durable
des espaces protégés et la promotion de l'écotourisme,
il s'agit de mener une opération marketing de grande ampleur
afin d'élargir le marché et d'étaler les « flux » touristiques
sur une plus longue période pour mieux gérer leur augmentation
en conservant l'image de marque d'un tourisme de qualité, labellisé du terroir.
Le territoire devient alors une entreprise au développement
de laquelle les habitants sont sommés de participer.
Devenir prestataire de service, guide, gardien, animateur,
ou figurant souriant du grand musée de la nature lozèrienne
et de la « culture » cévenole.
Et quel meilleur mausolée qu'un musée grandeur nature
pour inhumer ces cadavres encore frais ?
Et quelle place reste-t-il pour vivre
quand tout devient musée et galerie marchande ?
Et pourquoi ne pas carrément édifier un parc d'attractions européen
écoéthiquementcitoyendurable ?
On pourrait l'appeler Lozèreland, Camisarland, ou Parc Cevennix.
On y parcourerait des sentiers balisés à thème,
avec des étapes dans de charmantes bourgades où prendraient place
des reconstitutions historiques en costume de la vie quotidienne des siècles passés.
On pourrait visiter chaque maison, hameau ou cabane
pour mieux s'imprégner du quotidien de ces gens qui vivent « autrement ».
Tout le monde participerait de ce grand oeuvre et l'argent coulerait à flots.
Bien sûr il faudrait calmer les récalcitrants, voire les dégager
mais cela n'a jamais été un problème: la bonne marche des affaires est à ce prix.
« Développez!Développez! Il en restera toujours quelque chose »
aurait pu dire Goebbels.
Certes il en restera toujours quelque chose, mais quoi et pour qui ?
Des montagnes de merde pour tous et de juteux bénéfices pour quelques uns ;
comme toujours !
04 avril 2008
s'égarer pour trouver
Un pas devant l'autre, et c'est une idée après l'autre qui nous vient.
Marcher rend philosophe, suggère Christophe Lamoure,
professeur de philosophie et promeneur
Est-ce à dire que la marche est une école de sagesse ?
Oui, parce qu'elle nous tient sur terre ;
ce n'est pas un hasard si « humilité » vient du latin humus, « terre ».
Et qu'elle nous permet de faire l'expérience de nos limites :
en la pratiquant, nous ressentons la fatigue, la vieillesse,
nous « sentons » que notre corps n'est pas tout-puissant,
alors que les déplacements en voiture, en train ou en avion
sont autant d'occasions de dépasser nos limites physiques.
La marche nous enseigne aussi qu'il n'est pas
dans la nature des choses d'aller droit au but.
En montagne, vous avez beau voir au loin la cime à atteindre,
vous ne pouvez pas grimper tout droit pour y accéder.
Vous comprenez que le chemin le plus direct
n'est pas toujours le meilleur
et que les détours et digressions peuvent être précieux.
Marc-Alain Ouaknin, philosophe, rapporte la phrase suivante :
« Ne demande pas ton chemin à quelqu'un qui le connaît,
car tu ne pourras pas t'égarer"
C'est dans l'égarement que l'on trouve.
07 janvier 2008
cochons sauvages à Rochessadoule
A une petite heure de marche du Cantoyourte,
aprés avoir grimpé la colline
au pied de laquelle les yourtes sont installées,
on arrive à la Crueize, chez mon copain Augustin,
éleveur de cochons sauvages (ou sangliers domestiques).
Sa propriété, qui dépend de la commune de Rochessadoule,
ancienne cité minière, tout comme Bésséges,
est assez étendue pour que ses animaux y trouvent leurs comptes,
ce qui n'empéche pas leur maître
d'aller s'approvisionner régulièrement aux marchés des alentours
pour récupérer des restes alimentaires.
C'est le seule chance de rencontrer Augustin ailleurs que dans sa ferme,
endroit paradisiaque qu'il entretient
en gentleman farmer accompli.
Là, des paons dorment ou chantent dans les arbres,
des plantes bizarres poussent dans des endroits incongrus
et des têtes sans chair nous rapellent notre humaine condition.
