10 janvier 2008
l'oeuvre au noir dans le ventre de la yourte
Quand tu te sens triste
et que tu ne sais plus quoi faire ni où aller,
quand plus rien ne va bien et que le sol se dérobe sous tes pas,
quand les larmes poussent derrière tes lunettes embuées,
quand tu en as assez, parce que là,
vraiment, tout ça, c'est trop,
parce qu'ils ont fait tout le contraire, parce qu'ils t'ont menti,
parce que tu te sens trahie,
alors, rentre seule dans ta yourte,
allume le feu que tu as préparé la veille dans ton poële,
et reste là, sans bouger, prés des flammes qui sortent du bois,
surtout ne bouge pas,
puisque tu n'en peux plus, que la bétonnière s'est arrétée,
que tant de mauvais mots martellent ta pauvre tête....
Quand aprés avoir épluché en vain l'annuaire,
tu crois devenir folle,
quand tu es au bout du rouleau, quand tu voudrais hurler,
quand tu as tellement besoin de tomber,
de t'affaler, de rouler, de flancher,
quand tu ne peux plus te retenir,
quand tes mâchoires te lâchent et que ta bouche se tord,
alors, ferme la porte de ta yourte,
laisse le monde là où il est,
enclos tes gestes et tes cris sur ton coussin de solitude,
surtout ne bouge plus,
assieds toi devant les flammes qui sortent du bois,
il faut que tu digères la vie violente du dehors,
il faut que tu vomisses ce qui ne passe pas,
ce que tu ne peux pas encaisser,
il faut que tu comptes les coups dans ton aine,
les plaies ouvertes dans ton dos,
il faut que cesse cette agitation, ce carnage, ce non-sens!
Regarde, la yourte étends devant toi son tapis rouge,
elle te tend une liasse de mouchoirs,
des rouleaux de gaze, des linges bien secs,
et tu sais que personne ne t'appellera plus,
que le facteur ne viendra pas jusque là,
que les éboueurs sont en grève,
le contrôleur ne te convoquera pas,
que le percepteur a perdu ton dossier!
Quand tu ne sais plus quoi espérer pour soutenir ta vie,
quand tout ce qu'on rajoute de consolation
n'est plus que commotion,
et ne fait que retarder la vérité de ton absolue désillusion,
quand ton coeur se déchire pour quelqu'un qui ne te veut pas,
quelqu'un qui se moque dans ton dos,
ou pire, quelqu'un qui t'a oublié vivante,
alors glisse dans le ventre de la yourte,
pour qu'elle t'avale entièrement,
comme la baleine son Gepetto,
qu'il ne reste rien de toi
que cette loque sanglotante tellement déchue,
que cette pierre jetée au fond des eaux!
Oui, ton agenda est vide, ils sont tous partis,
ils ont brisé ta réputation, piétiné tes travaux,
tes plans sociaux et ta fabrique de liens ont débrayé,
ta machine à laver est bouchée,
ton ordi et ton frigo sont en panne,
tu as perdu tes clefs et tes papiers d'identité,
alors attends, attends
que la tristesse agglutinée derrière ta glotte se lâche,
attends que plus rien ne lui résiste,
et là, sur le tapis de la yourte,
quand la dernière vague déboule, tu le sais,
tu freines encore mais tu sais que c'est fini,
tu sais qu'enfin tu craques! Ah! Enfin tu craques!
Enfin ça sort, ça évacue, ça purge!
Alors laisse passer, vautrée sur le tapis rouge,
verse à flots ces larmes qui crispaient tes gestes et ton visage
et brûlaient ta trachée!
