19 août 2009
Dernier ponton
Celle qui n'a pas de maison,
qui a franchi tous les ponts,
largué le dernier ponton,
celle dont on cache le nom
me regarde de nulle part
habiter un nid de fougères sur la falaise,
silencieuse, solitaire, condensée.
Elle me regarde sans yeux, sans visage,
m'étendre sur un lit de fougères
entre les rochers, entre les bruyères,
elle regarde de ses yeux transparents
l'arc en ciel pathétique de ma joie profonde,
la caresse de la brise faufilée
dans ma cabane, mon refuge.
Elle regarde de ses yeux éclatés
mon bol et mes pots,
mon couteau et mon râteau,
mes provisions éphémères,
mes épluchures et ma faucille.
Elle me regarde de son éternité de glace
colmater de fougères des crevasses abyssales,
elle me regarde de ses yeux sans fonds,
ses yeux de cristal en fusion,
avaler l'horizon.
Elle regarde du toit de l'univers
la sueur de mon dos,
la crampe sous mon bras,
ma douleur à l'orteil,
la fourmi dans la manche de ma chemise,
sans avis, sans opinion et sans direction.
Du vide si vaste, elle me regarde tellement fort,
alors que, si loin du monde et tellement moindre,
de ma hutte de branchages écorchés,
j'écoute le murmure des elfes et des anges,
que je lui remets,
pour qu'elle baisse un peu les yeux,
pour qu'elle détourne l'attention,
ma lettre de démission.
10 janvier 2008
l'oeuvre au noir dans le ventre de la yourte
Quand tu te sens triste
et que tu ne sais plus quoi faire ni où aller,
quand plus rien ne va bien et que le sol se dérobe sous tes pas,
quand les larmes poussent derrière tes lunettes embuées,
quand tu en as assez, parce que là,
vraiment, tout ça, c'est trop,
parce qu'ils ont fait tout le contraire, parce qu'ils t'ont menti,
parce que tu te sens trahie,
alors, rentre seule dans ta yourte,
allume le feu que tu as préparé la veille dans ton poële,
et reste là, sans bouger, prés des flammes qui sortent du bois,
surtout ne bouge pas,
puisque tu n'en peux plus, que la bétonnière s'est arrétée,
que tant de mauvais mots martellent ta pauvre tête....
Quand aprés avoir épluché en vain l'annuaire,
tu crois devenir folle,
quand tu es au bout du rouleau, quand tu voudrais hurler,
quand tu as tellement besoin de tomber,
de t'affaler, de rouler, de flancher,
quand tu ne peux plus te retenir,
quand tes mâchoires te lâchent et que ta bouche se tord,
alors, ferme la porte de ta yourte,
laisse le monde là où il est,
enclos tes gestes et tes cris sur ton coussin de solitude,
surtout ne bouge plus,
assieds toi devant les flammes qui sortent du bois,
il faut que tu digères la vie violente du dehors,
il faut que tu vomisses ce qui ne passe pas,
ce que tu ne peux pas encaisser,
il faut que tu comptes les coups dans ton aine,
les plaies ouvertes dans ton dos,
il faut que cesse cette agitation, ce carnage, ce non-sens!
Regarde, la yourte étends devant toi son tapis rouge,
elle te tend une liasse de mouchoirs,
des rouleaux de gaze, des linges bien secs,
et tu sais que personne ne t'appellera plus,
que le facteur ne viendra pas jusque là,
que les éboueurs sont en grève,
le contrôleur ne te convoquera pas,
que le percepteur a perdu ton dossier!
Quand tu ne sais plus quoi espérer pour soutenir ta vie,
quand tout ce qu'on rajoute de consolation
n'est plus que commotion,
et ne fait que retarder la vérité de ton absolue désillusion,
quand ton coeur se déchire pour quelqu'un qui ne te veut pas,
quelqu'un qui se moque dans ton dos,
ou pire, quelqu'un qui t'a oublié vivante,
alors glisse dans le ventre de la yourte,
pour qu'elle t'avale entièrement,
comme la baleine son Gepetto,
qu'il ne reste rien de toi
que cette loque sanglotante tellement déchue,
que cette pierre jetée au fond des eaux!