Une douzaine d'années auparavant,
quand j'ai commençé les yourtes,
Augustin avait mis à ma disposition ses terres,
sur lesquelles une coupe de châtaigners,
dont les branches s'éparpillaient de loin en loin dans les fossés,
séchait tranquillement au soleil cevenol.
Je montais chaque jour avec ma scie, ma plane et mon couteau
pour choisir, tailler et écorçer quelques perches,
destinées à soutenir le toit de ma première yourte.
Ce fût un hiver magnifique, car l'enthousiasme de ma future création
se mélait au calme enivrant de la forêt, aux chants des oiseaux
et aux grognements rupestres des cochons
fouinant dans les sentes tout autour.
Ces perches soutiennent toujours la voûte qui m'abrite,
elles n'ont pas bougé depuis douze ans.
J'avais même fait l'essai de ne pas en écorcer une pour voir
si elle se dégraderait plus ou moins vite que les autres.
Or elle est toujours intacte, pas un seul traitement,
pas un seul insecte ou ver n'ont outragé cette branche de châtaigner,
bois qui, une fois encore, fait ses preuves d'imputrescibilité.
On voit cette perche noire entre les deux mats de cette photo.
Notre ami a utilisé ce bois merveilleux pour restaurer sa maison,
pour ses clotures, son ameublement.
C'est sur le chemin menant chez Augustin,
sous un ciel merveilleusement étoilé,
que les douze coups de minuit de la fin de l'année 2007
ont sonné pour la petite bande de copains qui l'ont rejoint
devant le grand feu rituel du Nouvel An.
Car notre ami ne se contente pas de sa grand fête d'été
pour inviter sa large famille, tous ses voisins et copains,
à partager le mouton, il remplit les cieux de la nouvelle année
d'un superbe flamboiement propre à réchauffer les coeurs les plus gelés!
Et quand le feu du dehors se tasse,
on peut toujours partager avec lui,
un bout de gras,
et, à l'arrière de sa cuisine,
l'âtre gigantesque de sa cheminée,
en grignotant de délicieux beignets de sa confection!
Augustin a retapé juste à coté de sa maison
un petit gîte rural d'une simplicité charmante,
enfoui dans la verdure à quelques pas de chez lui,
que je recommande à tous ceux qui préféraient dormir
sous les pierres plutôt que sous la yourte.
On s'y réveille avec les cris des paons,
on s'y endort avec les cigales, et on peut, bien sûr,
y déguster de la très bonne charcuterie biologique.
Augustin est un vrai paysan, au sens ou il aime profondément
son travail et son environnement,
qu'il se fit à ses intuitions d'autodidacte
et posséde une force de vie et de travail impressionnante.
C'est aussi un vrai gentleman, non seulement de par
son hospitalité toujours débonnaire,
mais aussi car parce qu'il est polyvalent,
tout autant intellectuel que manuel,
et qu'on peut mener avec lui, sous les treilles,
des conversations joyeuses et éclairées,
en plusieurs langues, sur toutes sortes de sujets passionnants.
Je l'ai rencontré il y a bien longtemps,
avant de me déposséder du vieux mas cevenol que j'avais acquis
pour une bouchée de pain avec mon mari en 81.
Je me suis très vite mise à réver d'un abri plus léger,
plus à l'échelle de mes muscles d'artiste,
tant le boulot de reconstruction accaparait mes velleités créatives.
Je fréquentais alors la jeune femme d'Augustin
qui élevait leurs petits enfants, nés loin de tout,
très rustiquement, dans une ruine au milieu d'une forêt de ronces!
En trente ans, bien de ces vieux mas Cevenols ont été relevés
à la force du poignet par les immigrants du retour à la nature,
bien des couples ont éclaté dans ces laborieuses restaurations,
bien de ces bâtisses ne servent plus
que secondairement à quelques vacances trop rapides,
mais il reste qu'on peut rendre hommage à ces vrais paysans
qui ont fait de certains de ces endroits des enclaves naturelles
où l'homme, parfaitement intégré dans son milieu,
se préoccupe de sauvegarder ce dont nous avons un besoin urgent,
le respect de notre terre nourricière.