C'est vrai, tu as tout essayé et ça n'a pas marché,
c'est vrai ça tombe toujours sur toi,
ils en rajoutent toujours une couche au mauvais moment,
c'est vrai qu'ils n'ont rien compris,
qu'ils t'ont lâchement abandonné,
c'est vrai que tu ne l'as pas fait exprés,
que tu ne voulais pas ça, pas comme ça,
mais tu tires toujours le mauvais numéro,
même que c'est une conspiration internationale,
c'est vrai que personne n'aime personne,
que ton horoscope et la météo se plantent tout le temps,
c'est vrai que t'aurais pas du payer cash avant d'être livrée,
parce que tout ça n'en vaut vraiment pas la peine,
c'est vrai que tu as donné le meilleur sans compter, mais,
c'est vrai que tout le monde s'en fout
et que tu es abominablement seule,
alors, laisse la yourte t'engloutir, laisse la te pleurer,
personne ne viendra que tu cries ou pas,
il n'y aura pas de lasso de chevalier,
pas de chaîne au puits, plus de costume de scène,
tu ne peux compter sur rien et les urgences sont pleines,
alors tu peux te déliter totalement,
te morceler, te désarticuler,
contempler avec horreur ces morceaux de toi épars sur le sol,
ces morceaux qui se décomposent sur le tapis mouillé
pendant que tu perds la raison,
que tu vaticines, que tu hoquettes comme une folle,
l'écume aux commissures....
Oui, tu vas y laisser ta peau, pourtant
la yourte ne tombera pas, la yourte ne s'effondrera pas,
la tempête ne l'emportera pas, la yourte tiendra bon,
je le sais car le pire est déjà arrivé et je suis rescapée,
pendant que tu continues à vider l'abcés de ce temps maudit.
Alors, tu peux en profiter pour détester ta vie à mort,
haïr cette douleur qui s'est jetée sur toi sans permission,
tu peux chûter dans l'abîme bien noir,
les flammes continuent à sortir du bois,
et toi, maintenant que tu te noies,
tu peux donner un coup de pied au fond, et aprés,
tu n'es pas obligée, tu peux si tu veux,
seulement si tu veux,
remettre une bûche dans le poële,
continuer à siphonner, gratter là où ça fait même plus mal,
vider ta tristesse jusqu'à la dernière goutte,
sur le tapis rouge de la yourte.
Alors, pourquoi pas, tu pourrais ramasser ton corps,
les bouts de ton corps épars sur le tapis rouge,
ton corps sans queue ni tête ainsi décomposé,
tu pourrais, si tu voulais, déposer tes morceaux
dans la barque du fleuve souterrain qui sort des enfers,
la barque de la yourte
qui remontera toute seule vers la lumière,
là bas au bout du tunnel, déjà une lueur à l'horizon,
car, aprés tout, qu'as tu besoin d'autre
qu'une flamme au milieu de ton oeil?
04 septembre 2007
Déboulonnage touristique
La yourte est posée sur un terrain squatté inculte,
un tas de gravats immonde instable,
situé au bord d'un village désertifié
des Cevennes minières Orientales.
Le village est affreusement moche et misérable
et totalement infréquentable.
Il est peuplé d'un tiers de Rmistes glandeurs et dangereux,
d'un tiers d'handicapés ou accidentés de la vie
qui ne s'en remettront jamais,
d'un tiers de vieillards en fin de vie
et d'un tiers de fashos,
adeptes de la solution finale pour les parasites sus mentionnés.
Le nombre ahurissant de déformés, déglingués,
consanguins loupés et estropiés qu'on y croise
font pâlir les bas fonds de Calcutta.
Le train qui s'y traîne à quarante à l'heure
en arrachant les arbres jamais élagués
peut s'arréter en pleine voie à tout moment
et vous laisser en carafe pendant des lustres.
En hiver, la verdure disparue découvre,
le long de la voie ferrée non entretenue,
les décharges pourries, les villages en ruines,
et les bicoques hantées de vieux solitaires pitoyables.
L'autoroute ne viendra jamais jusqu'ici, promis juré.
Le camp de yourtes se trouve
prés d'un transformateur électrique bruyant et mortel,
d'un sénateur qui déteste les yurtaoistes et en a les moyens,
par exemple il vous envoit une débroussailleuse grinçante
le dimanche matin à sept heures devant la yourte
pour se venger de votre simple existence,
de chasseurs qui tirent sur tout ce qui bouge,
d'hystériques frustrées très méchantes qui,
aprés vous avoir copieusement insultés,
se délestent sur votre bagnole de leur huile de friture bouillante,
d'obèses très reproducteurs qui traumatisent le peu d'enfants
qu'un affreux karma a osé fait naître dans ce guêpier,
et de joueurs de boules maladroits et impénitents
qui visent systématiquement vos mollets.