Oui, ton agenda est vide, ils sont tous partis,
ils ont brisé ta réputation, piétiné tes travaux,
tes plans sociaux et ta fabrique de liens ont débrayé,
ta machine à laver est bouchée,
ton ordi et ton frigo sont en panne,
tu as perdu tes clefs et tes papiers d'identité,
alors attends, attends
que la tristesse agglutinée derrière ta glotte se lâche,
attends que plus rien ne lui résiste,
et là, sur le tapis de la yourte,
quand la dernière vague déboule, tu le sais,
tu freines encore mais tu sais que c'est fini,
tu sais qu'enfin tu craques! Ah! Enfin tu craques!
Enfin ça sort, ça évacue, ça purge!
Alors laisse passer, vautrée sur le tapis rouge,
verse à flots ces larmes qui crispaient tes gestes et ton visage
et brûlaient ta trachée!
C'est vrai, tu as tout essayé et ça n'a pas marché,
c'est vrai ça tombe toujours sur toi,
ils en rajoutent toujours une couche au mauvais moment,
c'est vrai qu'ils n'ont rien compris,
qu'ils t'ont lâchement abandonné,
c'est vrai que tu ne l'as pas fait exprés,
que tu ne voulais pas ça, pas comme ça,
mais tu tires toujours le mauvais numéro,
même que c'est une conspiration internationale,
c'est vrai que personne n'aime personne,
que ton horoscope et la météo se plantent tout le temps,
c'est vrai que t'aurais pas du payer cash avant d'être livrée,
parce que tout ça n'en vaut vraiment pas la peine,
c'est vrai que tu as donné le meilleur sans compter, mais,
c'est vrai que tout le monde s'en fout
et que tu es abominablement seule,
alors, laisse la yourte t'engloutir, laisse la te pleurer,
personne ne viendra que tu cries ou pas,
il n'y aura pas de lasso de chevalier,
pas de chaîne au puits, plus de costume de scène,
tu ne peux compter sur rien et les urgences sont pleines,
alors tu peux te déliter totalement,
te morceler, te désarticuler,
contempler avec horreur ces morceaux de toi épars sur le sol,
ces morceaux qui se décomposent sur le tapis mouillé
pendant que tu perds la raison,
que tu vaticines, que tu hoquettes comme une folle,
l'écume aux commissures....
Oui, tu vas y laisser ta peau, pourtant
la yourte ne tombera pas, la yourte ne s'effondrera pas,
la tempête ne l'emportera pas, la yourte tiendra bon,
je le sais car le pire est déjà arrivé et je suis rescapée,
pendant que tu continues à vider l'abcés de ce temps maudit.
Alors, tu peux en profiter pour détester ta vie à mort,
haïr cette douleur qui s'est jetée sur toi sans permission,
tu peux chûter dans l'abîme bien noir,
les flammes continuent à sortir du bois,
et toi, maintenant que tu te noies,
tu peux donner un coup de pied au fond, et aprés,
tu n'es pas obligée, tu peux si tu veux,
seulement si tu veux,
remettre une bûche dans le poële,
continuer à siphonner, gratter là où ça fait même plus mal,
vider ta tristesse jusqu'à la dernière goutte,
sur le tapis rouge de la yourte.
Alors, pourquoi pas, tu pourrais ramasser ton corps,
les bouts de ton corps épars sur le tapis rouge,
ton corps sans queue ni tête ainsi décomposé,
tu pourrais, si tu voulais, déposer tes morceaux
dans la barque du fleuve souterrain qui sort des enfers,
la barque de la yourte
qui remontera toute seule vers la lumière,
là bas au bout du tunnel, déjà une lueur à l'horizon,
car, aprés tout, qu'as tu besoin d'autre
qu'une flamme au milieu de ton oeil?
19 juin 2007
paix et pensée magique
Journées de la paix ...ou
comment les meilleures intentions
sont parasitées par la pensée magique!
Aprés avoir voté, je débarque sous une pluie fine
sur un camp qui émerge lentement d'une nuit moite,
durant laquelle les premiers que je rencontre
se plaignent de n'avoir pu dormir, vu le boucan.
Les seconds me déclarent qu'ils ne votent jamais, par conviction,
et les troisièmes que ça ne sert à rien de toutes façons.
La pluie aidant, mon enthousiasme, mouillé,
tassé de quelques crans, je suppute avoir débarqué
dans une enclave autonome parfaitement autogérée,
qui a dépassé ses contradictions internes
et va m'offrir un havre de paix.
