30 octobre 2009
Allégresse au palais de la reine.
« Ce n'est plus une exploration dans un but d'accumulation, mais véritablement un état d'admiration. Cette admiration de la sensibilité et des impensables possibilités sensorielles va peu à peu laisser la place à une admiration sans objet. Vous oubliez ce que vous admirez. Plus de place pour un admirateur.La lumière de l'admiration brule toute forme. Nous ne sommes que cela. »
Eric
Baret. « Le seul désir"
Vieil homme qui tâtonne de sa canne dans les feuilles mortes,
femme un panier au bras franchissant le ruisseau
pour rentrer dans le bois,
enfant jouant sous le ginkgo embrasé,
chèvre aux pis luisants ruminant sous la treille cramoisie,
chat ronronnant au détour d'un porche ciselé de lierres nitescents,
écureuil cabriolant de branches fauves en rameaux pourpres,
bébés lézards titillant une sauterelle assoupie,
coléoptères mordorés frottant les bogues éclatés,
grappes de châtaignes percutant le sol,
caillou lactescent échappé des rocs anthracites,
tout à coup, passants anodins du jour,
je les vois comme ils sont,
princes de lumière!
Ils habitent en majesté lumineuse dans le palais
où le soleil sacre la nature,
où l'astre royal pose,
sur les frondaisons de l'archibondance sylvestre,
les joyaux mirifiques d'un diadème éphémère.
Et l'homme n'y est pour rien.
Colonnes d'arbres translucides,
camaïeux mordorés des ailantes en parvis vénitiens,
balustres cascadant de vignes rouges,
vitraux de feuilles luminescentes,
somptueux tapis d'étoiles végétales,
trônes des monts dorés,
des pitons et collines diaphanes dans l'azur scintillant,
escaliers-terrasses où vibrent des estampes jardinées,
auras éclatants d'arbustes en vestibules,
guirlandes de baies carminées ruisselant de voutes séculaires,
couloirs de sous-bois phosphorescents
où butinent les ouvrières de la reine,
matelas safran de fougères cristallines
où je titube sous la splendeur suspendue,
cherchant ma robe de bal,
affolée par les dards vaporeux des rais de lumière,
et l'avalement goulu, par la chlorophylle condamnée,
Et l'homme n'y est pour rien.
Salles de bains argentées où chante le clapotis,
où bullent les gardons, où pianotent les galets,
où murmurent les scarabées sous les fagots,
boudoir d'une clairière moquettée de trèfles ventrus de pollen,
divans de mousse émeraude, où,
sans attendre la chair porteuse de phallus,
je me jette, me roule, m'enroule, me déroule,
alanguissante sous les radiances symphoniques de la création...
Là, au lit de ma jouissance, la joie explose en extase,
le ravissement en félicité, la plénitude en éblouissement infini.
Et l'homme n'y est pour rien.
Confondue au milieu du palais de la reine,
je me demande seulement, d'un étonnement sans fond,
qui m'a sauvé ainsi de tant de perditions,
me ramenant à comprendre, d'une évidence inconditionnelle,
que l'amour est là, a toujours été là,
et qu'il continuera au-delà de ma vie.
Et l'homme n'y est pour rien.
Pourtant, je me souviens
du bonheur d'un voyage auprès d'un homme,
je me souviens
des chaudes sensations dans mon ventre et ma poitrine,
je sens encore les palpitations délicieuses de mon cœur,
cette sensation enivrante d'une porte qui s'ouvre
sur un bouquet de roses,
l'aérosol invisible des phéronomes
exsudant ses effluves frémissantes,
je me rappelle les chavirements,
les fluctuations onctueuses du désir,
je revis ravie cet embrasement aussi voluptueux
que les flammes écarlates du brasier de l'automne,
et quelle liberté j'avais d'attribuer ce pouvoir
à celui qui me côtoyait.
Je retiens comment je ne fixais rien, comment je laissais couler,
attentive au déliement des cordes,
observant l'amplitude atteindre ses apogées,
et comment la simple contemplation m'a comblé.