Il surplombe une vielle usine en loques
qui servait à fabriquer des tubes d'acier, qui a obtenu
le palmarés de la friche industrielle la plus polluée de la région.
Le chemin qui mène au camp est la promenade préférée
des maîtres dégoûtants qui y font caguer leurs molosses,
quand ils ne vous mordent pas.
Il faut passer plusieurs gués très perfides
où veillent des racistes excités de tous bords
qui transforment votre passage en chasse à l'homme.
Si, par hasard, vous arrivez au camp sain et sauf,
sachez que vous êtes repérés, et que se fomentent
dans votre dos tous les prétextes à délation
qui feront débarquer les gendarmes à l'improviste,
pour une perquisition surprise de votre barda.
Les rivières qui coulent ici sont les plus polluées du département,
le captage, non conforme, d'eau potable, y puise directement,
et les entérocoques pullulent dans cet égoût
où seuls quelques campeurs abusés
s'ébattent entre deux flaques d'huile.
Il y a des serpents partout, des blaireaux agressifs,
une invasion incontrôlable de chenilles processionnaires,
et plus de poissons ni de touristes.
La forêt derrière le camp a été dévastée par des coupes sauvages
et des promotueurs immobiliers véreux
qui installent des bunkers affreux en cassant tout autour,
d'où s'éjectent des escadrons de jeunes motards
sans pots d'échappement, ainsi que des quads écrabouilleurs
qui ouvrent des ravins au milieu de nulle part,
aprés eux, rien ne repousse.
Ils se servent de la route qui encercle la yourte
comme piste de dérapage et de dégazage,
et commençent rarement leurs rallyes pétaradants avant 23 heures.
Le centre ville n'existe pas, la ville est née au siécle dernier
pour loger à l'arrache les mineurs, elle étire ses maisons sordides
sur plusieurs centaines de mètres, inutile de souligner
qu'elle n'a aucun cachet, aucun monument intéressant,
qu'elle est grise, triste et morne à hurler.
Les étals dégradés et les vitrines ringardes sont hors d'âge,
une boutique sur deux est fermée, les autres en faillite,
sauf la caisse d'Epargne, toujours bondée
par de pauvres hères pisseux venant tirer
leurs maigres subsides par toutes petites tranches,
stationnant debout car il n'y a ni chaises ni bancs,
et les pompes funèbres.
Deux cinémas abandonnés s'écroulent à chaque bout de la rue
au milieu de l'indifférence générale et des vociférations télévisuelles.
Les restaurants sont au mieux minables, au pire infects,
et dans les cafés, tout le monde est bourré.
Les ordinateurs de la bibliothéque, ou la valeureuse hôtesse
se bat héroiquement pour contrer une fermeture budgétaire,
sont régulièrement saccagés ou volés, tandis que, en face,
les pompiers prospèrent sur les feux rituels et programmés
de pyromanes étouffés par l'ennui.
Le curé, ancien camionneur tardivement réveillé
par une vocation de sonneur de glas, se pend à ses cloches
toute la sainte journée, non seulement aux quarts d' heures fixes,
mais à toutes les pénitences catholiques et laïques imaginables.
Comme beaucoup de gens meurent ici,
ce glas obsédant est particulièrement angoissant.
Je soupçonne ce curé d'avoir engagé
un match sonore de longue haleine
contre la vie culturelle qui est ici est une vraie catastrophe.
Qui vire au cataclysme quand démarre la fête votive.
Quatre jours de débauche de bals rétros, de concours de chants
et de karaokés, de défilés de chars hideux,
de spectacles de mauvais goût, de majorettes,
ex pompom girls et futures postulantes à la Starac,
dégorgeantes de pacotilles, qui , à l'évidence,
cherchent à couvrir par la fureur des sonos et des fanfares
le marasme galopant.
Quatre jours et quatre nuits, le jour de la rentrée scolaire,
ou il est interdit de poser sa tête sur l'oreiller.