Douce pluie sur un rassemblement bigarré:
petits enfants nus courant dans l'herbe,
voyageurs revenant d'un hiver en Inde et visiblement déphasés,
locks sculpturales en pagaille,
jeunes parents vétus comme des pages romantiques,
libertaires se plaignant du manque d'organisation,
ateliers inopinés sous un arbre en fleur,
méditations proposées en cercle sous les tentes,
harangues compassées d'un passionné
du dieu éléphant sous les vapeurs d'encens,
essaims de jeunes adultes s'essayant à un jeu de rôle taoiste,
initiation au calendrier maya,
drapeaux mélangés joliment aux fleurs,
djembés résonnant entre les tentes et les camions,
errants aux pieds nus et au pagne aéré cherchant refuge,
tchai épicé distribué en conscience du prix,
échoppes odorantes de plats au curry,
groupes de paroles ou se jaugent avidement
doux réveurs et tendres marginaux,
assoupissements sous tipis animaliers,
câlins gratuits obligatoires,
filles épanouies militant pour le développement
de leur charmante personne,
arborant des sourires immenses et des fronts lisses
comme des affiches publicitaires,et et,
sous une yourte,
visonnage d'un film pro Américain, tout juste débarquant du Canada.
Par ce coté là de l'Amérique, le « way of life » impérialiste
se matine de francophonie,
et rend donc plus digérable le colonialisme culturel international.
Je n'ai pas plus tôt visionné les deux premières minutes du film
que je suis déjà en pétard!
La seule, bien sûr, à oser porter un regard critique
sur ce qui est présenté comme la dernière mode
underground originale et formidable
qui va chambouler et faire rayonner les vies!
Ils sont tous mollement allongés sous l'écran,
les uns collés ou enchâssés aux autres,
et finalement, je crois que l'essentiel est là:
se retrouver entre soi dans la tiédeur d'une connivence tribale,
dont le dernier lien pourrait bien être cette mythologie
déballée à grands renforts d'images nébuleuses
par des américains joufflus, bedonnants et cravatés.
Titre alléchant du film: « le secret », de Rhonda Byrne.
(basé sur le livre de Charles Haanel's, 1866.1949)
Ça commence sur une vérité amplifiée,
celle que tous les alter mondialistes citent
quand ils veulent toucher fort,
sauf que là, les chiffres sont truqués:
il parait qu'un pour cent de la population mondiale
utilise 96 pour cent des richesses,
mais comme le type qui annonce ça ne ressemble à rien d'autre
qu'un pasteur évangélique collet monté,
mon niveau d'alerte se mobilise,
et je découvre la suite atterrée.
Loin d'émettre l'idée d'un partage de ces richesses,
loin d'user de son libre arbitre et de sa volonté
pour construire une alternative de juste répartition,
ce Monsieur nous propose de développer
les moyens de faire partie de ces chanceux,
d'agrandir donc, au compte goutte, la secte des nantis,
en nous délivrant, sous la nappe, le secret de leur réussite:
une loi physique et scientifique qu'il suffit de savoir appliquer.
L'argument est du même niveau que celui d'un sarko qui,
avant de vous vendre sa camelote politicarde,
prend soin de vous faire pleurer et indigner
sur un fait divers particulièrement émotionnel.
S'ensuit deux heures de prédication tonitruante
sur la loi d'attraction,
ou comment devenir riche et puissant en manipulant des lois naturelles.
Ou comment se placer aux premières loges d'un soleil
qui ne dispense ses richesses qu'au premier rang,
pour que personne ne puisse supposer
que le soleil brille pour tout le monde.
Bref un dangereux canular, délivrant des mensonges
entre quelques vérités dénommées lois naturelles,
nimbé de cette pensée magique qui,
sur de justes et réelles observations de ce qui reste
incompréhensible à la rationalité commune,
a remplacé le vide religieux occidental
par une foire aux individualismes les plus égoistes.
Le bonheur ne peut venir que du privilège de la connaissance
des lois physiques de l'accumulation capitaliste....!
Et là, coté baragouinage, un malaise terrible m'envahit,
car cette stratégie issue de la désertion de l'utopie,
qui a laissé place à une agitation activiste,
et transformé le chef de notre pays
en marionnette de la scène people,
c'est celle des riches tireurs de ficelles qui ont construit
un décor républicain et un costume démocratique
à leur scénario diabolique de ratissage de la planéte à leurs profits.
Ce théatre orchestré par des médias éclatés remplit
de son mouvement effrénés
les pensées vides d'un peuple dépossédé.