Ils succédent en cela à ces générations de paysans cevenols,
durs à la tache, qui ont merveilleusement construit
ce paysage de restanques que j'aime tant.
Le site d'Augustin:
http://wwwd.iha.fr/script/ad6frameset.html?x=ODgwOzg
01 novembre 2007
Yourtes en Cévennes
Situé aux confins de trois départements,
le Gard, la Lozère et l'Ardéche,
le Cantoyourte se trouve sur le sentier de grande randonnée 44A,
qui vient des Vans et remonte à Malons,
où il rejoint le GR44 qui continue
jusqu'au pied du mont Lozère, jusqu' à Villefort.
Pour voir l'article "Vue sur les yourtes à Besseges", cliquez là::
http://yurtao.canalblog.com/archives/2008/03/17/8353543.html
Ma première yourte a été montée il y a dix ans
devant le château de Theyrargues,
situé plus à l'Est vers la vallée du Rhone.
La deuxième, où j'ai habité plus de quatre ans
à flanc de colline au milieu des chènes verts,
faisait vis à vis au château de Molières sur Cèze,
consciencieusement retapé ces dernières années
par une équipe de bénévoles besogneux,
château qu'on peut découvrir,
en face de la chapelle de Meyrannes,
en arpentant un beau chemin botanique,
avec jupons moyenâgeux et pique nique champètre,
en gentes compagnies.
Maintenant, mes dernières yourtes sont posées
dans un triangle dont les trois pointes sont
le château du Montalet, à Molières,
que j'affectionne particulièrement
pour l'avoir connu totalement abandonné,
avoir habité juste dessous avant qu'il soit tous les jours
dans ma ligne de mire, pour y avoir aussi passé
des nuits romantiques avec un saltimbanque
aujourd'hui rendu au pays des esprits,
le château de Portes, très prisé
par les funambules et les culturels créatifs,
et le château d'Aujac, sur les pentes duquel je ramasse,
au printemps,entre éboulis et lézards verts, le thym
pour une année de tisanes et bouquets garnis.
J'aime ce contraste entre le monument et la tente
qui raconte en une seule image téléscopée
comment les hommes s'inscrivent dans leur milieu
et se protégent des éléments naturels et des ennemis potentiels,
nous remémore l'histoire de David contre Goliath
et nous montre l'unité paradoxale issue de
la remarquable pérennité de ces deux constructions
apparemment si opposées, dont le point commun réside
en la faculté de traverser le temps.
J'aime y voir l'impermanence, la fragilité et l'éphèmère
confrontés aux fondations profondes et à l'immobilisme,
image symbolique saisissante
d' une culture nomade libre et légère
face à une culture guerrière lourde et rigide.
La yourte n'est elle pas devenue aujourd'hui
la petite fleur indispensable qui sublime les vielles pierres,
montrant ainsi que les cultures peuvent coexister pacifiquement,
que les dynamiques du cercle et du carré
ne peuvent se priver l'une de l'autre?
Si l'on décolle au petit matin du camp de yourtes
par une belle journée d'automne,
comme les Cevennes nous en offrent souvent,
on peut monter de Bésseges jusqu'à Aujac,
et si c'est Dimanche et qu'on aime les racines historiques
et les vues dégagées, on peut visiter le château d'Aujac
qui domine toute la vallée,
ouvrant un panorama magnifique sur les vallonnements du Sud.
Pour ma part, j'aime prendre de temps en temps
un peu de hauteur pour embrasser du regard
ce pays dont je suis amoureuse,
me rassasier de la beauté sauvage des forêts cevennoles,
respirer un air plus pur,
boire l'eau fraîche des sources limpides,
me gaver de silence.
En quelques minutes de montée,
on débouche sur un désert rempli d'arbres,
troué ça et là de hameaux perdus
habités par quelques babas aux moeurs arides,
et on peut se perdre dans une vallée rocailleuse
où coulent les châtaignes le long des pentes abruptes,
et au fond, une rivière pétillante de truites.