A part quelques exceptionnels étudiants passionnés
en ethnologie ou sociologie des profondeurs,
non subventionnés par l'Europe
pour des recherches insolites dans des pays lointains,
qui se seraient rabattus en désespoir de cause sur notre village,
et à part quelques aventuriers
particulièrement téméraires et inconscients,
les égarés qui viendront jusqu'ici devront le faire en catimini,
et ne le dire à strictement personne,
sous peine de voir leur réputation détruite.
Ils seraient au mieux incompris,
au pire relégués au banc de la société civile
et taxés de décroissants mystiques s'éclairant à la bougie,
insulte suprème.
Alors si, au détour d'un surf échevelé, vous tombez sur Internet
sur une jolie petite yourte à louer dans les Cévennes,
surtout zappez plus vite que d'hab:
seuls les grands maîtres de sagesse,
avançant la plupart du temps masqués,
sont capables de voir le beau partout,
le diamant dans le charbon,
le Très Haut dans la Françe de très bas,
et la révolution dans la marge.
PS: un merci chaleureux aux deux aventuriers excentriques
qui ont franchi vaillament tous les obstacles en chantant
et m'ont inspiré cet article outrancier, cathartique,
au ton sarcastique qui voile grossièrement
l'affection que je porte à mon village.
19 juin 2007
paix et pensée magique
Journées de la paix ...ou
comment les meilleures intentions
sont parasitées par la pensée magique!
Aprés avoir voté, je débarque sous une pluie fine
sur un camp qui émerge lentement d'une nuit moite,
durant laquelle les premiers que je rencontre
se plaignent de n'avoir pu dormir, vu le boucan.
Les seconds me déclarent qu'ils ne votent jamais, par conviction,
et les troisièmes que ça ne sert à rien de toutes façons.
La pluie aidant, mon enthousiasme, mouillé,
tassé de quelques crans, je suppute avoir débarqué
dans une enclave autonome parfaitement autogérée,
qui a dépassé ses contradictions internes
et va m'offrir un havre de paix.
Douce pluie sur un rassemblement bigarré:
petits enfants nus courant dans l'herbe,
voyageurs revenant d'un hiver en Inde et visiblement déphasés,
locks sculpturales en pagaille,
jeunes parents vétus comme des pages romantiques,
libertaires se plaignant du manque d'organisation,
ateliers inopinés sous un arbre en fleur,
méditations proposées en cercle sous les tentes,
harangues compassées d'un passionné
du dieu éléphant sous les vapeurs d'encens,
essaims de jeunes adultes s'essayant à un jeu de rôle taoiste,
initiation au calendrier maya,
drapeaux mélangés joliment aux fleurs,
djembés résonnant entre les tentes et les camions,
errants aux pieds nus et au pagne aéré cherchant refuge,
tchai épicé distribué en conscience du prix,
échoppes odorantes de plats au curry,
groupes de paroles ou se jaugent avidement
doux réveurs et tendres marginaux,
assoupissements sous tipis animaliers,
câlins gratuits obligatoires,
filles épanouies militant pour le développement
de leur charmante personne,
arborant des sourires immenses et des fronts lisses
comme des affiches publicitaires,et et,
sous une yourte,
visonnage d'un film pro Américain, tout juste débarquant du Canada.
Par ce coté là de l'Amérique, le « way of life » impérialiste
se matine de francophonie,
et rend donc plus digérable le colonialisme culturel international.
Je n'ai pas plus tôt visionné les deux premières minutes du film
que je suis déjà en pétard!
La seule, bien sûr, à oser porter un regard critique
sur ce qui est présenté comme la dernière mode
underground originale et formidable
qui va chambouler et faire rayonner les vies!
Ils sont tous mollement allongés sous l'écran,
les uns collés ou enchâssés aux autres,
et finalement, je crois que l'essentiel est là:
se retrouver entre soi dans la tiédeur d'une connivence tribale,
dont le dernier lien pourrait bien être cette mythologie
déballée à grands renforts d'images nébuleuses
par des américains joufflus, bedonnants et cravatés.
Titre alléchant du film: « le secret », de Rhonda Byrne.