Solliciter l'arrivisme en l'être humain, flatter sa vanité,
son avidité de réussite,
lui susurrer son droit d'accaparement sur les biens collectifs,
aboutit à suggérer que, fatalement, les malheureux
qui ne sont pas dans l'élite du secret sont des idiots perdants à vie,
des disqualifiés qui n'ont rien compris
à la loi de l'attraction des richesses!
Heureusement, grâce à ce film pseudo scientifique,
vous pourrez faire partie de l'élite informée,
celle qui a été suffisamment bien placée au bon moment
pour capter ces informations confidentielles
sur la façon mécanique mais subtile de réussir à posséder
ce merveilleux 4/4 qui vous fait baver,
celle qui arrive toujours à trouver
une place de parking devant le supermarché bondé.
On voit donc surgir à l'écran un esprit malin, celui d'Aladin,
un démon sous forme de fumée qui vient dés qu'on l'appelle!
manifesté à votre conscience pour se soumettre à tous vos désirs,
juste une question de formulation et d'intensité intentionnelle!
Les types qui se succédent à l'écran sont les clones
de ces fondamentalistes Chrétiens aguerris à lever en chantant,
dans leurs églises charismatiques évangéliques,
des foules de conservateurs réactionnaires et patriotes,
détenteurs des fonds de pensions et des actions en bourse
qui aliènent et sabordent la vie
de tous les travailleurs honnétes du monde!
Des patrons, des révérends...
Mais qui, ici, dans ces milieux avides de vénération
à la mystico-ésotérico-chamanico plénitude...,
osera dénoncer un tel subterfuge?
Je n'en reviens pas!
Je regarde ahurie le parterre de babas cool
en train d'ingurgiter ces salades au nom de la paix dans le monde
et je n'ai plus qu'une envie,
fiche le camp pour m'empécher d'hurler dans les brancards!
Car bien évidement, dans ce contexte, toute lucidité politique
sera attribuée à un mal être personnel,
puisque incapable de comprendre la loi d'attraction
qui fait s'attirer la satisfaction,
j'aimante une foule de forces néfastes, le mauvais oeil,
le mauvais sort, l'antibaraka, la pauvreté,
dont je serais totalement responsable...
On est en plein manichéisme, ce dualisme extréme qui oppose
les bons et les méchants, le bien et le mal.
La paix, c'est donc étre du coté de la loi
des petits malins à l'intuition clairvoyante,
c'est se conformer à la stupitude générale
et surtout ne pas déranger les efforts psychologiques
de ceux qui travaillent sur eux mêmes pour épanouir leur lifting,
ces foules extatiques et gavées qui positivent leurs inconforts passagers.
Le résultat de ce succés sur soi se matérialise pour l'heure
dans ce sourire lisse et béat, désinvesti de toute émotion,
inscrit sur chaque visage reçevant la bonne parole!
J'en parle à un de mes voisins sur l'herbe,
qui me répond sagement que cette nourriture là
n'est sans doute pas comestible pour mon estomac
qui semble malencontreusement noué,
mais me rassure charitablement en m'indiquant pas loin
un atelier pour gérer ses tensions et maîtriser ses frustrations...
Au moment ou j'allais tourner les talons,
sentant monter ce genre d'irritation colèreuse
qui se déclenche en moi chaque fois que je sens
m'être encore fait coincer dans un double lien,
une copine me présente deux jeunes femmes « épanouies »:
elles sourient tellement que je me demande
si cette crispation de bonheur absolu n'est pas le résultat
d'un tirage de joues par la chirurgie esthétique...
Je ne peux m'empêcher de balancer un mot
sur ce qui se passe dans la yourte voisine.
Aussitôt l'une d'elle se pâme en m'annonçant
qu'elle a vu ce film cinq fois
et qu'elle va se jeter le revoir une sixième fois,
puis elle entreprend de m'enlacer
pour me faire participer à sa béatitude,
avec une condescendance suprêmement compatissante
pour mes tourments intempestifs!
.
11 juin 2007
forêt de molènes
"Pour ce travail d'amour,
les femmes ne doivent attendre aucune rétribution:
faire le ménage de la cité
est aussi gratuit que celui de la maison."
Michèle Perrot: "les femmes ou les silences de l'histoire"
Les molènes sont montées trés haut sur leurs tiges bien droites
pour offrir leurs jolies petites fleurs jaunes
aux butinages ravis des abeilles.
Mais cette nuit, un orage a eu raison de leur verticalité.
Ce matin, je dois me rappeler trés fort
que la tentation de déprime est une station obligée
du raffermissement des convictions et des engagements.