Jusqu'à ce que je vois clairement,
comme une révélation péremptoire,
que si je ne cherchais rien, n'attendais rien, ne dirigeais rien,
si j'abandonnais toute volonté d'aboutissement
d'étapes et de conclusions, je pourrais aller encore plus loin,
que, lâchant tout espoir d'une d'une aventure personnelle,
j'aborderais une force plus intense, plus profonde,
plus pleine, plus totale et plus absolue.
Une force où l'homme ne soit pour rien.
Excepté évidement les variations Goldberg de Bach,
J'ai compris que si tout était vécu ainsi,
sans fuite et sans frein,
alors l'amour se transposerait,
qu'un être soit à mes cotés ou
pas,
et c'est ce qu'il a fait, un transpercement du corps
comme si la matière s'était liquéfiée,
mutant les sentiments en fusion transcendante.
J'ai vu quels brins de lueurs éparses nous étions,
éperdus dans l'attente du soleil,
graines d'atomes cherchant à accomplir
la grande combinaison dionysiaque.
Être amoureuse n'est rien quand on est toujours deux,
je le vois parce que maintenant, ce qui arrive,
dans mon cœur si petit,
si étroit que j'ai peur qu'il éclate,
c'est cet amour immense où l'autre est devenu le Tout,
et moi fondue dedans sans début et sans fin.
Plus de vœux qui corresponde à qui, à quoi j'ai besoin,
l'univers entier est devenu correspondance,
et Bach le génie des lieux,
où l'homme est devenu Tout,
un danseur cosmique divinement chorégraphié
Voilà comment,
émergeant de la cathédrale sauvage aux arcades arborées,
j'ai pu déposer sur l'autel du palais de la reine,
avec mon corset, les astreintes à ma véritable nature,
et trouver la liberté.
Pourtant, je n'ai pas de micro- puces implantées dans le poignet
pour décliner mon laisser-passer ou mon identité,
c'est juste la consistance de ma peau qui a changé de teneur.
Une peau immense et sans limite
par laquelle je sens vibrer les ondes du monde,
les frissons régénérateurs des saisons
en perpétuelle transformation,
et ce souffle de l'amant qui approche,
mon amant universel qui me comble de caresses
alors que je n'ai rien fait pour lui plaire,
lui à qui j'appartiens de toute éternité.
Et je pleure, je pleure d'allégresse
au milieu de l'automne flamboyant,
sous les notes exquises du piano de Jean-Sébastien,
sculpté comme un diamant par la virtuosité de Glenn Gould,
parce que maintenant m'habite cette faculté de briser les écorces
et rencontrer la lumière au-dedans de chaque particule,
d'épouser le bonheur qui ne tarit pas,
et d'adorer, muette et transie,
la présence éternelle de l'amour.
14 décembre 2008
Mon rêve de baleine blanche
Cette nuit, pour la première fois de ma vie,
je l'ai vu, la reine des eaux,
j'ai vu la baleine blanche.
Une masse de vie magnifique, immaculée,
sans tâche qui retienne le regard,
une face lisse dépourvue de saillies intempestives,
sans aucun organe offensif ou défensif,
une longue mâchoire pacifique dont pas une dent ne sert à tuer,
un monument émergé du fond de la mer,
comme un vestige préhistorique, un trésor oublié.
Elle s'approchait doucement du rivage,
dans la courbe d'une baie tranquille.
Elle se laissait dériver placidement sur le flot,
bercée par le clapotis de l'eau bleue.
Je savais qu'il n'était pas question pour elle de volonté,
je savais que c'était seulement le juste moment,
ce moment sacré né du moyeu qui actionne les saisons,
l'emboitement des choses, des situations et des êtres.
Je savais qu'elle avait laissé les amarres se détacher
pour se livrer à l'attrait d'une réalité nouvelle,
la-bas, sur cette île immense et inconnue.
Cette baleine ne s'échouait pas, elle venait,
la baleine venait vers nous.