(basé sur le livre de Charles Haanel's, 1866.1949)
Ça commence sur une vérité amplifiée,
celle que tous les alter mondialistes citent
quand ils veulent toucher fort,
sauf que là, les chiffres sont truqués:
il parait qu'un pour cent de la population mondiale
utilise 96 pour cent des richesses,
mais comme le type qui annonce ça ne ressemble à rien d'autre
qu'un pasteur évangélique collet monté,
mon niveau d'alerte se mobilise,
et je découvre la suite atterrée.
Loin d'émettre l'idée d'un partage de ces richesses,
loin d'user de son libre arbitre et de sa volonté
pour construire une alternative de juste répartition,
ce Monsieur nous propose de développer
les moyens de faire partie de ces chanceux,
d'agrandir donc, au compte goutte, la secte des nantis,
en nous délivrant, sous la nappe, le secret de leur réussite:
une loi physique et scientifique qu'il suffit de savoir appliquer.
L'argument est du même niveau que celui d'un sarko qui,
avant de vous vendre sa camelote politicarde,
prend soin de vous faire pleurer et indigner
sur un fait divers particulièrement émotionnel.
S'ensuit deux heures de prédication tonitruante
sur la loi d'attraction,
ou comment devenir riche et puissant en manipulant des lois naturelles.
Ou comment se placer aux premières loges d'un soleil
qui ne dispense ses richesses qu'au premier rang,
pour que personne ne puisse supposer
que le soleil brille pour tout le monde.
Bref un dangereux canular, délivrant des mensonges
entre quelques vérités dénommées lois naturelles,
nimbé de cette pensée magique qui,
sur de justes et réelles observations de ce qui reste
incompréhensible à la rationalité commune,
a remplacé le vide religieux occidental
par une foire aux individualismes les plus égoistes.
Le bonheur ne peut venir que du privilège de la connaissance
des lois physiques de l'accumulation capitaliste....!
Et là, coté baragouinage, un malaise terrible m'envahit,
car cette stratégie issue de la désertion de l'utopie,
qui a laissé place à une agitation activiste,
et transformé le chef de notre pays
en marionnette de la scène people,
c'est celle des riches tireurs de ficelles qui ont construit
un décor républicain et un costume démocratique
à leur scénario diabolique de ratissage de la planéte à leurs profits.
Ce théatre orchestré par des médias éclatés remplit
de son mouvement effrénés
les pensées vides d'un peuple dépossédé.
Solliciter l'arrivisme en l'être humain, flatter sa vanité,
son avidité de réussite,
lui susurrer son droit d'accaparement sur les biens collectifs,
aboutit à suggérer que, fatalement, les malheureux
qui ne sont pas dans l'élite du secret sont des idiots perdants à vie,
des disqualifiés qui n'ont rien compris
à la loi de l'attraction des richesses!
Heureusement, grâce à ce film pseudo scientifique,
vous pourrez faire partie de l'élite informée,
celle qui a été suffisamment bien placée au bon moment
pour capter ces informations confidentielles
sur la façon mécanique mais subtile de réussir à posséder
ce merveilleux 4/4 qui vous fait baver,
celle qui arrive toujours à trouver
une place de parking devant le supermarché bondé.
On voit donc surgir à l'écran un esprit malin, celui d'Aladin,
un démon sous forme de fumée qui vient dés qu'on l'appelle!
manifesté à votre conscience pour se soumettre à tous vos désirs,
juste une question de formulation et d'intensité intentionnelle!
Les types qui se succédent à l'écran sont les clones
de ces fondamentalistes Chrétiens aguerris à lever en chantant,
dans leurs églises charismatiques évangéliques,
des foules de conservateurs réactionnaires et patriotes,
détenteurs des fonds de pensions et des actions en bourse
qui aliènent et sabordent la vie
de tous les travailleurs honnétes du monde!
Des patrons, des révérends...
Mais qui, ici, dans ces milieux avides de vénération
à la mystico-ésotérico-chamanico plénitude...,
osera dénoncer un tel subterfuge?
Je n'en reviens pas!
Je regarde ahurie le parterre de babas cool
en train d'ingurgiter ces salades au nom de la paix dans le monde
et je n'ai plus qu'une envie,
fiche le camp pour m'empécher d'hurler dans les brancards!