Les fruits du sureau s'égouttent, la lumière les magnifie.
MÛRIR EN TOUT TEMPS
"L'homme continue de mourir
en tous ceux qui se taisent face à la tyrannie."
Wole Soyinka
01 mai 2007
cauchemar prémonitoire...
Mardi 1 Mai 2007
Le pire va arriver.
Il existe une peuplade au fin fond de la forêt profonde Malaisienne
qui vit selon ses rêves.
La tribu se retrouve tous les matins dans la case commune
pour échanger sur les symboles extraits des nuits de chacun.
Ensuite, durant la journée, chacun, petit ou grand,
est convié à concrétiser les messages créatifs de ses nuits.
Ainsi la culture de ce peuple s'enracine
dans la mise en pratique de l'enseignement rapporté par les rêves.
Ce peuple n'a jamais été attaqué par aucune autre tribu
car il posséde une aura particulièrement pacifique.
Il n'a aucune agressivité parce qu'il est riche intérieurement,
posséde ses trésors dans le lieu sacré du coeur intime,
de l'identité universelle.
Les chercheurs qui les ont étudié en ont déduit
que la non violence héréditaire de cette tribu provenait
de cette culture basée sur le respect de leurs rêves
et leur concrétisation symbolique dans la vie quotidienne.
Depuis que j'ai étudié avec enthousiasme toute l'oeuvre
de C.G Yung,
(qui avait prévu la dernière guerre mondiale
par son rêve d'une immense coulée de boue noire sur l'Europe)
et entrepris, par la voie royale, il y a vingt ans,
l'exploration de mon inconscient,
j'ai acquis une connaissance intime de ma vie onirique,
qui est à la base de mon équilibre mental.
Je sais reconnaître en moi les différents types de rêve,
des purement compensatoires aux mécaniquement digestifs,
et je ne me trompe plus trop quand il s'agit de reconnaître
des rêves prémonitoires, qui, heureusement, sont rares.
Ayant touché mes limites conceptuelles
avec la réalisation prévisionnelle de certains augures,
je me suis employée avec constance à déjouer ma médiumnité
par une logique rationnelle très ordinaire, car, très sincérement,
je considère cette faculté comme un cadeau empoisonné
qui pollue la psyché.
C'est pourquoi, ces rêves prémonitoires sont devenus rares, Dieu Merci!
Sauf dernièrement ou j'ai rêvé
de deux tremblements de terre coup sur coup,
cataclysme provoquant la panique des gens,
et qui entraînait la rupture d'un château d'eau en hauteur,
dont le contenu dévalait en cascade monstrueuse
sur la population en déroute.
C'est la qualité du réveil et le sentiment de prégnance
des situations visualisées qui le plus souvent m'indiquent
si ces symboles que ma psyché a produit
contiennent des termes collectifs ou pas,
ou si mes préoccupations, rejoignant celles du temps historique,
provoquent une synchronicité.
J'ai pensé, au moment du réveil de ce rêve,
qu'il concernait la situation politique du pays.
Je l'ai noté, et, comme souvent lorsque ce qui est annoncé est trop grave,
je l'ai rangé pour n'en rien dire.
Et je me suis battue pour que cela n'arrive pas.
Pour que n'arrive pas au pouvoir ce fou
qui arrangue et subjugue les foules avec des mensonges
qui vont lui donner toute liberté de détruire la paix du pays
et le plonger dans la guerre civile.
Ce fou furieux dévoré d'ambition qui n'hésitera devant rien
pour assouvir sa féroce bétise.
Car cet homme est vide, d'un vide abyssal et ténébreux
d'ou n'émergeront que la haine et la violence.
Son âme a été engloutie par son ambition et son esprit de vengeance,
il n'existe que par les slogans qu'il clame pour entraîner à sa suite
ce qu'il y a de plus bas en les hommes,
la veulerie, la peur de l'autre,
la recherche de boucs émissaires innocents,
l'accusation, et bientôt la lapidation
de tous nos droits fondamentaux, si chèrement acquis,
pour lesquels tant d'hommes et de femmes ont sacrifié leurs vies.
Cet homme n'a jamais travaillé et fait la paix avec son inconscient,
cet homme est le jouet de lui-même livré à ses pulsions les plus obscures.
Il n'a aucun recul, aucune distance,
il est plongé dans son ego jusqu'à la trame,
trame qui n'est qu'un polichinelle, un diablotin ricanant
manipulé par des peurs et des défenses irrationnelles,
un ego vaniteux qui cherche la foule pour l'aduler.