Le moment est venu, pour la baleine blanche,
de s'approcher de l'humanité vivant sur la terre.
Elle tanguait imperceptiblement sur la plage,
calée humblement dans la sérénité de sa force,
prête à offrir son mystère aux humains.
Des petits baleineaux noirs jouaient autour d'elle,
je savais qu'elle frayerait leur sécurité et leur apprivoisement
De fait, je l'ai vu plus tard,
comme une montagne de blancheur sur la terre ferme,
insolite messagère d'un continent invisible,
modeste majesté en ambassade d'un autre monde.
Je me suis réveillée et j'ai su que je tenais là,
avec cette magnifique baleine blanche,
mon aurore, mon missel, un cristal de mon désir.
Après, lentement, je me suis souvenue
l'enthousiasme équanime et serein
avec lequel j'avais confié à une amie mon projet de création
du premier « festival national des tentes et des cabanes »,
et tout de suite après,
comment j'avais sarclé la terre toute l'après-midi,
rencontrant racines et vers et terre à pleines mains,
pour dégager un petit bout d'endroit
mon prochain ermitage.
du cinquième rêve!
Quand abreuvé d'infini, l'Esprit eut éprouvé sa transparence,
ayant exploré reflets, arcs en ciels,
et tous les chatoiements de couleurs de l'univers,
il rêva l'extase de son agitation dans la fixité:
son désir exultât alors dans la pierre.
Ce fut la première voie, le premier rêve.
Mais quand le caillou regretta sa lumière originelle,
il se rêva translucide jusqu'à devenir cristal.
Ce fut le deuxième rêve, la deuxième voie.
Puis le cristal, se trouvant trop dur et si cinglant,
rêva de douceur, de tendresse et de fragilité,
et la fleur apparut.
Ce fut le troisième rêve, la troisième voie.
Puis la fleur, à force de jouissance,
eut un orgasme dans l'arbre.
L'arbre désirât si fortement se muer
en quelque chose d'encore plus indispensable que lui,
qu'il rêvât l'extase de ses poumons, la respiration du monde,
et ce fût le ver de terre.
Ce fut le quatrième rêve, la quatrième voie.
Le ver de terre, qui possédait le secret de toutes les bêtes,
se transforma en serpent, en souris, en blaireau,
en tigre et en aigle,
puis rêvât d'espace fluide
où chanter sur les ondes du monde
sans quitter l'invisibilité souterraine:
alors le ver de terre fit émerger son rêve,
la baleine!
Et la baleine chanta, traversant les grandes eaux,
la baleine inventa la vie sociale et la paix,
sans jamais cesser de chercher sa réalisation
en aiguisant ses rêves les plus fous,
et ce fut l'humanité.
C'est
la cinquième voie, le cinquième rêve!
Nous sommes le rêve encore inaccompli de la baleine.
Car si dans chaque mèche de ta chandelle
se tapit toute la lumière du monde,
si dans le charbon le plus noir brille au fond
le diamant que tes épreuves ont taillé,
si dans la graine de coquelicot sommeille
le chêne centenaire où abriter tes passions,
et si, dans tout ver de terre palpite une baleine,
alors je te vois, toi l'humain debout,
avalé, craché et exalté par la baleine,
ne cessant de rêver l'apogée de ta condition,
la liberté.
03 septembre 2008
Femme tambour dans le sein de la yourte
Femme qui rentre dans la yourte
en baissant la tête sous l'arche en bois,
fléchissant humblement les genoux sur le seuil,
viens écouter, au sein de la mamelle,
le battement du cœur de la terre!
Viens entendre la plainte primitive
de tout ce que tu as oublié,
tout ce qui se presse aux portes de ta perception,
que tu as quadrillé dans les normes de ta culture.
Femme qui pénètre dans l'antre du cercle,
ces rondeurs rayonnantes vers la perfection du Soi,
femme confrontée à l'utérus alchimique
où couve ton incorruptibilité,
viens puiser, au sein de la mamelle,
le lait de la coupe universelle,
la liqueur d'or secrétée par la vulve cosmique.