Car bien évidement, dans ce contexte, toute lucidité politique
sera attribuée à un mal être personnel,
puisque incapable de comprendre la loi d'attraction
qui fait s'attirer la satisfaction,
j'aimante une foule de forces néfastes, le mauvais oeil,
le mauvais sort, l'antibaraka, la pauvreté,
dont je serais totalement responsable...
On est en plein manichéisme, ce dualisme extréme qui oppose
les bons et les méchants, le bien et le mal.
La paix, c'est donc étre du coté de la loi
des petits malins à l'intuition clairvoyante,
c'est se conformer à la stupitude générale
et surtout ne pas déranger les efforts psychologiques
de ceux qui travaillent sur eux mêmes pour épanouir leur lifting,
ces foules extatiques et gavées qui positivent leurs inconforts passagers.
Le résultat de ce succés sur soi se matérialise pour l'heure
dans ce sourire lisse et béat, désinvesti de toute émotion,
inscrit sur chaque visage reçevant la bonne parole!
J'en parle à un de mes voisins sur l'herbe,
qui me répond sagement que cette nourriture là
n'est sans doute pas comestible pour mon estomac
qui semble malencontreusement noué,
mais me rassure charitablement en m'indiquant pas loin
un atelier pour gérer ses tensions et maîtriser ses frustrations...
Au moment ou j'allais tourner les talons,
sentant monter ce genre d'irritation colèreuse
qui se déclenche en moi chaque fois que je sens
m'être encore fait coincer dans un double lien,
une copine me présente deux jeunes femmes « épanouies »:
elles sourient tellement que je me demande
si cette crispation de bonheur absolu n'est pas le résultat
d'un tirage de joues par la chirurgie esthétique...
Je ne peux m'empêcher de balancer un mot
sur ce qui se passe dans la yourte voisine.
Aussitôt l'une d'elle se pâme en m'annonçant
qu'elle a vu ce film cinq fois
et qu'elle va se jeter le revoir une sixième fois,
puis elle entreprend de m'enlacer
pour me faire participer à sa béatitude,
avec une condescendance suprêmement compatissante
pour mes tourments intempestifs!
.
11 juin 2007
forêt de molènes
"Pour ce travail d'amour,
les femmes ne doivent attendre aucune rétribution:
faire le ménage de la cité
est aussi gratuit que celui de la maison."
Michèle Perrot: "les femmes ou les silences de l'histoire"
Les molènes sont montées trés haut sur leurs tiges bien droites
pour offrir leurs jolies petites fleurs jaunes
aux butinages ravis des abeilles.
Mais cette nuit, un orage a eu raison de leur verticalité.
Ce matin, je dois me rappeler trés fort
que la tentation de déprime est une station obligée
du raffermissement des convictions et des engagements.
Les fruits du sureau s'égouttent, la lumière les magnifie.
MÛRIR EN TOUT TEMPS
"L'homme continue de mourir
en tous ceux qui se taisent face à la tyrannie."
Wole Soyinka
01 mai 2007
cauchemar prémonitoire...
Mardi 1 Mai 2007
Le pire va arriver.
Il existe une peuplade au fin fond de la forêt profonde Malaisienne
qui vit selon ses rêves.
La tribu se retrouve tous les matins dans la case commune
pour échanger sur les symboles extraits des nuits de chacun.
Ensuite, durant la journée, chacun, petit ou grand,
est convié à concrétiser les messages créatifs de ses nuits.
Ainsi la culture de ce peuple s'enracine
dans la mise en pratique de l'enseignement rapporté par les rêves.
Ce peuple n'a jamais été attaqué par aucune autre tribu
car il posséde une aura particulièrement pacifique.
Il n'a aucune agressivité parce qu'il est riche intérieurement,
posséde ses trésors dans le lieu sacré du coeur intime,
de l'identité universelle.
Les chercheurs qui les ont étudié en ont déduit
que la non violence héréditaire de cette tribu provenait
de cette culture basée sur le respect de leurs rêves
et leur concrétisation symbolique dans la vie quotidienne.