C'est dans un de ces trous qu'un jeune couple
a tenté d'habiter à l'année sous leur yourte,
sur une restanque idyllique en été, mais féroce en hiver:
l'homme est parti le premier,
la femme a tenté de jardiner, de se chauffer, de s'organiser,
puis s'est repliée elle aussi.
La yourte a fini par s'effondrer sous la neige,
et le terrain vendu à un Parisien qui n'y viendra jamais en hiver,
et très peu en été (il suffit qu'il puisse se vanter
d'avoir un endroit à la Robinson, qu'il puisse seulement penser y venir).
L'homme a alors cédé les débris de cette yourte au Cantoyourte:
des amis sont allés la récupérer
avant que la pluie ne fasse monter l'eau
et que le guêt soit infranchissable.
J'aime monter voir mes copines à Bonnevaux,
le village surnommé « le phare des Cevennes », où,
jusqu'aux dernières élections,
tous les habitants votaient unanimement à gauche,
(cette année, pour la première fois depuis trente cinq ans,
les neo-ruraux ont du accepter 3 urbains riches qui ont acheté
des maisons secondaires et voté extrême droite)
danser face à l'horizon pur et vaste
en grignotant des baies sauvages,
aérer la maison d'une voyageuse partie l'hiver en Inde,
allumer une chandelle dans l'église,
en riant avec les fillettes du coin,
chercher le tipi du dernier réveur,
crapahuter au milieu des moutons.
Je connais les tombes,
la façon qu'ils ont ici depuis des siècles
de prendre soin de leurs proches partis avant eux,
je me recueille dans les chapelles en pierres sèches
disséminées sur les pitons rocheux de toute la région,
c'est dans l'une d'elle que j'ai pris la décision
de vivre ici pour le restant de mon temps,
c'est là que je contemple le mieux l'époux du dedans,
qui murmure à mon coeur, entre les rideaux blancs
que le souffle de l'esprit soulève entre la pierre,
le bois et les roses, où et comment marcher
sur le chemin du contentement.
14 juin 2007
des fleurs d'ici
Contente d'habiter cet endroit,
ou il est encore possible de vivre
à sa manière,
acceptez ces quelques fleurs,
qu'elles embaument votre coeur.
LE LYS
Le JASMIN TROMPETTE
L'HORTENSIA
L'IBERIS et LE TREFLE
LA CAMPANULE
L'ACCANTHE
LE GERANIUM
LA Fleur de grenadier
Pavots
"Dites ce que vous avez à dire
et non ce que vous devez dire.
N'importe quelle vérité
vaut mieux que faire semblant"
Henry David Thoreau.
26 mai 2007
herbes aux yourtes
Voici quelques amies
qui m'ont prété un peu de place sur leur terre.
Les plus proches, celles qui caressent la yourte
et que j'ai appris à connaître.
Ces plantes sont des simples sauvages,
je n'ai rien planté,
je me suis contenté de nettoyer quelques endroits, c'est tout.
Le simple fait de sélectionner ce qu'on enlève
est déjà un acte suffisamment important
pour qu'on prenne le temps d'observer les conséquences
sur l'équilibre végétal et les réactions écologiques en chaine.
Les plantes, les humains en ont besoin vitalement.
Les humains, les plantes n'en ont pas besoin.
Soyons reconnaissants des miracles qu'elles nous offrent
depuis la nuit des temps.
Pour ma part, j'ai une véritable fascination pour elles,
car je sais intuitivement qu'elles sont ataviquement,
profondément enfouies en nous,
dans le secret de notre souvenir somatique,
prêtes à nous donner le meilleur d'elles-mêmes.
J'en présente quelques unes,
en partant de la droite de l'entrée de la yourte.
Le salsifis, qui s'est mis à pousser devant ma porte
et m'offre de temps en temps ses merveilleuses petites étoiles.