Femme qui cherche ton port, ton repos et ta manne,
viens t'allonger, sur les tapis de la yourte,
sous le tambour pulsant la chamade de la vie,
viens parcourir le chemin du bonheur à rebours,
vers les entrailles de ton être, qui,
depuis la dispersion du monde, fécondent,
à partir de générations insatiables, des fœtus périssables,
approches toi de l'œuf qui, dans l'athanor du tambour,
génère la vie éternelle.
Large tambour à la peau légère,
qui réveille les entrailles du monde,
pendant que toi tu laisses choir tes projets, tes soucis,
que tu arrêtes de poser des étagères bien carrées
dans tous les angles morts,
que tu n'empiles plus de casiers à trier,
que tu ne construis plus de nouveaux placards
pour ces périmés que tu n'arrives pas à jeter,
et que tu laisses enfin la vaisselle se laver toute seule
dans la fontaine qui ne tarit pas.
Laisse ta tête se vider à chaque pulsation,
comme une tumeur suintant enfin son pus,
laisse le son t'habiter avec la même évidence joyeuse
que quand tu es venue te former dans le ventre de ta mère,
quand tu flottais au rythme de son sang,
à l'embouchure de la vie,
dans ce non savoir génial qui détenait tous les possibles.
Maintenant que tu apprivoises cet être premier que tu as été,
au moment de ta première division cellulaire,
et que tu te laisses immerger dans la sensation abyssale
d'être issue de si loin
que nul ne pourra plus jamais te déraciner,
pas même cette matrice qui te contient comme un baume,
loin de t'épouvanter, loin de vouloir t'enfuir,
tu peux célébrer intensément l'anniversaire du mariage
qui a pulvérisé les barrières de l'âge.
Au rythme du tambour, tu t'abandonnes au mystère,
tu ne cherches plus car tu es dedans,
au milieu du trésor, au sein de l'impensable,
et tu sais que ce tambour, dans le cercle de la yourte,
te tatoue du sceau de l'indicible,
ramène ton axe à la verticale
et t'apprends à redresser,
pour les temps de luttes à venir,
l'échelle de tes valeurs.
Le temps de l'horloge a cédé au temps du cœur.
Merci à Agnès, femme tambour sous la yourte.
Une réunion de femmes tambours aura lieu au Cantoyourte
le Jeudi 25 Septembre à 19H, à Bessèges.
Avis aux femmes tambours et chanteuses.
22 mars 2008
Ode à l'époux du dedans
Quand je suis seule,
enfin tu es là,
car je ne suis seule
que pour être avec toi.
Toi qui fais battre mon coeur,
Toi qui m'a tout donné.
Quand je suis seule,
quand cesse l'agitation et la confusion,
je te trouves, au milieu de moi,
limpide, dans la lumière du coeur.
Maintenant que j'ai déserté
les endroits bruyants et bagarreurs,
je cours au refuge de tes bras immenses,
déployés dans l'envergure minuscule de ma vie.
Enfin libre des dépêches du monde,
j'offre aux violons de l'esprit
les cordes de mon âme, qui,
sous tes doigts parfumés,
célébrent la joie de ta présence.
Étincelle brisant l'obscurité
comme la bougie sur le guéridon,
jaillit de ton soleil immortel
ma vocation contemplative.
Prés de l'âtre où crépite le feu de mon ermitage,
muette, immobile, j' écoute glisser
les gouttes d'eau et les pattes du petit lézard
sur le toit de la yourte,
le hululement plaintif d'une chouette s'ébrouant de l'hiver,
ces sons familiers condensant le silence
d'où s'élève ta parole de vérité.
Blottie toute entière sous ton souffle puissant,
fatiguée d'escarmouches en sol trop peuplé,
honteuse de tentations futiles,
je reviens à la rencontre immuable,
en bout de résistance , là ou tu te tiens,
patient, émergent sous ma yourte d'une splendeur sans fonds,
avec ce cadeau que tu me fais depuis la nuit des temps,
ce cadeau qui m'enlève le besoin
d'un lieu extérieur où te chercher.