Depuis que j'ai étudié avec enthousiasme toute l'oeuvre
de C.G Yung,
(qui avait prévu la dernière guerre mondiale
par son rêve d'une immense coulée de boue noire sur l'Europe)
et entrepris, par la voie royale, il y a vingt ans,
l'exploration de mon inconscient,
j'ai acquis une connaissance intime de ma vie onirique,
qui est à la base de mon équilibre mental.
Je sais reconnaître en moi les différents types de rêve,
des purement compensatoires aux mécaniquement digestifs,
et je ne me trompe plus trop quand il s'agit de reconnaître
des rêves prémonitoires, qui, heureusement, sont rares.
Ayant touché mes limites conceptuelles
avec la réalisation prévisionnelle de certains augures,
je me suis employée avec constance à déjouer ma médiumnité
par une logique rationnelle très ordinaire, car, très sincérement,
je considère cette faculté comme un cadeau empoisonné
qui pollue la psyché.
C'est pourquoi, ces rêves prémonitoires sont devenus rares, Dieu Merci!
Sauf dernièrement ou j'ai rêvé
de deux tremblements de terre coup sur coup,
cataclysme provoquant la panique des gens,
et qui entraînait la rupture d'un château d'eau en hauteur,
dont le contenu dévalait en cascade monstrueuse
sur la population en déroute.
C'est la qualité du réveil et le sentiment de prégnance
des situations visualisées qui le plus souvent m'indiquent
si ces symboles que ma psyché a produit
contiennent des termes collectifs ou pas,
ou si mes préoccupations, rejoignant celles du temps historique,
provoquent une synchronicité.
J'ai pensé, au moment du réveil de ce rêve,
qu'il concernait la situation politique du pays.
Je l'ai noté, et, comme souvent lorsque ce qui est annoncé est trop grave,
je l'ai rangé pour n'en rien dire.
Et je me suis battue pour que cela n'arrive pas.
Pour que n'arrive pas au pouvoir ce fou
qui arrangue et subjugue les foules avec des mensonges
qui vont lui donner toute liberté de détruire la paix du pays
et le plonger dans la guerre civile.
Ce fou furieux dévoré d'ambition qui n'hésitera devant rien
pour assouvir sa féroce bétise.
Car cet homme est vide, d'un vide abyssal et ténébreux
d'ou n'émergeront que la haine et la violence.
Son âme a été engloutie par son ambition et son esprit de vengeance,
il n'existe que par les slogans qu'il clame pour entraîner à sa suite
ce qu'il y a de plus bas en les hommes,
la veulerie, la peur de l'autre,
la recherche de boucs émissaires innocents,
l'accusation, et bientôt la lapidation
de tous nos droits fondamentaux, si chèrement acquis,
pour lesquels tant d'hommes et de femmes ont sacrifié leurs vies.
Cet homme n'a jamais travaillé et fait la paix avec son inconscient,
cet homme est le jouet de lui-même livré à ses pulsions les plus obscures.
Il n'a aucun recul, aucune distance,
il est plongé dans son ego jusqu'à la trame,
trame qui n'est qu'un polichinelle, un diablotin ricanant
manipulé par des peurs et des défenses irrationnelles,
un ego vaniteux qui cherche la foule pour l'aduler.
Les gens vides utilisent les autres
en les sucant comme les vampires,
ils se nourrissent de leurs énergies archaïques pour se remplir.
Ils sont incapables d'une réflexion intelligente et futuriste,
ils n'arrivent au pouvoir que parce qu'ils ont correspondu
à chaque tournant politique à des intéréts
profondément égoïstes et conservateurs,
à des instincts de morts de vieux nabots
qui haïssent la jeunesse et la vie.
Leur seul talent est la vivacité qu'ils ont à saisir
les noirceurs des autres pour s'en servir à leur avantage,
à les séduire par des propos rassurants
en fustigeant des fautifs faciles à repérer et à punir,
une malice capable de surfer sur les émotions les plus superficielles
d'une population déjà bien ankylosée
par le spectacle télévisuel et le voyeurisme permanent,
un peuple criblé, saturé et gravement engrainé
par des images de violences quotidiennes,
et finalement une absence totale de scrupule
pour s'assurer égoistement la suprématie en toutes circonstances.
Cette photo n'est pas un montage.