. Ses horaires d'ouvertures sont très capricieuses,
je n'ai pas tout compris encore.
Il s'abrite sous le sureau noir,
avec les fleurs blanches duquel on peut faire de délicieux bégnets
et du sirop, au goût particulièrement délicat.
Plus tard, avec les baies, on peut confectionner de bonnes confitures,
qu'il faudra disputer aux oiseaux qui les adorent et s'en gavent.
Quand le sureau commence à sortir ses feuilles,
le premier, je sais qu'on est en train de sortir de l'hiver.
L'acacia, forcement, puisque j'habite dans une forêt d'acacia:
la souche, pourtant depuis longtemps hors service,
qui me sert d'arrimage à la yourte,
ne cesse d'émettre des tiges à piquants,
que je dois couper toutes les semaines.
L'aristoloche, très élégante sur ses tiges droites et fines,
avec ses petites fleurs jaunes biscornues,
aime disputer aux lys le bord du sentier qui contourne la yourte.
trop amère pour que je trouve du plaisir à la manger,
est maintenant montée très haut.
Un immense et rustique chardon s'est développé
à l'arrière de ma sortie de poële,
avec ses feuilles très découpées, piquantes et grasses.
Je le trouve impressionnant,
comme un vieux monsieur respectable plein de savoir.
La lampsane, ou rosette, une bonne salade sauvage,
que les gens donnent maintenant aux lapins.
Elle est montée en fleur depuis peu,
ses feuilles les plus hautes sont presque méconnaissables.
L'américaine,
dont la racine blanche et longue est charnue comme un navet,
émerge de partout sur sa tige épaisse pour grimper
jusqu'à presque deux mètres de haut
et donner des boules de fruits noirs qui ressemblent
à ceux à la belladone.
Bientôt, elle peuplera une vraie forêt tant elle est colonisatrice.
La bardane développe ses larges feuilles ridées
comme une peau parcheminée
avant de former ses fruits ventouses
qui se collent aux vétements et grattent les jambes.
La chélidoine évidement, envahissante,
en train de terminer sa meilleure période,
quand elle donne ses jolies petites fleurs jaunes,
est pour moi le symptôme désagréable du réchaufffement de la région,
je la soupçonne de prendre la place de l'ortie, entre autrres,
qui se retire plus à l'ombre, ou disparaît carrément.
Extrêmement vivace, poussant sur très peu de terre
et développant des touffes encombrantes
qui deviennent aux chaleurs séches et moches,
c'est l'herbe aux verrues:
toute sa sève est jaune dans les tiges et les feuilles,
rouge dans les racines, et toxique:
elle attaque bien les verrues qui disparaissent
irrémédiablement aprés plusieurs applications.
Le gratteron, qui tente en vain d'étouffer la chélidoine
et s'accroche partout avec sa tige rampante et scratchante,
le tout en si peu de temps qu'il peut couvrir une barrière en une semaine!
Le laurier, prince ténébreux et coriace,
résistant aux hivers méditerrannéens les plus rudes,
a choisi de pousser sur les bords,
il essaime facilement des petits arbrisseaux odorants
aux feuilles luisantes et craquantes.
J'en rajoute dans les lentilles et les ragoûts.
La gentille chondrille qui elle aussi se déguste en salade,
quoique plus amère que la lampsane.
Et voici le laiteron, ses feuilles sont une ode à la complication,
elles enlacent la tige comme un gros mamour étouffant,
mais il se mange le plus simplement du monde, en salade,
surtout quand il est encore toute jeunet.
La ciguë, charmante aux printemps avec ses ombelles blanches,
mais mortelle.
Je ne la touche qu'avec des gants
et surveille les enfants qui la contournent.
J'aime la garder prés de la yourte,
car je crois qu'elle éloigne les méchants...
un peu comme les douves autour des châteaux d'antan!
Par terre, des touffes d'alliaire,
qui ont des petites racines effilées et des feuilles
qui ressemblent à celles des violettes,
puis en s'épanouissant, les feuilles s'étirent et s'épointent:
cette plante très humble mais comestible en salade
développe de toutes petites fleurs blanches condimentaires.