Je ne savais pas combien il fallait de solitude
pour se sentir aussi proche de l'amour.
11 février 2008
l'architecte de ma yourte
c'est qu'ici dans la yourte, tu m'as donné refuge.
Que ta main s'est posée là, sur ma vie difficile,
et que je gis sous ta volonté.
C'est ici le dernier lieu pour respirer,
le dernier lieu de ma liberté.
Ceux qui me persécutent, pour toutes leurs bonnes raisons,
ne passeront pas cette petite porte si fragile,
simplement parce que toi, l'Epoux du dedans,
tu la veilles, parce qu'il n'est pas possible
que tous les lieux du monde soient empoisonnés,
parce que cette yourte où j'ai déposé
les membres de mon corps fatigué
et la quintessence de ma vie,
c'est toi qui me l'as inspiré pour me l'offrir en abri.
Tu te tiens dans la yourte sans bouger,
contre tous ceux qui ont déchiré mon coeur,
ceux qui ont démoli mon nom,
ceux qui m'ont arraché mes enfants
et les enfants de mes enfants,
pour toutes leurs bonnes raisons pleines d'ignorance,
noire comme une montagne de lave
que même la neige ne veut pas.
Tu te tiens doucement dans la yourte,
dans ce cercle sans coin
où le regard et l'énergie se condensent,
tu t'adosses au treillis rouge pour me prendre dans tes bras,
pour arrondir en creux tes coudes et tes genoux
et me laisser défaillir sur toi.
Tu as la force que je n'ai plus,
celle de porter le malheur et la perte qu'ils me veulent,
toi seul as le pouvoir de resituer le particulier qui m'assaille
dans l'histoire collective et la vie de l'esprit.
Tu m'as laissé sortir pour autoriser l'épreuve
et faire jaillir encore le diamant
que je t'ai permis de tailler dans mes chairs.
Je sais trop cruellement combien toi,le juste et l'innocent,
ils t'ont accusé et combien tu ne t'es pas défendu.
Je sais pourquoi tu es là,
à attendre tranquillement que je rentre,
dans ce silence lumineux que tu m'as préparé
depuis la nuit des temps.
J'ai failli t'oublier, toi l'Epoux du dedans,
installé à demeure pour moi dans la yourte,
j'ai failli oublié combien ton chemin est exigent,
et la façon absolue dont tu m'as cru capable de fidélité.
Je t'en prie, je t'en supplie, donne moi la force et le courage
d'endurer le mépris et la jalousie meurtrière des miens,
donne moi la fermeté de revenir toujours à toi,
même quand tout va bien.
Je t'en prie, je t'en supplie,
que la folie des hommes s'arrête juste au seuil de la yourte,
afin que je puisse continuer à m'asseoir,
jusqu'au bout de ma vie, dans un coin de moi-même,
jusqu'à ce que je sois capable de partager,
au lieu de la rencontre, le murmure des amants,
m'agenouiller dans la paix du coeur, à t'écouter.
Je t'en prie, laisse ta main posée là,
sous la couronne étoilée de la yourte,
laisse ta main encercler ces geignements torturés,
que je puisse compter sur l'onguent de tes caresses
quand il plaira au chagrin et à la désillusion de me quitter .
Il me faut de toute urgence, d'une urgence permanente,
rencontrer cette partie de lumière
que tu as bien voulu enraçiner,
au beau milieu des hivers gelés, dans mon âme aux abois.
Je ne suis pas assez élevée pour comprendre,
au moment du coup, la leçon qui m'est assénée.
Toi seul peut avoir assez de patience et de pertinence
pour que cette éducation à l'Amour que tu laisses germer
dans le coeur des affamés de justice
ne transforme pas le sacrifice en débacle.
Pourquoi aurais je plus de sécurité que ce frére de la rue
ou cette soeur enfermée de force dans un bordel asiatique?