Les gens vides utilisent les autres
en les sucant comme les vampires,
ils se nourrissent de leurs énergies archaïques pour se remplir.
Ils sont incapables d'une réflexion intelligente et futuriste,
ils n'arrivent au pouvoir que parce qu'ils ont correspondu
à chaque tournant politique à des intéréts
profondément égoïstes et conservateurs,
à des instincts de morts de vieux nabots
qui haïssent la jeunesse et la vie.
Leur seul talent est la vivacité qu'ils ont à saisir
les noirceurs des autres pour s'en servir à leur avantage,
à les séduire par des propos rassurants
en fustigeant des fautifs faciles à repérer et à punir,
une malice capable de surfer sur les émotions les plus superficielles
d'une population déjà bien ankylosée
par le spectacle télévisuel et le voyeurisme permanent,
un peuple criblé, saturé et gravement engrainé
par des images de violences quotidiennes,
et finalement une absence totale de scrupule
pour s'assurer égoistement la suprématie en toutes circonstances.
Cette photo n'est pas un montage.
Car les gens vides n'ont que ça pour nous persuader
que leur identité n'est pas qu'un fantome cauchemardesque.
Cet homme est un danger public pour nos enfants, pour la vie.
Depuis que je suis née,
jamais un régime n'aura été aussi dangereux que celui qui nous arrive.
Cet homme va faire payer très cher
à la France
d'avoir osé exister avant lui.
26 avril 2007
convulsions préfashos
L'archétype minuscule d'une guerre civile si proche.
Dimanche soir 22 Avril, le comité Bové du canton et ses sympathisants
se sont réunis au Cantoyourte pour une petite soirée au feu de bois,
à partager saucisses, salades, et fromages de chèvres.
Nous étions une vingtaine à préferrer écouter
les résultats des élections ensemble que chacun seuls
devant sa télé ou à l'écoute de son poste.
Bien sûr, nous étions déçus,
bien sûr, nous espérions plus pour Bové.
Mais au moins, nous sommes passés de l'inexistence
à 500 000 voix, bonne base de travail pour couver notre bébé commun.
Et je ne compte pas tous les copains et copines qui ont voté utile,
mais sont avec nous.
Quelques heures avant, alors qu'un petit groupe de voisins
jouait à la pétanque sur mon passage quotidien,
deux cent mètres reliant mon atelier au camp des yourtes,
je leur ai offert de venir partager cette soirée avec nous.
Le vieux monsieur qui vote à l'extréme opposé s'est mis à bougonner,
sans que j'arrive vraiment, avec mes sourires, à le dérider,
alors que j'avais déjà réussi à discuter
plus d'une heure d'affilée avec lui auparavant,
en particulier sur son passé minier et sa connaissance du quartier.
Il passe tous les jours devant les yourtes avec son fusil,
puisqu'il va chasser dans la colline en amont en toutes saisons.
Il m'a donc répondu que ce soir,
il fallait que chacun reste chez soi, que personne ne bouge.
Vers 21h, alors que nous commencions à faire cuire les merguez,
un petit Monsieur taciturne, habitant le paté de maisons un peu plus loin,
qui fait déféquer son chien systématiquement, matin et soir,
sur le chemin menant chez moi,
ne ramassant bien sur jamais ses déjections canines,
se pointe sur le chemin, nous matant ostensiblement.
Son chien, un petit roquet noir, m'a mordu au mollet deux ans auparavant,
engendrant une blessure qui a saigné et purulé plusieurs jours.
Ce Monsieur ne s'est jamais excusé,
et a continué à faire le tour du paté de maison
avec son chien non tenu en laisse,
ce qui provoque régulièrement des bagarres avec d'autres chiens,
et l'épouvante des chats sauvages du quartier, par ailleurs envahissants.
Je n'ai donc pas invité ce Monsieur à partager nos gamelles.
Soudain, le petit chien blanc d'un de mes invités
s'est mis à courser le petit noir
et une bagarre en régle s'est déclenchée.
Le propriétaire du noir a du reculer devant le sérieux de la bataille,
tandis que mon invité récupérait dificilement sa bestiole
pour l'enfermer dans sa voiture.
Le petit Monsieur était furieux, livide, visiblement humilié,
et est reparti très faché.