Car les gens vides n'ont que ça pour nous persuader
que leur identité n'est pas qu'un fantome cauchemardesque.
Cet homme est un danger public pour nos enfants, pour la vie.
Depuis que je suis née,
jamais un régime n'aura été aussi dangereux que celui qui nous arrive.
Cet homme va faire payer très cher
à la France
d'avoir osé exister avant lui.
26 avril 2007
convulsions préfashos
L'archétype minuscule d'une guerre civile si proche.
Dimanche soir 22 Avril, le comité Bové du canton et ses sympathisants
se sont réunis au Cantoyourte pour une petite soirée au feu de bois,
à partager saucisses, salades, et fromages de chèvres.
Nous étions une vingtaine à préferrer écouter
les résultats des élections ensemble que chacun seuls
devant sa télé ou à l'écoute de son poste.
Bien sûr, nous étions déçus,
bien sûr, nous espérions plus pour Bové.
Mais au moins, nous sommes passés de l'inexistence
à 500 000 voix, bonne base de travail pour couver notre bébé commun.
Et je ne compte pas tous les copains et copines qui ont voté utile,
mais sont avec nous.
Quelques heures avant, alors qu'un petit groupe de voisins
jouait à la pétanque sur mon passage quotidien,
deux cent mètres reliant mon atelier au camp des yourtes,
je leur ai offert de venir partager cette soirée avec nous.
Le vieux monsieur qui vote à l'extréme opposé s'est mis à bougonner,
sans que j'arrive vraiment, avec mes sourires, à le dérider,
alors que j'avais déjà réussi à discuter
plus d'une heure d'affilée avec lui auparavant,
en particulier sur son passé minier et sa connaissance du quartier.
Il passe tous les jours devant les yourtes avec son fusil,
puisqu'il va chasser dans la colline en amont en toutes saisons.
Il m'a donc répondu que ce soir,
il fallait que chacun reste chez soi, que personne ne bouge.
Vers 21h, alors que nous commencions à faire cuire les merguez,
un petit Monsieur taciturne, habitant le paté de maisons un peu plus loin,
qui fait déféquer son chien systématiquement, matin et soir,
sur le chemin menant chez moi,
ne ramassant bien sur jamais ses déjections canines,
se pointe sur le chemin, nous matant ostensiblement.
Son chien, un petit roquet noir, m'a mordu au mollet deux ans auparavant,
engendrant une blessure qui a saigné et purulé plusieurs jours.
Ce Monsieur ne s'est jamais excusé,
et a continué à faire le tour du paté de maison
avec son chien non tenu en laisse,
ce qui provoque régulièrement des bagarres avec d'autres chiens,
et l'épouvante des chats sauvages du quartier, par ailleurs envahissants.
Je n'ai donc pas invité ce Monsieur à partager nos gamelles.
Soudain, le petit chien blanc d'un de mes invités
s'est mis à courser le petit noir
et une bagarre en régle s'est déclenchée.
Le propriétaire du noir a du reculer devant le sérieux de la bataille,
tandis que mon invité récupérait dificilement sa bestiole
pour l'enfermer dans sa voiture.
Le petit Monsieur était furieux, livide, visiblement humilié,
et est reparti très faché.
Une heure plus tard, alors que la nuit était tombée
et que deux petits djembés tambourinnaient la chanson des gens libres,
mon ami B est parti chercher une bouteille de vin à l'atelier,
local de notre association.
Et là, il s'aperçoit que les caves,
ou nous entreposons du petit matériel de l'autre coté de la rue,
sont en flammes.
Il appelle immédiatement les pompiers.
Ceux ci ne peuvent accéder directement au lieu de l'incendie
avec leur camion, trop gros pour rentrer dans la ruelle.
Aprés avoir eu du mal à prendre au sérieux toute cette affaire
et n'avoir pas eu trop envie de quitter notre paisible réunion,
je déboule sur les lieux avec JM et nous constatons que






































































