Pourquoi aurais je plus de famille que cet orphelin
ou cet exclu sur le bord du trottoir?
Pourquoi l'eau pour moi serait elle plus abondante
qu'à une Tchétchène dont la fille kamikaze
a explosé dans un faubourg Russe?
Pourquoi serais je moins seule que ce condamné à mort
qui n'a pas trouvé d'avocat honnête?
Pourquoi ne serais je pas trahie moi aussi par mes meilleurs amis
quand le Christ, la vérité et la vie, c'est un baiser qui l'a livré?
Pourquoi échapperais- je à la persécution,
puisque je prône ses valeurs, et que j'ai l'outrecuidance
de vouloir mettre en pratique mon idéal?
Pourquoi, alors que mon Epoux du dedans
accompagne sans faillir mon périple ici-bas,
avec la douceur et la discrétion d'un amant maintes fois repoussé,
pourquoi partager la crucifixion qui ouvre les portes du ciel,
si ce n'est pour me laisser consoler par cet homme intérieur
qui n'est autre que l'architecte de la yourte?
Quand la petite couturière a pris pour époux
l'invisible charpentier,
elle ne se doutait pas qu'il serait pour toujours
le maître d'oeuvre de sa vie.
14 janvier 2008
pause prière
Pour marquer la fin de cette première année de blog,
avec ses 22000 visiteurs, dont la plupart ont tapé
le mot "yourte" sur leur clavier pour arriver jusqu'ici,
ayant consulté presqu'une centaine de millier de pages,
et pour marquer donc le commencement
d'un nouveau voyage annuel dans la blogosphère,
voici quelques citations à méditer:
« Pour la première fois dans l'histoire du monde,
les puissances spirituelles ont été toutes ensemble refoulées
non point par les puissances matérielles,
mais par une seule puissance matérielle,
qui est la puissance de l'argent.
Pour la première fois dans l'histoire du monde,
l'argent est maître sans limitations ni mesure.
Pour la première fois dans l'histoire du monde,
l'argent est seul en face de l'esprit.
Il ne faut donc pas dire seulement que dans le monde moderne
l'échelle des valeurs a été bouleversée.
Il faut dire qu'elle a été anéantie,
puisque l'appareil de mesure et d'échange et d'évaluation
a envahi toute la valeur
qu'il devait servir à mesurer, échanger, évaluer.
Tous les autres mondes (que le monde moderne)
ont été des mondes de quelque spiritualité.
Le monde moderne seul, étant le monde de l'argent,
est le monde d'une totale et absolue matérialité.
Ainsi le monde moderne s'oppose et se contrarie
à tous les autres mondes ensemble et d'un même mouvement.
C'est partout la pensée qui est visée,
la métaphysique, la liberté, la fécondité.
C'est l'âme même que l'on veut atteindre
et réduire une fois pour toutes.
C'est le spirituel sous toutes ses formes
et dans tous les êtres que l'on veut réduire.
Dans ces conditions, je considère comme insidieuse,
criminelle, frauduleuse et dangereuse, comme pernicieuse
toute politique qui tend à défaire du spirituel. »
Charles PEGUY.
« La prière est une pause, longue, surtout le soir.
Elle a permis à des millions et des millions d'hommes
de n'être pas collés à leur labeur, de s'élever
pour le regarder depuis la vastitude du temps et de l'espace.
Elle a produit plus d'apaisement que de peurs et de contraintes.
Si les grands, les riches et les puissants n'ont pas profité
de ses leçons pour changer leur vie selon la justice de Dieu,
les plus humbles y ont trouvé une illumination
de leur quotidien, des travaux de leurs mains,
de l'enfant pendu au sein, de tout ce qui, autour d'eux,
fleurissait ou portait graine ou fruit.