Une heure plus tard, alors que la nuit était tombée
et que deux petits djembés tambourinnaient la chanson des gens libres,
mon ami B est parti chercher une bouteille de vin à l'atelier,
local de notre association.
Et là, il s'aperçoit que les caves,
ou nous entreposons du petit matériel de l'autre coté de la rue,
sont en flammes.
Il appelle immédiatement les pompiers.
Ceux ci ne peuvent accéder directement au lieu de l'incendie
avec leur camion, trop gros pour rentrer dans la ruelle.
Aprés avoir eu du mal à prendre au sérieux toute cette affaire
et n'avoir pas eu trop envie de quitter notre paisible réunion,
je déboule sur les lieux avec JM et nous constatons que
le toit de la cave est en train de s'écrouler, les poutres étant kramées.
En redescendant de la restanque des caves,
nous tombons sur le Monsieur au chien noir,
posté dans un trou d'ombre, en retrait.
Mon copain le remarque et l'interroge.
L'homme bégaye, dit que c'est lui qui a appellé les pompiers,
que c'est lui qui a vu l'incendie en premier parce que,
(encore!), il promenait son chien,(encore et toujours devant chez moi)
puis se rétraque, dit qu'il a senti la fumée de chez lui,
ce que nous savons impossible, vu ou il habite.
Je lance: « En tout cas, il est pas parti tout seul ce feu! »
Les voisins se sont mis aux fenétres, tardivement,
bien aprés que nous ayons donné l'alerte.
Le vieux au fusil fait semblant de fermer ses volets
et nous crie des menaces, parce que hou là là,
mes invités qui ont le démérite de porter les cheveux
un peu décoiffés et un peu longs,
et d'avoir des petits enfants black,
ont eu le toupet de se garer dans sa rue,
et ça va nous couter cher!
Dégoutée, je fuis vers le camp retrouver l'ambiance fraternelle de notre feu,
parce que là, je sens qu'ils sont en train
de nous fracasser la soirée pour de bon.
Je laisse mes potes se débrouiller,
car je connais mes voisines d'en face,
qui passent leur temps aux fenétres à me surveiller,
elles me haissent, et elles ne vont pas me louper.
J'ai déjà eu brimades, dénonciations, insultes, altercations,
vols de matériels, arrachages de tuyaux, de fils électriques, et j'en passe ,
je ne suis pas disposée à encaisser plus de déceptions ce soir
ou on tente d'oublier la France faschiste
que Sarkonazy nous promet!
Les flics débarquent, les voisines se mettent à hurler
que c'est tous les soirs pareil!!!
que cette bande de hyppies fait chier tout le monde,
qu'il faut réagir, les emmener au poste!
C'est ma première soirée de l'année, coooool.....
Les flics tentent de calmer la plus hystérique,
celle qui un matin à huit heures, a manqué de faire voler en éclats
la vitrine de mon lieu de travail,
parce que la voiture d'une de mes amies
risquait de géner sa sortie de garage,
et qui m'avait traitée de sale défoncée,
ce qui m'avait mis dans une colère noire,
moi qui n'ai plus touché une clop d'herbe depuis vingt cinq ans!
L'autre, la plus agée, m'avait menacé de faire mettre mes enfants à la DASS
et a réussi à faire déplacer la police municipale chez moi,
sous prétexte que ma voiture sous sa fenétre la génait:
problème, ais je rétorqué aux flics ébahis,
je n'ai plus de véhicule depuis longtemps!
Ensuite, elle s'était mise à hurler en pleine rue
que je couchais avec tout le quartier
et à déballer un imaginaire hallucinant de ma vie privée,
jetée en pature à ces pauvres préposés à l'ordre municipal
qui ont fini par s'enfuir.
Tout ça pour poser le décor d'un paisible village cevennol
ou une femme comme moi, calme et particulièrement respectueuse,
a le tort d'être différente et d'habiter pas comme les autres,
ce qui invite à toutes les discriminations.
Parce que c'est super chouette de vivre en yourte,
des tas de gens viennent de loin pour les visiter et s'extasier,
mais un non moindre tas, ne supporte pas
l'altérité et déteste les femmes libres.
Donc, cette femme, dont les trois garçons ont chacun une moto
sans pot d'échappement qu'ils bricolent
dans les flaques d'huiles au milieu de la rue,
( puisque la rue, depuis que Sarko est chef des flics, appartient à l'autorité
de la France qui travaille et qui consomme à force fumées et mélodies de moteurs pétaradants,)
cette femme hurle contre moi dans la nuit,
tentant de me faire endosser la responsabilité de l'incendie,
tandis que ricanent les petits hommes de l'ombre.