Et bien sûr le bouillon blanc, ou molène,
pour qui j'ai une affection particulière:
je le vois presque pousser à vue d'oeil
tellement il s'élance ardemment vers le ciel,
déployant ses grandes feuilles cotonneuses,
et le voici prét à livrer ses délicieuses grappes de fleurs jaunes,
que je ramasserais chaque matin pour les faire sécher.
La tisane ainsi récoltée est souveraine
contre les toux et les refroidissements hivernaux.
J'ai coupé au ciseau autour des molènes
les herbes hautes pour dégager toute leur majesté.
Ce qui me provoque des crises d'éternuement et de raclement de gorge,
car j'élague aussi les bouillons rachitiques
et les feuilles du bas qui pourrissent.
Juste avant d'arriver à la porte,
une belle touffe de silènes d'Italie.
Voici finalement le tréfle,
petite plante commune et modeste dont la présence me rassure,
car elle tapisse si joliment le sol qu'on a envie de s'y rouler!
03 avril 2007
attention danger salade sauvage
Subrepticement ce matin,
j'ai ramassé de la mache sauvage devant ma yourte,
sur le sentier communal.
Cette mache est très mauvaise pour la santé,
elle fait veillir jeune et durer longtemps.
Le tuyau vaut très cher ici dans le village.
Seuls les vieux de plus de quatrevingt dix ans se le refilent en douce.
Mais comme j'ai un copain fouineur et testeur de verdure,
on l'a trouvé, la mache miracle qui fait des centenaires dans le quartier!
On l'a trouvé juste devant la yourte, toute simple
dans sa robe en étoile verte, au pied du mur de mon voisin.
J'ai donc procédé à la collecte sans vergogne,
quoique je sois avertie des risques,
la mache étant, comme l'ortie, ciblée par les privatiseurs tueurs.
J'ai lavé ma salade sauvage dans de l'eau de pluie de la veille,
en étant très consciente des implications
de mon crime de lése majesté sur les multinationales
qui vendent de la mache industrielle, sous papiers céllophane,
bourrée de conservateurs et d'additifs chimiques.
Puis les fleurs de pissenlit parsemant le terrain de ma yourte,
que je ne cultive pas, préferrant y repérer les accomodations locales
des différentes variétés de plantes sauvages,
ont sauté presque toutes seules dans mon assiette.
Je suis rentrée dans la yourte
préparer ma petite vinaigrette
et je me suis régalée.
A la fin, petit must, mais ça je ne le dis à personne,
je ne le fais que quand je suis seule,
et surtout pas devant les enfants,
desfois qu'ils me prennent pour une malpropre
alors que je ne suis qu'une indienne,
je nettoie mon bol avec le doigt, hummm....
J'écoute ensuite les oiseaux qui chantent de partout;
leur concert est une ode fantastique à la nature
qui exulte de la pluie de ces deux derniers jours.
En même temps, irrécupérablement rebelle,
je remplis un petit sac de jute avec les fleurs de bruyère
que j'ai ceuilli hier pour ma petite voisine
qui s'est fait opérée de l'appendicite
et qui a des problèmes urinaires,
tout en suivant de l'oreille et des yeux
les lézards qui filent sous mon toit.
De tous les habitants de ma yourte, c'est eux que je préferre,
ils sont légers, vifs, une petite gueule toute fine,
ils portent le printemps en eux et gobent les moustiques,
ils sont totalement innoffensifs,
pas comme ces crocodiles d'hier soir
à la réunion de mon groupe politique
devant qui j'ai fais un scoop ovni
avec mon féminisme non-violent.





























































































































