Que pouvaient- ils craindre de Dieu,
eux qui étaient pauvres en fait et pauvres en esprit,
qui n'étaient ni rois, ni papes,
ni propriétaires terriens en souliers fins
et buvant au salon tandis qu'on trimait pour leur compte? »
Marie Rouanet. « Luxueuse austérité. »
24 décembre 2007
pauvres baraques
Si Dieu renaissait sur la terre,
s’il envoyait à nouveau son fils en messager,
bivouaquant ici-bas pour quelques années d’avertissements,
il viendrait sans doute au jour parmi ses élus, les pauvres qu’il aime.
Peut-être verrait-il le jour dans une pauvre tente au milieu du désert,
ou sous une yourte au milieu de la steppe,
dans un bidonville Marocain ou Equatorien,
ou quelque part sans eau, là où les charognards attendent la mort
des 18000 enfants que nous laissons chaque jour mourir de faim.
Peut-être viendra t’il dans une baraque de taule brinquebalante,
ou bien sous un tipi dans la dernière vallée des derniers Indiens,
peut-être parmi ceux qui viennent de faire sécession avec les Etats-Unis,
ou bien sous un amas de sacs en plastique ramassés sur les terres brulées
par des tonnes d’insecticides, là où les esclaves immigrés
de l’agroalimentaire renouvellent leurs forces de travail,
dans une masure pleine de trous ou la survie dépend de la capacité
de son habitant à monter un tas de bois au milieu,
dans une cahute indienne au toit de paille,
au milieu d’autres cahutes en paille posées sur la poussière,
ou dans une cave immonde d’où l’on n’attend plus rien,
ou quelque part au bord de la forêt sur les pilotis branlants
qui abritent le dernier cochon de la famille,
dans le chariot de cet homme qui échappe à tout recensement,
en train de traverser à grands pas et sans rien regarder,
avec sa solitude et sa rage tellement palpable, le village ou j’habite,
ou sous la bulle d’une femme isolée,
démaquée loin de tout pour fuir la loi du plus fort,
ou bien parmi ces femmes et ces enfants au regard sans fonds
qui dorment tous ensemble dans des morceaux de cartons et de tissus,
ou dans un hangar nu sous le souffle d’une vache hagarde et squelettique,
dans un camp de refugiés installé à demeure au milieu de nulle part,
sous une petite tente gelée au pied des cathédrales ,
dont le fronton sculpté de redondantes bonnes intentions
ne laisse plus passer que des touristes au galop,
au mieux dans une cabane en terre occupée par des rois mages
dont le seul trésor est l’enfant,
mais peut-être ne pourra t’il éviter de naitre sur la glace,
là où la banquise craquante engloutit , avec le dernier ours ,
ces peuples qui, au bout de la chaine polluante,
les entrailles lestées de plomb, ne peuvent plus
allaiter leurs bébés sans les empoisonner,
ou sur cette péniche dont les filets fouillent désespérément des flots pestilentiels,
ou quelque part ou le socialisme a échoué,
ou plus personne ne sait retrouver ses marques
ailleurs que chez des marchands armés jusqu’aux dents,
où dans un wagon échoué dans un maquis sans arbres,
peut-être ses parents attendront ils sa venue ,
déboutés sur une place publique faute de maternité ,
en se demandant comment dégoter une paillasse,
ou peut-être serait il retrouvé abandonné au bord d’une route
derrière un chiffon, comme un chien,
mais allons , pas de misérabilisme culpabilisant,
peut-être aura-t-il quand même un toit,
et devra t’il s’agenouiller devant Sainte Croissance pendant trente trois ans
pour que vienne son martyre dans la rue,
pour que l’indifférence et la haine banalisée le fassent mourir de froid,
la veille de Noel, au bout d’un chemin de croix long de toute une vie,
sur la place de la concorde embouteillée.
Si la honte pouvait être bue, nous serions tous, ce soir, ivres morts.
18 novembre 2007
le savoir des jours
Le savoir des jours
Quand nous savons,
à cause de l'endurance de pertes cruelles,
combien la vie est brêve, fulminante et irréversible,
alors, chaque matin, même les volets fermés,
le jour qui se lève
devient une aurore boréale.