Mon copain proteste et la police rebrousse chemin,
la cave s'effondre,
les pompiers dégagent dans un grand fracas toutes les tuiles éclatées,
le vieux au fusil monte le son de sa télé qui envoit du Sarko à la cantonade,
le chien noir crotte au milieu du chemin,
et moi, je pleure doucement auprés de mon feu,
ne doutant plus des manoeuvres perverses
dont tous les boucs émissaires vont faire les frais sous peu,
en me demandant combien de temps je vais résister!
La réponse, désolée, c'est:
jusqu'à mon dernier souffle.
27 mars 2007
massacre à la tronconneuse
Dans mon quartier,
on se regalait d'aller faire un petit tour à la sourcette,
un creux ou coule un petit filet d'eau
ou s'abreuvent sangliers et chevreuils.
On emmenait les enfants, on leur expliquait les plantes,
les arbres, les traces d'animaux.
L'école du quartier ouvrait ses portes au printemps
pour les petites classes de maternelle,
qui marchaient en chantant jusqu'à la sourcette.
Les petits vieux qui ne pouvaient grimper la colline
se promenaient jusqu'à la sourcette,
petite boucle courte pour les pieds fatigués.
Les amoureux de la nature y trouvaient
toutes les prémisses d'une grande balade plus sauvage.
Sur le chemin menant à la sourcette,
on se regalait les yeux et le coeur devant un magnifique bouleau,
dont la blanche écorce luisait au soleil,
tranchant sur tout le vert et le brun de la forêt.
Haut, solitaire, magnifique specimen
de la beauté et de la tranquilité de la nature.
Ils ont massacré le bouleau.
Lui seul.
Coupé en cinq morceaux, abattu en plein milieu du chemin.
Pourquoi?
C'est vrai, ils avaient déjà massacré
tous les abords du chemin qui montait.
Des tronconneurs invisibles ont pris les troncs
et laissés sur place un fouillis hideux de branches enchevétrées.
On s'est dit qu'ils allaient élargir le chemin.
On a commencé à raler dans les chaumières.
On a téléphoné à la mairie pour savoir ce qui se passe.
On nous a répondu des choses tellement évasives
qu'on s'est dit qu'ils n'étaient peut-être pas au courrant.
On les as mis au courrant.
Aprés, ils ont massacré le bouleau.
16 janvier 2007
ce qui rend libre
J’ai déménagé autant de fois que j’ai célébré mon anniversaire.
Toutes les maisons de ma vie ont été construites par d’autres mains.
Il fallait toujours faire appel à des spécialistes pour les réparations ou simplement l’entretien.
Il en fallait pour l’eau, pour le feu, pour l’air, pour les conduites, les ouvertures, les fermetures, les évacuations, les ravalements et la sécurité.
Je ne pouvais même pas faire le ménage devant ma porte ni recycler mes propres déchets, au point que je n’étais plus qu’un numéro menacé sur des factures, et de plus en plus absente de ma propre demeure.
Mais, malgré l’obligation d’assurer mes murs contre les imprévus, je n’ai pu éviter le grand tremblement tellurique qui s’est abattu sur mes fortifications.
Mon âme s’était tellement desséchée au milieu des murs de béton qu’elle s’est mise à craqueler, non comme un oeuf qui va éclore et accoucher de son poussin, mais comme une terre déchirée par des secousses monstrueuses , préte à happer ses malheureux habitants.
Brisée en mille morceaux, comme un vase trop lourd tombé d’une étagère compressée et vermoulue,
j’ai vu alors qu’il existait au moins un endroit sans obligation d’assurance :
le désespoir.
C’est le désespoir qui m’a rendu libre,
en bas de l’étagère, dans les débris de mon âme.
15 janvier 2007
plus jamais enclose
J’ai regardé tous ces murs par terre, éboulés, à travers les larmes,
dans le deuil de ce qui ne serait plus jamais enclos, enfermé.
14 janvier 2007
au début
Au début, je n'avais plus rien.
Rien que des ruines à mes pieds, de la cendre dans les yeux.


















































































