Quand nous savons,
dans le dénuement d'un hiver trop rude,
combien le mystère de la vie habite la nature,
sans que nous ayons besoin de rien y rajouter,
alors chaque matin, même si je n'ai pas de rendez-vous,
le jour qui se lève
allume en moi la torche du bonheur.
Quand nous savons,
à cause des chagrins d'amour,
comment la vie nous lâche si seuls au pied du vide,
alors chaque matin, sans mon prince au mitan du lit,
le jour qui se lève
pose le soleil dans un firmament encombré d'étoiles.
Quand nous savons,
de défaillances en défaites,
combien la vie si fragile ne peut combler notre manque éternel,
alors chaque matin, malgré l'huissier à ma porte,
le jour qui se lève
me jette à genoux devant Celui qui fait battre mon coeur.
Quand nous savons que,
si nous comptons ce que la vie nous enlève
et jamais les cadeaux sur le seuil aprés l'orage,
chaque matin qui se lève n'est plus
qu'un coup de balai sur le calendrier,
alors, malgré les larmes de notre puits sans fond,
je laisse à la joie
la place du roi
pour le reste des jours.
21 octobre 2007
automne au Cantoyourte
Merci pour le soleil qui se lève entre les vignes rouges,
merci pour le soleil qui se couche sur les treilles en feu,
merci pour la frélitude de mes moyens
qui rend plus forte l'empreinte des jours,
pour la lumière captée dans mon coeur
qui fera chanter la yourte sous les bourrasques,
quand s'en vont les feuilles avec le jour,
dérivant sur la rivière,
lumière oblique captée avec passion
quand je me demande, encore et encore,
à quoi sert toute cette beauté,
sinon à fleurir les tombes.
10 octobre 2007
tant de beauté
L'été se termine dans la douceur,
le soleil commence à se liquéfier.
Les petits fruits et les feuilles rentrent en agonie,
s' asséchent en remballant sucs et sèves,
parsemant les abords de la rivière
de couleurs flamboyantes.
L'eau glisse tranquillement
entre les berges qui se dénudent,
transportant les fragiles et éphémères
esquifs bigarrés de l'automne.
C'est l'heure de poser son parachute,
rabattre son parasol,
de fermer son coffre
et remballer son picknik,
l'heure d' engranger sa dernière récolte,
de préparer ses fagots et rassembler ses billes,
l'heure de creuser sa citrouille
pour y loger son âtre,
de vérifier l'étanchéité des bâches,
de rajouter un molleton,
de sortir sa couette,
sécher ses ultimes couronnes de fleurs,
de repeindre ses volets,
de se fabriquer un balai de genèts bien raides,
de déboucher les rigoles obstruées,
d'acheter des sabots costauds,
faire sécher la lessive de draps des invités de l'été.
C'est l'heure de retourner en ville
pour une emplette spéciale,
l'heure de renforçer ses défenses immunitaires,
de chercher un coin tranquille pour se moucher,
pleurer, se curer le nez, péter, roter, se caresser,
l'heure de sortir ses écharpes,
préparer ses petites tenues en grosses laines,
retrouver son chapeau, ses bottes,
ses mitaines et ses guêtres,
rembourrer ses oreillers
et offrir de nouveaux coussins,
pour réver à tout ce qui nous échappe,
exhumer sa panoplie de tisanières au salon,
et se remettre à danser seule devant sa glace,
parce que c'est toujours l'heure de remercier
ce qui permet le renouvellement perpétuel.


















































































































































































































